03.11.2009
Ré-internationalisation contre globalisation
Les dix dernières années ont démontré la faillite de la globalisation néolibérale. Pourtant, certains parient que le salut viendra du cadre global. Et si, tout simplement, ce cadre n’était pas adapté à une quelconque expression de l’intérêt général et que seul le cadre national le permettait ?
Quels intérêts sert la globalisation néolibérale ?
Un examen froid de l’évolution des dernières décennies montre qu’il y a deux grands gagnants à la globalisation. Les premiers sont le 1 % des ménages les plus riches, dont les revenus représentent près de 20% des revenus totaux aux Etats-Unis. Plus fort, une étude montre que les revenus des 0.1% des ménages les plus riches y ont progressé quatre fois plus vite que la moyenne (8% du total). Les autres gagnants sont les actionnaires qui extraient une part croissante des richesses.
Certains crient volontiers à une conspiration mondiale qui viserait à asservir 99% de la planète. Je n’y crois pas. Joseph Stiglitz lui-même, pourtant très dur vis-à-vis du FMI, affirme qu’ils agissent en pensant sincèrement servir l’intérêt général. Pour lui, la racine du problème vient du fait de confier des pouvoirs politiques à des non politiques (FMI, banques centrales…). Coupés de la réalité et sans système de pensée alternatif, ils croient réellement que la libéralisation est porteuse de progrès.
La nation, cadre indépassable de l’intérêt général
Frédéric Lordon souligne bien qu’ « en appeler au gouvernement mondial est le plus sûr moyen d’avoir la paix – entendre : pas de gouvernement du tout » et que « la mondialisation a précisément eu pour effet de redéployer les marchés à l’échelle mondiale, c’est-à-dire dans un environnement de faible densité institutionnelle ». En clair, le processus de globalisation est intrinsèquement lié à des politiques d’inspiration néolibérale puisqu’elle organise l’absence de prise du politique.
En fait, de plus en plus d’intellectuels, y compris de gauche, reconnaissent aujourd’hui que seul le cadre national permet une expression de l’intérêt général. Les nations sont elles-mêmes structurellement l’expression d’un bien commun, où une minorité accepte le choix démocratique d’une majorité lors des élections, et où la solidarité entre membres de la communauté nationale s’exprime de multiples manières, notamment à travers le système de sécurité sociale ou les services publics.
Vers une ré-internationalisation
Je me permets d’emprunter ce terme à Frédéric Lordon, qui l’utilise dans son dernier livre car il me semble parfaitement résumer ce que nous devons faire pour combattre l’anarchie néolibérale. Le progrès humain doit redevenir le but de nos sociétés au lieu de cette volonté de liberté tellement absolue qu’elle vire à l’anarchie, à la loi du plus fort et donc à un nivellement par le bas salarial, social, environnemental, démocratique et républicain. Au 21ème siècle, plus que jamais, l’homme aura besoin des nations.
Bien sûr, les défenseurs de la globalisation diront que les nations sont responsables des guerres et ferons un parallèle avec l’Albanie. Mais ne sont-ils pas les promoteurs d’une guerre économique de plus en plus violente (délocalisations, crises, suicides) ? Le cadre plus national des politiques des Trente Glorieuses était plus pacifique... Enfin, cela ne signifie pas fermeture à l’autre, bien au contraire. C’est parce que nous serons bien dans notre pays que nous serons d’autant plus ouverts aux autres.
La globalisation néolibérale produit un asservissement des hommes à des dogmes abstraits qui ne profitent qu’à une petite minorité. Le retour aux nations, et aux frontières, est un préalable indispensable pour refaire du progrès humain pour tous l’objectif de nos sociétés. Voilà un vrai débat sur l’idée nationale !
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : globalisation, anarchie néolibérale, ré-internationalisation, frédéric lordon




Commentaires
J'ai beaucoup apprécié votre intervention récente, sur le blog de Malakine je crois, au sujet des monopoles "de fait", ou "naturels", je ne sais plus, mais ça revient peu ou prou au même.
Au fil d'une étude sur le droit au travail à travers les constitutions françaises, je viens de tomber là-dessus. Il est fort probable que vous connaissiez ce texte, mais je le cite pour vos lecteurs. C'est dans le préambule de la Constitution de 1946, auquel, faut-il le rappeler, le préambule de NOTRE Constitution (celle de 1958) renvoie "directement et explicitement" (site officiel Légifrance) :
"Tout bien, toute entreprise, dont l'exploitation a ou acquiert les caractères d'un service public national ou d'un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité".
