05.11.2009

Jacques Chirac, le président regretté

Pendant cinq années, Nicolas Sarkozy a prôné une rupture qui valait également vis-à-vis de Jacques Chirac, dont il était pourtant le ministre. Mais cette rupture a provoqué un soudain regain d’affection pour l’ancien Président, qui livre cette semaine le premier tome de ses mémoires.

L’anti-Sarkozy

C’est bien tout le paradoxe de ces trois dernières années. Jacques Chirac avait terminé son mandat impopulaire et diminué, tant physiquement que politiquement, avec le candidat du parti qu’il avait fait construire qui faisait ouvertement campagne contre son action. Nicolas Sarkozy n’a eu de cesse de multiplier les pics contre son ancien mentor, parlant même de « roi fainéant », après l’avoir comparé en 2006 à Louis XVI à la veille de la Révolution Française…

Mais à force de se démarquer de l’ancien Président de la République, Nicolas Sarkozy a fini par faire regretter son prédécesseur. Nous sommes passés d’un président qui savait particulièrement bien représenter la France à l’étranger à un président qui écrit des texto lors d’une réception avec le pape ou qui froisse les officiels d’innombrables pays par ses manières.

Et s’il est vrai que Nicolas Sarkozy est très présent, il le fait en écrasant l’ensemble de son gouvernement, quand Jacques Chirac laissait de la lumière à ses équipes. Comment ne pas voir dans l’utilisation sempiternelle du « je » du premier un contraste saisissant avec le « nous » du second ? Les Français ont fini par ne pas être dupes : l’activisme affiché du président actuel est surtout de façade.

Un homme attachant

Finalement, la plus grande différence entre les deux hommes est finalement que Jacques Chirac était un président attachant. L’ancien occupant de l’Elysée est un homme qui aime les citoyens qu’il a dirigé. L’actuel aime être aimé et n’apprécie pas de ne pas être aimé. Jacques Chirac est, chose rare en politique, un homme modeste, quand Nicolas Sarkozy a tendance à se prendre pour un super-héros, seul capable de faire ce que les autres seraient incapables de faire.

Les quelques bonnes feuilles de ces mémoires sont l’occasion pour le président regretté de remettre les pendules à l’heure, notamment vis-à-vis de Valéry Giscard d’Estaing et Edouard Balladur, qui ne l’ont pas épargné dans le passé. Au premier, il reproche le manque d’espace qu’il lui a laissé à Matignon et une trop haute idée de lui-même. Ce dernier reproche vaut également pour son ancien ami de 30 ans, même si les quelques lignes qui ont filtré ne sont finalement guère méchantes.

Bien sûr, on pourra objecter que Jacques Chirac manquait de convictions et avait un rapport un peu particulier au financement politique (partagé à l’époque). Mais il a fait partie des derniers véritables serviteurs de l’Etat et a montré des qualités humaines rares dans ce milieu.

Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2009/11/04/01002-2009110...

http://www.lefigaro.fr/politique/2009/11/04/01002-2009110...

Commentaires

"L’ancien occupant de l’Elysée est un homme qui aime les citoyens qu’il a dirigé. L’actuel aime être aimé et n’apprécie pas de ne pas être aimé. Jacques Chirac est, chose rare en politique, un homme modeste, quand Nicolas Sarkozy a tendance à se prendre pour un super-héros, seul capable de faire ce que les autres seraient incapables de faire."

--> Belle définition, je ressens la même chose.

Bonne journée

Ecrit par : Falconhill | 05.11.2009

Je viens d'entendre sur Europe 1 un sondage qui relativise quelque peu ta nostalgie, Laurent.

Ainsi, 7 Français sur 10 ne regretterait pas qu'il ait quitté la vie politique...

Je suis moi-aussi très réservé sur l'action de Jacques Chirac, même si je souscris à l'ensemble de ton article!

Ecrit par : Tythan | 05.11.2009

Désolé de refroidir un peu l'ambiance, mais faut quand même pas exagérer. D'accord, Jacques Chirac était très différent de N.Sarkozy dont l'action brouillonne, désordonnée, la pratique du pouvoir dangereuse, etc... nous font presque (tout est dans ce mot : presque) regretter le Jacques.

Mais, Jacques Chirac, ne l'oublions pas, c'est quand même :

- un homme politique dont les convictions ont changé plus vite et plus de fois qu'une girouette (radical, néolibéral, pseudo-écologiste, contre et pour l'élargissement et l'intégration européenne, etc..)
- un homme de pouvoir qui a usé de tous les moyens pour empêcher la justice de l'atteindre
- un cumulard (président de parti, maire de Paris, élu local, Corrèze, etc...) qui a contribué ainsi à la décrédibilisation du politique auprès du citoyen.
- qui a présidé des gouvernements abritant N.Sarkozy, C.Pasqua, R.Pandraud, de Villiers, etc...
- qui a des dizaines de casseroles attachées à tous ses mandats et fonctions (sauf le dernier : membre du conseil constitutionnel)

j'en passe et des pires.

Donc : oui, il était "sympa" ("mangez des pommes" ; sa faconde, ses visites aux Salons de l'agriculture, son duo avec Bernadette, etc...), mais de là à le mettre sur un piédestal et à l'absoudre de toutes les erreurs et fautes de son parcours politique, il y a un pas que l'honnêteté intellectuelle empêche de franchir.

PS : je renouvelle néanmoins mes remerciements pour votre blog ;-)

Ecrit par : Stef_Paris | 05.11.2009

@ Steph et Tythan

Notez que la conclusion n'est pas dans une seule direction...

Merci pour les compliments.

Ecrit par : Laurent Pinsolle | 05.11.2009

Même remarque que FalconHill. Bien vu.

