07.07.2009

La taxe Tobin, oubli incompréhensible du G20

Une crise financière qui provoque la pire crise économique depuis la Grande Dépression, des déficits publics au plus hauts depuis 60 ans : tout devrait pousser à l’instauration d’une taxe Tobin. Pourtant, les projets qui sont évoqués restent beaucoup trop limités.

Quand les médias en parlent

Il ne pourrait pas y avoir meilleur moment pour instaurer une taxe Tobin. Elle consiste en une taxation de toutes les transactions financières, un peu comme la TVA pour les achats de produits et services. C’est ATTAC qui s’en est fait un des plus ardents défenseurs, proposant d’en utiliser le produit pour l’aide au développement. Sur Marianne 2, Bernard Maris, d’Alternatives Economiques, évoque un taux de 0,005%, qui pourrait rapporter 30 à 60 milliards de dollars à l’échelle de la planète.

Le Figaro évoque une réunion européenne où Bernard Kouchner et Alain Joyandet ont également évoqué une taxe de 0,005%, dont le but serait également de financer l’aide au développement. Mais le quotidien souligne que cette idée n’est pas sérieusement à l’ordre du jour à Bercy et montre qu’il y a encore du chemin à parcourir pour la pousser. Il faut noter que dans les deux cas, son montant et ses objectifs restent finalement très limités.

Les arguments pour une taxe Tobin

Pourtant, cette taxe aurait un double intérêt : réduire la spéculation et combler une partie des déficits publics sans peser sur le porte-monnaie des ménages. En effet, en renchérissant le coût de chaque transaction financière, le comportement spéculatif des banques sera largement réduit. Et cette baisse des transactions financières est exactement ce dont le monde a besoin. Car c’est bien la taille trop importante de la sphère financière qui explique en partie la crise.

Le fait que les transactions financières représentent cinquante fois la valeur des transactions marchandes explique malheureusement une part des déséquilibres économiques. Souvenons-nous que l’effondrement boursier de 1987 n’avait quasiment pas eu de conséquences sur l’économie réelle… Il y a donc urgence à réduire le volume des transactions financières dans le monde pour réduire leur pouvoir de nuisance et renverser le rapport de force entre économie financière et économie productive.

En outre, comme le souligne très justement le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz, cela permettrait de faire contribuer le monde de la finance à la collectivité. Et cela apparaît d’autant plus nécessaire que les banques jouent gagnantes à tous les coups. En période de croissance, elles conservent tous leurs profits et en période de crise, les Etats collectivisent leurs pertes, comme même The Economist le reconnaît. Et cette contribution pourrait radicalement changer les perspectives financières des Etats.

Pour une vraie taxe Tobin

Le projet avancé par Bernard Maris et les ministres du gouvernement restent extrêmement limités : à peine 0,005% du montant des transactions et uniquement pour financer l’aide au développement. Pourtant, vu qu’un tel pourcentage pourrait rapporter 30 à 60 milliards de dollars par an, un pourcentage 20 fois plus élevés, 0,1%, permettrait de rapporter quelques centaines de milliards de dollars par an, sans doute de quoi combler une grande partie des déficits publics…

Le moment ne pourrait pas être mieux choisi pour instaurer une telle taxe, qui limiterait à la fois le pouvoir de nuisance de la sphère financière, qui perdrait une partie de sa puissance, tout en contribuant enfin davantage à une économie réelle qu’elle a trop contribué à déstabiliser par ses excès irrationnels (bulle Internet puis bulle de l’immobilier Américain). Malheureusement, les rares projets évoqués ne sont pas suffisamment radicaux pour avoir la puissance transformative que pourrait avoir un tel projet.

Il est clair qu’une telle taxe ne pourra pas être mise en place par un pays seul, mais à l’échelle continentale (et donc européenne), surtout si nous pouvons nous allier avec d’autres pays comme la Chine, l’Inde, le Brésil ou la Russie qui pourraient être intéressés par cette révolution financière.

Source : http://www.lefigaro.fr/economie/2009/05/29/04001-20...

http://www.marianne2.fr/Taxe-sur-les-transactions-tout-le...

Commentaires

Bonjour,
Je trouve le titre fort mal choisi:
"oubli incompréhensible du G20"

Je dirai plutôt "oubli bien normal du G20".

Tous à plus ou moins grande échelle partie prenante du système, ils ne vont quand même pas se tirer une balle dans le pied pour faire plaisir.

Si un jour cette taxe utile et nécessaire passe, ce ne sera qu'en force et à un taux raisonnable (0.1% par exemple).... et je serais curieux d'en connaitre l'instigateur.... car ce sera pour tous les magouilleurs de la finance le début de la fin.

En effet, en dehors de son efficacité financière, cette taxe pourrait servir à voir un peu mieux les transactions obscures, celles pas claires, les aller-retour sans objet, et autres transactions purement spéculatives à très court terme.

Écrit par : Cochise | 09.07.2009

@ Cochise,

Très bon point : en plus cette taxe permettra de créer la transparence.

D'ailleurs, cela rejoint un article que je viens de lire dans The Economist qui montre une recrudescence des échanges masqués (en anglais, ils parlent de "black pool") où les institutions financières échangent de manière anonyme des titres.

Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 09.07.2009

Désopilant!

Les mêmes qui ont fait voté la suppression en France de l'impôt de Bourse(0.3% pour les transacrtions inférieures à 153 000 euros,0.15% au dessus),militent aujourd'hui pour l'instauration d'une taxe Tobin.
C'est une des "arlésiennes" des poseurs à courts d'idées,proposer une taxe qu'aucun Etat ne souhaite instituer,un impôt qui aurait pour conséquence d'accentuer encore l'instabilité des marchés(en rendant plus couteuse les opérations de couvertures)et la fuite des capitaux vers les paradis fiscaux.

Écrit par : Balthazar | 11.07.2009

@ Balthazar,

De plus en plus de monde s'y convertissent. Quand à l'argument sur l'instabilité que cela introduirait, je crois que ces dernières années ont montré que les marchés n'avaient pas besoin de cela pour être instables.

Il me semble que l'on a vu que ce sont les opérations de couverture, détournées pour démultiplier les gains, qui avaient au contraire tendance à accélérer l'instabilité.

Sur les paradis fiscaux, il suffit d'une véritable volonté et le comportement des Etats changent (voir le coup de l'Allemagne contre le Liechtenstein)

Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 11.07.2009

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