07.01.2010
Philippe Séguin, chevalier de la République
Ce matin, la nouvelle est tombée. Philippe Séguin, président de la Cour des Comptes, est mort d’une crise cardiaque à 66 ans. Il est sans doute l’homme qui a le plus compté dans ma formation idéologique.
Un homme de convictions
Dans la précipitation, les commentaires des journalistes et des hommes politiques ne sont pas toujours bien inspirés, même si, au global, tout le monde lui rend hommage. J’ai pu entendre qu’il était « très proche d’Alain Juppé », alors que les deux se sont presque toujours opposés au RPR… Certains parlaient de sa rébellion à l’égard de Jacques Chirac sur Maastricht alors qu’il avait pris position bien avant le président du RPR. Enfin, il a trop souvent été réduit à son caractère difficile.
Car ce caractère était la conséquence d’une chose de plus en plus rare au sein de la classe politique. Philippe Séguin était un homme de convictions qui n’était pas prêt à la moindre compromission avec ses idéaux, qualité qu’il partage avec Jean-Pierre Chevènement. Si son parcours politique est fait de heurts, tous ces heurts s’expliquent par ses idées. Il n’agissait pas pour lui ou sa carrière mais pour défendre des idées qu’il avait chevillées au corps : la République et la Nation.
C’est pour cela qu’en 1992, il a pris la tête du combat contre le traité de Maastricht, qui remettait fondamentalement en cause la souveraineté de la France. C’est pour cela qu’il a longtemps tonné contre notre politique monétaire, qui a asphyxié notre économie et qui était en bonne partie responsable du « Munich Social » que les socialistes, comme son parti, ont accepté. C’est pour cela qu’il a sans cesse rappelé que la lutte contre le chômage devait être notre priorité.
Un serviteur de l’Etat
Ce grand gaulliste réunissait les deux grandes qualités que l’on peut chercher chez un homme politique : des idées fortes et la volonté de servir son pays. C’est ainsi qu’il a occupé la présidence de l’Assemblée Nationale de 1993 à 1997 puis la présidence de la Cour des Comptes depuis 2004. Il a marqué ses fonctions plus que quiconque. Il y a montré une volonté permanente d’améliorer le fonctionnement de l’Etat, au service des Français, que tout le monde reconnaît.
Qui se souvient en effet des précédents présidents de la Cour des Comptes ? Au lieu de se contenter d’un rapport annuel, il y a institué des rapports thématiques, publiés fréquemment, et fourmillant de constats plus intéressants les uns que les autres. Dans un de ses derniers rapports, il dénonçait la coupe uniforme et aveugle du nombre de fonctionnaires, soulignant que la non différenciation de la réduction du nombre de fonctionnaires représentait une prime aux ministères les moins productifs.
Toute sa vie, Philippe Séguin a défendu une certaine idée de la France et de la politique. Il aurait sans doute fait un Président de la République extraordinaire. Cela restera pour moi un regret éternel. Il est malheureux qu’il n’ait jamais pu ou voulu faire un bout de chemin avec Jean-Pierre Chevènement (et réciproquement). Car rien ne séparait ces deux grognards de la vie politique Français, à part une carte de parti qui n’était qu’un bout de papier négligeable par rapport à leurs convictions.
Avec la perte de Philippe Séguin, nous perdons un des derniers hommes politiques de conviction. Par son exigence, son attachement aux principes, il démode tous ces pantins carriéristes au discours trop calibré. Dommage que son chemin n’ait pas davantage croisé celui de la France.
10:55 Publié dans Actualités, Gaullisme | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : philippe séguin




Commentaires
Philippe Séguin, à l'Assemblée Nationale, le 5 mai 1992 : il parle du traité de Maastricht.
Un des plus grands discours prononcés à l'Assemblée Nationale :
"Monsieur le président, madame, messieurs les ministres, mes chers collègues, je voudrais croire que nous sommes tous d'accord au moins sur un point : l'ex¬ceptionnelle importance, l'importance fondamentale du choix auquel nous sommes confrontés, et, ce disant, je n'ai pas l'impression de me payer de mots !
C'est en tout cas avec gravité que je viens inviter cette assemblée à opposer l'exception d'irrecevabilité au projet de loi constitutionnelle que le Gouvernement nous présente comme préalable à la ratification des accords de Maastricht négociés le 10 décembre 1991 par les chefs d'État et de gouvernement des pays membres des communautés européennes et signés le 7 février dernier.
