24.02.2009

Michèle Alliot-Marie, le Chêne, le roseau et les lentilles

Aujourd’hui, presque tout le personnel politique se réclame du gaullisme. Nicolas Sarkozy le fait occasionnellement, François Bayrou de plus en plus et même Ségolène Royal a cité le rapport du Général à la religion. Le débat sur l’OTAN divise pourtant la classe politique d’une manière surprenante.

Ce que révèle le débat sur l’OTAN

En effet, ce débat se fait à front renversé avec de prétendus héritiers du gaullisme qui proposent de revenir sur la décision du Général de quitter le commandement militaire de l’OTAN, et les centristes et les socialistes qui s’y opposent, n’hésitant pas  à prendre le plus illustre des Français à témoin ! Quelle ironie de voir François Bayrou demander un référendum (quoi de plus gaulliste) sur le sujet ! À l’opposé, le très lointain descendant des partis gaullistes, l’UMP, soutient majoritairement ce retour.

Heureusement, tous les héritiers du gaullisme n’ont pas rompu avec les idéaux d’indépendance nationale, de refus des impérialismes, fût-il Américain, et de multilatéralisme. Nicolas Dupont-Aignan et Dominique de Villepin se sont ainsi exprimés fermement contre le retour de la France dans le commandement militaire de l’OTAN. Le président de Debout la République a signé une belle tribune dans Le Monde la semaine dernière et l’ancien Premier Ministre a qualifié cette décision de « faute » dans Dimanche Plus ce week-end.

Ce roseau qui se prend pour un chêne

Mais quelle ne fut pas ma surprise quand j’ai découvert la tribune de Michèle Alliot-Marie dans le Figaro, faisant du retour de la France « le choix de la responsabilité ». En effet, la ministre de l’intérieur se veut l’incarnation d’un courant gaulliste au sein de l’UMP, « Le Chêne », baptisé en mémoire du livre d’André Malraux sur le Général (chroniqué sur le blog). Elle justifie ce retour par l’absence de remise en cause de notre indépendance nucléaire, notre participation à l’OTAN et les prises de décisions à l’unanimité.

C’est relativement habile mais les deux derniers points étaient déjà vrais en 1966 et la question nucléaire n’était pas la seule pour laquelle le Général avait voulu quitter l’organisation. Le principal motif était simple : le refus de toute « sujétion » à un autre pays, fût-il un allié. En outre dire que « le monde de 2009 n’est pas celui de 1949 ou 1966 » est à double tranchant. En effet, le Pacte de Varsovie, et l’URSS, contre lesquels l’OTAN était dirigée, n’existent plus. Quel peut bien être l’utilité d’une telle organisation aujourd’hui ?

Certes, comme le montre le cas de l’Allemagne lors de la guerre d’Irak, il est possible de ne pas participer à une guerre que l’on ne souhaite pas mener. Mais du coup, cela ne justifie pas de participer à une organisation dont on ne peut pas réellement influencer la ligne, que seule les Etats-Unis décident formellement. En outre, il faut une bonne dose d’hypocrisie pour ne pas voir que l’OTAN freine la constitution d’une Europe de la défense puisqu’il s’agit quasiment des mêmes pays.

Les sophismes malhabiles de Michèle Alliot-Marie n’y feront rien. Avec ce soutien bruyant à l’OTAN, elle montre que ce qu’elle appelle le chêne n’est qu’un pâle roseau prêt à toutes les contorsions pour un plat de lentilles ministérielles.

Source : http://www.lefigaro.fr/debats/2009/02/18/01005-20090218AR...

Commentaires

Laurent écrit : " En outre, il faut une bonne dose d’hypocrisie pour ne pas voir que l’OTAN freine la constitution d’une Europe de la défense puisqu’il s’agit quasiment des mêmes pays. "

La constitution d'une Europe de la défense ?

Tu veux la constitution d'une Europe de la défense ?

Une défense unique, c'est comme une monnaie unique : c'est voué à l'effondrement.

Il ne peut y avoir de monnaie que nationale.

Il ne peut y avoir de défense que nationale.

Sinon, on construit des usines à gaz, et pire encore : on les construit sur du sable.

Écrit par : BA | 24.02.2009

@ BA

Je suis pour une Europe de la Défense, oui. Mais je n'ai jamais dit que j'étais pour une défense unique...

Je suis pour une coopération où chaque Etat garde entièrement sa liberté.

Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 24.02.2009

Les convictions pèsent bien peu devant les places... Alliot Marie le montre elle aussi... C'est triste pour la France

Excellent billet

Écrit par : Falconhill | 24.02.2009

" Je suis pour une coopération où chaque Etat garde entièrement sa liberté. "

Alors nous sommes d'accord à 100 %.

Écrit par : BA | 24.02.2009

Michèle Alliot-Marie, après un simulacre de candidature à la candidature pour l’élection présidentielle de 2007 pour tenter de survivre politiquement (elle a certes très provisoirement sauvé sa peau, mais pas celle de POM…), a cautionné la fusion des services de renseignement alors qu’elle y était opposée, la fusion police-gendarmerie (ce qui est au demeurant potentiellement très grave pour la sécurité intérieure) alors qu’elle y était opposée, et tente maintenant de justifier le retour dans le commandement intégré de l’OTAN alors qu’elle y est opposée, tout du moins espérons-le. Dominique de Villepin a conclu son intervention dans Dimanche + il y a deux jours par « c’est une histoire de fidélité ». C’était à propos de Jacques Chirac, mais cela vaut aussi, et surtout, pour les convictions. Certains feraient bien d’y réfléchir…

Écrit par : Républicain | 24.02.2009

Pantouflage de François Pérol : le gros mensonge de Sarkozy.

Nicolas Sarkozy a manifestement quelques soucis avec la déontologie. Depuis Rome, lors du sommet franco-italien, le président de la République a déclaré devant la presse que la future nomination du secrétaire général adjoint de l’Elysée, François Pérol, à la tête du futur groupe Caisse d’épargne — Banque Populaire ne posait pas de « problème » aux yeux de la Commission de déontologie.

Cette dernière est censée se prononcer en cas de pantouflage, c’est-à-dire de départ d’un fonctionnaire vers le privé, pour vérifier qu’il n’existe pas de conflits d’intérêts potentiels.

D’après Sarkozy, cette Commission de déontologie « a donné son point de vue, et son point de vue a été communiqué aux deux banques. Il sera rendu public et vous verrez qu’une fois de plus, c’est la différence entre une polémique et un problème. De problème il n’y en a pas ».

Il semble que le président de la République prenne ses rêves pour la réalité. Car la Commission de déontologie n’a pas été saisie du cas Pérol. Et ne s’est pas réunie pour en discuter. « On n’a jamais évoqué le cas de François Pérol, assure un membre de la Commission, puisque notre prochaine réunion est prévue pour le 11 mars ».

A l’Elysée, un porte-parole tente de rattraper le coup en expliquant que « la Commission ne s’est pas encore réunie, mais elle a émis un avis "off", positif, qu’elle a communiqué aux banques. C’est ce qui se passe dans les cas d’urgence ».

En réalité, il semble bien que cette procédure d’urgence soit totalement inconnue : « Cela fait des années que je siège à cette Commission, et à ma connaissance une telle procédure n’a jamais été convoquée », selon le membre de la Commission interrogé par Libération.

Le président de la Commission de déontologie, Olivier Fouquet, n’a pas souhaité répondre à nos messages.

Quant aux banques, elles refusent de dire si elles ont ou non reçu le fameux avis « off » de la Commission. Mais puisqu’on vous dit qu’il n’y a pas de problème…

http://www.liberation.fr/economie/0101321567-pantouflage-de-perol-le-gros-mensonge-de-sarkozy

Écrit par : BA | 24.02.2009

Tout comme toi, j'assiste attristé à la lente dérive de MAM.

Elle était pour moi un des symboles de l'espoir gaulliste.
Ses prises de positions ou plutôt son absence de toute contradiction me déçoivent énormément.

J'avais espéré que son ralliement à Sarkozy (déjà difficile à avaler) était temporaire et avait pour objectif de mieux défendre ses valeurs "de l'intérieur".
Même Hervé Morin est plus critique qu'elle c'est dire le niveau.

Nous commettons tous des erreurs de jugements sur les hommes politiques, en voila une clairement identifiée

Écrit par : vincent75 | 25.02.2009

Dans une interview, Jacques Sapir présente l'Europe comme l'émanation politique de l'Otan. Finalement, je crois qu'il a raison. Nous sommes dans l'Empire, l'Empire post-américain, dont fait partie l'Otan et l'Europe.
L'Empire chercha à se développer à l'est en voulant inclure la Géorgie...

Néanmoins, avec la crise, on peut comprendre que l'Empire se casse la gueule. Ce qui n'empêche pas ses derniers employés, comme Mam, de continuer à lécher les bottes.

Écrit par : stéphane | 03.03.2009

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