19.02.2009

Le rideau de fumée social de Nicolas Sarkozy

Hier soir, le président de la République s’est à nouveau adressé aux Français, à peine deux semaines après sa précédente intervention, qui s’était soldée par une plongée dans les sondages. Nicolas Sarkozy en a tiré les leçons et a nettement réorienté son message pour essayer de convaincre.

Une accumulation de mesures

Autant l’intervention télévisée du 5 février avait manqué d’annonces, autant celle-là en était riche. Il a ainsi proposé une hausse des indemnités de chômage partiel de 60 à 75% du salaire ainsi qu’un assouplissement des échéanciers d’emprunts. Il a annoncé une prime de 500 euros pour certains chômeurs, une prime de 150 euros aux trois millions de familles bénéficiant de l’allocation de rentrée et 200 euros de bons d’achat pour certaines familles. Enfin, il a proposé une suppression des deux derniers tiers de l’impôt sur le revenu pour les quatre millions de ménages qui sont soumis à la première tranche (soit environ 200 euros).

Outre cette distribution d’argent tous azimuts, le président a également annoncé la création d’un fonds d’investissement social doté de 2,5 à 3 milliards d’euros ainsi que l’interdiction pour les entreprises qui licencient de distribuer des bonus. L’application de cette dernière mesure (ainsi que l’assouplissement des échéanciers d’emprunt) reste cependant assez énigmatique dans le degré de contrainte qui sera établi par l’Etat. Au global, ce déluge de mesures (dont un certain nombre sont pertinentes) a l’avantage d’à nouveau communiquer l’activisme de tous les instants dont le président se glorifie.

Un plan qui n’est pas à la hauteur de la situation

0,15% du PIB. Voilà ce à quoi correspond le plan annoncé par Nicolas Sarkozy. Ce plan s’ajoute au 1% déjà annoncé à l’automne (18 milliards de dépenses additionnelles de l’Etat) ou 1,4% (et 26 milliards) si on y ajoute les dépenses des entreprises publiques ou partiellement publiques. Cette rallonge de 15% apparaît donc assez légère, surtout à côté du plan Allemand, qui a doublé de 25 à 50 milliards (soit de 1 à 2% du PIB) et plus encore du plan Américain, proche de 800 milliards de dollars (soit 6% du PIB). Le plan de relance Français reste pour l’instant limité en taille et cet ajout est finalement assez anecdotique.

Sans ignorer que ces mesures vont mettre du beurre dans les épinards de nombreux Français en difficulté, on peut s’interroger sur cette réorientation du plan de relance. À l’origine, Nicolas Sarkozy nous avait proposé un soutien à l’investissement et l’amélioration de la trésorerie des entreprises. Puis, il passe maintenant à des baisses ciblées d’impôt (il n’y a curieusement pas eu de mention de la suppression de la taxe professionnelle) et à de la distribution d’argent, soit un cocktail plus conforme aux dogmes libéraux pour lesquels il vaut mieux rendre l’argent aux citoyens que voir l’Etat le dépenser.

Pourtant, comme le soutient Paul Krugman, il vaut mieux donner la priorité aux dépenses d’investissement, qui ont un effet plus important sur l’emploi. En privilégiant la communication (et donc la multiplicité des annonces), Nicolas Sarkozy aboutit à un plan fourre-tout mêlant une multitude de mesurettes dont l’effet a toutes les chances d’être minime. Pire, il a fait allégeance au Medef en rejetant toute hausse du SMIC. Et si son couplet sur la répartition des bénéfices était intéressant, il est difficile de ne pas voir dans la commission annoncée l’enterrement d’un débat qu’il veut exploiter mais sans le mener réellement à bout.

Au global, cette prestation plus condensée peut paraître habile par le nombre des mesures annoncées et la rhétorique du président. Mais, passé l’effet de surprise, on en relativise à la fois l’importance, la pertinence et plus encore la direction de plus en plus incertaine de l’exécutif dans cette crise.

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/02/18/les-pr...