Mon irrecevabilité se fonde sur le fait que le projet de loi viole, de façon flagrante, le principe en vertu duquel la souveraineté nationale est inaliénable et imprescriptible, ainsi que le principe de la séparation des pouvoirs, en dehors duquel une société doit être considérée comme dépourvue de Constitution .
Il existe en effet, au-dessus même de la charte constitutionnelle, des droits naturels, inaliénables et sacrés, à savoir pour nous les droits de l'homme et du citoyen tels qu'Ils ont été définis par la Déclaration de 1789.
Et quand l'article 3 de la Constitution du 4 octobre 1958 rappelle que « La souveraineté nationale appartient au peuple », il ne fait que reconnaître le pacte originel qui est, depuis plus de deux cents ans, le fondement de notre État de droit. Nulle assemblée ne saurait donc accepter de violer délibérément ce pacte fondamental. "
http://www.marianne2.fr/L-Europe,-mais-debout!_a183383.html
Écrit par : BA | 07.01.2010
@Laurent
Entièrement d'accord avec ton texte, Seguin a raté quelque chose, il aurait pu devenir président. Sa mort laisse comme un arrière gout désagréable dans la bouche un sentiment d'inachevé. Et ce d'autant plus que certains ,notamment à l'Élysée, doivent plutôt être satisfaits de sa disparition prématurée.
Écrit par : yann | 07.01.2010
Tout à fait d'accord! On lis tout et n'importe quoi sur Philippe Séguin et les personnes qu'il cotoyait et estimait.
Un exemple édifiant sur le site de Villepin ou on parle de Séguin comme un Villepiniste. trop fort non?
Lu sur Villepincom. « par Jany 2 hours ago
Triste nouvelle que le DC de Philippe Séguin, ce villepiniste social respecté de tous,y compris de NS. »
Décidément sur le blog social de Villepin on aura tout vu et tout lu !
Voila que les Villepinistes apprenant le décès de Philippe Séguin, y vont de leurs couplets et de leurs larmes affirmant le « Villepinisme » de Seguin. On savait que leur niveau de culture générale n’était pas très élevé mais la c’est tout bonnement de l’escroquerie intellectuelle. Les Villepinistes charognards oublient quelques leçons d’histoires contemporaines Françaises.
Philippe Séguin n’était pas du tout Villepiniste, ni villepiniste social. Bien au contraire c’était un farouche opposant à Villepin, même si son sens de la courtoisie fait qu’il n’a jamais mis dans ses propos, la hargne que Villepin utilise dans les siens.
Philippe Seguin peut se targuer d’avoir été un GAULLISTE SOCIAL et reconnu comme tel par ses pairs. Villepin n’est gaulliste que par opportunisme et social que pour attirer à lui les « gauchistes bourgeois pommés ».
Si Philippe Seguin n’a pas été élu Maire de Paris c’est parce que Villepin à magouillé pour cela. Si François Fillon n’a pas été repris dans le gouvernement Villepin, sous Chirac c’est bien parce que Fillon était le protégé de Seguin. Encore une magouille sauce Villepin donc ! En frappant l’élève Fillon, on punit le mentor Seguin. Basse pratique mais tellement habituelle chez Villepin.
C’est incroyable comment chez Villepin et tous ses sbires on s’arrange de la politique et de l’histoire en manipulant tout se qui se présente.
Écrit par : lefreloncitoyen | 07.01.2010
"Regret eternel", oui, boule dans le ventre. Qu'un homme comme lui n'ait pas ete plus que Ministre ou President de l'Assemblee est un grand gachis.
Depuis 1995, les "Seguinistes" font les vainqueurs des elections presidentielles mais demeurent les cocus de la politique. Seguin et Chevenement aurient pu changer la France.
Écrit par : pierre100 | 07.01.2010
Bye Bye Mr Seguin, on vous aimait bien !
Que laisserez-vous de plus marquant dans nos mémoires ?
Sondage original vu sur Pnyx:
http://www.pnyx.com/fr_fr/poll/486
associant les événements de sa carrière politique aux caractéristiques de sa personnalité: son gaullisme social et populaire, son opposition au Traité de Maastricht, son soutien à Chirac contre Balladur et Sarkozy, mais aussi sa barbe à la gainsbarre, ses clopes, ses coups de gueule, sa voix de baryton, etc
Écrit par : OrangeOrange | 07.01.2010
@ Le Frelon
C'est vrai, parler de Séguin comme un villlepiniste, c'est comme dire que le Général de Gaulle aurait été chiraquien ! C'est complètement ridicule.
