14.04.2009
Ce que le néolibéralisme fait à la diplomatie
La somme des intérêts égoïstes permettrait de produire de l’intérêt général. Si la théorie libérale s’est à nouveau fracassé sur le mur de la réalité avec la crise, son influence n’a pas fini de se faire sentir, par la tournure d’esprit qu’elle donne aux diplomaties de la planète.
Du néolibéralisme et de l’Europe
Quand les Etats européens négocient un nouveau paquet climat, c’est une foire d’empoigne pour négocier des exemptions ou de meilleurs quotas pour ses industriels. La mise en place d’une taxe nous aurait épargné ce spectacle assez peu réjouissant. En fait, les pays européens n’ont pu s’entendre que sur un plan coordonné pour sauver des banques. En revanche, les plans de soutien à la demande ne sont pas concertés et les pays qui le peuvent, comme la Grande-Bretagne, utilisent la dépréciation monétaire…
Sans doute en bonne partie sous l’influence néolibérale, l’Union Européenne n’est plus un espace où un intérêt général européen pourrait s’imaginer mais simplement un champ de bataille où chacun cherche à protéger mesquinement ses propres intérêts ou, mieux, à les imposer aux autres pays, voir dans le cas des lobbys, à les imposer aux gouvernements et aux peuples. Les ravages de l’idéologie néolibérale sont ancrés profondément dans l’ensemble des Institutions européennes.
Dans les années 50, la France et l’Allemagne étaient capables de construire un projet commun, la CECA, qui servait leurs intérêts communs. Dans les années 60, le Général de Gaulle avait réussi à faire adopter une Politique Agricole Commune avec un grand dessein. Avec Airbus et Ariane, les Etats ont su faire preuve d’une certaine abnégation pour construire un dessein plus grand.
Du néolibéralisme et de la diplomatie
Il en est de même à l’échelle de la planète. Qu’avons-nous appris aux pays émergents si ce n’est une logique détestable de rapports de force où le plus puissant fait ce qu’il veut et peut imposer sa volonté à plus faibles que lui. Quand les pays riches traversent une crise économique, ils n’hésitent pas à creuser les déficits pour amortir la crise. Quand les pays émergents vont mal et qu’ils sont contraints d’avoir recours à l’aide du FMI, qu’ils cherchent donc à éviter, on leur impose des cures d’austérité…
Diplomatiquement, la situation est simple. Un pays peut faire ce qu’il veut du moment qu’il est puissant, économiquement ou militairement : les autres pays ne viendront pas lui chercher des noises. En revanche, un pays relativement faible, comme l’Irak, le Liban ou Gaza, pourra être envahi par plus puissant que lui sans la moindre conséquence concrète de la part de la communauté internationale. Le règne du chacun pour soi en économie devient la règle en diplomatie.
Conséquences et remèdes
La volonté de puissance affichée par la Russie ou la Chine est une conséquence logique de la façon dont fonctionne la communauté internationale fonctionne. Malheureusement, c’est ce que nous leur avons appris. La Russie s’est vue imposer une thérapie de choc inhumaine par un Occident inconscient dans les années 90. Il est donc parfaitement normal que le régime russe soit toujours dans une logique de rapports de force avec les autres pays. Nous leur avons montré qu’il valait mieux être puissant et riche…
Dans un autre monde, l’Europe aurait pu tendre la main à sa partie orientale pour l’aider à se relever de l’effondrement du communisme en prenant exemple sur le plan Marshall du sortir de la guerre. Ainsi, nous aurions appris à nos frères de l’Est que l’égoïsme ne fait pas tourner le monde. En un sens, la crise actuelle est une opportunité de nous racheter. Malheureusement, il est peu probable qu’elle soit saisie.
