11.12.2009

Le tabou de la sortie de l’euro levé par la Grèce

Depuis quelques mois, même si les médias continuent d’entretenir la fable selon laquelle l’euro aurait protégé l’Europe pendant la crise, d’autres discours voient le jour, et notamment la possibilité d’un éclatement de l’euro, avec notamment la situation difficile de la Grèce.

Pourquoi la Grèce pourrait sortir de l’euro

La situation grecque est en effet très instable. Le pays vient de faire une opération vérité sur les chiffres du déficit budgétaire qui s’est soldée par une augmentation de la prévision de déficit de 6 à 12% du PIB pour 2009 !!! La Grèce a sans doute la pire situation financière de la zone euro, avec une dette également très importante. Résultat, elle paie aujourd’hui des taux à 10 ans de 5,77%, une prime de plus de 2 points par rapport à l’Allemagne, ce qui alourdit le fardeau de la dette.

Bref, le bénéfice de la convergence des taux du début de l’euro est un lointain souvenir. En revanche, la Grèce est aujourd’hui handicapée par l’inflation plus importante que la moyenne de la zone euro qu’elle a connu pendant les années 2000 et qui fait que les prix grecs ne sont aujourd’hui plus compétitifs, ce qui pénalise les exportations. Le pays se retrouve donc dans une situation très difficile entre sa perte de compétitivité et sa situation financière dégradée.

Comme il est clair que les autres pays ne viendront pas au secours de la Grèce, la seule solution serait une dévaluation, qui permettrait de rendre le pays plus compétitif et de dynamiser ses exportations, mais le corset qu’est la monnaie unique ne rend pas possible cette solution. La seule voie possible serait de pratiquer une politique de déflation compétitive, à la manière des pays baltes, mais une telle politique serait extrêmement brutale et aurait sans doute des conséquences sociales violentes.

Les vices de la monnaie unique

En fait, le cas grec montre malheureusement tous les travers de la monnaie unique. Les ayatollahs de l’intégration européenne essaient de soutenir que la monnaie unique nous a protégés, mais on se demande bien de quoi. Après tout, le PIB de la zone euro aura reculé de 3,8% en 2009, contre seulement 2,4% aux Etats-Unis, alors que la crise venait des Etats-Unis, et que l’effondrement du marché immobilier y a été particulièrement violent, de même que la hausse du chômage.

Alors, bien sûr, la monnaie unique a évité des dévaluations entre pays membres de la zone euro. Mais cela aurait-il été un mal ? En effet, les Etats-Unis (et la Grande Bretagne) ont amorti la crise par la dépréciation de leur monnaie, ce qui rend leurs exportations plus compétitives et les importations moins intéressantes. L’absence de monnaie unique aurait sans doute permis à la France, l’Italie ou l’Espagne d’éviter de voir leur monnaie s’apprécier autant face au dollar ou à la livre…

Plus globalement, cet épisode montre une nouvelle fois que la zone euro n’est absolument pas une zone adaptée au partage d’une même monnaie. Les pays sont beaucoup trop différents, ce qui conduit à des effets pervers importants. La politique monétaire des années 2000 trouvait le moyen d’être à la fois trop restrictive et d’handicaper la croissance de la France et l’Allemagne tout en étant trop laxiste pour l’Espagne et l’Irlande, ce qui a fortement contribué à leur bulle immobilière.

La situation difficile de la Grèce, avec celles de l’Espagne et de l’Irlande montre les limites de cette construction artificielle qu’est la monnaie unique. Il y a donc fort à parier que la zone euro se délitera au fur et à mesure que ses effets pervers pousseront certains pays vers la sortie pour retrouver de l’air…

Commentaires

Très bon papier, sur lequel je ferais quand même trois remarques :

- Je n'ai jamais compris cette idée selon laquelle l'Euro devrait aligner les taux d'intérêts auxquels empruntent les différents pays qui l'ont adopté, dans la mesure où il n'existe aucune solidarité entre eux. Comme c'est l'emprunteur et lui seul qui doit rembourser, il est évident que la prime de risque exigée par les marchés financier va varier en fonction de la santé financière de ces pays. Je ne vois pas en quoi c'est une surprise de constater que la grèce emprunte à un taux plus élevé que l'allemagne.

- Il me semble que tu en fais un peu trop sur l'intérêt des dévaluation, mais ça ne me surprend pas. Je reconnais bien là ton obsession de la dénonciation des monnaies fortes ... Il ne faut pas oublier que la dévaluation comporte un avantage relatif par rapport aux autres pays. Si tous la pratiquent, elle ne présente plus un intérêt pour personne.

