22.07.2009

EDF : service public contre libéralisation

Hausse des prix, paiement des économies d’énergie : les dernières semaines montrent le vrai visage de la libéralisation du secteur de l’énergie. Loin d’être au service des clients, elle ne vise qu’à soumettre notre service public à une logique purement marchande.

Le dérapage de Pierre Gadoneix

Il y a deux semaines, le patron d’EDF est intervenu à la radio pour demander une augmentation des tarifs de l’électricité de 20% sur trois à quatre ans. Il a justifié sa demande par le fait que l’électricité est 30% moins cher en France que dans les autres pays européens et que l’ancien service public doit aujourd’hui financer une augmentation de ses investissements pour renouveler le parc de centrales nucléaires.

Pourtant, c’est justement parce que l’électricité en France est à 80% d’origine nucléaire que le prix y est plus faible. Et on ne voit pas pourquoi son coût devrait augmenter aujourd’hui brutalement de 20%, alors qu’EDF fait de larges bénéfices. En outre, le besoin d’argent pour les investissements est contradictoire avec les annonces du plan de relance du gouvernement où EDF devait fortement contribuer.

Comme le souligne très justement Nicolas Dupont-Aignan dans un communiqué de presse, cette demande de hausse de tarif a un seul but : financer les acquisitions du groupe à l’étranger, comme British Energy, qui a coûté 15 milliards d’euros. Il est parfaitement inacceptable que le patron d’EDF demande aux consommateurs Français de financer ses acquisitions à l’étranger.

L’oubli du service public

Cet épisode a au moins le mérite de montrer que la libéralisation des services publics ne profite pas aux consommateurs puisque loin des arguments de ses défenseurs, elle a plutôt tendance à provoquer une hausse des tarifs. La libéralisation des services publics, loin de servir le pays, met les anciens monopoles publics au service des actionnaires, uniquement.

Le dernier exemple en date l’illustre particulièrement bien. En effet, EDF et les autres opérateurs du marché de l’énergie réclament une taxe pour compenser les économies d’énergie et le manque à gagner. Une prime au gaspillage de l’énergie en somme. Une parfaite illustration du côté bassement mercantile d’entreprises privées qui ont perdu toute logique de service du public.

Sous les coups de boutoir de la Commission Européenne et avec la complicité de l’UMP, du PS et du Modem, le modèle Français de service public est constamment remis en cause. Nous voici mieux averti des conséquences de cette dangereuse évolution.

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/07/20/edf-veu...

http://www.debout-la-republique.fr/EDF-sous-la-hausse-de-...

Commentaires

Franchement, qui ne s'était pas (encore) aperçu de ce que vous exposez dans cette bonne synthèse ? Après le scandale de la privatisation des péages, je ne peux pas croire que les Français acceptent d'avaler couleuvre sur couleuvre.

Il faut bien noter que Mr Gadonneix justifie sa requête par le fait que le PRIX de l'électricité en France est très inférieur au PRIX de l'électricité au niveau européen.

On est donc dans une logique de nivellement des PRIX par le haut, totalement décorrélée de l'aspect COUT.

C'est toute la différence entre une approche "marchande/privée" qui va se déterminer sur des aspects de prix MARCHE (pouvant tendre à des situations d'entente monopolistiques quand les acteurs sont si gros qu'ils ont intérêt à "sécuriser" leur fief respectif), et une approche "service public" qui ne devrait faire payer à l'usager qu'en fonction du COUT réel.

Dans une logique de service public FRANCAIS, l'argumentaire de Mr Gadonneix est absolument inacceptable et ne peut qu'alimenter le ressentiment de la population à l'égard de cette Europe qui n'est décidément bonne qu'à justifier le pire: nivellement des prix par le haut, nivellement des salaires par le bas.

Écrit par : Bouboune41 | 22.07.2009

On aimerait entendre une nouvelle qui indique que ce dérapage a été bloqué ! Mais, les gens ont beau protester dans tous les sens, cela ne semble absolument pas impressionner Sarkozy et son gouvernement ! Sont-ils donc si sûrs d'eux-mêmes ? Jusqu'ici, nos dirigeants avaient peur des mouvements sociaux, des grèves ou des manifestations, au point de revenir sur des mesures projetées ! Qu'est ce qui les rend si sûrs d'eux à présent ? Pourquoi ne craignent-ils plus la "colère" du peuple ? Est-ce que vraiment le peuple français ne peut plus rien faire d'autre que subir une sorte de dictature "douce" ! C'est franchement inquiétant !

Écrit par : Marie | 22.07.2009

Tout est dans cette phrase " Il est parfaitement inacceptable que le patron d’EDF demande aux consommateurs Français de financer ses acquisitions à l’étranger"

Mais je crains que cela n'est pas grand chose à voir avec la notion de service public. La question posée est celle de l'internationalisation de groupes qui bénéficient d'une rente de situation sur le marché intérieur. Cela fait penser au développement à l'international des groupes de grandes distribution comme Auchan ou Carrefour, qui ont de la même manière été financé par le consommateur français. Au final n'est-ce pas la question du contrôle des mouvement de capitaux et du contrôle des changes qui est posé ?

Écrit par : Malakine | 23.07.2009

@ Malakine,

Pour le coup, si le secteur de l'énergie était reconnu comme relevant de la logique de secteur public, et que les Etats conservaient leur champion, cela éviterait de telles aberrations.

Sur les mouvements de capitaux, comme tu l'imagines, je suis également pour un encadrement.

Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 23.07.2009

Je ne sais pas si tu as remarqué, mais je n'utilise quasiment jamais la notion de service public car à force d'être utilisée à tort et à travers, plus personne ne sait ce qu'elle recouvre. Tantôt elle désigne la propriété du capital à 100% public, tantôt une situation de monopole, tantôt un logique non lucrative, tantôt des sujetions d'intérêt général, tantôt le statut protégé ou de fonctionnaire de ses agents ...

Toutes ces notions sont dignes d'intérêts indépendamment les unes des autres, mais la notion de SP en tant que telle est beaucoup trop fourre tout pour être défendue. Personnellement je laisse ce vocable au PS qui en a fait un marqueur identitaire.

En l'espèce, la question majeure est celle du monopole car la concurrence appliquée à l'énergie n'aboutit qu'à une dégradation de la qualité de service et à une augmentation des prix. Alors parlons de monopole et non de service public. T'es pas d'accord ?

Écrit par : Malakine | 23.07.2009

@ Malakine,

Les économistes parlent de la notion de "monopole naturel" pour des secteurs comme le transport ferroviaire, l'énergie, la poste... A mon sens, ces monopoles naturels ne peuvent être que publics. Et donc, ils deviennent des services publics. Pour moi le vocable "monopole" est trop limitatif pour qualifier ce que sont EDF ou la SNCF.

Je t'avoue néanmoins que ce terme de "service public" n'est pas sans limite tant il peut évoquer une gratuité déresponsabilisante dans les deux sens. En fait, je crois qu'il faudrait trouver un nouveau terme ! Mais je suis trop fatigué pour chercher aujourd'hui !

Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 23.07.2009

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