En un sens, l’aventure européenne, jusque dans les années 70, a représenté et représente toujours une formidable aventure humaine qui a permis à des nations autrefois séparées par d’innombrables guerres et des millions de morts, de construire un projet commun qui nous a permis de dépasser les antagonismes et de construire de nouvelles solidarités. Malheureusement, ses promoteurs ont fini par tomber dans un double travers : un dogmatisme ultralibéral sans limites et une volonté affichée d’affaiblir les nations.
Le néolibéralisme prêche la guerre économique entre les nations. Il n’est malheureusement pas étonnant que cet état d’esprit conduise à des comportements belliqueux. Il est urgent d’imaginer de nouveaux projets communs pour remettre de l’intérêt général dans les relations diplomatiques.
Source : http://horizons.typepad.fr/accueil/2009/04/le-g20-vers-un...10:55 Publié dans Economie, Europe, International | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : diplomatie, fmi, russie, chine, europe, néolibéralisme




Commentaires
"En un sens, l’aventure européenne, jusque dans les années 70, a représenté et représente toujours une formidable aventure humaine qui a permis à des nations autrefois séparées par d’innombrables guerres et des millions de morts, de construire un projet commun qui nous a permis de dépasser les antagonismes et de construire de nouvelles solidarités. Malheureusement, ses promoteurs ont fini par tomber dans un double travers : un dogmatisme ultralibéral sans limites et une volonté affichée d’affaiblir les nations."
Tout est dit, bravo !
Écrit par : Mancioday | 14.04.2009
Excellent !
Il me semble que l'axiome de base du capitalisme c'est que la somme des intérêts individuel produit le bien commun, et que plus un individu est riche, plus il a de pouvoir dans cette construction spontanée du bien commun...
Il n'est donc pas étonnant que cette logique appliquée à la diplomatie aboutisse à cette jungle ou règne la loi du plus fort que tu décris.
Une remarque toutefois sur le plan Marshall. J'ai découvert récemment en lisant je ne sais plus quel bouquin que ce plan n'avait en réalité rien d'altruiste. Au sortir de la guerre les Etats-Unis étaient en crise de surproduction. Il leur fallait retrouver des débouchés. Comme la guerre leur avait permis de concentrer beaucoup d'or, cela ne leur coutait rien d'en donner un peu à l'Europe en contrepartie de quoi ils pouvaient exporter vers elle.
Finalement le Plan Marshall américain de l'après guerre ressemble beaucoup à ce que la Chine a fait ces 10 dernières années avec les USA pour développer son industrie.
Donc pour revenir au plan Marshall vis à vis des pays de l'Est, il n'y en a pas eu, car à cette époque, l'Europe n'avait ni de surcapacité, ni d'excédent monétaire ... Il n'y a pas de place pour l'altruïsme dans les relations internationales ...
Écrit par : Malakine | 14.04.2009
"La somme des intérêts égoïstes permettrait de produire de l’intérêt général."
Raté. Ce n'est pas la définition du libéralisme, du tout, ni en pratique, ni en théorie. Ce n'est pas non plus la définition du capitalisme. C'est assez proche, en revanche, de l'image véhiculée par les tenants d'un étatisme débridé, du "capitalisme d'état", du corporatisme à la française et du colbertisme dont on voit, très concrètement, les dégâts qu'ils commettent tous les jours.
Et ce n'est pas fini.
Écrit par : h16 | 14.04.2009
@ l'auteur :
C'est un euphémisme que de dire que le libéralisme (qu'il soit "néo" ou "classique" d'ailleurs puisque je ne suis pas sûr que vous fassiez la différence) n'a pas la cote en ce moment ... ce n'est cependant pas une raison pour lui faire porter la responsabilité de tous les maux du monde, notamment en termes de diplomatie.
Permettez moi simplement de rappeler au gaulliste proclamé que vous êtes cette célèbre formule que l'on attribue (a tort je crois) au Général de Gaulle : "Un pays n'a pas d'amis, uniquement des intérêts".