Je crois que c'est suffisamment clair.
Ecrit par : Joe Liqueur | 03.11.2009
@ Joe Liqueur
Contrairement aux apparences, en droit français, ce n'est pas aussi clair que ça. Le préambule de la constitution n'est pas applicable en l'état. Pour espérer une décision judiciaire, en droit français, il faut une loi organique (droit positif). Techniquement c'est possible, en termes juridiques, on appel ce travail de transcription, le "contrôle constitutionnel".
Deuxième élément, le Conseil constitutionnel est corrompu par la politique (suffit de voir sa composition et les mécanismes de nominations de ses membres...), et quand bien même cette vénérable institution ne serait pas infiltrée par les politiques, dans les textes, le Conseil constitutionnel n'a en réalité pas beaucoup de pouvoir. C'est une particularité française, contrairement aux États-Unis, en France, la constitution est à la merci de l'exécutif.
C'est De Gaule qui l'a voulu. Sous prétexte que le président de la République serait élu au suffrage universelle, et après les déboires de la IVème (régime parlementaire), il a voulu une constitution qui consacre un pouvoir exécutif sans entrave (assemblée godillot, soumission du pouvoir juridique au pouvoir politique).
Il reste encore beaucoup à écrire, mais déjà, avec ça, il y a largement de quoi calmer ton enthousiasme... La cinquième République est une arme à double tranchant, elle est efficace quand le locataire de l'Élysée est à la hauteur de sa fonction et en phase avec la population, elle est tyrannique si c'est un tyran qui est élu. Dans tous les cas, la Vème République n'est pas satisfaisante, car, par principe, contrairement à ce que pensait De Gaule, en démocratie, la fin ne justifie pas les moyens, et la vie démocratique ne peut se résumer à la volonté d'un seul homme, aussi vertueux et talentueux puisse-t-il être...
Il faut une VIème République. Après l'expérience Sarkozy, il est encore plus urgent qu'avant, de le comprendre.
Ecrit par : sammy | 04.11.2009
Alors que la majorité des peuples ont pris conscience que la globalisation néolibérale était mortifère pour eux et pour les démocraties, les mêmes experts que vous pensez sincères et qui n'ont eu de cesse de vanter cet ultralibéralisme, conviennent après cette crise qu'aucune régulation n'est aujourd'hui effective contre les mêmes abus et n'adviendra qu'avec une gouvernance mondiale.( voir les positions d'Attali, de Baverez et consorts ... )
Vous y croyez sincèrement à l'avènement d'une gouvernance mondiale ???
C'est ce qu'aurait du être l'OMC en qualité de gouvernance économique mondiale, on a déjà vu.
Quant à la gouvernance financière mondiale du FMI on a vu également.
Quant aux régulations internes, elles n'ont pas fonctionné non plus puisque les mêmes personnes qui étaient agences de notation, étaient également commissaires aux comptes et membres des commissions de contrôle à la bourse.
Que ces élites et experts aient été conscients ou non de leurs méfaits avant, maintenant ils savent et on ne les observe pas changer d'actions et de méthodes.
Regarder donc le débat "vous aurez le dernier mot" sur france2 entre Baverez Attali et un ouvrier syndicaliste de Continental qui a perdu son job. Face à un homme qui ne demande qu'un travail à 1500 euros pour faire vivre sa famille, en face c'est soit le silence soit lui qu'on finit par culpabiliser en le tançant de révolutionnaire ou fasciste.
Quand on souhaite protéger la diversité des nations par le protectionnisme, on est taxé au mieux de souverainiste et plus souvent de facho.
Quand on souhaite protéger la diversité des civilisations sur le plan anthropologique contre la globalisation, on est accusé de racisme ( voir les commentaires peu amènes sur marianne2 à propos de Claude Lévi Strauss )
Le summum de notre époque se résume à protection de la diversité des minéraux, des végétaux, et des animaux mais ne protégeons surtout pas l'humain et la démocratie.
Ce seul constat d'anéantissement total des valeurs et de leur d'inversion c'est la prime d'assiduité aux bonnets d'âne d'un côté de la balance et de l'autre côté de la balance des vies suicidées au travail parce qu'elles avaient droit à la distribution du bonnet d'âne tous les jours.
Il suffisait d'observer qu'entre eux les grands patrons se jaugeaient en nombre d'effectifs, de CA et que désormais ils se comparent en rémunérations individuelles pour voir le passage entre l'économie réelle de l'entrepreneur et la financiarisation comme objectif ultime.
Ecrit par : agnes | 04.11.2009
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