04.04.2009

G20 : ils ont sauvé le système sans le changer véritablement

Dans une dramatisation digne d’une série américaine, le monde serait passé de l’ombre à la lumière grâce au G20. Pourtant, la plupart des conclusions présentées avant-hier étaient déjà annoncées il y a plusieurs semaines. Que peut signifier cet unanimisme de la plupart des commentateurs ?

Un décalage de perception inédit

Alors que la quasi-totalité des médias se félicite des avancées du G20, qui seraient historiques, France 3 faisait un sondage sur son site hier pour demandaient aux Français s’ils faisaient confiance au G20 pour changer les règles de l’économe. Surprise, plus de 90% des plus de 30 000 votants ont répondu « non ». Pourtant, les bourses ont réagi très positivement malgré la légère prise de bénéfice d’hier. Alors que le CAC 40 avait touché les 2460 points en séance le 9 mars, il a repris la bagatelle de 20% en 4 semaines à peine.

Pendant que les Etats-Unis annoncent la destruction de 663 000 emplois en mars, portant le niveau de chômage à 8,5% et le nombre d’emplois perdus à 5 millions (!!!) en 15 mois, les mêmes marchés aux comportements irrationnels et les mêmes dirigeants qui les avaient laissé faire, semblent voir le bout du tunnel. Et comme souvent, cette prophétie a des chances de devenir auto réalisatrice, dans la mesure où elle permet une hausse des bourses qui vient soulager les institutions financières de la planète.

Bien sûr, rien n’est complètement réglé : la hausse du chômage est d’une violence inédite depuis 80 ans et les prochains chiffres du PIB (pour le 1er trimestre 2009) devraient être très mauvais, notamment aux Etats-Unis. Les marchés ne vont donc pas reprendre sans à coup. Mais, cette nouvelle étape semble confirmer l’hypothèse que j’avais faite lundi d’une sortie progressive (quoique illusoire et temporaire) de la crise dans quelques mois. Les marchés réagissent en général avec un temps d’avance sur l’économie réelle.

Le système néolibéral sort renforcé

Il y a quelques semaines, dans un papier sur « la crise de l’anarchie néolibérale », j’avais attribué la responsabilité de la crise actuelle à une triple déréglementation, financière, monétaire et commerciale. L’examen des conclusions du G20 montre malheureusement que les dirigeants du monde ne souhaitent en aucun cas changer le système qui nous a mené au bord du précipice économique. Les questions monétaires, pourtant essentielles, sont tout bonnement ignorées.

Le cas du libre-échange est encore plus caricatural puisque le protectionnisme est condamné comme un mal rendu responsable de la grande dépression, alors qu’il n’en était que la conséquence. Mais surtout, s’il est vrai qu’il y aura une légère progression de la réglementation financière, beaucoup de flou demeure dans le détail des mesures. La liste des paradis fiscaux le montre bien : plus que trois pays en liste noire et Jersey en liste blanche. Ils ne sont pas purement et simplement interdits comme on aurait pu le souhaiter.

Si les mesures annoncées pour la réglementation financière vont dans le bon sens (rémunération des traders, normes prudentielles des banques), tout dépendra du détail. En outre, la taxe Tobin n’a naturellement pas été évoquée… L’encadrement promis pourrait bien n’être que très limité sur les questions financières et il sera nul sur les questions monétaires et commerciales. Des gages sont donnés pour l’affichage, mais rien ne change vraiment, avec toutes les conséquences que cela signifie.

Il y a quelque chose de proprement incroyable dans l’auto célébration des conclusions d’un G20 pourtant bien timide. Si cette présentation des choses peut faciliter la sortie de cette crise, il y a fort à parier que cela ne fait qu’en préparer une prochaine, qui pourrait être encore plus violente.

Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/04...

http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/04...

Commentaires

Je suis tout à fait d'accord avec ta conclusion

A ma grande surprise, mon journal préféré, Le Parisien, titrait en une le 3 avril : "L'incroyable succès du sommet du G20" pour ensuite reconnaitre en pages intérieures que parmi les 6 mesures soi disant clés décidées, très peu seraient réellement efficaces mis à part, peut être celles destinées à la relance, qui pour moi, ne font que retarder un cataclysme plus violent.