Commentaires

Est-ce que Nicolas Sarkozy va enfin prendre la mesure de la crise ?

Ou alors toujours pas ?

« Les actifs toxiques des banques européennes risquent écraser bon nombre de gouvernements de l’Union Européenne. Ils pourraient créer un danger systémique dans le système bancaire de l’Union Européenne, selon une note confidentielle préparée par la Commission Européenne.

7 pays pourraient faire faillite : le Luxembourg, la Belgique, les Pays-Bas, l’Autriche, la Suède, l’Angleterre, et un pays hors de l’Union Européenne : la Suisse. »

Article original en langue anglaise :

http://www.telegraph.co.uk/finance/newsbysector/banksandfinance/4593539/European-banks-toxic-debts-risk-overwhelming-EU-governments.html

Écrit par : BA | 19.02.2009

La mesure de la crise ? C'est la panique mais ................


Consultez cet excellent site

http://www.jpchevallier.com/

Je le consulte depuis plusieurs années, tout y est dit.
Je me demande pourquoi le gouvernement ne s'entoure pas de ce genre d'économiste, plutôt que de tous ces charlots en place actuellement !

Écrit par : carole | 19.02.2009

Je prolonge le billet de Carole.

La BNP va faire faillite.

Le total des dettes de la BNP est de 2 017 milliards d’euros, alors que ses capitaux propres ne sont que de 59 milliards d’euros !

La norme, c’est ceci : les capitaux propres de la banque doivent absolument être d’au moins 8 % des dettes de la banque.

Pour la BNP, c’est un cataclysme : ses capitaux propres ne représentent que 2,9 % de ses dettes !

Lisez cet article :

« Par ailleurs, le total des dettes de la BNP dépasse maintenant le PIB de la France ! Ce qui est particulièrement dangereux car il est impossible de sauver la situation en cas de faillite.

La BNP et la France ressemblent de plus en plus à ces villages Potemkine qui donnent l’impression que tout va bien (le patron de la BNP répète que ses fonds propres sont largement suffisants).

Ces deux ratios d’endettement (par rapport aux capitaux propres et au PIB) sont fondamentaux.

À partir du moment où ils sont respectés, il est alors possible d’examiner les autres critères d’évaluation qui sont alors significatifs.

Si ce n’est pas le cas, rien ne va plus, et tout peut se produire brusquement d’un jour à l’autre comme on l’a constaté avec la faillite de grandes banques centenaires. »


http://www.jpchevallier.com/article-28114182.html

Écrit par : BA | 19.02.2009

Si ce n’est pas le cas, rien ne va plus, et tout peut se produire brusquement d’un jour à l’autre comme on l’a constaté avec la faillite de grandes banques centenaires. »

Ecrit par : BA | 19.02.2009

Argentina 2001, du jour au lendemain, guichets fermés, révolte, misère, les gens vendaient leurs biens dans la rue pour ......... pouvoir manger.
Aujourd'hui, il y en a beaucoup qui ne se sont pas relevés de cette situation.
40% de misère, on achète les pauvres avec des aides d'état, les cartoneros (ramasseur de cartons dans les basuras) sont nés à cette époque et existent toujours. Des techniciens, des cadres sont aujourd'hui chauffeurs, ils ont tout perdu.
Je voyais dernièrement un reportage sur une décharge à deux pas de Buenos Aires, on ouvre les porte à 18H le soir afin qu'enfants, femmes et vieillards puissent manger les restes des poubelles ! 20H on ferme. Terrible.

Je pense que si N Sarkozy a injecté autant d'argent dans les banques, c'est pour éviter ce genre de situation.
Vous imaginez en France des files et des files de personnes devant les banques.................. Et tous ceux qui vivent aux crochets de l'état, plus rien.

Ce qui se passe en ce moment, c'est qu'on achète la paix sociale. Mais le plus grave n'est pas les manifs des chercheurs/de l'EN dans la rue, c'est ce qui se passe dans nos banques, nos entreprises, le tout copieusement arrosé d'une dette qui va nous mener droit dans le mur.
La France s'écroulera, pas le mur !
Il me semble que peu de français en soient conscients.

