04.06.2009
L’euro peut-il imploser ?
Il y a dix ans, la monnaie unique européenne était créée. Après avoir été accueillie très favorablement, comme un moyen de contrebalancer l’influence du dollar, son bilan est tellement contrasté que de plus en plus d’économistes se posent des questions sur sa viabilité à moyen terme.
Une voie sans issue ?
C’est le point de vue de l’agence Breaking News, dont Le Monde a publié une chronique il y a quelques jours. Est évoqué un scénario où certains pays pourraient être exclus de la zone euro : Espagne, Portugal ou Italie notamment. Les doutes sur la survie de la monnaie unique ont une origine principale : le fait qu’un certain nombre de pays (Irlande, Espagne) ont beaucoup perdu en compétitivité et que le réajustement sera très difficile à faire puisqu’il suppose une baisse des salaires.
Mais le journaliste n’explique pas toutes les raisons de ce phénomène. Il souligne bien que l’euro est surévalué (ce qui pénalise les exportations) mais n’explique pas que cela est la conséquence de la politique de la BCE. Mais surtout, il oublie que la convergence des politiques monétaires en une seule a conduit à une côte mal taillée pour l’ensemble des pays. À 4% avant la crise par exemple, les taux à court terme de la BCE étaient à la fois trop élevés pour l’Allemagne et pas assez pour l’Irlande et l’Espagne.
Une zone euro trop hétérogène
En théorie économique, on juge en général le niveau des taux par rapport à la hausse nominale du PIB (croissance volume + inflation). Si les taux sont supérieurs, alors, la politique monétaire est dite restrictive et freine la croissance. Si les taux sont inférieurs, alors la politique monétaire soutient l’activité car le coût de l’argent est inférieur à ce qu’il rapport en moyenne (grosso modo). Au milieu des années 2000, la croissance nominale du PIB Allemand tournait à 3%, contre 7% en Espagne (et près de 10% en Irlande).
Résultat, un même taux court de 4% pour tous revenait à encourager la croissance très rapide de l’Espagne et de l’Irlande, qui n’en avaient pas besoin, puisque l’argent y était très peu cher par rapport à la croissance de l’économie, ce qui a abouti à la création de bulles complètement déraisonnables (plus de logements construits en Espagne qu’en Allemagne et en France réunis). Et ce même taux de 4%, plus élevé que la croissance nominale du PIB Allemand, avait un effet dépressif outre-Rhin...
Deux issues possibles
En fait, au milieu des années 2000, l’Allemagne avait besoin de taux de 2 à 3% et l’Espagne de 7 ou 8%, ce qui montre les limites de l’uniformisation. En outre, cette rigidité de la monnaie unique peut pousser les pays à comprimer les salaires (et donc la demande intérieure) pour gagner en compétitivité, comme l’a fait l’Allemagne. Mais si tout le monde suit cet exemple, alors, la partie occidentale de l’Union Européenne rentrera dans une spirale déflationniste.
La première issue est bien sûr la fin de cette expérience économique hasardeuse qui ne produit qu’un effet récessif sur nos économies, comme le montre bien le recul supérieur du PIB de la zone euro dans cette crise qui vient pourtant d’Outre Atlantique. Une voie intermédiaire consisterait cependant à rendre la politique de la BCE plus souple pour soutenir les économies Allemandes et Françaises et favoriser une dépréciation de l’euro tout en prenant des mesures pour éviter la formation de bulles ailleurs.
La réforme de l’euro sera très difficile. Elle vaut le coup d’être tentée car une fin de l’euro serait un grand choc. Mais le bilan désastreux des dix dernières années doit aussi nous amener à réfléchir sérieusement à un scénario de sortie au cas où la réforme ne serait pas possible.
Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/05...10:56 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : euro, monnaie unique, bce, le monde




Commentaires
La BCE prévoit une récession de - 4,6 % dans la zone euro en 2009.
La Banque Centrale Européenne a révisé en baisse ses prévisions de croissance pour 2009 et 2010 jeudi 4 juin. La BCE anticipe désormais une contraction de - 4,6 % du produit intérieur brut de la zone euro cette année.
http://fr.reuters.com/article/businessNews/idFRPAE5530B720090604
France : le taux de chômage bondit de 1,1 point à 8,7 % au 1er trimestre.
Le taux de chômage a augmenté de 1,1 point en France au premier trimestre pour atteindre son niveau le plus élevé depuis le troisième trimestre 2006, selon des données provisoires publiées par l'Insee.
Le taux de chômage au sens du Bureau international du Travail (BIT) a atteint 8,7 % en France métropolitaine, contre 7,6 % au quatrième trimestre.
En incluant les départements d'Outre-mer, il s'établit à 9,1 %, contre 8,0 % au quatrième trimestre.
http://fr.reuters.com/article/topNews/idFRPAE55302F20090604
La France doit sortir de l’Union Européenne. Avant que ça finisse mal.
Écrit par : BA | 04.06.2009
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