06.03.2009
La BCE en retard d’une bataille
« Historique », « inédit » : la décision de la BCE de baisser ses taux d’intérêts de 0,5 point, à 1,5% est la bienvenue. Malheureusement, elle vient beaucoup trop tard et montre à nouveau à quel point la politique monétaire suivie depuis des années en Europe est mauvaise.
Pouvait-il en être autrement ?
L’infographie du Monde permet de bien mesurer le retard de la Banque Centrale Européenne dans la réaction à la crise. Alors que la Fed a commencé à baisser ses taux dès septembre 2007, la BCE montait encore les siens en juin 2008. Alors que les taux Américains étaient à 2% dès début 2008, il aura fallu attendre un an de plus pour arriver à la même situation en Europe. Il faut noter qu’en novembre 2008, les taux de la BCE étaient encore supérieurs à 3% alors qu’ils étaient déjà tombés à 1% aux Etats-Unis.
Pourtant, l’impact de la crise est le même des deux côtés de l’Atlantique, ce qui laisse penser que si la BCE avait suivi la politique plus agressive de la Fed, la zone euro aurait subi un ralentissement moins marqué. Le conservatisme de la BCE dans la baisse des taux est proprement effarant quand on constate l’effondrement de l’activité dans les pays de la zone euro (dont le PIB a reculé de 6% en rythme annuel au 4ème trimestre) et l’envolée du chômage. Il est incroyable que la BCE ait tant attendu devant l’ampleur de la crise.
On pourra objecter que la baisse des taux n’est pas suffisante pour relancer une économie qui traverse une économie frappée une crise aussi sure et que le soutien au crédit est paradoxal puisque cette crise est en partie la conséquence d’un excès de crédit. Mais la baisse des taux permet de soulager les mensualités des ménages ayant emprunté à taux variables, elle permet aussi de baisser le coût du crédit pour les entreprises et donc stimule l’investissement et enfin, elle joue un rôle dans l’appréciation de la monnaie.
Une BCE incorrigible
Malheureusement pour la France et l’Europe, Jean-Claude Trichet récidive dans la non-assistance à personnes en danger économique. Déjà, dans les années 90, il avait mené une politique monétaire désastreuse à la tête de la Banque de France, politique qui avait fait grimper le nombre de chômeurs à plus de 3 millions. Et lors de l’éclatement de la bulle Internet, comme le montre bien l’infographie du Monde, il avait tardé à baisser les taux, pénalisant la reprise de l’économie européenne.
Rien ne peut justifier la politique monétaire de la BCE, d’autant plus que beaucoup avaient annoncé la dureté de la crise économique et réclamé un assouplissement dès 2007. Cette nouvelle erreur pose tout de même la question d’une institution qui peut persister dans ses erreurs sans jamais être réellement remise en question par qui que ce soit. Cette irresponsabilité est une anomalie majeure du système démocratique qui suppose un minimum de responsabilité devant le peuple.
D’ailleurs, l’inadéquation de la politique monétaire de la BCE a été illustrée par la baisse brutale des bourses mondiales, qui n’ont pas du tout été rassurées par cette baisse des taux, à la fois insuffisante et trop tardive. Même le marché ne croit plus en la BCE…
Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/03...
http://www.lemonde.fr/economie/infographie/2008/12/04/evo...
http://www.lefigaro.fr/marches/2009/03/05/04003-20090305A...
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : bce, fed, taux d'intérêts, euro, jean-claude trichet, le monde




Commentaires
La baisse des taux?What else!
Le 20 septembre 2007(déjà!)j'envoyais un courriel à mon frère(un jeune banquier),Bernanke venait alors d'annoncer une importante baisse des taux.
50 points de base!Et alors!
D'abord il ne faut pas perdre de vue qu'une baisse des taux ne commence à produire ses effets sur l'activité qu'au bout de 3 trimestres,en attendant...
Ensuite il faut se souvenir de la douloureuse expérience japonaise,pour mémoire le taux d'escompte de la Banque du Japon passa de 6% en 1991 à 0.5% en 1995,en dépit de cette politique monétaire très favorable la production de prêts ne progressa pas sensiblement,on pouvait alors parler de "trappe à liquidité"(on ne fait pas boire un âne qui n'a pas soif...).
Plus récemment,rappelons nous de la crise de 2001 2003;la baisse agressive des taux(au début violemment saluée par les opérateurs)accompagne la dégringolade des marchés.
