28.08.2009
L’immense scandale des bonus 2009
Pendant que les banquiers sont trop heureux de détourner le débat sur des modalités byzantines qui camouflent en réalité un maintien du système antérieur, un vrai débat est complètement ignoré : le scandale gigantesque que représente tout paiement de bonus en 2009.
Pourquoi des bonus en 2009 ?
Car si le débat porte aujourd’hui sur la manière de moraliser les bonus des traders, presque personne ne se pose des questions sur la justification de l’existence même de bonus en 2009. À première vue, la raison est simple : les banques enregistrent des profits en spéculant, du fait de la forte hausse des marchés cette année. Dès lors, il pourrait sembler justifié que les traders en profitent...
Mais si les marchés boursiers sont en hausse en 2009, gonflant les profits des banques et les bonus des traders, c’est uniquement grâce au krach de 2008. En effet, si le CAC 40 n’avait pas perdu la moitié de sa valeur en 2008, il y a fort à parier que le marché ne serait pas en hausse en 2009… Si le krach financier de 2008 a provoqué un effondrement économique sans précédent, envoyant des millions de personnes au chômage, il permet également un gonflement des bonus des traders l’année suivante !
Bref, le krach boursier engendre du chômage pour les uns et des bonus pour les traders ! Pire, si les banques qui versent ces bonus existent toujours aujourd’hui, c’est grâce à l’intervention publique et l’argent de l’Etat. En clair, les bonus 2009 bien gras que vont toucher les traders de la BNP ou de Goldman Sachs sont la conséquence directe de l’effondrement de la bourse en 2008 et de l’injection massive d’argent des Etats pour réparer les erreurs de ces mêmes banques…
La crème, le beurre, la crémière, la petite sœur de la crémière…
Il est donc proprement incroyable et illégitime que soient payés le moindre bonus en 2009, à moins de les taxer à 90%. La collectivité ne peut pas d’une part donner des milliards aux banques pour les sauver et accepter que ce sauvetage permette, quelques mois après que les banques soient allées dans le mur, de verser des bonus invraisemblables à leurs traders, alors même que des millions de personnes ont été envoyées au chômage du fait de l’éclatement de la bulle spéculative.
L’aléa moral du monde financier devient chaque jour plus choquant. Le système actuel est devenu à ce point pervers que les traders pourraient y trouver une incitation aux comportements les plus spéculatifs. Après tout, ils touchent des bonus extravagants en période de bulle. L’année du krach, les Etats viennent sauver les banques de la faillite, et, s’ils perdent leur bonus une année au pire, ils créent les conditions de bonus gigantesques les années suivantes du fait de l’effondrement de la bourse l’année précédente.
C’est pourquoi la législation sur les bonus, si elle doit être largement transformée (voir la note de mercredi), n’est pas suffisante. Comme le propose Lord Adair Turner, président de l’autorité bancaire en Grande-Bretagne, il faut instituer une taxe Tobin sur toutes les transactions financières. Comme il le souligne et comme je le défends depuis longtemps, il faut dégonfler un secteur devenu trop important par rapport à l’économie réelle. Ceci limitera drastiquement les bonus.
De toutes les façons, les évènements de 2008 rendent complètement illégitimes le versement de bonus aux traders au titre de 2009. Il revient aux Etats, soit de les interdire purement et simplement, soit de les taxer à un très haut niveau, 90% par exemple. Les accepter serait un immense scandale.
10:56 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : bonus, traders, lord turner, taxe tobin




Commentaires
Merci pour cet article, et le lien vers l'article du Fig.
Ce Mr Turner pose un bon diagnostic (finance hypertrophié et nuisible) mais on n'entend toujours par de grand homme politique s'attaquer sérieusement au problème. Pour l'instant on en est toujours aux "il faudrait que...".
Nos politiques, si prompts à inventer des lois pour tout et n'importe quoi, feraient bien d'ouvrir les vrais débats et de légiférer.
