22.04.2009
Les Etats contre Monsanto et la Commission Européenne
Il y a un mois et demi, le bras de fer entre les Etats et la Commission Européenne sur les OGM et le maïs Monsanto s’était terminé par une victoire par K.O. des Etats. Nouvelle étape la semaine dernière avec le retrait du fameux maïs MON 810 d’Allemagne.
Un choix remis en cause par le Figaro
Le choix de l’Allemagne renforce clairement le camp de la prudence à l’égard des OGM puisque avec cette décision, notre voisin d’outre-Rhin devient le sixième pays de l’Union Européenne à interdire la commercialisation de cette variété de maïs transgénique et résistante aux insectes, la plus commercialisée sur le marché des semences de maïs dans le monde. Le ministère de l’agriculture Allemand a justifié cette décision par des études indiquant un risque pour des insectes.
Le Figaro ne s’embarrasse pas de beaucoup de précautions pour expédier la décision de l’Allemagne qui s’appuierait « sur des considérations plus politiques que scientifiques ». Passons sur le sens suggéré de l’adjectif « politique »… Le journaliste écrit même que « selon nos informations, ces études ne sont ni nouvelles ni forcément pertinentes », citant un autre scientifique pour qui « rien dans nos travaux n’indique que le maïs MON 810 présente un risque supérieur ou différent pour l’environnement ».
Débats scientifiques
Il est parfaitement possible que Marc Mennessier écrive en toute bonne foi, et que sa foi dans le progrès et la technologie explique son point de vue assez radical. Après tout, le passé regorge d’histoires où les hommes ont craint certaines évolutions technologiques et leur impact sur la santé avant de constater que ces dangers étaient inexistants. Mais cependant, l’inverse reste également vrai.
Et l’article de www.cdurable.fr, beaucoup plus équilibré que celui du Figaro, pointe de manière autrement plus convaincante les limites des études citées par les partisans du maïs Monsanto. En outre, comment ne pas soupçonner l’influence mercantile de la multinationale Américaine ? N’est-il pas imaginable que les profits phénoménaux du MON 810 ne poussent les dirigeants à prendre un risque ? Après tout, les résultats des études scientifiques ne sont pas unanimes.
Ce n’est pas aux opposants des OGM de prouver les risques de ces produits. Il revient à leurs défenseurs de démontrer leur parfaite innocuité sur le long terme. Sinon, les Etats ont raison d’utiliser le principe de précaution pour en suspendre la commercialisation.
Source : http://www.lefigaro.fr/vert/2009/04/16/01023-20090416ARTF...
http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2009...
http://cdurable.info/OGM-Polemique-Rapport-AFSSA-Monsanto...
10:55 Publié dans Actualités, Europe | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : monsanto, mon 810, commission européenne, allemagne, le figaro




Commentaires
"Ce n’est pas aux opposants des OGM de prouver les risques de ces produits. Il revient à leurs défenseurs de démontrer leur parfaite innocuité sur le long terme."
C'est impossible. Pour les OGM ou pour n'importe quoi d'autre. Et c'est d'ailleurs toujours l'inverse qui est fait. Principe scientifique de base et logique mathématique : on prouve que quelque chose est faux (dangereux) en exhibant un cas clair. On ne peut pas montrer que ça fonctionne "toujours" (i.e. est "toujours" inoffensif), précisément parce que "toujours" est impossible à englober humainement.
D'ailleurs, avec une telle tirade, même l'eau devrait être interdite (on peut s'y noyer).
Écrit par : h16 | 22.04.2009
Pour Alain Duhamel, protectionnisme rime avec racisme !
Alain Duhamel a encore fait très fort dans sa chronique mardi 21 avril sur RTL.
