21.07.2009

Dette, déficits : cessons le catastrophisme !

Avec l’envolée des déficits, d’innombrables interventions se font jour pour dénoncer la dette, les déficits et l’irresponsabilité de nos politiques qui font porter un fardeau financier sur les futures générations. Un procès beaucoup trop catastrophiste.

Catastrophisme n’est pas vertu

Cette remise au point ne signifie pas qu’il ne faille pas prêter attention aux déficits publics, ni même aux dépenses publiques. La dépense de l’argent de la collectivité doit savoir être faite avec parcimonie et en se posant à chaque fois la question de l’intérêt de son emploi. En outre, il faudra un jour être capable de sortir du cycle infernal des déficits quand la croissance sera revenue, ne serait-ce que pour donner des marges de manœuvre à l’Etat.

Aujourd’hui, de nombreux journalistes et politiques dénoncent avec vigueur l’envolée des déficits en France (autour de 7% du PIB). Cependant, leur croisade du moment n’est souvent que pure posture puisque aucun d’entre eux ne se risque à avancer des propositions concrètes de baisse de dépenses ou de hausses d’impôt. Or dans le contexte économique actuel, il revient à l’Etat d’intervenir massivement pour éviter que l’économie n’entre dans une dépression comparable à celle des années 30.

L’herbe est moins verte ailleurs

Et aujourd’hui, on pourrait même argumenter que la réaction de la France n’est pas assez forte, puisque les Etats-Unis et la Grande-Bretagne n’hésitent pas à recourir à un déficit deux fois supérieur au nôtre pour relancer leur économie. En fait, la France fait plutôt partie des pays conservateurs en matière de plan de relance et présente donc un déficit public dans la norme plutôt basse.

Et concernant la dette, notre position va plutôt s’améliorer à l’issue de la crise. À l’origine, nous étions aussi endettés que les Etats-Unis et l’Allemagne (autour de 65% du PIB), plus que la Grande-Bretagne et l’Espagne (40-45%) et moins que l’Italie et le Japon. Mais l’énormité des déficits espagnols et britanniques vont les amener à des niveaux comparables au nôtre, alors que les Etats-Unis pourraient finir dans le peloton de tête des pays les plus endettés.

La France, un pays plus prudent

La France devrait donc être un des pays les moins lourdement endettés dans quelques années. Qui plus est, cette analyse est partielle dans la mesure où elle ne prend pas en compte le fait que notre Etat dispose de beaucoup plus d’actifs que les autres pays, ce qui fait que notre dette nette est d’ors et déjà parmi les plus faibles (autour de 40%). Mieux, les ménages et les entreprises Françaises sont très peu endettés, ce qui fait que nous sommes déjà au global le pays le moins endetté des grands pays occidentaux.

Ensuite, il faut relativiser le niveau de l’endettement public par rapport au niveau des recettes publiques. En effet, les Etats ont déjà atteint des niveaux très élevés d’endettement, au sortir de la seconde guerre mondiale (au-delà de 100% du PIB), qu’ils ont réussi à gérer malgré des recettes publiques infiniment plus limitées (de l’ordre de 5% du PIB aux Etats-Unis). S’il a été possible de gérer une dette équivalente à 20 fois les recettes annuelles, il est possible de gérer une dette équivalente à 2 à 4 fois ces mêmes recettes.

Sans renier le danger de l’endettement, il est important de relativiser certains commentaires exagérément catastrophistes. Les déficits actuels sont nécessaires pour relancer l’économie et le niveau de la dette reste parfaitement gérable dans le futur.

Commentaires

« Mieux, les ménages et les entreprises Françaises sont très peu endettées »
« endettés » si les ménages sont comptés.

Ecrit par : anonyme | 21.07.2009

@ Anonyme

Merci à nouveau. Je ne sais pas si c'est un petit coup de pompe de ma part ou si c'est parce que j'ai gagné votre lecture, mais il faut que je fasse attention.

Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 21.07.2009

quel rigolade,,si,si
aucun chef d"entreprise de petite et moyenne entreprise pourrait faire ce que les politiciens de tout bords ont fait a la france depuis 30 ans
dépensez plus que l"on gagne ou vivre a crédit
le résultat,la france a des dettes énormes,le total de l"impôt sur le revenu pour les intérêts
donc,messieurs les politiciens vous êtes des nuls et des incompétents qui vont faire payer a plusieurs générations vos erreurs
plus grave et oui
notre président continue a dépenser de l"argent que nous emprunter,c"est a lui et a l"ètat de se serrer la ceinture et a l"ètat
l"exemple doit venir d"en haut,pour cela il faut avoir le courage de parler vrais ,
la france est malade,mais son mèdecin en chef na pas fait la vrais rupture,
triste,mais vrais

Ecrit par : michel | 22.07.2009

Ton analyse repose sur deux postulats que je ne partage pas.

