30.03.2009

Et si la fin de cette crise avait commencé ?

Même si les prochaines annonces concernant l’évolution du chômage et du PIB vont rester très mauvaises dans les prochains mois, la récente et spectaculaire hausse de la bourse, qui a gagné plus de 10%, marque peut-être la première étape vers une sortie de cette crise, aussi illusoire soit-elle.

Les raisons pour lesquelles la crise pourrait se terminer

Un tel pronostic pourra paraître complètement fou et ridicule. Malgré tout, je ne crois pas au scénario en L (effondrement suivi d’une absence complète de reprise). La première raison est l’énormité inédite des plans de soutien de la plupart des grandes puissances économiques. Si la France et l’Italie jouent petit bras, d’autres pays ont lâché les vannes budgétaires : les Etats-Unis (déficit de 12% du PIB), la Grande Bretagne (8%), la Chine ou même l’Allemagne. Cette injection massive d’argent public peut réanimer l’économie.

Et cela le pourra d’autant plus que l’exubérance des marchés est valable à la hausse comme à la baisse. De même que le marché pousse certains prix trop hauts quand il est optimiste, il les pousse trop bas quand il est trop pessimiste. À un point, BNP Paribas ne valait plus que 19 milliards d’euros, pour une banque capable de dégager 7 milliards de résultat net annuel. Résultat, ayant trop baissé, les cours peuvent mécaniquement remonter, favorisant un retour de la croissance.

De même, l’effondrement de la production depuis le 4ème trimestre 2008 peut paradoxalement favoriser la reprise, par le phénomène bien connu du comparatif, que connaissent ceux qui ont géré une affaire. Prenons le cas du marché automobile espagnol, en recul d’environ 40%. Sa chute est tellement violente qu’il lui serait facile de progresser de 20% au quatrième trimestre 2009, ce qui stimulerait l’économie espagnole même si cela le laisserait encore 28% sous le niveau de fin 2007 / début 2008…

Une sortie de crise illusoire

L’addition de ces trois raisons me fait pronostiquer une légère croissance du PIB à partir du 4ème trimestre 2009 du fait du comparatif avec un trimestre où la production s’est effondrée. La reprise devrait être plus importante outre-Atlantique qu’en Europe du fait du décalage de politique monétaire et budgétaire. Avec l’injection massive d’argent public, le PIB pourrait bien progresser de 2 à 3% aux Etats-Unis pour le dernier trimestre de l’année, surtout si le dollar reste à un faible niveau. La zone euro devrait à peine progresser.

Alors, bien sûr, cette sortie de crise sera illusoire pour plusieurs raisons. Tout d’abord, elle se fera avec un niveau de chômage très élevé, autour de 10% des populations actives (et officiellement environ 3 millions de chômeurs en France). Pire, la probable reprise modérée de l’Europe (du fait d’un euro surévalué et de politiques inadaptées), ne fera pas baisser le chômage, qui se maintiendra à un niveau élevé en 2010 et après puisque les politiques budgétaires restrictives pèseront sans doute sur la croissance à partir de 2011.

Encore pire, aussi grave qu’elle soit, cette crise risque de ne pas aboutir à une réforme du système économique. Si l’on peut espérer une réforme a minima du monde de la finance, rien ne sera vraisemblablement fait pour la réforme du système monétaire et du commerce international. Et avec l’endettement massif des Etats et le maintien des déséquilibres économiques, les ferments d’une nouvelle crise seront déjà semés, une crise qui pourrait être encore plus violente.

Paradoxalement, beaucoup d’éléments peuvent faire croire à une sortie de crise à la fin de l’année. Mais cette sortie sera illusoire, surtout en Europe où la reprise devrait être poussive, ne permettant pas de réduire sensiblement et rapidement un chômage qui aura beaucoup augmenté.

Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/03...

http://www.lefigaro.fr/marches/2009/03/23/04003-20090323A...

Commentaires

Ce serait quand même très vite oublier les LBO et l'effondrement des assureurs...

