06.12.2009

Déficit : la reddition européenne de la France

Cette semaine, la France et la Commission Européenne seraient tombées d’accord sur le rythme de réduction du déficit budgétaire. Le gouvernement essaie malhabilement de présenter l’accord comme une victoire alors qu’il s’agit d’une reddition en rase campagne.

La capitulation de Christine Lagarde

 A l’origine, le débat était simple. La Commission Européenne souhaitait que la France revienne à 3% de PIB de déficit public en 2013 alors que la France, par la voix de sa ministre de l’économie notamment, annonçait que fixer un objectif à horizon 2014 était plus réaliste. Pour atteindre cet objectif, Bruxelles soutenait que la France devait réduire son déficit de 1.25% du PIB tous les ans jusqu’an 2013.

Au final, le résultat est simple : la France a accepté la demande de la Commission Européenne et fixe désormais à 2013 l’objectif de retour à un déficit public de 3% du PIB. Il s’agit d’un point extrêmement important compte tenu de l’élection présidentielle, ce qui implique que le déficit devra être contenu à 4 / 4.5% du PIB dès 2012, contre 8.5% aujourd’hui. Cela donne une idée de la contrainte que vient d’accepter le gouvernement pour les budgets 2011 et 2012.

Une reddition déguisée en victoire

La Commission Européenne a eu la délicatesse et l’intelligence de faire mine de céder sur un point pour que le gouvernement Français puisse essayer de présenter l’accord comme équilibré. En effet, au lieu du 1.25% de réduction du déficit par an, la Commission a accepté un effort de « plus de 1% du PIB par an »… Sachant que l’objectif de 3% en 2013 est concédé, il est difficile de ne pas comprendre que le gouvernement Français a de nouveau complètement cédé en rase campagne.

Bien sûr, une grossière dépêche du Monde (supprimée depuis malheureusement) avait le culot de présenter l’accord comme une victoire de la diplomatie Française, mais les commentaires de la presse sont aujourd’hui moins flatteurs et souligne la réalité, qui est que la France a cédé à la Commission Européenne. Cela illustre bien la réalité de la diplomatie de Nicolas Sarkozy : des coups de menton avant, une reddition pendant, et une tentative grossière d’enjoliver la réalité ensuite.

Bien sûr, il faut penser à la réduction des déficits budgétaires car la situation actuelle n’est pas tenable. Mais il n’est pas acceptable qu’un gouvernement démocratiquement élu ait à négocier avec un aréopage de technocrates, et surtout finisse par leur céder. Cela relativise le volontarisme affiché du président.

Commentaires

... Il me semblait que l'état français s'était engagé au travers des traités à respecter un certain déficit, ainsi qu'une certaine politique budgétaire.

En gros, dire "oh bah non on veut pas votre rythme", c'est clairement revenir sur l'engagement pris lors de la signature des traités. Au moins, ça illustre parfaitement la valeur qu'on peut accorder à la parole donnée par nos dirigeants ou la valeur d'une signature sur un traité.

Et après, bien sûr, on peut toujours parler de démocratie et tout le bazar, qui est, rappelons-le, un autre avatar de cette parole de ces mêmes dirigeants vers le peuple.

Comme elle ne vaut rien à l'international, je ne vois pas pourquoi elle vaudra plus sur le plan national. En clair, ne pas respecter les traités, c'est se foutre de la gueule du monde, et ramener la démocratie dans cette histoire est une vaste plaisanterie.

Écrit par : h16 | 06.12.2009

Cette video dure 9 minutes.

Neuf minutes extraordinaires.

Neuf minutes historiques.

Neuf minutes pendant lesquelles le leader du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP) dit ce qu'il pense.

Neuf minutes pendant lesquelles une député européenne socialiste essaie de répliquer de façon pitoyable SUR LE FOND.

Neuf minutes pendant lesquelles le président du parlement européen ne sait pas quoi répondre SUR LE FOND.

Neuf minutes que les historiens des prochaines décennies pourront montrer pour expliquer l'explosion de l'Union Européenne.

Cette video extraordinaire est visible sur le site DAILYMOTION :

http://www.dailymotion.com/video/xbbdoo_farrage-reprimande-pour-ses-critiqu_news

Écrit par : BA | 06.12.2009

Bonjour Laurent,
Un peu comme h16, si je partage totalement ton analyse sur le jeu de menton du Petit Nicolas (notamment le avant/pendant/ensuite), ton article me gêne par le silence que tu mets sur les engagements internationaux pris dans le cadre des accords de Maastricht : on est OK ou pas avec les dogmes économiques qui les sous-tendent, on haluucine devant le déficit de démocratie qui caractérise les instance européennes, OK, mais s'asseoir dessus comme le font Lagarde, Woerth & Co est encore plus inadmissible.
Que la génération des babyboomers, après s'être rebellée contre l'ordre établi des 60's pour s'installer aux commandes et se gaver 30 ans comme ils l'ont fait puisse nous laisser un dernier cadeau sous la forme de ces déficits abyssaux, tout ça pour ne pas grignoter les bons jolis bas-de-laine que ces messieurs-dames se sont confectionnés à force de déficits budgétaires pendant leur vie active est proprement scandaleux.
Que le discours exigeant un minimum d'équilibre budgétaire soit à ce point inaudible dans les campagnes nationales (hormis Bayrou) est proprement terrifiant. Faudra-t-il en arriver au scénario argentin pour prendre de force les mesures que personne n'a les cojones de proposer de gré aujourd'hui ? Pour avoir quelques entrées à Paris, certains ne sont pas loin de l'intégrer dans leur logiciel de pensée. C'est terrifiant.
Pour travailler depuis 10 ans avec les collectivités, la vertu de l'équilibre budgétaire est évidente, qui rend vertueux le levier fiscal parce que justifié par un service rendu.
Alors pour conclure, Sarko manipulateur = OUI
Bruxelles = antidémocratique = OUI OUI OUI
mais heureusement que cette défaite a eu lieu.

PS : je parlerai de défaite quand j'en verrai les conséquenes concrètes dans un projet de loi de finances. En attendant, je me souviens que même les promesses vertueuses n'engagent hélas que ceux qui les entendent...

A te lire
Jérôme

Écrit par : Jerome RIVALIN | 06.12.2009

Réduction du déficit budgétaire, retour à l'équilibre. J'entends cela depuis des années, cela n'a plus de sens.
Si Sarkozy tente réellement de revenir à 3% en 2013, il devra faire une politque d'austérité déchaînée et je n'y crois pas.
Comment les cadres de la droite ont-ils pu choisir quelqu'un d'aussi inconsistant?

Écrit par : Jardidi | 08.12.2009

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