19.06.2009

La réformette de la finance de Barack Obama

Hier, Barack Obama a annoncé sa réforme du système financier. Le Figaro et Le Monde en ont une lecture radicalement différente, mais sans doute à l’inverse de ce à quoi on pourrait s’attendre.

La réformette de la finance

En effet, les mesures annoncées restent assez limitées. De nouveaux organismes de régulation sont annoncés mais leurs pouvoirs restent relativement vagues. Certes, la Fed se voit offrir une supervision des institutions financières, une agence de protection des consommateurs est créé ainsi qu’un conseil de surveillance des services financiers mais ce ne sont pas les comités qui permettent de réformer un système mais bien des mesures concrètes, ce qui manque précisément au projet.

Et les mesures concrètes ne sont pas très claires. L’inscription des fonds spéculatifs ne représente pas une garantie que les excès passés seront éradiqués. Et même Le Monde, pourtant très positif, ne se montre pas très optimiste sur le contrôle des produits dérivés, question pourtant essentielle. Les normes sur la titrisation vont dans le bon sens, mais il ne faut pas oublier qu’au G20, les chefs d’Etat se sont mis d’accord pour que seulement 5% du risque ne puisse pas être vendu…

Le Monde contre Le Figaro

 D’un côté, Le Monde, journal étiqueté de centre-gauche applaudit à une telle réforme, « la plus grande réforme depuis les années 30 », ce qui pourrait suggérer un retour de l’Etat et de réglementation. Mais de son côté, le Figaro relativise clairement l’importance des mesures annoncées, soulignant que Barack Obama ne souhaite pas braquer le Congrès avant sa réforme du système de santé. Paradoxalement, le journal dit de droite annonce que cette réforme est moins importante que le journal dit de gauche.

Théoriquement, le discours devrait être inversé si Le Figaro était plus libéral que Le Monde. Cette interprétation surprenante révèle deux choses. Tout d’abord, que Le Monde n’est pas forcément moins libéral que Le Figaro. Ensuite, que la réforme du président Américain reste finalement assez limitée. La création d’innombrables comités est rarement le signe d’une véritable volonté de réforme. Sur le fond, il est difficile de voir ce qui va changer avec l’avant crise, où il existait également de tels organismes.

Les oublis de Barack Obama

Il y a un point potentiellement très positif dans les annonces du président Américain : le relèvement des obligations en matière de capital. Mais en l’absence de chiffrage précis et étant données les autres mesures, il faudra attendre d’en savoir plus pour revoir éventuellement son jugement. Une telle mesure est essentielle car en imposant aux institutions financières de détenir une part beaucoup plus grande de capital par rapport à leur bilan, les excès commis auraient été beaucoup plus limités et la crise évitée.

Mais il faudrait sans doute remonter le montant des fonds propres de manière radicale, ce que personne n’évoque. En outre, l’idée de taxe Tobin n’est pas présente dans les mesures évoquées alors qu’elle représente sans doute un levier majeur pour réduire le pouvoir de la spéculation et faire dégonfler la bulle financière tout en faisant davantage contribuer le monde financier à la collectivité, ce qui ne serait pas un mal après le renflouement étatique de tant de banques...

Si la réaction de Barack Obama pour sauver l’économie Américaine de la dépression a été à la hauteur, le manque de substance de son plan d’encadrement de la finance sème les graines d’une nouvelle crise.

Source : http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2009/06/17/financ...

http://www.lefigaro.fr/economie/2009/06/17/04001-20090617...

 

Commentaires

Très intéressant l'opposition entre le monde et le figaro. L'explication de l'enthousiasme du Monde ne vient-elle pas de son Obamania ?

Ecrit par : Malakine | 19.06.2009

@ Malakine

Bien vu. Je crois aussi que cela démontre bien leur conversion néolibérale.

Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 19.06.2009

Sur l'opposition Le Monde- Le Figaro, je vais finir par croire les humoristes qui imitent un Nicolas Sarkozy jaloux demandant à son journal de propagande préféré (c'est eux qui le disent) d'en faire moins sur Obama....

Sinon, sur la régulation financière américaine, je ne dis pas que c'est la réforme ultime qui résoudra tous les problèmes. Mais néanmoins, elle va tout de même dans le bon sens. Ainsi, sur l'enregistrement des fonds spéculatifs, c'est désormais une chose acquise alors pourtant que c'était l'arlésienne depuis l'arrêt Goldstein. Reste maintenant aux américains à se battre sur le contenu de la régulation, c'est-à-dire principalement sur le contenu et la fréquence des informations que devront rendre public les hedge funds!

Ecrit par : Tythan | 23.06.2009

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