12.08.2009

Une brèche dans l’exception bancaire Suisse

Certes, la remise en cause du secret bancaire n’est que partielle. Mais alors que le système financier mondial sort indemne de la pire crise économique depuis des décennies, il est réjouissant de voir quelques failles dans les enfers de l’argent que sont ce qu’on appelle bien bizarrement les « paradis fiscaux »…

Des Etats moins tolérants

La crise aura au moins eu le mérite d’éveiller les Etats au scandale que sont ce qu’on appelle « les paradis fiscaux », dans une défaite sémantique des grands états démocratiques devant des pratiques bien peu républicaines. En effet, l’Allemagne avait montré l’exemple en n’hésitant pas à payer un cadre de la banque du Lichtenstein pour obtenir des informations sur les citoyens Allemands qui avaient fraudé le fisc. Il y a quelques décennies, le Général de Gaulle avait menacé Monaco d’un blocus pour obtenir des concessions à leur régime fiscal (voir deuxième lien qui relate la crise de 1962).

Après l’Allemagne, c’est au tour des Etats-Unis de mettre une pression peu commune sur les banques Suisses et UBS en particulier de manière à obtenir des informations sur les évasions fiscales. L’administration Obama met une double pression, à la fois sur les individus et sur les banques qui les accueillent de manière à s’attaquer véritablement au cancer républicain que représente l’évasion fiscale. Même s’il est fort possible que les avancées n’aillent pas assez loin, il est forcément positif de faire reculer le secret bancaire quand il ne cherche qu’à couvrir des comportements anti-citoyens.

Le chemin reste long…

Quelle est la signification de ces coups de force ? Un prélude à une véritable remise en cause de ces exceptions bancaires ou des coups de menton destinés à donner le change à des citoyens qui réclament une plus grande justice après la crise financière ? Le contexte actuel, beaucoup plus difficile pour les finances publiques, peut avoir pour conséquence positive de pousser les Etats à rechercher l’argent là où il est, à l’abri de l’impôt citoyen. Une telle évolution serait la bienvenue tant la tolérance des grands Etats était incompréhensible, pour ne pas dire suspecte.

Cela rejoint la proposition de Frédéric Lordon qui recommande purement et simplement d’interdire toute transaction financière entre la Zone Européenne Financière continentale et les « paradis fiscaux ». Après tout, si les grands Etats mettaient en place une telle mesure, il serait possible de mettre fin à cette exception anti-citoyenne. Ces micros Etats ne peuvent pas vivre seuls. Ils fonctionnent comme des sangsues pour les grands Etats, suçant l’argent des riches contribuables. Il revient aux hommes politiques d’agir fermement pour remettre en cause cet état de fait.

Petit à petit, il semble que les grands Etats démocratiques remettent en cause les avantages scandaleux des « paradis fiscaux ». Même si cela n’est pas forcément pour les bonnes raisons, cela représente un progrès, même s’il reste encore beaucoup à faire.

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/08/10/apres-u...

http://cdlm.revues.org/index3023.html

Commentaires

"alors que le système financier mondial sort indemne de la pire crise économique depuis des décennies"

On ne doit pas vivre dans le même monde, ou alors je ne regarde pas assez TF1 (je le confesse : je ne regarde plus les mass media)

Il n'y a plus d'actifs pourris dans les coffres des banques ? Les emprunteurs sont tous redevenus solvables (grâce aux mirobolantes créations d'emploi et aux non moins mirobolantes revalorisation de leur salaire) ?

J'espère que vous n'allez pas vous joindre à la comédie actuelle qui nous met en scène une sortie imminente de la crise...

Ecrit par : Bouboune41 | 13.08.2009

@ Bouboune41

Quand je dis "indemne" ce n'est pas fonction des résultats financiers ou des bilans (encore que la situation s'améliore nettement comme le montrent les derniers résultats trimestriels, certes de manière pas forcément très claire...), cela concerne la nécessaire réforme du système financier.

Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 13.08.2009

Ah d'accord j'ai mal compris la portée du mot "indemne". Ouf.

Pour ce qui est de l'amélioration des bilans, gardons bien à l'esprit la directive FASB 157-e qui a quelque peu changé la façon de valoriser certains actifs.

C'est en quelque sorte le "coup de baguette magique" qui a boosté d'un coup les bilans des banques d'affaires US, par un simple jeu d'écriture.

Ils sont fort ces financiers... changer les normes comptables pour enjoliver les bilans. Chapeau les artistes.

Ecrit par : Bouboune41 | 13.08.2009

@ Bouboune41

C'est exactement ce que je voulais dire en parlant de "manière pas très claire"...

Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 13.08.2009

Tiens voici une petite interview de P. Jorion ce matin sur la RTBF. De quoi doucher l'optimisme actuel :

http://www.rtbf.be/info/matin-premiere/reelle-fin-de-crise-ou-poudre-aux-yeux-debat-avec-leconomiste-denis-stokkink-132471

Ecrit par : Bouboune41 | 13.08.2009

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