04.10.2009
Cette Europe qui refuse les « non »
Ca y est : les Irlandais ont fini par dire « oui » au traité de Lisbonne. Le Monde, tout en nuance, proclame qu’il s’agit d’un « grand jour pour l’Europe ». C’est bien un grand jour, mais pour cette Europe, qui, depuis 25 ans, a construit un modèle technocratique et ultralibéral qui ne fonctionne pas.
La grande peur de l’Irlande
Certes, le traité de Lisbonne a gagné vendredi une légitimité démocratique et cette onction populaire a le bénéfice de la clarté. Il faut dire que le contexte a sans doute beaucoup joué. La crise économique majeure que traverse l’Irlande (dont le PIB devrait reculer de 13% de 2008 à 2010) explique en bonne partie le revirement de l’opinion publique irlandaise. En effet, les Irlandais préfèrent sans doute traverser la catastrophe économique mondiale au sein de l’Union Européenne, plutôt que seuls.
Pourtant, la sévérité de la crise locale doit beaucoup aux disfonctionnements introduits par les traités européens. Car si la crise a été si forte en Irlande, c’est parce que l’économie irlandaise a été boostée artificiellement par la politique monétaire complètement inadaptée de la BCE. Si les taux d’intérêts de la banque centrale européenne pouvaient être trop élevés pour la France et l’Allemagne, ils étaient en revanche beaucoup trop bas pour l’Irlande, entretenant une énorme bulle économique.
C’est donc tout le paradoxe de ce vote, à savoir que les Irlandais, victimes d’une crise provoquée par l’Europe, préfèrent faire allégeance au système qui a provoqué cette crise pour ne pas affronter seul la crise ! Car si l’Irlande n’avait pas rejoint l’euro, alors la politique monétaire de leur banque centrale aurait pu prévenir la bulle financière. Il est dommage que les partisans du « non » n’aient pas su expliquer cette vérité aux Irlandais pour rééditer le « non » du référendum précédent.
Le refus du « non »
Malgré tout, les partisans du traité de Lisbonne pourront souligner que les Irlandais ont fini par accepter le traité. Mais la méthode européenne reste extrêmement contestable. Au moins, pour le traité de Maastricht, quand les Danois avaient revoté, ils avaient obtenu des modifications très importantes et des exemptions qui changeaient le sens global du traité pour eux. Là, pour le TCE, comme le traité de Lisbonne, les Français, Hollandais et Irlandais se retrouvent avec un traité quasiment identique à celui qu’ils avaient refusé.
Et même si dans ces trois pays une instance a fini par accepter le traité (seuls les Irlandais ont eu l’opportunité de s’exprimer à nouveau par référendum), comment ne pas être choqué par le fait de redemander un vote sur un texte équivalent à celui qui avait été refusé ? N’y avait-il qu’une réponse acceptable ? La démocratie ne suppose-t-elle pas de prendre véritablement en compte l’opinion du peuple ? Demain, faudra-t-il organiser des référendums où seuls les bulletins « oui » seront présents ?
Les Irlandais ont choisi d’accepter le traité de Lisbonne. Quelques soient les raisons de leur vote, il faut l’accepter. En revanche, comment ne pas être scandalisé par cette Europe qui refuse de changer sa direction quand les peuples européens le lui demandent ?
11:51 Publié dans Actualités, Europe | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : europe, irlande, traité de lisbonne, tce, maastricht, référendums




Commentaires
"Car si l’Irlande n’avait pas rejoint l’euro, alors la politique monétaire de leur banque centrale aurait pu prévenir la bulle financière"
Oui AURAIT PU, mais l'auraient-ils fait ? La FED aurait pu également remonter ses taux d'intérêts pour freiner la bulle sur l'immobilier, mais elle ne l'a pas fait car cette bulle tirait l'économie ...
Écrit par : Malakine | 05.10.2009
@ Malakine,
Très juste, c'est pourquoi j'ai employé le conditionnel.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 05.10.2009
Convaincu de l’utilité et de la nécessité d’un régime démocratique, je reste extrêmement troublé par ces avatars. Je me suis personnellement engagé contre le TCE en 2005. Je n’étais pas animé par une haine de l’Europe, bien au contraire. Nulle crainte irraisonnée. Je réfute toute accusation d’ignorance. J’ai étudié les termes de ce traité pendant des mois. J’ai, comme beaucoup, échangé avec Etienne Chouard. Nous avons voulu comprendre les enjeux ce qui a fait l’étonnemetn des observateurs des autres pays Européens.
Sans doute n’étais-je pas spécialiste de cette littérature et encore moins versé dans le droit constitutionnel. Mais, outre la piètre idée que l’on se faisait de l’Europe dans ce texte, un certain nombre de dispositions interdisaient toute forme d’alternance politique à l’avenir. Ainsi, un pays qui décidait de remettre en question la doxa ultra libéral se retrouvait en contradiction avec la constitution. Sauf à pouvoir la modifier à l’unanimité. Un projet alternatif devenait impossible. Mais cela ne pouvait choquer les politiques puisqu’ils étaient convaincus qu’il n’existe pas d’alternative.
Contrairement à ce que l’on a insinué pour les Irlandais (pas moyen de le vérifier) les partisans du « non » ont fait une campagne sans le moindre sou. Ce qui n’était pas le cas du camp d’en face. Malgré l’hostilité de la totalité des médias, de l’ensemble des élites, de tous les corps constitués, le tout disposant de moyens illimités, le « non » l’a largement emporté et cela, à la faveur d’une participation des électeurs exceptionnellement élevée.
