14.06.2009

Dette et relativité

C’est un débat qui va beaucoup nous occuper dans les années à venir avec l’augmentation des déficits publics pour relancer l’économie avec la crise : l’endettement des Etats. À première vue, comment ne pas donner raison à ceux qui dénoncent l’augmentation de la dette ? À moins que…

Une situation exceptionnelle

Il faut dire que le niveau des déficits et de l’endettement est au plus haut depuis… 1945. Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, les déficits publics devraient ainsi atteindre environ 13% du PIB en 2009. Pour le coup, l’Etat injecte une quantité incroyable d’argent pour amortir les conséquences de la crise économique. La France devrait se contenter de 6%, quand l’Allemagne, la vertueuse, se contentera de 4%.

À la fin de la crise, Etats-Unis, Grande-Bretagne, France et Allemagne devraient voir leur endettement passer à 80% du PIB, sachant que l’Italie ou le Japon resteront au-delà de 100%. Ces chiffres poussent à des réactions contradictoires. Ainsi, The Economist cette semaine défend le niveau de plan de relance (et donc les déficits) mais lance également un avertissement très sévère aux Etats, leur demandant de réduire très rapidement les déficits une fois la parenthèse 2009-10 passée.

Le ton est très autoritaire et The Economist suggère des mesures qui réduiraient la capacité d’action des hommes politiques, avec par exemple des limites constitutionnelles pour les déficits. Bref, les néolibéraux veulent saisir l’occasion pour mettre des limites aux rôles des Etats et éviter que l’augmentation de son intervention pendant la crise ne demeure…

Le niveau de la dette est-il insoutenable ?

Le niveau des déficits et de la dette sont-ils si intenables ? Il y a un précédent historique puisqu’au sortir de la Grande Dépression et de la Seconde Guerre Mondiale, la dette publique Américaine dépassait 110% du PIB (contre environ 20% en 1929 et 40% en 1939). En niveau d’endettement, la situation se rapproche donc de l’après-guerre, même si en progression, nous restons inférieur à la Grande Dépression.

Néanmoins, il faut prendre en compte un facteur tout simple : si le niveau du PIB fournit une indication intéressante, la comparaison avec le niveau des recettes publiques l’est sans doute beaucoup plus. L’importance de l’endettement d’un acteur économique se mesure aussi par rapport à sa capacité à générer des recettes. Et cette analyse fournit un regard très différent.

Les dépenses fédérales étaient de 2% du PIB aux Etats-Unis juste avant la guerre et de 5% après. La dette publique de l’Etat fédéral représentait donc environ 20 fois les recettes fiscales avant comme après la guerre. Et aujourd’hui, on peut estimer que ce chiffre sera de seulement 4 fois en 2011 (environ 80% de dette pour 20% de recettes), ce qui permet de relativiser la hausse actuelle au regard de l’histoire.

Bien sûr, les niveaux actuels de déficits et d’endettement imposent une attention importante des gouvernements, mais les cassandres de tout poil devraient se pencher sur l’histoire avant de prononcer des phrases aussi dures qu’exagérées.

Source : The Economist 13 juin, « L’Amérique que nous voulons », Paul Krugman

http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/06...

Commentaires

Bonjour

Je souhaite vous signaler la présence d'un blog néo-nazi chez Hautetfort :

http://konigsberg.hautetfort.com/

Je préviens le maximum de gens afin de faire pression sur Hautetfort.
J'ai signalé samedi le contenu illicite du blog à l'hébergeur et
sur le site de :

www.internet-signalement.gouv.fr


Merci de votre attention.

Écrit par : Chris | 14.06.2009

Intéressant, il faut effectivement toujours prendre les statistiques avec des pincettes, et un regard critique.

Toutefois, je ne peux pas être d'accord avec votre analyse : on ne peut comparer une dette élevée par rapport au PIB avec un PIB amoindri par la guerre (donc avec une forte propension au rebond, qui permettra de ramener le ratio à un niveau raisonnable). Ce n'est pas le cas de la France aujourd'hui.

Et de même avec le niveau de recettes : 20 x le niveau de recettes, c'est énorme ; mais quand les recettes sont de 5 % du PIB, il est évident qu'on peut les prélèvements obligatoires facilement pour assainir des finances publiques dégradées. Il en va tout autrement en France, qui prélève 42,8 % de la richesse produite pour financer une dépense publique qui représente... 52,7 % du PIB !

Marc : http://cluaran.free.fr/dette.html

Écrit par : Marc | 14.06.2009

Je crains que la comparaison avec la situation d'après guerre soit trompeuse. A l'époque le boom démographique plus les impératif de reconstruction avaient générer une longue période de croissance forte. Rien de tel aujourd'hui. Personne n'anticipe le retour d'une forte croissance. En revanche,on sait que certaines dépenses nouvelles vont peser sur le dynamisme économique et les finances : Hausse du coût de l'énergie, dépenses sociales liées au vieillissement et "mutation verte". Il y a quand même lieu d'être inquiet.

Écrit par : Malakine | 15.06.2009

@ Tous,

Attention, je ne dis pas que les déficits actuels et le niveau de la dette ne posent pas de problème (cf mon scénario du Grand Choc de 2017) mais qu'il faut relativiser par rapport à l'histoire.

Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 15.06.2009

les banquiers nous endorment depuis un siècle

ils s'assoient sur l'histoire, la politique et l'économie

nos enfants vont payer comme nous

pourquoi les états ne créent pas leur propre monnaie ?

Écrit par : puff | 16.06.2009

Qu'en est t'il en 2011? Il semblerait que la dette soit devenu un réel problème, surtout quand on commence nous même à prendre en charge la dette des autres (Grèce, Espagne) alors qu'il y a déjà fort à faire avec la notre...

Écrit par : Les escroqueries | 05.01.2012

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