Après, je ne suis pas d'accord sur les idées de complot, notamment pour la mairie de Paris ou Fillon...
Écrit par : Laurent Pinsolle | 07.01.2010
Vous avez raison sur la tentative de récupération par l'UMP, en voici un parfait exemple:
http://hervemariemorelle.hautetfort.com/archive/2010/01/07/4c5b5a6719b8892e7cfdc1eea0fb9480.html
Écrit par : Jeune Gaulliste | 07.01.2010
Quel dommage que les Français ne lui aient pas réservé Le plus grand destin politique qu'il méritait.
Hormis toutes ses convictions et qualités personnelles que j'appréciais , il avait une caractéristique très particulière et très rare dans le monde politique, il savait rire et sourire du regard sans conseiller en techniques de communication, témoignant de sa loyauté de sa franchise et de son honnêteté.
En bref un Homme sincèrement bien et vrai.
Outre ses convictions gaullistes, son comportement naturel, sans marketing et hors des modes, était aussi gaulliste.
Les personnes hors des modes, ne sont jamais dépassées.
Écrit par : Agnes | 07.01.2010
Pour les africains particulièrement, il aurait été le meilleur Président français. Il incarnait tout, la droite, la gauche. Il était calme, patient. Il est le seul homme politique français à n'avoir jamais eu des problèmes les autres et pourtant il a assumé de lourdes responsablités.
Ilfut le vrai au sens du terme le franco-africain.
Paix à son âme
Écrit par : sacj | 07.01.2010
@ Laurent
C'est un secret de polichinelle que Chirac et Villepin ont torpillé la candidature de Seguin à la Mairie de Paris, en préférant soutenir en douce la candidature dissidente de Tibéri. Et pour Fillon Philippe Seguin a toujours été son mentor (Fillon l'a redit publiquement aujourd'hui http://info.sfr.fr/france/articles/deces-de-Seguin-une-dechirure-personnelle--Fillon,127371/), et quand Fillon a été écarté du gouvernement Villepin sous Chirac, il s'agissait d'une banale vengeance de Villepin. D'ailleurs quand Fillon à été nommé successeur de Villepin en 2007 beaucoup ont vu dans cette passation de pouvoir un camouflet pour le "Galouzeau"!
Écrit par : lefreloncitoyen | 07.01.2010
La République n'avait vraiment pas besoin de ça. Le "gaullisme", ou ce qu'il en reste, non plus (ne le prenez pas mal, M. Pinsolle ; cela vous honore de faire partie de ce "reste").
Moi qui ne suis pas "gaulliste", à peine sympathisant, je m'associe à votre peine.
Écrit par : Joe Liqueur | 07.01.2010
Très beau papier de Laurent de Boissieu
http://networkedblogs.com/p23472869
Écrit par : Laurent Pinsolle | 08.01.2010
Si le terme - si galvaudé aujourd'hui - de Républicain avait encore un sens (et je n'ose même pas parler de celui de Gaulliste...) c'est bien grâce à des hommes comme Philippe Seguin qui lui ont donné, combat après combat, ses lettres de noblesse.
C'est une immense perte pour la classe politique française qui devra se contenter des débats à haute volée intellectuelle des Morano, Estrosi, Lefebre, Besson, Dati, sans oublier les Sarko père & fils, pour ne citer que des personnalité de droite... Cette droite aux petits bras, au petit coeur, atlantiste, qui fait sa politique à la corbeille et qui n'a jamais eu d'égal dans la détestation du gaullisme social.
Quant à moi, à 36 ans, me voilà définitivement orphelin politiquement... Pas grave, je consolerai mon amertume en me mouchant dans ma carte d'électeur, elle me le rend si bien...
Écrit par : gérald | 08.01.2010
c'est un grand homme qui nous a quittés
Écrit par : parions web | 16.09.2010
Super article , je partage votre point de vue sur le sujet
Écrit par : Agence de referencement | 24.02.2011
Quel dommage que les Français ne lui aient pas réservé Le plus grand destin politique qu'il méritait.
Outre ses convictions gaullistes, son comportement naturel, sans marketing et hors des modes, était aussi gaulliste.
Écrit par : sajoo | 09.05.2011
Mourir à 66 ans c'est moche c'est pour ça que je dis qu'il faut faire du sport, le foot sur le terrain pas au bar!
Écrit par : euro sport | 24.07.2011
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