15.07.2009
Les ravages de la concurrence fiscale
Les multinationales étasuniennes se bousculent pour installer leur siège européen en Suisse. Après Procter & Gamble, Google et Yahoo, ce serait au tour de McDonald’s de déplacer son siège de Londres à Genève dès l’automne, selon les informations de Libération.
Un cercle vicieux
Le comportement des multinationales est malheureusement compréhensible. En effet, les dirigeants cherchent à maximiser les profits pour leurs actionnaires. Le différentiel grandissant de fiscalité entre la Suisse et les autres pays européens (la Grande-Bretagne augmente certains impôts à partir de juillet) les pousse logiquement à profiter de la faible fiscalité Suisse. Cela rappelle le comportement des sportifs et des artistes, qui profitent également de la libre circulation des capitaux.
Mais certaines entreprises n’hésitent à utiliser toutes les ressources de la comptabilité pour déplacer leurs profits des pays à forte fiscalité vers ceux des « paradis fiscaux » comme la Suisse. Le problème est que la concurrence fiscale met une pression redoutable sur les finances publiques à un moment difficile et qu’elle pousse la fiscalité à la baisse, comme le montre la baisse progressive de l’impôt sur les sociétés depuis plusieurs années. Gageons que cette pression ne prendra fin que quand les taux seront nuls…
Car c’est là une des conséquences de l’anarchie économique imposée par les néolibéraux de gauche comme de droite : la libre circulation des capitaux permet une baisse des impôts pour une infime minorité par le chantage au départ qu’ils exercent. Aux Etats-Unis, ce chantage prend une forme plus extrême puisque les Etats se font la guerre à coup de subventions pour obtenir l’implantation d’une usine ou d’un siège social, gageant des années de rentrée d’impôt en aides.
Peut-on faire quelque chose ?
C’est la question la plus important car le fatalisme peut l’emporter tant il est difficile aujourd’hui de remettre en cause une déréglementation qui ne profite qu’à une infirme minorité. Beaucoup ne voient pas de solution et il est vrai qu’il serait très difficile de faire quoique ce soit dans le cadre de traités, notamment européens, qui sanctifient une libéralisation promue objectif indépassable. Pourtant, les conséquences catastrophiques de cette anarchie économique imposent de rechercher des solutions.
La première action peut toucher tous les artistes et sportifs qui émigrent dans ces enfers dorés dès qu’ils gagnent un peu d’argent. Pourquoi ne pas rendre beaucoup plus difficile la possibilité d’installation dans ces pays ? Il serait possible de rendre beaucoup moins intéressant leur départ en instaurant un moratoire de plusieurs années, pendant lequel ils devraient continuer à payer leurs impôts dans leur pays d’origine, voir même de limiter leur capacité d’installation dans ces pays.
Au niveau des entreprises, plusieurs solutions peuvent être envisagées. L’Espagne, par exemple, a imposé que des inspecteurs publics travaillent directement au sein des banques pour instaurer une surveillance plus active. On peut également imaginer modifier les règles d’imposition (en fonction du chiffre d’affaire par exemple) pour limiter le pouvoir de nuisance des prix de transfert (prix de cession d’une filiale à l’autre), utilisés pour déplacer les profits d’un pays à forte fiscalité à un autre.
Depuis des années, la plupart des hommes politiques déplorent la concurrence fiscale. Pourtant, la plupart lui ont permis de se développer et presque aucun ne propose de solutions concrètes pour en venir à bout. Il est grand temps de se réveiller.
Source : http://www.liberation.fr/economie/0101579520-mcdonald-s-e...
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : paradis fiscaux, concurrence fiscale, suisse




Commentaires
Pour les particuliers, pourquoi ne pas instaurer l'impôt citoyen tel que les USA le pratiquent ?
Écrit par : Bouboune41 | 15.07.2009
Bonjour,
La question que je me pose est la suivante : comment se fait-il que les "paradis" fiscaux ont des taux bien moins grands que ceux des autres pays ?
Lorsque quelqu'un change de pays, il ne regarde pas seulement l'aspect fiscal, mais aussi la qualité de vie. Ce qui signifie que le "paradis" fiscal offre une qualité de vie au moins égale que le pays d'origine, et ce "malgré" (je pense personnellement que c'est plutôt grâce à) des impôts moins élevés.
Ceci montre selon moi un gaspillage fiscal dans le pays d'origine. Et la concurrence fiscale est un moyen de montrer à l'Etat gaspilleur qu'il ne gère pas sa fiscalité de la meilleure manière.
En bref, la concurrence fiscale n'est pas différente de la concurrence que se livrent deux entreprises : les habitants sont des consommateurs et l'Etat tente de satisfaire leur besoin. Si un Etat ne satisfait pas quelqu'un du point de vue fiscal, il n'y a pas de raison de l'empêcher d'aller voir ailleurs.
