28.06.2009

Quand The Economist parle de l’euro…

La lecture de l’hebdomadaire anglais ultra-libéral est toujours un exercice intéressant. Les dossiers y sont généralement très fouillés même s’ils sont souvent marqués par un dogmatisme assez incroyable. Et surtout, ils révèlent parfaitement le fond de la pensée néolibérale.

Un jugement contrasté sur l’euro

The Economist revient sur la genèse de l’euro et le rapport Delors de 1991 qui annonçait que la mise en place de l’euro nécessiterait des « réformes pour rendre les prix et les salaires plus flexibles (à la baisse ?) ainsi que les travailleurs et le capital plus mobiles ». L’hebdomadaire rappelle également un des arguments des fédéralistes, à savoir que l’euro serait un moyen de forcer les peuples européens à adopter un modèle fédéral, le seul qui permet véritablement de gérer une même monnaie.

En parlant de « one size fits none », l’hebdomadaire anglais résume parfaitement le problème de la zone euro, qui n’est absolument pas une Zone Monétaire Optimale . Il montre bien que la politique de la BCE était trop laxiste pour les pays qu’il regroupe sous le nom PIIGS (Portugal, Italie, Irlande, Grèce et Espagne en anglais), provoquant une hausse des salaires qui menacent leur compétitivité durablement. Et pourtant, cette même politique était trop restrictive pour des pays comme l’Allemagne ou la France.

Il est bien expliqué que la monnaie unique détraque les mécanismes économiques habituels. Les taux trop bas pour l’Espagne ont provoqué un afflux de financement à bon marché, accélérant l’investissement, la croissance, puis l’inflation et les déficits commerciaux. Mais l’Espagne ne pouvait ni augmenter ses taux d’intérêts ni dévaluer sa monnaie pour en tenir compte. Mais même si le gouvernement a eu la sagesse de conserver un budget en excédant, l’euro a provoqué la bulle immobilière espagnole.

L’homme au service de l’économie

Et c’est là que la solution proposée par The Economist fait froid dans le dos : « Aujourd’hui, l’Espagne a besoin d’autres mécanismes d’ajustement : des salaires plus bas pour restaurer la compétitivité prix de ses entreprises et un marché du travail flexible pour accélérer le flot (les licenciements, en langage politiquement correct) des travailleurs des industries du bâtiment, qui avaient généré un boom soutenu par la demande intérieur, aux entreprises qui exportent, pour payer la dette extérieure espagnole. »

En clair, à cause de l’euro, l’Espagne devrait accepter une baisse importante de ses salaires, comme cela se pratique déjà en Irlande ou dans les pays Baltes : la fonction publique irlandaise s’est vue imposée une baisse de son traitement de 7.5%. Un avenir riant… Naturellement, seules les classes populaires, les ouvriers et les employés seraient véritablement concernés…

The Economist regrette alors que « les salaires se soient montrés résistants à la baisse : les travailleurs se montrant réticents à baisser leur salaire, au moins d’un point de vue nominal, ce qui rend les ajustements lents ». Il déplore également que l’abolition des protections de l’emploi rencontre des résistances démocratiques. Le plus navrant est la conclusion du dossier : « la ruée pour rejoindre la zone euro est sûrement un vote de confiance. Elle doit faire quelque chose de bien ».

Voici un portrait intéressant de ce que pourrait être la zone euro : une zone qui pousse ses membres à baisser leurs salaires et favoriser les licenciements. Et attention, ce que The Economist admet sans broncher est bien ce que pensent les technocrates de Bruxelles, voir beaucoup d’hommes politiques.

Source : The Economist 13 juin

Commentaires

@Laurent

Je reste personnellement toujours persuadé que l'euro éclatera, cette monnaie n'est pas viable à long terme surtout si le libre-échange est maintenu.

Sinon est-ce que tu as vu la conférence vidéo de Francois Asselineau je l'ai trouvé très convainquant du point de vue argumentatif, bien sûre étant proche de ses opinions sur l'union européenne je ne suis pas un avis impartial:

http://www.agoravox.tv/article.php3?id_article=23065

Ecrit par : yann | 28.06.2009

@ Yann,

Je suis d'accord, la probabilité que l'euro n'explose pas me semble faible...

Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 28.06.2009

Pas la peine de lire nos voisins anglais
il suffit de parcourir le Point avec Jacques Marseille
qui nous sert sa bouillabaisse hebdomadaire et néolibérale.
Voir le dernier numéro sur les retraites , affligeant !!!

Ecrit par : Tout va tres bien | 28.06.2009

On peut, sur ce thème, rappeler l’idée avancée par Jacques Sapir et reprise par NDA, où il envisageait une évolution de l’Euro, où l’on passerait d’une monnaie unique (situation d’aujourd’hui) à une monnaie commune. Ca ressemble à priori à l’ancien SME, mais ça aurait comme particularité que les parités entre ces monnaies seraient fixes, rendant impossible une attaque de spéculateurs contre telle ou telle monnaie. Chacune d'entre elles ne serait convertible qu’avec l’Euro.

