30.06.2009
Le coût de l’anarchie commerciale
Dans un article très intéressant publié par Marianne 2, Jacques Sapir revient sur les conséquences néfastes du libre-échange. Il y affirme, comme Maurice Allais dans les années 90, que la moitié des chômeurs en Europe le sont par la faute du libre-échange.
Pourquoi le libre-échange créé du chômage
Il n’y a pas besoin d’être un grand économiste pour comprendre que le libre-échange sans restriction créé du chômage dans les pays dits développés. Mais Jacques Sapir clarifie les raisons pour lesquelles cela est vrai. Il cite tout d’abord les délocalisations directes d’emplois industriels d’un pays vers un autre. Continental représente un bon exemple avec la concomitance entre la fermeture du site Français et le développement du site Roumain, où le SMIC représente un dixième du salaire minimum hexagonal.
Puis viennent les délocalisations indirectes, quand « une grande entreprise conçoit un nouveau produit et en réalise l’industrialisation d’emblée dans un pays à faibles coûts salariaux et ce à but de ré export ». Le meilleur exemple est sans doute l’industrie automobile avec le cas des Peugeot 107 et Citroën C1 produites en Slovaquie, la Twingo en Slovénie ou la Logan en Roumanie. C’est ainsi que de 2004 à 2008, Peugeot, Renault et Citroën ont transféré la production d’un million de véhicules hors de France.
Le troisième phénomène est l’effet dépressif sur le marché intérieur. Cet effet est double. Tout d’abord, la persistance d’un flux de délocalisation agit comme un frein sur l’évolution des salaires dans l’industrie. Ensuite, il faut souligner que la disparition d’un emploi industriel se traduit toujours par des pertes d’emploi induites dans les services. Pour Jacques Sapir, le bilan est simple : la moitié du niveau du chômage s’explique par le libre-échange.
L’emploi, la priorité de toutes les priorités
Cette analyse macro-économique rejoint celle, micro-économique, de Maurice Allais, qui, dans les années 90, avait montré que la moitié du chômage de l’époque était également la conséquence du libre-échange. Mieux, Jacques Sapir, insiste sur les conséquences de ce niveau de chômage. Il souligne qu’en 2007, les finances publiques s’en seraient tellement trouvées améliorées qu’il aurait été possible de réduire les cotisations sociales, et donc augmenter le pouvoir d’achat, la croissance et l’emploi.
Bien sûr, les néolibéraux rétorqueront avec l’exemple des avions que nous vendons aux pays émergents. Manque de chance pour eux, l’usine chinoise d’Airbus vient de produire son premier A320. Or, si nous ne vendons même plus d’avions produits en Europe, quel type de produits industriels allons-nous pouvoir vendre à la Chine ? Et c’est bien le problème de l’anarchie commerciale : elle aboutit à une concentration sauvage de la production dans les pays aux coûts les plus bas.
Le nouvel argument des néolibéraux sera d’affirmer que la baisse des prix des produits industriels profite aux consommateurs des pays riches. Mais les hausses de salaires ont au moins autant ralentit que la hausse des prix. Tout montre au contraire que les classes populaires ont plutôt perdu du pouvoir d’achat. Leur ultime argument sera de promouvoir une société de service dont on se demande comment elle pourra financer les importations de produits industriels alors que même les services bancaires sont délocalisés…
Finalement, ce sont les pays asiatiques qui ont tout compris en protégeant leur industrie pour lui permettre d’émerger. Et l’Europe, par son dogmatisme ultralibéral, a sacrifié des millions d’emplois industriels. Merci à Jacques Sapir de le rappeler.
Source : http://www.marianne2.fr/Un-chomeur-europeen-sur-deux-doit...
http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2009...
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : jacques sapir, maurice allais, libre-échange, marianne 2




Commentaires
Rien à dire sur cet article. J'ajouterais simplement que les chinois produisent déjà leurs avions militaires, inspirés des Mig russes extrêmement fiables dans leur rusticité et produit aussi l'ARJ21, avion de moins de cent places.
Pour la société de service voir un récent article du Monde dont le titre est "Le filon des emplois de service s'épuise", tout un programme. Ben forcement, quand les gens n'ont plus de sous, ils rognent sur les dépenses superflues.
Ecrit par : baloo31 | 30.06.2009
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