18.10.2009

Le grand bluff du contrôle des bonus

En France, la nouvelle est passée un peu inaperçu du fait des polémiques récentes. Pourtant, elle mérite d’être soulignée tant elle est en décalage avec les grands discours des dirigeants du G20 : les bonus des banques vont battre des records en 2009.

Un double scandale

« Nouveau Bretton Woods », « moralisation du capitalisme », « plus jamais ça » : il semblait qu’après l’effondrement du système financier de l’automne 2008, nous étions rentrés dans un autre monde. Pourtant, cet article du Monde a le mérite de montrer que les choses n’ont pas changé. Aux Etats-Unis, en 2009, le montant des bonus pour les traders devrait battre le record de 2007. Ce ne sont pas moins de 140 milliards de dollars qui devraient être distribués par les banques !

L’information qu’a révélée le Wall Street Journal est doublement choquante. Tout d’abord, on apprend que les bonus 2009 dépassent de 20% ceux de 2008, ce qui les amène au-dessus de ceux de 2007. Mine de rien, cela révèle que les bonus 2008 des banques étasuniennes ont donc mathématiquement baissé d’un peu moins de 20% en 2008 par rapport à 2007. Pourtant, vu le désastre financier de l’année passée, il aurait été plus légitime qu’il n’y ait pas eu de bonus en 2008.

Cela montre la perversion d’un système, qui arrive à préserver des bonus injustifiables, quelques soient les circonstances. Car comment justifier le versement d’un moindre cent de bonus au titre de l’année 2008 alors que les banques ont perdu des milliards et n’ont du leur survie qu’à l’intervention massive de l’Etat ? Et comment justifier que dès 2009, les banquiers gagnent plus que jamais. Bien sûr, la bourse a beaucoup monté mais on se demande si les banques n’ont finalement pas intérêt à un krach…

Un système qu’il faut détruire

La baisse beaucoup trop légère des bonus en 2008 et leur niveau record en 2009 montre que le système actuel n’est pas acceptable. Non seulement le système financier a plongé l’économie réelle dans la pire crise depuis 80 ans, doublant le niveau de chômage outre-Atlantique et faisant perdre à des millions de personnes leur maison, mais surtout, il organise l’irresponsabilité des banques puisque l’Etat vient les sauver en cas de difficulté et que les rémunérations de leurs dirigeants sont à peine écornées.

Le fait que les autorités publiques aient laissé payer (début 2009) des bonus 2008 aussi élevés et qu’elles n’interviennent pas vraiment pour réguler les bonus 2009 est un scandale sans nom. Devant le sauvetage des banques par les Etats, seule une taxation à 90% des bonus 2008 et 2009 serait acceptable. Après tout, les banques ont plongé la collectivité dans une crise violente, dont les conséquences se feront ressentir longtemps, notamment à cause des dettes contractées.

Tirant les leçons de la Grande Dépression des années 30, la collectivité a accepté de sauver le système bancaire pour se sauver elle-même. Mais il est inacceptable que les banquiers puissent tirer de tels profits de leur activité qui n’a engendré que des catastrophes ces dernières années. Les Etats devraient saisir les bonus donnés au titre de 2008 et 2009 car rien ne peut justifier aujourd’hui leur versement. Malheureusement, personne, y compris à gauche, ne le propose.

Les fanfaronnades des dirigeants du G20 n’ont pas impressionné grand monde. Malgré la crise, le système reste toujours aussi fou puisqu’il permet aux banquiers de se verser des bonus faramineux au titre de 2008 et 2009 sans que les Etats ne réagissent.

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/10/14/a-wall-street-le-bonus-est-de-retour_1253631_3234.html

Commentaires

Au-delà de toutes les déclarations de principes, le Président de la République n'a-t-il pas insisté depuis le début de la crise, et avant même le G20 de Londres sur cette phrase :

"Il ne faut pas que les mêmes causes produisent les mêmes effets".