Formule sage et lucide qui résume clairement le moteur éternel de toute vraie diplomatie : l'intérêt national égoiste.
Je partage avec vous une vision positive de la construction européenne, mais j'ai l'impression que votre lyrisme et, permettez-moi, votre naïveté quand à la bonté spontannée des hommes et le mal inhérent au système libéral ne vous conduise à une vision assez biaisée du monde.
Écrit par : Marx | 14.04.2009
@ Marx,
Le choix des termes "libéral" ou "néolibéral" se fait bien à dessein. Vous pouvez vous référer à la catégorie "livres" pour en savoir plus.
Désolé, mais je ne souscris pas à une vision de l'homme qui le réduit à son intérêt égoïste. Je crois que cette vision est totalement parcellaire et ne prend pas en compte le fait que l'homme est un animal social, qui a autant besoin d'être avec qu'être soi. Ces deux besoins sont nécessaires à la construction de l'individu.
Ne serait-ce pas le fait de réduire l'homme à un être égoïste qui est un peu naïf, pour ne pas dire plus ? C'est d'ailleurs ce que je reproche à la théorie néolibérale.
@ H16
Hobbes : "il faut donc en venir là, que nous ne cherchons pas de compagnons par quelque instinct de la nature ; mais bien l'honneur et l'utilité qu'ils nous apportent". Pour moi, cette citation montre qu'Hobbes réduit l'homme à un être égoïste auquel il ne peut pas se réduire à mon sens.
Certes, Smith voyait plus loin, mais le passage du libéralisme au néolibéralisme à la fin du 19ème a consacré l'égoïsme individuel comme le moteur de nos sociétés, comme dans les équations de micro-économie.
Je ne dis pas que le libéralisme se réduit à cela, loin de là mais que cette vision selon laquelle la sommes des intérêts égoïstes produit de l'intérêt général est une base du libéralisme. Et je vais te surprendre, je crois que cette somme des intérêts individuels peut parfois produire de l'intérêt général, mais pas toujours, ce qui suppose une capacité d'encadrement par l'Etat pour éviter les excès que nous venons de connaître par exemple.
Mais si je n'ai pas compris, je veux bien que tu me donnes ton interprétation.
Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 14.04.2009
@ Malakine,
Je veux croire que nous voyons le plan Marshall avec les yeux de notre époque et que ce plan n'était pas uniquement à destination de l'industrie américaine, mais je me trompe peut-être.
Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 14.04.2009
@ l'auteur
La sociabilité n'a absolument rien à voir avec la bonté. Les pires criminels sont en général des gens très bien intégrés socialement... voyez donc nos chers politiques.
ps: n'êtes-vous pas un peu âgé pour encore croire aux Bisounours ?
Écrit par : Marx | 15.04.2009
Laurent, tu confonds égoïste et individualiste.
Tu n'es pas le premier, note bien.
Écrit par : h16 | 15.04.2009
Il est un peu rapide de dire que le néo-libéralisme conduit à des comportements belliqueux. Pour l'exemple de la Russie, la volonté de puissance traverse les siècles et les régimes politiques, et la diplomatie, globalement, affiche une belle cohérence depuis le XIX siècle.
Et la construction européenne, s'il elle s'est basée sur le constat du résultat destructeur des intérêts "égoïstes" des Etats, fut aussi largement motivée par la volonté de retrouver une puissance, que la Première guerre mondiale n'avait fait qu'entamer, et que la Seconde devait anéantir : celle de la toute puissance européenne. Cette idée était très présente à l'esprit des parlementaires européen d'après-guerre, même si elle était la plupart du temps exempte de tout bellicisme.
Pour autant, j'adhère assez à votre propos. Le néo-libéralisme a sans doute ancré (encore plus ?) profondément cette idée qu'il faut "bien se placer dans la compétition mondiale", "rester en tête" "faire face à la nouvelle concurrence des pays émergents".
Écrit par : Siverts | 17.04.2009
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