22.10.2009
Clearstream, le caprice du président
« Ce dossier porte l’empreinte de son désir quasi-hystérique d’enfant capricieux » : voici comment un des avocats de Dominique de Villepin a qualifié l’affaire Clearstream, dans un résumé cinglant vis-à-vis du président de la République.
Une affaire abracadabrantesque
Comme le montre parfaitement cet article du Monde (peu susceptible de sympathie à l’égard de l’ancien Premier Ministre), Dominique de Villepin a toutes les chances de sortir blanchi de cette affaire. En effet, rien n’a démontré dans le procès qu’il savait que les listings étaient faux. Et tout porte à croire qu’il ne le savait pas. En effet, il avait tout à perdre avec un faux listing : Nicolas Sarkozy devenait une victime innocente et lui un comploteur manipulateur guère fréquentable.
En outre, il ne faut pas oublier que c’est bien Dominique de Villepin qui a ordonné l’enquête qui a permis de blanchir Nicolas Sarkozy. Il est proprement incroyable que la personne qui a exonéré l’actuel président de toute responsabilité soit mis en examen et affronte un procès public. Mais le plus scandaleux reste tout de même le fantasme du complot ourdi contre l’actuel résidant de l’Elysée. En effet, contre qui y-a-t-il eu un complot ? Nicolas Sarkozy ou Dominique de Villepin ?
Qui a affronté une tempête médiatique qui a freiné sa carrière médiatique ? Nicolas Sarkozy n’a jamais été véritablement inquiété dans cette affaire et c’est bien l’ancien Premier Ministre qui a vu ses espoirs de candidature à l’élection présidentielle de 2007 s’évanouir. Qui a pu utiliser son pouvoir en sa faveur, en tant que ministre de l’intérieur, puis président de la République ? Qui porte plainte sans pouvoir être poursuivi ? S’il y a complot, il semble que ce soit davantage contre celui qui en est accusé aujourd’hui.
Nicolas Sarkozy joue et perd
Malgré le plaidoyer de l’avocat du président et le réquisitoire du procureur Jean-Claude Marin, l’accusation bute sur deux grosses faiblesses juridiques. Tout d’abord personne n’a démontré que Dominique de Villepin savait que les listings étaient faux, ce qui contraint même l’accusation à utiliser le conditionnel dans sa plaidoirie. Ensuite, ce procès a montré une inégalité de traitement flagrante entre un accusé et une partie civile protégée par son immunité et disposant d’une forte influence sur l’appareil judiciaire.
Qui plus est, le timing du procès s’est révélé désastreux pour Nicolas Sarkozy, puisqu’il a coïncidé avec une vague d’affaires qui a pu fortement remettre en cause la neutralité de jugement du président et de son gouvernement. Les affaires Roman Polanski, Frédéric Mitterrand et Jean Sarkozy ont laissé un goût amer, mêlant népotisme et protection des proches du pouvoir. Dès lors, le rapprochement avec l’affaire Clearstream permet de douter de l’honnêteté de l’Elysée.
Comme l’a déclaré Dominique de Villepin, ce procès est un procès politique dont le principal objectif est d’éliminer par tous les moyens un rival du président de la République. Mais le cynisme affiché par le pouvoir, qui utilise les arguments les plus invraisemblables pour se défendre dans les différentes affaires qui ont eu lieu pendant le procès, permet de largement relativiser ses accusations. Comment ne pas douter aujourd’hui des motifs réels de Nicolas Sarkozy.
En cela, il s’est bien comporté comme un enfant capricieux en cherchant à éliminer un rival. Mais plus grand monde ne croît aujourd’hui à l’impartialité du pouvoir. Dès lors, le résidant de l’Elysée pourrait bien finir par en être la victime politique ultime de Clearstream, en 2012…
10:55 Publié dans Actualités, Sarkozy, Villepin | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : clearstream, dominique de villepin, nicolas sarkozy




Commentaires
Malgré mon peu de sympathie à l'endroit de Dominique de Villepin, je suis 100% d'accord avec vous. Ce procès est une farce, dont le principal instigateur est connu de tous, partie civile bien abritée derrière son immunité juridique suprème.
Espérons que la Justice ne joue pas son jeu et conserve le peu d'indépendance qu'il s'évertue a lui rogner depuis 2005.
Néanmoins, quelque soit l'issue de ce procès, personne n'en sortira grandi (à part Denis Robert, qui n'a rien à y faire) : ni DDV, (même relaxé), ni N.Sarkozy, ni Gergorin, surtout pas Lahoud, encore moins les absents (Chirac et MAM).
PS : merci pour vos billets, toujours incisives, bien écrits et instructifs.
Écrit par : Stef_Paris | 22.10.2009
Cher Laurent,
Tout à fait d'accord avec toi sur ce billet et j'en profite aussi pour te dire, avec un peu de retard, mon total accord et mon soutien dans ta prise de position sur l'affaire "Mitterrand".
amicalement,
DLAPORTE
DLR06
Écrit par : Dominique LAPORTE | 22.10.2009
Dans ce type de procès télécommandé, si celui qui est visé n'en ressort pas suspendu "à un croc de boucher", il est forcément gagnant !
Or, DDV fera au plus un peu de prison avec surpris, ne sera pas inéligible et sera peut-être même relaxé. C'est une grande victoire pour lui alors que tous les observateurs et chroniqueurs des grands médias ne donnaient pas cher de sa peau avant le procès.
Ce procès a marqué le début de la chute pour NS que le calamiteux épisode de l'EPAD vient confirmer.
Écrit par : georges | 23.10.2009
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