Écrit par : Bouboune41 | 29.08.2009
Bonjour,
Je ne suis pas trader. Mais si j'étais embauché par une banque avec un contrat stipulant que mon mêtier est d'acheter et vendre dans les meilleures conditions pour la banque des choux, des carottes ou des produits dérivés ou virtuels, et que je sois contractuellement rémunéré selon ma performance, où serait le crime? Où se situe la limite? Imagine-t-on qu'on oblige le trader à arreter un contrat parcequ'alors il ganerait trop et ce serait "immoral"? Ou alors de quoi parlons nous? de lquelle moralité? Où commence la moralité? Aux choux, aux carottes mais pas plus loin? Qu'on appelle les choses par leur nom et les traders des boucs émissaires.
Écrit par : hb45 | 30.08.2009
Eternelle et désarmante irresponsabilité du « bon professionnel », l’homo economicus proliférant de nos temps modernes. Il a déjà été observé en des temps pas si lointains et en des endroits spécialisés dans la mort industrielle, que les gestionnaires autorisés des lieux s’abritaient de toute considération morale derrière les exigences et les cadences « du métier ». J’exagère en osant une telle comparaison ? Je ne pense pas. Tout est affaire de circonstances. Vous demandez de quelle morale il faut parler ? Je parle donc de la morale minimum qu’exige la vie en société, celle dont nos braves traders hexagonaux ont bien su profiter en leur jeune temps, par exemple par l’éducation et la santé gratuite (on devrait évaluer les bonus en valeur lunettes / prothèses dentaires). Vous préférez vous occuper en priorité de vos choux et de vos carottes ? Fort bien, allez donc vivre sur une île déserte, le paradis rêvé des traders ou de ceux qui rêvent de l’être, et le dernier endroit au monde où ils seront bientôt encore les bienvenus.
Écrit par : Daniel DRESSE | 30.08.2009
@ HB45
Curieusement, je suis d'accord avec vous et je viens de découvrir que c'est aussi la position de Frédéric Lordon, dont je lis le dernier livre. Pour moi, la responsabilité n'est pas tellement individuelle mais beaucoup plus systémique.
Les traders ne font que le travail pour lequel ils sont payés. De toutes les façons, s'ils ne le faisaient pas de la sorte, ils seraient immédiatement remplacés. La responsabilité est celle des architectes du système, ce qui est complètement différent.
En revanche, dans le cas des bonus 2009, je persiste à penser qu'ils sont immoraux et qu'il revient aux Etats, soit de les interdire, soit de les taxer à 90% étant donné qu'ils ne sont que le produit de l'effondrement de 2008. Il n'est pas juste que le krach de l'an dernier produisent du chômage pour des millions de personnes et des bonus records pour les traders !
Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 30.08.2009
@ Laurent
Pourquoi vous emportez-vous sur cette n-ième injustice ? Puisque vous parlez de Bourse, n'avez-vous jamais entendu parler de licenciements boursiers ?
Il est malheureusement "banal" que certains gagnent des sommes considérables (les actionnaires dans mon exemple) en jetant des centaines de personnes dans une situation dramatique (les salariés licenciés).
D'ailleurs dans de nombreuses entreprises industrielles (dont la mienne), vous savez dans quoi les investisseurs préfèrent mettre leur argent ? Dans les plans sociaux !
Pour en revenir à ce scandale des bonus, je ne suis pas offusqué que les joueurs du Casino ramassent leurs gains. Je suis par contre offusqué par la nature des jeux disponibles dans ce Casino ! Et vous ?
Écrit par : Bouboune41 | 30.08.2009
@ Laurent libre
Et à part la responsabilité individuelle vous comptez sur quoi ou plutôt sur qui pour changer ce que vous appelez le système ? La prochaine fois que vous rencontrez Lordon, demandez-vous s'il n'aurait pas pu faire lui aussi un excellent chasseur de bonus.
Cordialement, mais bonne chance tout de même avec la claivoyance intrinsèque "des Etats" (?).
Écrit par : Dresse | 31.08.2009
En effet, les bonus de 2009 sont liés aux années 2007 et 2008 catastrophiques, au niveau de la finance, et à l'injection par les Etats de fonds importants. Je pense que le problème a été que ces fonds ont été injectés dans le système bancaire sous la forme de prêts faiblement rémunérés, au profit des spéculateurs et au détriment des contribuables. Il aurait fallu que les Etats rachètent les banques en difficulté pour les privatiser de nouveau une fois la tempête passée. Les Etats auraient alors fait une plus value et le système bancaire aurait été sauvé...
Écrit par : banque en ligne | 27.09.2009
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