1- Tu crois au retour de la croissance après la crise. Je ne vois pas ce qui te permet d'affirmer ça. Les analyses d'Artus nous annoncent une croissance de 1%, si tout va bien. Je ne vois pas comment où pourra réduire les déficits avec une telle croissance, surtout lorsque les dépenses liées au vieillissement et aux retraites vont s'emballer.

On doit faire le deuil de la notion de croissance. Dans les années à venir la population active va décroître dans tous les pays développés. Les prix des matières premières et de l'énergie vont se remettre à flamber. Le chômage va rester haut et la demande intérieure atone. Il n'y a aucune révolution technologique à l'horizon ... et de toute manière nos économies sont grandement désindustrialisées.

D'ailleurs au cours de la dernière décennies, même stimulées par un excès d'endettement qui s'est très vite avéré insoutenable, les pays d'Europe ont eu des performances minables en termes de croissance, ce qui leur a permis de réduire à peine leurs déficits et leur niveau de chômage. On imagine ce que ce sera sans la stimulation par l'endettement ...

2- Tu crois que l'accentuation des déficits est un facteur de relance. Pour toi il semble y avoir un mauvais déficit qui serait celui lié à la dette privée et un bon qui serait le déficit public, lequel serait mécaniquement un vecteur de croissance nouvelle.
Ce postulat ne repose sur rien de rationnel. L'idée de la relance par le budget m'apparaît comme un mythe.
Pour moi l'envolée des déficits publics en période de crise s'assimile plus à des soins paliatifs pour un cancereux en phase terminale qu'à une chimiothérapie. On masque la douleur mais on ne soigne rien. Une fois passés les effets des "plans de relances" on aura de la dette et des intérêts à payer ... et c'est tout. Pas une décimale de croissance en plus. Pour cela, il faudrait soutenir une demande solvable (par une remontée des salaires) et renforcer la base productive. Les dépenses publiques seront toujours incapable de le faire. Je suis très impatient et très curieux de savoir ce qui sortira des réflexions sur l'utilisation du "grand emprunt national" destiné à financer "les dépenses d'avenir" !!

A l'évidence, l'envolée des déficits actuels est un phénomène tout à fait flippant qui ne pourra que mal finir. Le niveau de l'endettement public est déjà préoccupant dans la mesure où il organise (oui, il ORGANISE) la paupérisation de l'Etat et un transfert de richesses des contribuables vers les épargnants. Mais ce qui est le plus grave, c'est qu'on ne voit pas comment la tendance à l'envolée des déficits pourrait être contenue un jour. Tout cela finira par une insolvabilité pure et simple des Etats et des systèmes sociaux.

C'est un débat que nous n'avons pas finit d'avoir. Je le crains ...

Ecrit par : Malakine | 23.07.2009

@ Malakine,

1- Je pense comme toi que la croissance ne sera pas vraiment au rendez-vous et que nous resterons dans un scénario de croissance très molle. Le scénario de P.Artus me semble parfaitement crédible. C'est ce que j'avais décrit dans le Grand Choc. Note que je parle presque toujours de "reprise illusoire".

Après, les déficits pourraient être combattus par une taxe Tobin ou une suppression de toutes les niches fiscales, quelque soit le niveau de croissance.

2- Ce n'est pas ce que je dis. Pour moi, les déficits des années Jospin par exemple étaient de mauvais déficits car nous avions de la croissance et rien ne justifiait les déficits publics à cette époque. De même, de la dette privée pour financer des investissements dans les technologies d'avenir sont bons.

En revanche, dans le cadre de la récession que nous affrontons, je crois qu'il est essentiel que l'Etat nous sorte de la crise et la seule solution conjoncturelle est une hausse des déficits.

Je suis d'accord avec ton analyse du problème des déficits (en période "normale", je suis pour un budget à l'équilibre ou positif). Néanmoins, je souhaite relativiser les commentaires catastrophistes sur notre dette car une certaines prise de distance permet de constater que notre position, aussi inquiétante soit-elle, n'est pas hors de contrôle.

Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 23.07.2009

Le premier point est majeur. J'ai l'impression que personne n'en a conscience ou qu'on refuse de le voir. On se berce d'illusion en parlant de la sortie de crise ou de la reprise.

