24.09.2009
Sarkozy, ou le bonimenteur de la réforme du capitalisme
Hier soir, Nicolas Sarkozy était interviewé sur TF1 et France 2 depuis New York. S’il a progressé dans le ton, en étant un peu plus posé, le temps finit par de plus en plus jouer contre lui dans la mesure où l’écart entre les mots et les actes apparaît plus clairement aux Français.
Le poids lourd des mots, le poids plume des actes
Et c’est clairement sur la réforme du capitalisme que le bât blesse. Si le résident de l’Elysée affirme martialement qu’il va « se battre pour que les mêmes causes ne conduisent pas aux mêmes effets » et que « le capitalisme ne peut pas recommencer comme avant », on a du mal à le croire. D’autant plus qu’il ose affirmer que « les paradis fiscaux, c’est terminé », en référence au G20 de Londres. Bien sûr, il n’y a plus aucun pays dans la liste noire de l’OCDE et on apprend que la Suisse vient de quitter la liste grise, mais cela indique surtout que les critères ne sont pas très sévères…
Sur la finance, on voit surtout que Nicolas Sarkozy ne maîtrise pas la question même s’il affirme « vouloir inventer une nouvelle réglementation financière et économique ». Ses explications de la crise (dette et spéculation) sont un peu courtes pour quelqu’un qui a de tels objectifs. Sur les bonus, il continue à utiliser abusivement le terme malus alors que le mécanisme qu’il propose est seulement un versement en trois fois conditionné aux résultats des années suivantes. Un malus reviendrait à piocher dans les bonus précédents. En outre, l’importance donnée à cette question camoufle des questions plus importantes.
Fausse modestie
Dans un deuxième temps, Nicolas Sarkozy a commencé une revue de l’actualité nationale. Pour être honnête, il a su se montrer un peu moins fanfaron que d’habitude, utilisant avec un peu plus de parcimonie le « je », s’excusant même auprès des journalistes. Il parlait assez lentement et cherchait à faire preuve de pédagogie, ce qui pouvait donner un peu plus de hauteur à son discours. Mais ces effets étaient en bonne partie annulés par les innombrables fautes de syntaxe qui émaillaient son discours.
Il a défendu la taxe carbone en annonçant que son produit serait compensé par une (énième) baisse d’impôt. S’il a bien défendu la taxe en soulignant autant son intérêt environnemental que son utilité pour réduire la dépendance du pays à l’égard des énergies fossiles, il faut malheureusement souligner qu’elle est beaucoup trop partielle pour ne pas être partiale. En outre, l’affirmation selon laquelle la France serait le plus grand pays qui s’est doté d’une fiscalité verte est complètement fausse….
Il a bien répondu en revanche sur la question de la sortie de crise en affirmant que ce n’est que quand le chômage baissera que l’on pourra parler de sortie de crise et en soulignant l’indécence à en parler tant que le nombre de chômeurs augmente. Sur les déficits, s’il a brandi la réduction du nombre de fonctionnaires comme brevet de respectabilité, il ne faut pas oublier la responsabilité de l’inutile et injuste « paquet fiscal » dans la dégradation de nos comptes publics.
Au global, si Nicolas Sarkozy a réussi à progresser sur la forme, en faisant un peu plus président (aux fautes de français près), son discours bute sur le grand écart entre l’emphase qu’il donne à tout ce qu’il dit avoir réalisé et la réalité de ses réalisations. Et le temps joue contre lui…
10:23 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, g20, taxe carbone, paradis fiscaux, bonus




Commentaires
Il y avait beaucoup d'approximations montrant son incompréhension des causes profondes de la crise.
Concernant les paradis fiscaux, je crois qu'il a dit qu'il n'était pas acceptable qu'il y ait des zones où les règles PRUDENTIELLES n'était pas respecté. Euh.... là on est dans un joyeux mélange : le problème des paradis fiscaux c'est qu'ils permettent d'échapper aux lois FISCALES, et ça n'a rien à voir avec les notions prudentielles.
Donc encore une fois notre président jongle avec des mots et des concepts qu'il n'a pas bien intégré, et bien entendu son formatage lui empêche encore de dire ouvertement que FRAUDER LE FISC C'EST PAS BIEN.
Nul doute que son passé (futur?) d'avocat d'affaires lui empêche de tuer la poule aux oeufs d'or.
Écrit par : Bouboune41 | 24.09.2009
J'ai découvert récement votre blog avec un grand plaisir. Je suis heureux devor qu'il reste en frace des gaullistes désireux de défendre une certaine idée de la France.
Écrit par : Adrien | 24.09.2009
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