Evoquant l’incident de Durban, qui a vu l’ambassadeur de France quitter la séance pour protester contre un discours du président iranien, l’indéboulonnable journaliste a réussi par un tour de passe-passe assez incroyable à mettre sur le même plan la "tentation" du protectionnisme, avec celle du racisme et de la xénophobie (ses propos sont exactement les suivants : « On sait qu’on est dans une grave crise, et que dans des crises de ce genre, il y a toujours des tentations de protectionnisme, de nationalisme, de racisme, de xénophobie »).
Pourquoi Alain Duhamel a-t-il choisi d’établir un lien implicite entre protectionnisme et racisme ? Quel rapport entre les deux ? Nous avons d’un côté une attitude individuelle, condamnable d’un point de vue moral et fondée sur l’existence de préjugés, et de l’autre une théorie économique qui prétend viser l’efficacité et le bien-être.
Il n’y a donc strictement aucun rapport entre ces deux notions, qui se situent sur des plans radicalement différents.
Quand le prix nobel d’économie 2008 Paul Krugman promeut un protectionnisme raisonné, il n’est pas raciste. Quand le sociologue Emmanuel Todd et l’économiste Jean-Luc Gréau défendent un point de vue comparable, ils ne sont pas davantage racistes ou xénophobes.
En réalité, Alain Duhamel est suffisamment cultivé et intelligent pour savoir tout ça. Sa petite phrase n’est évidemment pas le fruit de l’ignorance ou du hasard.
Glissée au milieu de 3 minutes 45 s de chronique, elle vise à décrédibiliser le combat protectionniste en l’assimilant inconsciemment dans les esprits à une attitude de rejet de l’autre, de fermeture sur soi, attitude qui confinerait au racisme et à la xénophobie.
Alain Duhamel, comme ses pairs de la bien-pensance, sait bien que le protectionnisme connaît un véritable renouveau dans la pensée économique. La crise qui débute est largement le résultat d’un libre-échange généralisé qui a oublié les nations et les protections légitimes, particulièrement en Europe où l’Union européenne a poussé à l’ouverture sans retenue.
Il faut donc sauver le soldat libre-échange. Et pour y parvenir, tous les coups sont permis, y compris les comparaisons et les insinuations les plus fallacieuses.
En vérité, l’argument du "racisme et de la xénophobie" est couramment utilisé dans le débat public pour compromettre des propositions qui dérangent le pouvoir en place.
Ainsi, soulever la question de l’immigration et celle des échecs patents de l’intégration est assimilé à du racisme, ce qui clôt immédiatement le débat et pousse à l’autocensure.
Dire que l’immigration est depuis des décennies prioritairement réclamée par le grand patronat soucieux de disposer d’une main d’oeuvre abondante pour faire pression à la baisse sur les salaires et les droits sociaux, est presque impossible pour la même raison.
Derrière cette petite manip’, on retrouve bien sûr ceux qui profitent à fond de ce Système et qui ont intérêt à ce que rien ne change. Maquillant leur volonté de maintenir le statu quo en un combat moral, ils parviennent parfois à tromper quelques naïfs persuadés de servir le "Bien" en épousant leur cause...
Alain Duhamel n’a donc pas fait preuve d’une très grande originalité. Il a utilisé une vieille technique qui a malheureusement fait ses preuves.
Ce qui est assez nouveau en revanche, c’est d’avoir pris comme cible le protectionnisme. Preuve qu’en haut lieu on s’inquiète de sa popularité croissante...
http://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/pour-alain-duhamel-protectionnisme-54914
Écrit par : BA | 22.04.2009
tiens, mon cher Laurent, les OGM et le principe de précaution seront l'occasion d'un prochain débat de vive voix.. :-)
Vinc
Écrit par : vincent | 22.04.2009
Ah, ce fameux principe de précaution.
Tristement et lamentablement nuisible.
Je suis d'accord avec le commentaire d'H16.
Saviez-vous Laurent, que lorsque les premières voitures dépassèrent le 70 km/H, bon nombre de personnes pensaient que cela était dangereux pour le cerveau.