Enfin la crise immobilière ne fait que commencer,la pratique des teasing rates(ces taux d'appels très attrayants grâce auxquels les courtiers hameçonnent les candidats à la propriété),condamne les ménages américains les plus fragiles.La règle des "2+28"(les deux premières années à des taux attractifs et les suivantes à des taux qui le sont beaucoup moins...)va provoquer une nouvelle vague de faillite.On n'a pas encore gouté le millésime 2006 et à peine le 2005(le pic de la bulle immobilière)et on peut affirmer sans douter qu'il sera imbuvable.
La politique très volontariste de Bernanke ne sauvera pas les marché,la martingale américaine ne pouvait fonctionner que tant que les prix de l'immobilier augmentaient;les ménages refinançant(et finançant...)leurs emprunts au fur et à mesure de l'appréciation du prix de leurs résidences.
Aujourd'hui la messe est dite,les prix baissent et ils ne remonteront pas de sitôt,et les stocks gonflent;4.5 millions d'unités sont disponibles alors que le marché ne peut en absorber plus de 1.5 millions d'unités par an.
Dans ces condition ce n'est pas demain que le marché retrouvera son équilibre.
C'est l'histoire d'un mec qui tombe du 50ème et qui au fur et à mesure de sa chute se répète à chaque étage;jusqu'ici tout va bien,jusqu'ici tout va bien,jusqu'ici tout va bien...
Si je vous fais "profiter" de ce courriel ce n'est pas pour être félicité pour mes analyses mais pour bien vous faire comprendre que le désastre économique était prévisible depuis bien longtemps.
"Aujourd'hui" vous écrivez;
"On pourra objecter(...)que le soutien au crédit est paradoxal"
J'ai déjà écris ce que je pensais de cette politique...
"mais la baisse des taux permet(...)"
La Banque centrale détermine le niveau des taux courts(le montant du "loyer" pour l'argent que les banques se prêtent entres-elles),les taux longs(qui intéressent les ménages et les entreprises)sont déterminés par le marché(par la loi de l'offre et de la demande).
Plus les Etats s'endettent plus les taux longs vont se tendre.
Aujourd'hui la FED et la Banque d'Angleterre font tourner la planche à billets(pour parler clairement impriment des "faux billets")pour acheter des emprunts d'Etats et ainsi faire baisser les taux longs.
Cette politique dite d'"assouplissement quantitatif",antilibérale puisqu'elle consiste à "tordre" le marché,est illusoire et funeste.
L'Angleterre marche dans les pas de...l'Islande!Pour voir s'effondrer le dollar il faudra attendre un peu plus longtemps,monnaie de réserve oblige...
La baisse des taux directeurs n'aura évidemment aucun impact sur l'investissement ni même sur les prêts à la consommation,mais elle favorisera à terme(quand l'argent recommencera à circuler)la spéculation financière et elle va provoquée une montée de l'inflation(une baisse du" niveau de vie").
La baisse des taux "joue un rôle dans l'appréciation de la monnaie"
Quand la demande s'effondre on ne relance pas les exportations en faisant baisser la monnaie.
Quand on a désintégré sa base industrielle,quand on ne produit rien,quand on dépend des échanges avec l'extérieur(quand on importe tout)on ne gagne pas à dévaluer sa monnaie.
Les Islandais en font l'amer expérience...
Greenspan,Bernanke,Geithner,King et consorts sont de parfaits imbéciles et ne sont évidemment pas libéraux,au contraire!
Écrit par : Balthazar | 08.03.2009
Je partage assez le point de vie de Balthazar. J'ai toujours eu des doutes dans le contexte actuel sur l'efficacité d'une politique de baisse des taux. A mon avis, ça sert surtout a augmenter les marges des banques pour se permettre de se refaire.
Aujourd'hui, le facteur limitant c'est l'insuffisance des débouchés, bien plus que l'insuffisance du crédit permettant d'investir.
En revanche, j'ai lu que la BCE s'apprétais à recourir à des moyens "non conventionnels" pour émettre des liquidités, à savoir racheter des obligations privées. Apparemment le traité de Maasticht interdit l'achat d'obligation publique mais pas l'achat de la dette privée.
Tu pourrais nous dire ce que tu en penses ? ...
Écrit par : Malakine | 09.03.2009
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