Le nouveau président a prétendu que les questions posées n’étaient pas de la compétence du peuple. Il a rayé d’un trait son vote souverain. Et a exigé que les deux cambres se réunissent pour entériner sa décision. Ce jour là il a, de mon point de vue, supprimé le peuple. Sans que cela ne choque quiconque.
Le prétexte était qu’il s’agissait d’un nouveau texte, largement modifié, ce qui justifiait une nouvelle consultation.
Or, sur France Inter ce soir j’entends que les Irlandais ont voté exactement le même texte que celui que nous avions rejeté. De qui se moque-t-on ? En ce cas, le parlement Français aurait voté un texte différent que les Irlandais et les Hollandais ? Au fait, où est passé le vote de ces derniers ?
Comment s’étonner que les Européens ne soient pas allé voter pour le renouvellement du Parlement européen ? En tous cas, je me suis bien gardé de me déplacer. Mon vote, tout le monde s’en fout. Ne parlons même pas de mon opinion.
Suis-je le seul à éprouver ce sentiment de frustration ? Depuis près de dix ans, que les militants fassent grève, défilent, gueulent, se roulent par terre, organisent des référendum comme ils peuvent, voire se mettent à casser une préfecture ou menacer de faire sauter leur outil de travail, rien n’y fait. Tout le monde s’en fout et se gausse des syndicats, incapables de concrétiser de faire aboutir la moindre revendication. Le gouvernement avance et impose sa vision sans broncher. En ne prenant même plus la peine de rencontrer la population qui se refuse à l’acclamer.
Que se passe-t-il ? Pourquoi une telle impudence ? Pour une raison simple. Il n’existe plus aucun relais politique du mécontentement populaire. Je parle d’un relais qui se targue de représenter une alternative crédible. Avec une apparence de projet politique remédiant au fait que cela fait un moment que les intérêts de la populations on été perdus de vue
Tout le monde rigole et s’enrichit sans gène ni retenue. Il me semble que ces gens-là prennent une responsabilité terrible. Celle d’allumer un feu dont nul ne peut dire quels seront ses ravages. Et l’on s’étonnera une fois de plus en constatant que les Français, décidément, sont bien soupe au lait.
Mes propos ne sont pas le fait d’un vieux con aigri (ce n’est que mon avis bien sûr) mais ceux d’un père qui voit la génération de ses enfants désespérée, dépossédée de son avenir, et pour laquelle le meilleur projet qu’elle puisse avoir est de se pendre. Ce que vient de faire le copain de mon dernier fils, prof d’éducation physique qui venait d’être muté une nouvelle fois. Car il n’y a pas qu’à la France Télécom que l’on se flingue. Ceux-là ont-ils encore un semblant d’emplois. Ce n’est plus le cas de ma deuxième fille. Virée d’un emploi intérimaire au profit des nouveaux emplois aidés. Elle a trente et un ans. Et de plus en plus de mal à trouver un morceau de canapé ici ou là.
C’est cette Europe là qu’ont plébiscité les Irlandais. Pour un plat de panse de brebis farcie.
Amicalement
Franz
Écrit par : Franz | 05.10.2009
Il leur a manqué un Laurent Fabius pour crédibiliser le non.
Écrit par : Tom- | 05.10.2009
C'est évident que l'euro a été la cause première de la crise irlandaise. D'ailleurs d'autres régions européennes de culture économique similaire, comme Londres, ou l'Islande, s'en sont bien mieux sorties.
Sans ironie, c'est vrai qu'il y a un avantage politique (à très court terme) pour chaque région de pouvoir adapter ses taux d'intérêts. Par exemple Londres et le reste de la Grande Bretagne gagneraient en ce sens à avoir deux monnaies différentes : l'économie de Londres et du reste de la Grande Bretagne sont très indépendantes. De même pour Paris et la province. Même chose pour les différentes grandes régions des Etats-Unis.
Lorsqu'on sauve les banques londoniennes ou parisiennes à grands renforts d'aides d'état, c'est la province qui donne de l'argent à la capitale. Alors que la province pourrait faire sécession monétaire, imposer de créer une monnaie parisienne, une monnaie londonienne, d'y rendre nuls les taux d'intérêts, puis inflation en faisant fonctionner la planche à billets.
A l'inverse, lorsque l'économie repartira, Paris et Londres, régions financièrement indépendantes, garderaient leurs sous jalousement et arrêteraient de subventionner ces provinces pauvres et ingrates.
Écrit par : louis | 06.10.2009
Ceci renvoie à cette absurdité du Grand Paris voulu par not’ bon maître à tous. Nous avons subi les slogans de la décentralisation durant près de quarante ans. Et pendant ce temps, Paris n’a cessé de se renforcer au détriment de la Province. En asséchant les emplois et en constituant la seule perspective d’avenir pour un jeune.
Le Grand Paris n’est que la consécration de cet échec. Il s’agit de donner encore plus de moyens à cette région en pompant plus de ressources encore.
Un projet politique cohérent consisterait à décider du nombre d’infrastructures et de logements à détruire chaque année dans la Région Parisienne. Inimaginable pour ceux qui trouvent tout naturel que tout se passe à Paris. Mais bon, c’est un autre sujet.
Amicalement
Franz
Écrit par : Franz | 06.10.2009
Écrire un commentaire