Saviez-vous également que lorsque l'électricité a été découverte (vous savez appuyer sur un petit interrupteur pour avoir une petite jaune), bon nombre de personnes pensaient que X maladies allaient se développer sur le corps.
Et des ex comme cela, il y en a des centaines de ...............
En passant, le mais transgénique, il y a belle lurette qu'il est dans nos assiettes, et scientifiquement à échelle mondiale, aucunes preuves que cela soit "néfaste".
Écrit par : carole | 22.04.2009
"petite lumière jaune"
Punaise, tous ces débats m'agacent, je tape trop vite.
Écrit par : carole | 22.04.2009
@ H16
Je dis cela parce que je suis choqué que les partisans des OGMs demandent aux opposants de démontrer leur dangerosité.
Et non, je ne suis pas d'accord. Pour avoir travaillé dans une entreprise qui vendaient des produits sensibles, toutes les nouvelles matières premières utilisées suivaient des tests impitoyables pour vérifier leur innocuité. Cette innocuité était d'abord évaluée et en fonction de l'évaluation théorique, elle suivait des procédures plus ou moins longues ou complexes. C'est le cas des médicaments par exemple. Je ne demande pas autre chose pour les OGMs.
Pour l'instant, les conclusions ne me semblent pas clairs et donc le principe de précaution me semble largement préférable.
Ce qui me gène en outre, c'est le lobbying de Monsanto, ce sont les manoeuvres de la Commission pour imposer la commercialisation du MON 810 (est-ce vraiment la mission de la Commission) ou pour faciliter l'introduction d'OGM dans les produits (y compris bio), sans information du consommateur. Tout cela me semble choquant.
@ Vincent
Je le sais...
@ Carole
Je faisais très exactement référence au cas de la vitesse en voiture quand je parle de dangers qui sont révélés inexistants. Dans le cas des OGMs, je crois qu'un doute beaucoup trop important persiste.
Et ce doute est d'autant moins acceptable que par la pollinisation, les OGMs se répandent très rapidement. C'est pourquoi il est juste d'interdire leur culture dans le cas du MON 810.
Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 22.04.2009
"toutes les nouvelles matières premières utilisées suivaient des tests impitoyables pour vérifier leur innocuité."
Oh mais je n'en doute pas. Cependant, je maintiens : tu as écris "Il revient à leurs défenseurs de démontrer leur parfaite innocuité sur le long terme" ; or, sur le long terme, tout (absolument tout) est nuisible.
Le principe de précaution, c'est une pure excuse, un prétexte, un paravent. Ce qui se cache derrière est au moins aussi nauséabond que les intentions (vraies ou fausses) qu'on prête si volontiers aux industriels qui subissent ce principe bidon.
Écrit par : h16 | 22.04.2009
Il y a un autre argument massue pour refuser les OGM dans leur conception actuelle: la prise de contrôle de la production des céréales et donc de notre alimentation par les multinationales de l’agro-alimentaire.
« De mémoire de paysan, une partie de la récolte est réutilisée pour l’ensemencement. C’est le cycle naturel de la vie rurale : semailles, moisson, semailles. L’irruption des plantes transgéniques a cassé ce cycle. Désormais, les variétés aux gènes modifiés bénéficient d’un brevet et il est interdit, sous peine d’amende, de les réensemencer à partir d’une récolte. Le paysan doit passer par le fabricant de graines qui les revend à son tour. Comme les paysans passaient outre, malgré les appels à la délation, les enquêteurs privés, les procès et les amendes extrêmement sévères, les firmes ont mis au point des graines stériles après usage. Elles ne servent qu’une fois. Le cycle de la reproduction est définitivement rompu »
(B.Marris)
Écrit par : RST | 23.04.2009
@ H16
Je persiste sur les OGM : je crois que le changement est trop radicale et trop d'études ont montré un risque potentiel pour ne pas demander d'être sûr de leur parfaite innocuité sur le long terme.
@ RST
Très juste !
Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 24.04.2009
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