Écrit par : RST | 04.04.2009

Ah ! Comme ils se congratulaient à la fin de ce sommet... En couverture de l'Humanité : "G20 : ils se moquent du monde ! Plutôt que de réformer en profondeur le vieil ordre économique et financier, les 20 s'en remettent aux institutions internationales comme le FMI, la Banque mondiale et l'OMC... "

Écrit par : Diana | 04.04.2009

pareil.
j'en ai même fait un billet. http://sarkofrance.lejdd.fr/2009/04/05/33-quelle-est-l-opposition-de-droite-a-nicolas-sarkozy?ri_value=&ri_id=33

Je pense que l'opposition à droite doit se solidifier. Sarko est une (mauvaise) rupture pour beaucoup de monde, et certains à droite trouvent les bons arguments.

Écrit par : juan | 04.04.2009

@ RST

Complètement d'accord : d'ailleurs, l'article du Monde sur les paradis fiscaux relativise grandement la portée des conclusions du G20.

@ Diana

Très juste : le choix de s'en remettre au FMI est proprement incroyable, surtout quand on constate les politiques qu'ils mettent en oeuvre dans les pays qu'ils "aident".

@ Juan

Merci pour la citation. Je crois que l'alternative à Sarkozy se trouvera sans doute plus clairement côté gaulliste que socialiste.

Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 04.04.2009

@Laurent

Franchement tu ne va pas me dire que tu es surpris par néant pratique de ce G20. En général quand on ne veut rien faire on fait des grande réunion tonitruante à coup de médias et de grands discours et puis plus rien, il me semble que Bretton-Woods c'était l'inverse une micro-réunion discrète mais au combien importante.

Maintenant le monde me fait un peu penser à la république de Weimar des élu démocrates qui ne font rien et qui regarde l'angoisse populaire grimper jusqu'à ce qu'un certain Adolf monte au pouvoir. L'histoire bégaie malheureusement quelques années avec des taux de chômage à trente ou quarante pourcents sont la seule issus à cet immobilisme, une fois la population " mure " des crises politiques majeur arriveront. Et de ces crises sortiront des alternatives mais aussi des drames imprévisibles. Les hommes politiques irresponsables qui nous diriges n'auront aucune excuse contrairement à leurs aïeux, car cet fois ils étaient prévenus et il y a avait l'expérience des années 30.

Au fait j'espère que tu ne crois plus en la possibilité de relancer l'économie par la simple explosion de l'émission monétaire. L'Asie repartira peut-être mais pour l'Europe et les USA je ne vois pas en quoi la multiplication des pains pourrait relancer une industrie qui fout le camps.

A mais c'est vrai il faut éviter le monstrueux protectionnisme qu'ils disent, le fait que cette interdiction soit posé par ceux qui sont à l'origine de la crise ,prouve par l'absurde que c'est bien le protectionnisme la seule voie de sortie pour les pays avancés.

Écrit par : yann | 04.04.2009

@Juan

Le problème c'est qu'il y a un gouffre entre les conceptions d'un De Villepin et celle de NDA je m'en suis aperçu en écoutant DDV critiquer le protectionnisme et disant qu'il conduisait toujours à la guerre le genre d'idée reçues complètement fausse. S'il pense vraiment çà alors il n'est guère une alternative au Sarkozisme tout juste est il un Bayrou bis çà sent l'alternative, çà a la couleur de l'alternative mais çà n'est pas une alternative.

Écrit par : yann | 04.04.2009

@ Yann

Je n'attendais pas grand chose du G20, même si j'espérais davantage d'Obama.

A dire vrai, je persiste à croire qu'ils vont sauver (temporairement) le système et que le monde sortira timidement de la récession fin 2009 / début 2010 mais cette sortie de crise se fera au prix d'une nouvelle bulle, et sera très limitée pour les pays occidentaux, et notamment l'Europe. Et nous aurons une nouvelle crise sans doute encore plus dure dans quelques années.

A dire vrai, je ne changerai pas grand chose de ce que j'avais écrit dans Le Grand choc de 2017, qui me semble d'actualité.

Complètement d'accord sur le protectionnisme : le fait que ceux qui le dénoncent soient ceux qui écartaient toute régulation hier et qui disaient que tout allait bien disqualifie leur discours. Malheureusement, il n'y a pas grand monde pour oser en parler, à part NDA et sans doute le PG.

Il y a un gouffre entre NDA et DDV sur l'économie : je suis d'accord. Il faut espérer que le second puisse évoluer. DDV ne serait une alternative que partielle (sur les questions de République, internationales ou institutionnelles) mais pas vraiment sur l'économie.

Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 06.04.2009

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