Ecrit par : h16 | 05.11.2009

Je rejoins en tous points Stef_Paris.

Si le "bonhomme" ressort" comme sympathique, l'homme politique et le président de la République ( je mets un p minuscule parce que cela correspond à ce qu'il me semble avoir été, malgré sa taille, un petit Président pour la France) qu'il a été est pour le moins très contestable dans son action. Pas beaucoup plus brillant qu'Edgar Faure... Et ceci, bien qu'il ait prétendu à une certaine hauteur de vues, certes indéniable (cf. l'appel de Cochin, par exemple), mais trop rarement mise en œuvre dans ses actes. En revanche, "animal politique" de grande envergure...

Le sens de la dignité et de l'indépendance de ses ex-hautes fonctions et de membre de droit du Conseil constitutionnel sont-ils compatibles avec le fait qu'il soit hébergé dans un appartement gracieusement mis à sa disposition par des amis étrangers depuis deux ans et demi ?

Ecrit par : Erel | 05.11.2009

Une seule réaction , quel est l'homme politique qui a supprimé le service militaire avec TOUTES les conséquences dramatiques pour notre pays et qui a commisune faute politique MAJEURE ? Jacques Chirac .
Patrick Mennessier-l'hénoret
Ancien candidat aux élections législatives

Ecrit par : patrick Mennessier-l'hénoret | 06.11.2009

Jpeux pas croire l'article que je viens de lire...

De la plume (plumeau serait plus juste) d'un gaulliste autoproclamé, ça ne manque pas de sel.

Ecrit par : sammy | 06.11.2009

Quel autre homme politique de son rang en France, aurait eu le cran de refuser la guerre en Irak, face aux USA, face au Monde, face même à son propre camp politique (Sarko) ?

Girouette, oui, mais pas sur l'essentiel, c'est à dire à un tournant de l'Histoire

C'est sa principale réussite, et sans doute la seule chose que l'Histoire retiendra de lui.

Ecrit par : jourdan | 06.11.2009

@ Erel,

Le coup de l'appartement ne regarde que lui à mon sens. Pourquoi devrait-il être jugé pour cela ?

Pour moi, son bilan est contrasté. Comme le note Jourdan, l'opposition à la guerre en Irak restera dans les livres d'histoire. Après, il n'y a pas que du positif, loin de là. Il avait une vraie vision de l'homme et du monde. Il a parlé avant tout le monde l'environnement, même s'il est vrai qu'il aurait sans doute pu faire plus dans le domaine.

Au final, je retiens aussi ses qualités humaines que je trouve rares pour un homme politique : son amour sincère des Français ainsi qu'une humilité, sans doute encore plus rare.

@ Sammy

Je comprends que vous me trouvez trop gentil...

Ecrit par : Laurent Pinsolle | 06.11.2009

je crois que l'histoire retiendra que Jacqsues Chirac a évité la mort à plusieurs militaires français en ne paticipant pas à la guerre d'Irak et franchement la vie de centaines de personnes pése beaucoup plus lourd qu'une centaine d'emplois ficfitifs?

Ecrit par : taoui | 06.11.2009

Pour patrick Mennessier-l'hénoret,

Une précision importante : le service national n'est pas juridiquement supprimé : il n'est que suspendu, ce qui signifie qu'en cas de nécessité et de circonstances graves, il peut être rétabli.

Pour Laurent Pinsolle

Quant à son appartement, il est évident qu'il n'a pas à être jugé pour cela au plan judiciaire s'entend, cela ne constituant pas une infraction quelconque. En revanche, au plan des principes, voire de la morale, cela fait plutôt désordre. Compte tenu d'autres affaires (cf. le dernier Canard Enchaîné), il laisse la désagréable impression de quelqu'un qui, toute sa vie durant, a vécu des opportunités du système et qu'il continue à en profiter. C'est dommage pour son image.
Si l'on ne peut que lui savoir gré de ne s'être pas laissé embarquer dans l'aventure irakienne, en revanche ses abandons en rase campagne de la position gaulliste sur l'Europe ( ralliement à Maastricht, traité de Nice ) ne peuvent pas appeler une grande mansuétude de la part de tout esprit un tant soit peu gaullien !

Quant à sa compréhension du peuple Français, on ne peut que la mesurer à l'aune de son incompréhension du non monumental qu'il lui a infligé sure le projet de constitution européenne concocté par son alter ego, Monsieur Giscard d'Estaing.

Ecrit par : Erel | 06.11.2009

12 ans en roue libre,frein moteur!

C'est le bilan calamiteux du pignouf qui éclaire d'une lumière avantageuse celui de son prédécesseur.

On ne demande pas à un homme d'Etat d'être sympathique,bienveillant ou attachant,mais de gouverner.
Chirac a pris le pouvoir mais ne l'a jamais exercé!

Peut-être qu'il est un grand père formidable...

Ecrit par : Balthazar | 07.11.2009

Le service militaire dans notre pays était le ciment de notre nation .
Je l'ai exercé dans les années 80 en Allemagne en compagnie de combat , il y avait un mélange de toutes les couches de la société ...toutes les couches , toutes les religions , toutes les couleurs...
Quand on voit l'état de nos banlieues , la délinquance , les traffics , les zones de non droit et le fait que pour beaucoup " etre francais " ne veut plus rien dire , le service militaire permettait a ces " jeunes " une discipline pendant 1 an que leurs familles est incapable d'assumer , une coupure pendant 1 an d'un milieu totalement néfaste et nuisible , et une mixité sociale une rencontre avec d'autres jeunes , une ouverture .
Pour toutes ces raisons le service militaire ne devait pas etre supprimé ou suspendu...

Patrick Mennessier-l'hénoret

Ecrit par : patrick Mennessier-l'hénoret | 07.11.2009

Ecrire un commentaire