Écrit par : carole | 20.02.2009

@ Tous

Attention à ne pas propager de fausses rumeurs. Je suis allé sur le blog en question, très bien documenté il est vrai. J'ai discuté avec des amis financiers sérieux et malgré la présentation convaincante de M.Chevallier, je ne crois pas du tout à ce scénario.

Pour preuve, nos banques continuent à faire du profit, contrairement aux banques anglaises ou américaines. La crise a montré au contraire que nos banques sont beaucoup plus solides que la moyenne, parce que les activités spéculatives y sont moins importantes que dans les banques anglo-saxonnes.

Certes, la BNP a un passif de plus de 2 000 Mds d'euros, mais a également un actif de même taille à mettre en face...

Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 20.02.2009

@ Laurent

Oui mais qu'elle est la valeur de cet actif ? Si c'est des créances titrisées, leur valeur pourrait bien s'effondrer aussi. Il me semble que nos amis n'ont pas tort en soulignant que l'hypothèse d'un Krach bancaire n'est toujours pas définitivement écartée. Avec la crise, les bonnes créances pourraient bien devenir irrecouvrables et entrainer un nouveau train de perte (voir à ce sujet le dernier papier de Lordon)

Écrit par : Malakine | 20.02.2009

Laurent,
Cela vous appartient de "croire" ou "ne pas croire" les analyses de monsieur Chevallier. Je le respecte.
Laissez-nous l'arbitre de notre réflexion, svp.
Quant à la propagation de rumeurs, elles peuvent détruirent mais aussi permettrent une mise au point honnête de nos politiques.

Le site de Chevallier, je le consulte depuis quelques années, bien avant la création de son nouveau site. Il ne se trompe pas, les chiffres sont là et ses analyses pertinentes. Il donne d'ailleurs toutes les clés afin que chacun puisse comprendre et rechercher par lui-même.
A l'étranger d'ailleurs, des économistes de Colombia, Harward, CNN Expansion ......... font eux aussi des analyses de ce type.
Le pb, c'est que les français sont nuls (le mot est faible) en économie. On leur fait avaler n'importe quelle couleuvre.

Le problème en France, c'est la langue de PLOMB, rappelez-vous le nuage de Tchernobyl, il n'avait pas traversé la France. On sait tous que la France est intouchable (~_^).........

"financiers sérieux" c'est quoi pour vous et comme Malakine : valeur de l'actif ?

Parce qu'avec toutes les affirmations et infirmations que l'on peut entendre sur la crise, on est en droit d'être sceptique, non, et d'avoir son propre jugement ?

Cordialement.

Écrit par : carole | 20.02.2009

@ Malakine,

D'après ce que l'on m'a dit et ce que j'ai pu voir des documents de la BNP, la structure de leur actif est suffisamment solide pour ne pas avoir de mauvaises surprises. L'essentiel des 2000 Mds sont placés de manière sûre.

Je suis d'accord avec toi que rien ne peut être écarté quand on voit l'ampleur de la crise actuelle, mais en terme de probabilité, je crois que le scénario d'un krach de la BNP est très peu probable. Et de toutes les façons, l'Etat viendrait à son secours.

@ Carole,

Je laisse chacun libre de ce qu'il pense mais je tenais à prendre position de manière la plus claire possible pour ne pas laisser penser que je partageais cette opinion. Je ne cherchais pas à imposer mon opinion et suis désolé si c'est l'impression que j'ai donnée.

Je suis d'accord que le site de M.Chevallier est très documenté et bien fait, mais, malgré tout, je n'y crois pas après m'être un peu documenté.

Il est juste que l'on peut être sceptique aujourd'hui après toutes les annonces des derniers mois. J'espère que j'ai raison mais je n'exclus pas complètement l'inverse.

Cordialement,

Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 20.02.2009

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