Mais tu as raison dans le sens que l'on ne voit rien venir: Sarkozy ne fera rien mais ça on le savait, Obama non plus ce qui est déjà beaucoup plus problématique. Mais c'était malheureusement très prévisible, il ne faut pas oublier qu'on est toujours à l'ère de la pensée zéro.

Écrit par : Jb | 30.03.2009

Je fais un autre pronostic :

à cause de l'explosion du chômage, et à cause de l'explosion du nombre des faillites, de plus en plus de particuliers et d'entreprises vont arrêter de rembourser leurs crédits.

Mon pronostic est donc que la crise va s'aggraver de façon très violente.

C'est ça, le double effet kiss cool.

Écrit par : BA | 30.03.2009

Les médias se chargeant de nous infuser des messages négatifs 24h/24, j'ai envie de croire que la lueur de reprise argumentée par Laurent ne sera pas qu'illusoire. Même si on tatonne sur les réponses à apporter, la prise de conscience écologique et la volonté d'une refondation de l'économie sur des valeurs plus humaines n'ont certainement jamais été aussi fortes.

Écrit par : OL | 30.03.2009

@ BA

Rdv début 2010 pour solder notre pari...

@ OL

En fait, je crois que toute la difficulté pour des gens comme nous qui pensons qu'il faut radicalement changer le logiciel du système est que cet effondrement illustre nos thèses. Dès lors, quelque part, nous voulons un peu croire à un effondrement complet, qui validerait plus encore nos idées.

Mais dans la réalité, je crois que le système peut se sauver sans être véritablement changé (titre d'un The Economist de l'automne). Ce sera juste, mais cela me semble possible pour les raisons que j'invoque.

En outre, tous ceux qui noircissent le trait aujourd'hui sont ceux qui disaient que tout allait bien hier...

Enfin, je crois qu'il est important que ne nous laissions pas tous aller à des prévisions trop catastrophistes car si reprise il y a, alors cela discréditera nos idées.

Je tiens à préciser que ma thèse est assez proche de l'intervention de Jacques Généreux à un colloque de l'AN auquel j'avais eu la chance d'assister.

Je suis d'accord qu'il y a une prise de conscience de la population, mais cela est moins vrai des dirigeants (il suffit de voir le discours de certains sur le protectionnisme, comme DSK, comme le rapporte bien Malakine sur son blog Horizons).

Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 30.03.2009

Moi, je veux bien ne pas être catastrophiste, mais les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l'Allemagne, l'Espagne, ont commencé à nationaliser leurs banques car elles sont en faillite.

Paul Krugman écrit dans tous ses articles que les banques des pays développés sont mortes. Paul Krugman a inventé une expression amusante : il les appelle " les banques zombies " parce qu'elles bougent encore, certes, mais en réalité elles sont mortes !

Le problème est le suivant :

1- Depuis 2008, nous savons tous que les banques des pays développés ont dans leurs coffres des centaines de milliards d'actifs pourris, c'est-à-dire des créances qu'elles ne récupèreront JAMAIS.

Bon.

D'accord. C'est le premier effet kiss cool.

2- La conséquence : l'économie réelle s'effondre, les entreprises font faillite, les usines ferment, et le chômage explose dans tous les pays développés.

La conséquence de la conséquence : dans les semaines qui viennent, de plus en plus de particuliers et de plus en plus d'entreprises ne vont plus pouvoir rembourser leurs crédits. Le nombre de défauts de crédits va lui-aussi exploser. La situation des banques va donc empirer ! (Mais si, c'est possible !)

C'est ce qu'on pourrait appeler le second effet kiss cool.

Écrit par : BA | 31.03.2009

@ BA

Je ne pense pas que la situation des banques va empirer. La hausse des marchés vient à leur secours (ils avaient trop baissé). A titre d'information, Citigroup gagne de l'argent depuis le début de l'année, signe que le pire est peut-être passé pour le système financier.

Krugman parle des banques zombies aux Etats-Unis, mais ce n'est pas la même chose en Europe continentale, à quelques exceptions près. Les nouvelles faillites ne sont pas le fait de gros établissements posant un risque systémique.

Après, malheureusement, aucune réforme sérieuse du système n'est entreprise. On ne fait que repousser le problème à plus tard...

Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 02.04.2009

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