13.07.2009
Éducation : le marché contre l’égalité des chances
The Economist est une source unique d’analyse du néolibéralisme car il s’agit du meilleur représentant de ce courant de pensée, à la fois suffisamment analytique pour analyser toutes les facettes d’une situation mais aussi complètement dogmatique dans ses conclusions. Un nouvel exemple avec l’éducation.
Ce que les néolibéraux pensent de l’éducation…
The Economist consacre un dossier ubuesque sur les écoles privées dans la récession. On y retrouve l’affirmation suivante : « un système d’écoles et universités d’élite auxquels les riches ont un accès privilégié n’est ni juste ni efficace. Cependant, il y a de pires façons d’organiser l’éducation. Au moins, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ont de très bonnes universités ». L’hebdomadaire ne se demande pas comment avoir de bonnes universités qui seraient également plus justes.
The Economist ose soutenir que « le succès (des écoles privées d’élite) n’est pas basé sur l’argent, mais sur l’organisation ». Pourtant, le même hebdomadaire montrait il y a quelques jours que la réussite des universités privées étasuniennes repose notamment sur un budget sans rapport avec celui des universités d’Etat. Il se demande même pourquoi le prix des universités privées ne monte pas plus étant données les listes d’attente. Il réplique que cela ferait sans doute baisser la qualité des admis…
Un système profondément injuste
Car ce n’est pas le moindre paradoxe de The Economist que de donner également des arguments contre son propre raisonnement. Le fait d’admettre que la hausse des prix finit par avoir raison de la qualité des élèves montre bien que l’argent finit par prendre l’avantage sur la qualité académique et le travail des étudiants… Et comment ne pas le comprendre quand on sait qu’une année dans une grande université étasunienne peut coûter plus de 30 000 dollars, uniquement en frais de scolarité…
Mieux, il y a quelques mois, l’hebdomadaire avait fait une grande étude sur l’ascenseur social dans le monde. À sa grande stupeur, les pays d’Europe occidentale offraient les meilleures possibilités d’ascension sociale pour les classes populaires, alors que la société étasunienne, notamment, montrait une rigidité bien contradictoire avec son image. The Economist avait alors même conclu qu’il fallait peut-être envisager une réforme incluant une hausse des impôts pour les plus riches pour faciliter l’ascension sociale…
Une nouvelle aristocratie de l’argent
C’est Paul Krugman, dans son dernier livre « L’Amérique que nous voulons », qui reprend les résultats stupéfiants d’une étude illustrant la hauteur du mur de l’argent qui s’est constitué en matière d’éducation aux Etats-Unis. Cette étude montre que 29% des élèves ayant obtenu plus de 15 à leur examen de 4ème et dont la famille appartient au dernier quartile de revenus vont à l’université, contre 30% des élèves ayant eu 5 ou moins, mais dont la famille appartient au premier quartile de revenus…
Bref, en laissant les forces du marché jouer sans le moindre encadrement, on aboutit à un système où l’argent des parents compte plus que le travail. Comment peut-on espérer construire quelque chose de sain ainsi ? Cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas réformer certains aspects de notre système éducatif, ni même refuser toute incursion du privé dans l’éducation, mais en veillant à garantir une égalité de chances balayée par les simples mécanismes du marché.
Merci à The Economist de bien montrer toutes les semaines la réalité de la pensée néolibérale, que la plupart des élites européennes se gardent de présenter aussi crûment. Au moins, nous sommes prévenus. À nous de construire une alternative, sans entrer cependant dans le refus de tout changement.
Source : http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2009...
The Economist 4 juillet
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : the economist, université, paul krugman, égalité des chances




Commentaires
A propose des universites britanniques:
Ce n'est qu'a partir de 2006 qu'elles sont devenues payantes.
Du moins jusque dans les annees 80 et suivantes, les etudiants recevaient une bourse de l'etat qui counvrait aussi les frais de logement, nourriture, etc (en partie je suppose base sur le revenu des parents, mais la majeure partie dont les parents venaient de professions liberales et superieures recevaient cette bourse).
Il est donc beaucoup trop tot pour dire si le niveau, qui en effet etait excellente dans leurs meilleures universites, sera maintenu ou non.
A propos des universites americaines:
Ce n'est pas la licence qui fait la gloire des universites americaines, ces 4 annees ayant surtout le but de faire rattraper le niveau apres des etudes secondaires de tres mauvaise qualite. Ce sont les etudes "post-graduates" qui sont leur grand atout intellectuel. Or les meilleurs etudiants sont selectionnes internationalement et l'offre en general inclut une bourse (parfois avec un enseignement obligatoire).
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L'introduction de frais penalise fortement la classe moyenne, les bourses rares etant alors reservees aux quelques etudiants venant de milieux defavorises. Donc la majorite des etudiants s'endettent en prenant des emprunts. Par consequence, ils sont forces de s'orienter vers des professions a haut salaire. Et donc cela se peut qu'une universite avec des frais non-negligeables produisent des etudiants qui reussiront bien, mais leur orientation professionnelle sera restreinte et au long terme cela deviendra problematique pour la societe.
Donc il faudrait 1) voir dans 20 ans, si vraiment les universites britanniques ont maintenues leur niveau
2) analyser les orientations professionnelles des etudiants ayant suivi des etudes cheres.
Écrit par : anita rivers | 16.07.2009
@ Anita
Les bourses ne concernent que les étudiants exceptionnels. L'exemple donné par Paul Krugman montre bien que le système actuel exclut les bons et les très bons du moment que leur famille ne gagne pas suffisamment.
En Grande-Bretagne, le problème est en effet différent puisque les universités ne sont payantes que depuis peu. Mais il y a tout de même un biais par l'argent du fait des collèges et lycées privés, qui sélectionnent par l'argent d'une double façon : les frais de scolarité et leur implantation dans des quartiers où les prix de l'immobilier sont dissuasifs...
Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 18.07.2009
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