Là où ce système serait plus souple, c’est que chaque pays pourrait, selon un dispositif restant à définir, négocier périodiquement la parité de sa monnaie par rapport aux autres, afin de pouvoir répondre à une nécessité économique. Ce dispositif rendrait l’Euro beaucoup plus souple et n’enfermerait pas les pays qui y adhèrent dans des taux de change destructeurs pour leurs économies. Je ne sais pas, par contre, comment seraient fixés les taux d'intérêt dans un tel système.

Ca me semble compliqué à mettre en place, d’autant plus que le temps presse, mais ça pourrait [ça aurait pu ?] éviter à la zone Euro de risquer de voler en éclat. Il existe donc des idées à creuser pour sortir de ce piège.

Ecrit par : Coli | 28.06.2009

solution: gréve générale des producteurs de biens (ouvriers) et on verra comment CA se passe!

Ecrit par : richy | 29.06.2009

On se demande au nom de quel peuple ces gens se croient autoriser à encourager la baisse des salaires.
Pas des leurs, évidemment…

Ecrit par : Filaplomb (éditeur) | 30.06.2009

The economist est très loin de l'ultra-libéralisme comme vous dites si bien. C'est un journal conservateur - donc néolibéral - mais absolument pas appréciés des libéraux ou libertariens. Nous prônons en effet un libéralisme bien plus radical étendue à toute les sphères de la société.

En vous remerciant de ne pas faire d'amalgame qui sont responsables de la situation économique française et du socialisme global actuel.

Ecrit par : Clairwill | 30.06.2009

@ Clairwill

Je lis The Economist depuis près de 20 ans et suis abonné depuis 10 ans.

Je suis parfaitement d'accord que The Economist prône le libéralisme dans toutes les sphères, y compris sociétales. Cela m'amène parfois à être d'accord sur certaines questions (euthanasie par exemple). En revanche, cela a amené le journal à prendre position en faveur de la libéralisation du commerce des reins humains, ce qui m'a horrifié.

En un sens, je trouve que The Economist se rapproche parfois des libertariens tant la liberté est l'alpha et l'omega du journal, au détriment de l'égalité et de la fraternité, même si certaines de vos analyses (notamment sur l'université aux Etats-Unis) démontrent parfois un souci égalitaire (ou de simple justice).

Mais, pour moi, The Economist est et reste l'archétype du journal néolibéral.

Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 30.06.2009

tiens, ça faisait longtemps que je n'avais pas lu du populisme gauliste de comptoir. merci.
sinon, il ne vous aura pas échappé que la plupart des pays européens qui n'ont pas adopté l'euro le veulent désespéremment aujourd'hui... mais ça doit être à cause de "ces gens là".

Ecrit par : david | 03.07.2009

@ David

Un peu court comme argumentation pour dire qu'il s'agit de populisme de comptoir.

Voyons donc les pays qui souhaitent rejoindre l'euro...

L'Islande, une île d'un peu plus de 200 000 habitants, dont les "actifs" des banques avant crise étaient de près de 10 fois son PIB (deux fois la situation anglaise). La crise financière a mis le pays en situation de faillite, sans l'aide de la communauté internationale. La volonté de rejoindre l'euro correspond simplement à la volonté d'appartenir à une communauté financière plus grande qui pourrait les protéger.

Les pays baltes : après une période de forte croissance, leur économie subit une crise violente. Ils ont lié leur monnaie à l'euro, de telle sorte qu'ils ont renoncé à toute politique monétaire indépendante (comme la France à partir du début des années 90 par rapport à l'Allemagne). Dès lors, passer à l'euro peut sembler logique.

Quelques autres pays d'Europe de l'Est souhaite adopter l'euro rapidement, le plus souvent pour éviter d'avoir à défendre de manière très coûteuse la parité de leur monnaie.

Le problème est que le cas de la France (ou de l'Italie ou de l'Espagne d'ailleurs) ne correspond en aucun cas à la situation du micro état financier qu'est l'Islande ou de pays émergents ayant déjà renoncé à toute politique monétaire indépendante.

En revanche, il y a des contre-exemples :
- la Grande Bretagne, trop heureuse de pousser la livre à la baisse pour amortir la crise (rappelons que son PIB baisse moins vite que celui de la zone euro, alors que l'impact de la crise financière devrait provoquer l'inverse)
- la Suisse, qui a imité Londres en poussant sa monnaie à la baisse
- les pays scandinaves, qui ne semblent pas presser d'abandonner leur souveraineté monétaire

Bref, les pays les plus proches de nous ne semblent pas presser de rejoindre la zone euro.

En outre, comment ne pas voir que l'euro étrangle nos économies : le PIB baisse deux fois plus vite dans la zone euro qu'aux Etats-Unis en 2009, ce qui n'est pas le moindre des paradoxes vu les origines de la crise.

De plus, les cas espagnols et irlandais montrent bien que la monnaie unique conduit à une politique unique qui n'est appropriée pour personne, de la plume même d'un journal qui soutient pourtant son extension.

Populisme de comptoir ?

Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 03.07.2009

Et si on laissait les endives anglaises faire leur travail et que l'on arretait de publier ses états d'âme prépubères sur des murs virtuels sous des airs de Mc Gyver de l'économie et de la politique ?
A bon entendeur, salut !

Ecrit par : Andy Vojambon | 09.07.2009

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