- L'affaire de la Grèce peut lever le tabou de l'Euro, et cela peut effectivement être une bonne chose. Néanmoins, elle peut annoncer aussi les prémisses d'une nouvelle étape de la crise, à savoir la crise des finances publiques. Et cela est une très mauvaise nouvelle, car elle arrive bien tôt ! Si les marchés commencent à avoir peur de l'endettement public, cela signifie que le désendettement va devoir commencer partout, avec les conséquences récessives et les dégâts sociaux que l'on imagine ...

Dernier point - qui fera plaisir à notre ami RST - l'affaire pose aussi la question des bénéficiaires des intérêts de la dette publique (qui les touche ? les banques ??) et la légitimité de ces intérêts s'agissant de puissances publiques. Vu les montant et les enjeux, on ne peut plus ne pas se poser la question de la manière dont sont financés les emprunts d'Etat et de la nature des transfert financiers qu'ils organisent.

S'il s'avère - ce que m'a toujours dit RST - que les prêts aux Etats proviennent d'une création monétaire réalisée par les banques, le flux qui va des contribuables vers "l'industrie de la finance" s'apparente à une rente indue qui s'approche de la prédation pure et simple !

Dans ces conditions, il apparaît que l'enjeu majeur de la période n'est plus ni le "corset européen" de l'Euro, ni le protectionnisme, mais tout simplement de redonner aux Etats la capacité de créer leur monnaie sans verser de rente à quiconque !

Écrit par : Malakine | 11.12.2009

@Malakine

Tu rejoins donc l'ami Raoul Cayol qui explique souvent sur le blog de NDA que les ennuis (et le début de l'endettement de l'Etat) ont commencé lorsque Giscard, ministre des finances de Pompidou, a décidé que l'Etat ne pourrait plus emprunter sans intérêts à la banque de France.

Écrit par : David Desgouilles | 11.12.2009

@D. Desgouilles

La question a été posée directement à VGE sur son blog (voir ici commentaire 16 : http://vge-europe.eu/index.php?post/2008/04/10/Chronique-de-la-pensee-multiple#c3965) de savoir pourquoi il avait pris cette décision, par AJ Holbecq co-auteur d'un bouquin sur le sujet (La dette publique une affaire rentable)
Voici la réponse de VGE, toujours sur son blog: pour faire "moderne" !!!
http://vge-europe.eu/index.php?q=holbecq

Écrit par : RST | 11.12.2009

@ Malakine

Une fois que le problème a été identifié comme tu le fais, les solutions existent. Voir ici par exemple : Comment financer un grand emprunt sans alourdir ni le déficit public ni la dette des générations futures ?
http://www.chomage-et-monnaie.org/Documents_html/Comment_financer_un_grand_emprunt.html

Écrit par : RST | 11.12.2009

@ RST

Ce qui est extraordinaire et parfaitement incompréhensible dans cette affaire, c'est que l'obligation pour l'état de se financer auprès des marchés financiers ne doit rien à l'Europe (La preuve, le royaume uni monétise ses dettes ... ) ni même à la révolution néolibérale car 1971 c'est bien avant.

En tout cas, moi ça me fait bien flipper cette affaire d'Etat en Banqueroute. Un peu plus à l'est, il y a l'Ukraine aussi qui est très très mal. Elle vient de faire appel au FMI pour toucher la dernière tranche du prêt qui lui est nécessaire pour rembourser sa dette extérieure et celui ci refuse.

Dans le genre j'ai lu aussi que le Japon vient d'annoncer la mise en vente de 100 milliards de bons du trésors américains et apparemment ça ne se bouscule pas au portillon pour les acheter.

On dirait que la deuxième vague de la crise financière se rapproche à grand pas ! :-s

Écrit par : Malakine | 12.12.2009

Si vous me permettez de résumer les enjeux de ce débat autour de la création monétaire, je dirais ceci : la monnaie est une chose trop sérieuse pour être confiée à des banques privées. Pas de politique macro-économique sans outils macro-économiques. La privatisation de la monnaie est une pure folie.

Et puisque nous sommes sur un blog "gaulliste", je rappelle cette sentence gaullienne selon laquelle "la politique de la France ne se décide pas à la corbeille" (citation approximative, mais sur le fond c'est à peu près ça). Eh bien on en est là précisément : la politique de la France se décide à la corbeille. Autrement dit, la France n'a plus de politique économique. C'est le triomphe de l'anti-étatisme primaire, l'avènement d'un néo-féodalisme financier. Un Etat qui privatise sa monnaie, c'est un peu comme un violoniste qui casse son archet : totalement aberrant.

