09.07.2009

Frédéric Lordon, économiste de combat (1/2)

Frédéric Lordon est un de ces économistes alternatifs que la crise économique a fait émerger, et dont mon collègue et ami blogueur RST s’est fait un défenseur. Premier survol de sa pensée avant les comptes-rendus estivaux de deux de ses livres.

Son analyse des inégalités

Marianne 2 a récemment publié un texte de Frédéric Lordon sur les inégalités. S’il est un peu long, il a le mérite de poser de bonnes questions sur l’explosion des inégalités salariales. En cela, il reprend les analyse de Robert Reich, qui en fait une partie importante de « L’Amérique que nous voulons », que j’avais chroniqué en début d’année et qui montre que les inégalités ont explosé aux Etats-Unis depuis trente cinq, revenant à la situation antérieure à la Grande Dépression des années 30.

Il cite également l’étude de Camille Landais, qui a prolongé les travaux de Thomas Piketty. Cette étude avait montre que les revenus de 90% de la population ont progressé de 4,6% de 1998 à 2006, ceux des 1% des ménages les plus riches ont progressé de 19% et ceux du 0,1% les plus riches de 32%. On pourrait ajouter qu’aux Etats-Unis, 0,1% de la population concentre 8% des revenus, quatre fois plus qu’il y a 25 ans, chiffre dépassant celui atteint en 1929.

Frédéric Lordon revient ensuite avec une plume acide sur la justification des inégalités donnée par les tenants du système. Il revient sur les déclarations de Laurence Parisot qui avait critiqué Barack Obama quand celui-ci avait voulu limiter à 500 000 dollars les revenus des dirigeants des banques aidées par l’Etat. Il note que les écarts de revenus entre employés et patrons sont passés de 1 à 30 à 1 à 300… Il reprend la proposition de Robert Reich, inspiré par Roosevelt, de remonter la fiscalité sur les très hauts revenus.

Les inégalités sont produites par la déréglementation

En effet, d’une part la déréglementation commerciale met en concurrence les travailleurs de tous les pays, poussant à la baisse la rémunération des ouvriers des pays les plus développés avec ceux des pays émergents. C’est ainsi que les salaires n’ont pas progressé en Allemagne depuis près de quinze ans et qu’ils ont même baissé aux Etats-Unis, où le salaire minimum, qui était d’environ 8 dollars (une fois ajusté de l’inflation) au début des années 1970, est passé à seulement 5,25 dollars.

Parallèlement, la déréglementation a démultiplié les capacités d’action des cadres dirigeants, ce qui a encouragé les entreprises à davantage les rémunérer, dans un système de mode de fixation des rémunérations trop consanguin. Qui plus est, la baisse des taux d’imposition sur les très hauts revenus (70% avant Reagan aux Etats-Unis, 56,8% et même brièvement 65% en France), a libéré les hausses de salaires, était auparavant freinée par le fait que l’Etat en récupérait la majeure partie…

Enfin c’est également la déréglementation financière et la libéralisation des mouvements de capitaux qui ont parachevé l’explosion des inégalités. En effet, cela permet aux entreprises de transférer une partie des rémunérations dans des « paradis fiscaux » et aux particuliers de faire bouger leurs fonds facilement, comme tous ces sportifs ou artistes qui veulent payer moins d’impôts, malgré les immenses allègements dont ils ont bénéficiés et les sommes colossales qu’ils touchent.

Bref, Frédéric Lordon a raison de dénoncer les inégalités et les justifications darwiniennes de certains. Pire, ceux qui se présentent comme les victimes d’une fiscalité confiscatoires ont pourtant bénéficié en même temps d’une explosion de leurs revenus et d’une baisse de leurs impôts !

Source : http://www.marianne2.fr/Inegalites-il-n-y-a-pas-de-merite...

http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2009...

Demain, analyse de sa proposition de socialisation du crédit

Commentaires

Thomas Piketty (celui qui a des arguments qui cognent), Lordon, bientôt Jorion, sans doute.

Rapidement, toute la petite troupe socialo-keynésienne sera là. On pourra alors commencer le spectacle. De clowns, bien sûr.

Écrit par : h16 | 09.07.2009

@ Laurent
Merci pour le clin d’œil.
Excellente ta définition de Lordon en "économiste de combat". Par contre je ne suis pas sûr que le terme "défenseur" soit réellement approprié. Lordon est assez grand pour se défendre tout seul. Cela étant, j’avoue que c’est l’économiste que j’apprécie le plus : ses thèses me séduisent, il les exprime intelligiblement et avec grand talent (tant à l’écrit qu’à l’oral) ce qui ne gâte rien et ses propositions sont concrètes, ne demandant rien d’autre pour être mises en œuvre que la volonté politique. J’ai déjà eu l’occasion d’écrire que ce qui le rend supérieur à beaucoup de ses confrères c’est qu’à la base, il à une formation d’ingénieur et donc les 2 pieds bien sur terre. Enfin, il n’est visiblement pas prêt à se vendre au "système" pour avoir le plaisir de passer à la télé …

Son texte sur la socialisation du crédit (que l’on retrouve, comme d’autres, dans son dernier bouquin que je lirai cet été) est tout à fait intéressant même si le titre n’est pas des mieux choisi selon moi. En plus, il fait une petite parenthèse sur mon sujet favori, la création monétaire, en remettant les choses en place. C’est un des textes de Lordon que je préfère, j’attends donc ton analyse avec impatience.
A noter que Malakine en avait parlé ici : http://horizons.typepad.fr/accueil/2009/01/menacer-les-banquiers-ou-refonder-le-systme-bancaire.html

Écrit par : RST | 09.07.2009

@ H16

Un peu court comme critique... Comme dans ton article où tu avais lapidé une dizaine de penseurs sans la moindre argumentation.

Au moins, The Economist est plus ouvert que toi et sait de temps en temps reconnaître certains dysfonctionnements du système (notamment l'augmentation des inégalités).

Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 10.07.2009

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