Je ne peux pas m'empêcher de renvoyer à cette étude de Pierre Bessard sur l'oppression fiscale :
http://www.institutconstant.ch/paper.php?id=68
Et je ne résiste pas non plus :
"La première action peut toucher tous les artistes et sportifs qui émigrent dans ces enfers dorés dès qu’ils gagnent un peu d’argent. Pourquoi ne pas rendre beaucoup plus difficile la possibilité d’installation dans ces pays ?"
une piste peut-être : http://fr.wikipedia.org/wiki/Mur_de_Berlin ^^
Écrit par : Barth | 15.07.2009
> Il serait possible de rendre beaucoup moins intéressant leur départ en instaurant un moratoire de plusieurs années, pendant lequel ils devraient continuer à payer leurs impôts dans leur pays d’origine, voir même de limiter leur capacité d’installation dans ces pays.
On pourrait par exemple construire un grand mur couvert de fil barbelé et constellé de nids de mitrailleuses autour de la France, pour pas que les vilains récalcitrants s'échappent !
Y'en a qu'on essayé...
Écrit par : Hoho | 15.07.2009
Des solutions non une solution :
Imposer selon la fiscalité du pays les sociétés ou particuliers, sportifs ...... sur le chiffre d'affaire réalisé dans le pays où il exerce une activité de quelque nature que ce soit.
Tous les états sont gagnant car libre à eux de fixer le niveau de l'imposition sans avoir peur de la concurrence d'un autre état.
Écrit par : liveo62 | 16.07.2009
@ Bouboune41 et Liveo62
Très bonnes idées.
@ Barth et Hoho
Libre à vous de défendre la minimisation des impôts de sportifs gagnants des centaines de milliers d'euros par mois. C'est une cause qui me dépasse, mais si cela vous tient à coeur...
Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 18.07.2009
Bonsoir,
Je viens peut être alimenter ce débat un peu tard mais c'est par hasard que je viens de trouver cet article qui plus que m'interpeler, me choque.
Je rejoins les commentaires de Barth concernant les méthodes préconisée dans cet article. La question n'est pas de défendre ou non le gain de centaines de milliers d'euros par mois mais quelle doit être la fiscalité appliquée pour ces personnes. Et sur ce point je rejoins Hoho, ces personnes doivent être imposées au même titre que toute autre personne exerçant une activité lucrative. J'irai même plus loin en affirmant qu'il serait judicieux d'accorder des avantages fiscaux à ces personnes!
L'intervention de Bouboune est tout à fait pertinente. Comment se fait-il que les pays en question offrent une qualité de vie au moins similaire et bien souvent supérieure au pays d'origine pour un revenu fiscal nettement inférieur? Prenons la Suisse puisque vous la citez à plusieurs reprises et qu'elle est limitrophe de la France. La fiscalité est beaucoup plus intéressante qu'en France pour toute personne que ce soit et encore davantage pour celles qui possèdent une importante fortune, les salaires sont élevés et bien que les charges courantes soient aussi nettement supérieures qu'en France, la qualité de vie en Suisse fait encore rêver à juste titre. Pour reprendre la comparaison de Bouboune, force est de constater que la Suisse offre de meilleures prestations à meilleurs prix! Et comme toute entreprise, les pays concurrents devraient, face à ce constat, remettre en question leurs propres fonctionnements et pas la concurrence fiscale!
Avec les idées que vous proposez, vous restreignez les libertés individuelles plutôt que de chercher à améliorer l'attractivité de votre pays. Car n'oubliez pas que nous sommes au jours de la mondialisation et qu'il ne vous est plus possible de réfléchir sans prendre en considération votre environnement extérieurs et il est certains qu'avec vos méthodes vous conserverez peut être les rares sportifs à se former encore chez vous mais jamais vous n'attirerez un étranger quelle que soit sa compétence. Se fermé ainsi sur l'extérieur revient à se priver d'une richesse incommensurable.
Voilà pourquoi je me permets de penser qu'il est judicieux d'accorder des avantages fiscaux à certaines grandes fortunes. Ces personnes n'apportent pas qu'un gain fiscal... Tout d'abord, en terme de quantité, ces personnes paient bien plus d'impôt que plusieurs individus aux revenus moyens et ce, même avec des avantages fiscaux. Ensuite, lorsqu'elles viennent s'installer dans un lieu quel qu'il soit, elles font construire une maison par des entreprises locales, elles emploient bien souvent du personnel de maison local et dépensent leur argent dans leur nouveau pays de résidence. Tous ces éléments représentent un gain bien plus important que le revenu généré par des impôts disproportionnées que vous défendez. Ce qui nous renvoie à la question de Bouboune... N'est-ce pas grâce à ces avantages fiscaux que ces pays arrivent à offrir une qualité de vie supérieure? Bien entendu, nous ne pouvons résumer la qualité de vie d'un pays à sa fiscalité mais il est certain qu'elle ne freine pas la croissance des paradis fiscaux.
Écrit par : LI | 19.04.2010
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