15.12.2009
Les agriculteurs, victimes de la PAC
Hier, je revenais sur la réunion de 22 ministres de l’agriculture des 27 qui affirmaient leur souhait d’une PAC forte garantissant un meilleur revenu aux agriculteurs. Une étude de l’INSEE publiée le même jour démontre bien l’urgence absolue de la situation.
Une situation dramatique
Les chiffres publiés par l’INSEE sont proprement ahurissants. En effet, les revenus des agriculteurs Français ont baissé de 34% en 2009, selon des comptes prévisionnels, après une baisse de 20% en 2008, soit une division par deux en deux ans. En 2007, année qui avait marqué un pic historique, leur revenu moyen était de 28 500 euros. Cette année, il est tombé à 14 500 euros. Quand on pense qu’il s’agit d’une moyenne et donc que probablement une bonne moitié des agriculteurs gagne moins…
En fait, le niveau des revenus des agriculteurs est descendu à un niveau plus bas qu’au début des années 90. Et certains sont encore davantage touchés que d’autres : les producteurs de lait par exemple ont vu leurs revenus baisser de plus de 50% cette année ! En revanche, les producteurs de vins, les éleveurs de bœufs ou de moutons voient leurs revenus progresser, même si, pour certains, cela ne fait que rattraper en partie la baisse des années précédentes.
L’anarchie économique, contre les agriculteurs
L’agriculture offre une représentation extrême de ce que peut être la brutalité du marché. Et qui pourra soutenir qu’il faut laisser les agriculteurs s’adapter, changer de culture ou d’élevage en fonction des évolutions du marché quand on voit la violence de l’évolution des prix et à quel point cette violence a une traduction sur les maigres revenus de personnes qui travaillent le plus souvent beaucoup plus que la majorité de la population. Non, l’application des règles du marché n’est pas juste.
C’est pour cela que la PAC avait instauré à l’origine un prix minimum garanti qui assurait aux agriculteurs un revenu décent et un minimum stable. Certes, il fallait prendre des libertés avec la « concurrence libre et non faussée », mais est-il possible de penser que cette libéralisation extrême apporte un quelconque progrès à l’homme quand on voit ses conséquences ? Est-il vraiment souhaitable de créer un système où les revenus des travailleurs puissent être aussi volatiles ?
Chaque jour, nous avons davantage de preuves que l’anarchie économique mène à une horreur économique et sociale. Les ministres européens semblent en avoir pris conscience. Leurs prochaines décisions montreront s’il s’agissait d’une posture ou pas…
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : agriculture, pac, revenus des agriculteurs




Commentaires
L'agriculture, tout au moins celle des petits ou moyens producteurs, est moribonde. Cette tendance était évidente depuis plusieurs années : qu'ont fait les ministres européens, et surtout qu'ont pris comme initiatives les chefs d'états et de gouvernements pour anticiper et protéger ce secteur : rien, par idéologie néo-libérale.
Considérer que le secteur de l'alimentation humaine est un marché livré à une concurrence sans régulation, ce que laissait entendre l'abandon de la PAC quoi qu'on en ait dit, était une programmation voulue de la mort de l'agriculture traditionnelle, d'autant que les effectifs ont fondu comme neige au soleil et donc que les menaces pour l'ordre public sont à présent moins grandes qu'il y a vingt ou trente ans !
Au lieu de surfer sur la vague Bio et d'aider à la reconversion des agriculteurs dans ce type de production de qualité et rémunératrice, on préfère voir mourir ce secteur pourtant essentiel.
Là encore, comme pour l'industrie avec la désindustrialisation de notre territoire, le dogme de la concurrence libre et non faussée, alpha et oméga des princes de l'Europe (qui comme osent enfin le dire quelques économistes de renom est antinomique), aboutit à la disparition de l'agriculture.
Qui, dans nos élites, est encore capable de penser stratégie, en dehors de celle des spécialistes de la finance internationale...
Écrit par : Erel | 15.12.2009
Je vous recommande d'ailleurs la lecture de ces deux articles, qui n'hésitent pas à dénoncer les ravages de l'ultra-néolibéralisme.
http://www.marianne2.fr/Le-mythe-du-libre-echange-l-Europe,-un-obstacle-au-protectionnisme_a183067.html
http://www.marianne2.fr/Le-libre-echange-est-un-mythe-nocif-1_a183052.html
Il est temps de renverser ce nouveau totalitarisme.
Écrit par : Jerem | 15.12.2009
L'anarchie économique, monsieur Pinsolle, ce sont les agriculteurs eux-mêmes qui l'encouragent 1) par leur lobbying productiviste via la FNSEA, 2) par leurs votes quasi unanimes pour la droite libérale.
Les entreprises ferment et sont délocalisées partout autour de moi et la réponse de tous est : c'est inéluctable, c'est le progrès et l'efficacité libérale, que tu le veuilles ou non. Pourquoi cela ne s'appliquerait pas aux agriculteurs ?
Après tout, si on applique cette froide et inhumaine logique économique : les produits agricoles ne seront que moins cher pour le consommateur et en plus il n'aura plus de subventions à payer à tous ces agriculteurs qui disparaitront.
Car quand il ne restera plus que des agriculteurs sur le territoire et des salariés sans emploi paupérisés qui crèveront la dalle, ils feront quoi les agriculteurs ? Ils feront subventionner des mitraillettes et chars pour protéger leur terre de ces hordes de sauvages crève la faim ?
Écrit par : realworld | 16.12.2009
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