10.07.2009

Frédéric Lordon, économiste de combat (2/2)

C’est un lecteur du blog qui m’a indiqué ce texte qui avait déjà été l’occasion d’un débat sur le blog de Malakine, Horizons, en début d’année. J’avoue ne pas avoir lu l’intégralité du texte à l’époque : Frédéric Lordon n’est pas l’économiste le plus synthétique… Mais lu intégralement, son texte est très intéressant.

Pour une socialisation du crédit

L’auteur pose deux problèmes, pourtant ignorés par la plupart des dirigeants. Tout d’abord il se préoccupe de l’irresponsabilité des institutions financières qui veulent être sauvées mais sans être mise sous tutelle publique puisqu’elles réclament une aide seulement temporaire. Ensuite, il pose la question de la création de la monnaie, en notant qu’elle est aujourd’hui confiée à des banques qui ont précipité le monde dans une grave crise et se pose la question de son contrôle.

Considérant que la création monétaire ne peut être confiée à des entreprises privées, il recommande une socialisation du crédit. Mais cette socialisation ne se ferait pas sous la forme d’une grande banque publique mais plutôt par la constitution de plusieurs établissements bancaires à profitabilité limitée ou dont les profits ne seraient pas l’objectif. Il faut dire que les propositions de Frédéric Lordon sont d’autant plus convaincantes qu’il pose bien les problèmes du système actuel.

Faut-il nationaliser les banques ?

En outre, comment ne pas constater que la position des banques aujourd’hui n’est pas normale. Les marges qu’elles dégagent sur leur activité démontrent un manque de pression compétitive et tous les particuliers peuvent témoigner de l’envolée des coûts. En outre, elles bénéficient d’un aléa moral absolument scandaleux puisque, comme le soutient même The Economist, si leurs profits sont privatisés, leurs pertes peuvent être collectivisés du fait de leur importance systémique.

Malheureusement, la proposition de socialisation du crédit de Frédéric Lordon souffre d’une limite : le rachat des banques privées coûterait une fortune à l’Etat et je ne suis pas sûr que ce serait un bon investissement, surtout si c’est pour limiter la profitabilité des établissements bancaires… C’est pourquoi, à titre personnel, je crois plus à la constitution d’un pôle bancaire public plus important, qui pourrait être constitué à partir de la Poste par exemple, même si je sa thèse est intéressante.

Pour un secteur bancaire mixte

Outre le fait de remettre une partie de la création monétaire dans les mains de l’Etat, cela pourrait également instaurer une plus grande compétition dans un secteur économique où le niveau des marges semble indiquer que la pression compétitive n’est pas très forte. En effet, en prenant des mesures facilitant le changement de banque pour les particuliers et les entreprises et en faisant de la Poste une banque à prix raisonnable, l’Etat pourrait éviter les pratiques prédatrices du secteur bancaire.

Et pour éviter que la création monétaire se fasse de manière trop anarchique, l’Etat peut toujours l’encadrer  en relevant les normes prudentielles, en mettant des mesures de protection en cas de formation de bulles (comme l’avait fait l’Espagne, ce qui a sans doute sauvé son secteur bancaire d’une faillite certaine vue la violence de la crise immobilière là-bas). Frédéric Lordon critique fortement l’indépendance des banques centrales et milite fermement pour une reprise en main par les politiques.

La lecture de ces deux articles m’ont alléché tant je trouve une communion de pensée avec cet économiste, qui a le mérite de proposer des solutions concrètes, même si je ne suis pas forcément d’accord. Il me tarde d’en lire plus dans ses deux derniers livres. Rendez-vous dans quelques semaines.

Source : http://blog.mondediplo.net/2009-01-05-Pour-un-systeme-soc...

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