J'ai lu que nos systèmes sociaux avaient besoin d'une croissance de3% pour être à l'équilibre. Avec une croissance potentielle de 0.5 ou de 1% on a une système structurellement déficitaire qui va doucement mais irrésistiblement dans le mur. Il faudra soit augmenter sérieusement la pression fiscale, soit réduire les dépenses, mais d'une manière ou d'une autre accepter une réduction du niveau de vie !

Tant qu'on ne fait ni l'un ni l'autre et de surcroît qu'on prétend préparer l'avenir en empruntant, on mène une politique dangereuse qui justifie un certain catastrophisme.

Je ne suis pas du tout un apôtre de la rigueur mais la politique actuelle me rend réellement inquiet. On a vu des Etats en situation de banqueroute. J'ai peur que ça nous arrive à la prochaine crise.

Selon moi, la prochaine crise ne sera pas écologique, politique ou sociale. Ce sera une crise des finances publiques. Un jour l'Etat ne pourra tout simplement plus emprunter !

Ecrit par : Malakine | 23.07.2009

@ Malakine,

C'est le point de départ du Grand Choc de 2017, la série de papier de politique fiction que j'avais fait en début d'année.

Je suis d'accord avec toi qu'il faut y faire attention mais je crois que les commentateurs sont exagérément pessimistes aujourd'hui (ce qui ne sera peut-être pas le cas dans 5 ans...).

Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 23.07.2009

Dans un monde où la monnaie se crée avec l'émission ou l'orgination de produits de dette (bons du trésor, crédit, dérivés, etc), il relève en effet du truisme que de s'étonner devant le niveau d'endettement de l'Etat. En fait plus l'Etat émet des bons du Trésor et plus il permet aux banques de générer du crédit ou d'augmenter leurs expositions de hors bilan, pourvu qu'elles respectent les ratios de solvabilité. Mais cela ne veut pas dire que l'endettement est une bonne chose en soi. En fait les relances keynésiennes n'ont jamais fonctionner sur le long terme, parce qu'elles provoquent la création de bulles spéculatives, c'est à dire la création de monnnaie décorrélée de l'augmentation de la richesse réelle, sous l'effet de la démultiplication du crédit entre les acteurs financiers. Il arrive un moment où le système finit par s'effondrer sous le poids de son endettement, lorsque l'économie ne peut plus absorber le surplus de liquidités. C'est la raison pour laquelle nous entrons maintenant dans une spirale déflationniste contre laquelle les Etats sont impuissants, faute d'une volonté réelle de réduire les déficits et d'assurer la reprise économiques sur des bases financières saines. Il faudrait pour cela épurer le bilan des banques, ce que les principaux concernés se refusent à faire préférant perpétuer le système moyennant une couche supplémentaire de réglementation, plutôt que de réformer en profondeur le système financier sous prétexte que les banques sont indispensables. Indispensables certes pour perpétuer et amplifier le pouvoir des politiques, mais certainement nocives pour assurer un développement économique à la fois équitable et durable.

Ecrit par : Nicolas | 24.07.2009

Je propose quatre sources principales de rééquilibrage des finances publiques, par réduction de la dépense :

1- Les aides aux entreprises sous forme de déduction de charges et de subventions représentent 70 milliards, alors que le politique et l'économique gagneraient à être distingués.

2- Les aides au logement représentent 35 milliards, alors que le logement est un bien qui s'achète et se vend sans difficulté, et qu'il suffirait de restaurer le droit de construire pour générer de l'abondance d'offre, provoquer la chute des prix, et redonner du pouvoir d'achat en réduisant le budget logement des ménages

3- L'éducation nationale comprend 900.000 enseignants pour...300.000 non enseignants ! Sur 300.000 non enseignants, il y en a 200.000 de trop. On peut estimer le sureffectif à 200.000 fonctionnaires. Le surcoût est de l'ordre de 15 milliards.

4- La décentralisation a été l'occasion de transférer des compétences, mais sans allégment de la structure dépositaire d'origine de la compétence transférée. Depuis les lois de décentralisation de 1982, le surcoût n'a cessé de croître et les dépenses des collectivités locales se sont envolées sans contrôle. La Cour des Comptes souligne cette dérive de façon constante. Le gaspillage peut être évalué à 60 milliards.

Ces quatre sources de gaspillage représentent 180 milliards d'€. Leur suppression permettrait de ramener la France à un taux de dépenses publiques de 45% du PIB, au lieu de 55%.

D'autre part, ce rééquilibrage sera l'occasion de recentrer la dépense collective sur les équipements publics et le financement de l'enseignement supérieur et de la Recherche, secteurs où la dépense collective a tout son sens.

Sylvain Jutteau

Ecrit par : sylvain jutteau | 10.08.2009

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