Là se situe l'ambition ultime, puisque cette phrase est reprise de manière systématique par le Président de la République.

Traduction : il ne faut surtout pas changer le système. Il faut simplement le modifier à la marge pour limiter l'impact des désordres qu'il crée...

Écrit par : Erel | 18.10.2009

Et le plus beau dans l'histoire, c'est que ces grandes banques d'affaire paient un montant dérisoire au titre de l'impôt sur les sociétés, puisqu'elles sont bien placées pour savoir comment "frauder le fisc en toute légalité".

Bizarrement ça ne choque personne (il est vrai que ces chiffres ne circulent pas beaucoup) mais il me semble que c'est tout aussi problématique que ces bonus.

Relevé sur le blog de P.Jorion (http://www.pauljorion.com/blog/?p=4893) :

"Goldman Sachs, la très ancienne banque d’investissement, ne peut l’accepter : la spéculation est son fonds de commerce. Savez-vous qu’elle n’a payé en 2008 que 14 millions de dollars d’impôts aux États-Unis, alors que le bonus touché par son patron était de 42,9 millions ? La répartition de ses activités sur une multitude de pays la met à l’abri du fisc américain."

Écrit par : Bouboune41 | 19.10.2009

Oui les bonus géants sont immoraux car ils ont indexés sur des opérations particulièrement spéculatives. Oui les recommandations du G20 pour limiter les bonus ne sont que des fanfaronnades pour amuser la galerie, et notre représentant Nicolas Sarkozy le savait parfaitement.

Non il ne faut pas saisir ou surimposer les bonus, pas plus qu'il ne faut confisquer les salaires des footballeurs de l'Equipe de France, ou les honoraires versés aux producteurs de "reality shows". Je ne crois pas que l'on puisse introduire après coup des notions de moralité sur des appréciations de salaire (si bien entendu le salaire rémunère une activité légale).

Je préfère que l'on trouve une véritable rémunération au profit de la collectivité de ce qui est maintenant la réalité, depuis la chute de Lehman Brothers : les états ont accordé, de fait, aux banques une garantie contre leur faillite. Cette garantie doit être rémunérée sur une assiette qui approche le risque encourru par les banques : pourquoi pas faire revivre une taxe sur les transactions. Ce ne serait que logique économique. C'est reprendre l'idée de la taxe Tobin, mais en tant que véritable contrepartie de l'effort des états en faveur des banques, et au profit exclusif des budgets des états. Avant une mise en place difficile, on peut imaginer une taxation exceptionnelle des banques (voilà qui serait un vrai sujet G20).

Écrit par : olivier seutet | 19.10.2009

140 milliards $ de rémunérations pour la totalité des salariés des banques... PAS SEULEMENT POUR LES BONUS DES TRADERS !!

http://www.lesmotsontunsens.com/etats-unis-banques-record-remunerations-140-milliards-dollars-2009-5824

Écrit par : ptet | 19.10.2009

@ Ptet

L'article du Monde parle bien de bonus. C'est ce sur quoi je me suis basé.

De toutes les façons, même si c'était votre papier qui était juste, il resterait extrêmement choquant que les rémunérations des banquiers aient si peu baissé en 2008 et dépassent, dès 2009, le record de 2007.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 20.10.2009

Et encore... vous n'avez pas tout vu.

Dans la série des "choses amusantes" vont être "imposées" aux banquiers des TAXES sur leur bénéfices....
A hauteur de leurs impôts.

Soit : rien. Peanuts, Nada, que dalle.

Et les politiques pourront oser affirmer : ON LES A TAXER !!!!!!

Fils de pute. L'effet qui se coole, c'est que ce sont les clients des banques qui payeront...

YEEEESSSS !! pigeon un jour,...

Écrit par : yvan | 21.10.2009

Je vous signale cet article à propos du journal Marianne, qui dit défendre la Poste, mais utilise une société privée :

http://www.avenirdufutur.fr/?p=1728

Écrit par : stephane | 21.10.2009

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