17.05.2009
N’oublions pas l’Allemagne !
Dans un de ces papiers dont il a le secret, Malakine propose à la France d’oublier l’Allemagne pour la mise en place d’un « protectionnisme de relance ». Il pense qu’il n’est pas possible de faire bouger notre partenaire d’outre-Rhin. Alors, faut-il jeter aux orties le couple franco-allemand ?
Une théorie séduisante
La théorie de Malakine est convaincante. En effet, après la mise en place de l’euro, l’Allemagne, qui avait des coûts salariaux supérieurs de 25% à la moyenne de la zone euro, a mis en place une politique de modération salariale extrêmement stricte pour gagner en compétitivité. Le modèle de développement économique allemand est clairement tourné vers les exportations.
Résultat, l’idée même de protectionnisme est anathème aux oreilles allemandes. Et Malakine a parfaitement raison de souligner qu’il sera extrêmement difficile de convaincre notre partenaire de mettre en place des écluses commerciales et de passer à un modèle de développement intégrant davantage la demande intérieure. L’abandon d’un modèle basé sur les exportations peut sembler impossible.
Pourquoi l’Allemagne peut changer
Bien sûr, la conversion de l’Allemagne à un modèle protectionniste sera très difficile mais les dix dernières années plaident dans ce sens. En effet, il ne faut pas oublier que la précédente décennie, qui a vu l’ajustement des coûts en Allemagne, a été calamiteuse au niveau de la croissance (moins de 1% en moyenne). Ce modèle de développement n’a pas donné de bons résultats économiques.
Mieux, la crise est une occasion unique de montrer à l’Allemagne les limites de son modèle de développement puisque malgré l’absence d’excès avant la crise (l’endettement des ménages était stable tout comme les prix de l’immobilier depuis dix ans), l’Allemagne souffre plus que la moyenne. Non seulement le modèle économique allemand produit moins de croissance, mais il produit des crises plus sévères !
Ensuite, comme le souligne bien Malakine, plus de 50% du commerce allemand se fait en direction de l’UE 15 et plus de 10% en direction des PECO, ce qui signifie que l’Allemagne a besoin que la demande intérieure de la partie occidentale de l’Europe soit dynamique pour sa croissance. En outre, il ne faut pas oublier que la compétitivité coût de l’Allemagne restera toujours limitée par rapport à la Chine ou l’Inde. Et la forte industrialisation de notre voisin représente un risque immense en terme de délocalisations…
Enfin, il ne faut pas oublier que le modèle de développement économique allemand s’est construit dans le cadre d’un consensus social où une grande majorité de la population faisait partie de la classe moyenne. Dans les années 90, les ouvriers étaient suffisamment bien payés pour considérer en faire partie. La mondialisation a bouleversé le contrat social allemand en faisant baisser le salaire des classes populaires tout en permettant une explosion des rémunérations des plus riches, créant un débat virulant.
Comment faire changer l’Allemagne
Les ferments d’une conversion de l’Allemagne à un modèle intégrant un protectionnisme européen sont là. Bien sûr, cela ne sera pas facile, d’autant plus que comme en France, ce nécessaire débat démocratique n’est pas porté par un grand parti. Il faudrait que le SPD ou la CDU s’en empare pour pouvoir faire évoluer les choses, à moins que Die Linke ne prenne ce rôle.
La France peut jouer un rôle. L’idée d’Emmanuel Todd est bonne : nous pouvons mettre notre participation à l’euro dans la balance pour faire changer l’Allemagne. La France, grâce à sa position géographique centrale peut tout changer. Mais il faut qu’elle ait des dirigeants qui le veuillent…. Le changement ne semble pas prêt de venir à court terme des deux côtés du Rhin.
Il ne viendra sans doute pas à court terme, faute d’un personnel politique de premier plan portant ce débat. Mais l’émergence de nouveaux hommes politiques peut préparer l’avenir, surtout si nous savons discuter avec les Allemands de ces questions.
Source : http://horizons.typepad.fr/accueil/2009/05/oublions-lalle...
10:59 Publié dans Actualités, Blog, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : malakine, horizons, allemagne, protectionnisme




Commentaires
Tu as raison de souligner que le modèle allemand n'a pas eu une réussite extraordinaire du point de vue de la population. Néanmoins pour que cela soit une donnée à prendre en compte, il faudrait que la population se rebelle. Or, on ne voit rien venir de ce coté là. Il semble que les prochaines élections aboutiront à une reconduction de la coalition CDU-SPD...
Sinon, tu ne réponds pas à tous les arguments que je développe, notamment le dernier. Menacer l'allemagne de faire sauter l'Euro aurait pour effet de mettre la peur d'abords du coté français qui considèrent toujours l'Euro comme un bouclier dans la crise financière et compte tenu de l'état de nos finances publiques.
Écrit par : Malakine | 17.05.2009
@ Malakine,
Cet argument est assez fort. J'y réponds (dans le temps) en disant qu'il n'y aura pas de changement à court terme faute d'un personnel politique de premier plan portant ces idées.
Après, je ne suis pas persuadé que l'argument de l'euro protecteur résiste très longtemps. Les chiffres du PIB du premier trimestre montrent bien le contraire et la zone euro constate jour à jour davantage que l'euro ne protège de rien. Ce sera mon papier du jour d'ailleurs. Et quand les Etats-Unis sortiront de la crise plus tôt et plus franchement que nous (par une nouvelle bulle), l'argument sera à nouveau battu en brèche.
Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 19.05.2009
Écrire un commentaire