Écrit par : Joe Liqueur | 12.12.2009

Georges Pompidou etait salarié de la banque Rothschild : depuis 1973 la France s’est interdite de créer la monnaie dont elle a besoin pour combler ses propres déficits, que ce soit en fonctionnement (salaires et retraites des fonctionnaires, loyers, etc.) ou en investissements pour son développement (écoles, routes, ponts, aéroports, ports, hopitaux, bibliothèques, etc..) mais s’est obligée à emprunter sur les marchés monétaire en émettant des obligations (bons du Trésor) sur lequel évidemment elle doit payer un intérêt à ceux qui souscrivent (40% du montant par des résidents, 60% par des non-résidents), ce qui a pour conséquence, comme nous l’avons vu plus haut, qu’au fil des années la dette s’alourdit d’un montant sensiblement égal au « déficit », qu’il faut couvrir par l’emprunt, c’est-à-dire par l’émission d’obligations nouvelles auprès du public et surtout des investisseurs institutionnels (assurances, banques, etc).

Écrit par : David | 12.12.2009

Il faut sortir de l’union européenne…
Pourquoi ? Comment ? Pour faire quoi ?

1- Parce que la mondialisation et son prototype antidémocratique- l’union européenne-poursuivent leur spirale suicidaire.
Leur credo : ‘libre circulation des hommes, des capitaux et des biens’ est générateur de pauvreté, de pillage économique, d’anarchie sociologique et demain de guerres civiles.
Leurs modes d’action (bâillonnement des Peuples, suppression des frontières, délocalisations, privatisations, financiarisation, foutoir migratoire) n’ont qu’un but : casser les Peuples, détruire les Nations, étouffer les Etats.
Cette globalisation diabolique (agrégat malsain- il faut le répéter- des internationalistes et des capitalistes) nous conduit vers une triple confrontation : le‘trou noir’ asiatique, l'embûche islamique et l’impasse écologique.

2- Comment sortir de l’union européenne ?
En revendiquant l’application de l’article 49A1 du Traité de Lisbonne.
Celui-ci admet que : ‘Tout Etat membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l’Union.’.
Naturellement les constitutionnalistes apatrides et les européistes de tous bords ne voulaient à aucun prix du 49-A1. Mais c’était contraire au droit international public. Car, conformément aux droits universels de l’Homme, le Pacte de l’ONU de 1966 sur les droits civils et politiques stipule : “les peuples ont un droit inaliénable à disposer d’eux-mêmes”.
Ainsi (à la demande des Anglais !) les rédacteurs du traité de Lisbonne furent-ils contraints d’inclure cette procédure au texte. Cruelle pénitence pour les européistes : cet article proroge, à leur corps défendant, le ‘compromis de Luxembourg’ exigé en 1966 par De Gaulle… qui connaissait ses classiques en démocratie et en droit des peuples !
Donc, la fin du cauchemar européen est possible : Article 49 A1.

3-Pour faire quoi ?
Le contraire de la mondialisation furieuse, du traité de Lisbonne et de la pensée unique !
C’est à dire : le dialogue des civilisations dans le creuset de l’ONU, la concorde et le concours de Nations indépendantes, la coopération équitable de Peuples souverains, le parrainage- in situ ! des plus faibles d’entre-eux, les échanges de tous ordres- justes et proportionnés- engagés par des Etats démocratiques efficients.
Repli sur soi ! disent déjà les cerveaux perclus d’idéologies.
NON ! L’ouverture au monde et le respect des Peuples… moins la pensée unique… moins l’internationalisme… moins le capitalisme.

Il faut sortir de l’union européenne : Article 49 A1.

Castelin Michel-13600 La Ciotat- 12dec09

Écrit par : castelin michel | 13.12.2009

Si ce problême de la Grèce pouvait faire diminuer un peu la valeur de l'Euro ce serait bénéfique pour nos exportations et notre industrie nationale.
Ce n'est qu'un beau rêve !

Écrit par : deguisement chat | 13.02.2010

@ malakine. L'intérêt d'une dévaluation est patente pour des pays qui ont une exportation indirecte due au tourisme. La Grèce ne particulier, et les pays de la zone méditerranéenne en général en profiteront. La France ne serait d'ailleurs pas en reste. A chaque pays sont type d'économie. Celles-ci sont camouflée actuellement par l'euro et ses taux d'intérêt. Une banque centrale dépendante permettrait de renflouer les caisses de l'Etat. Quant à la sortie de l'euro, la Grèce pourrait l'enclencher en douceur, tout en négociant pays par pays la parité de sa monnaie nationale avec l'international.
@Castelin. La sortie de la zone euro ne veut pas dire sortir de l'U.E. Certains pays peuvent avoir intérêt à y rester, particulièrement si l'Euro reste qu'une monnaie commune.

Écrit par : Peretz | 06.05.2012

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