10.01.2010
Lionel Jospin, éléphant suffisant
Lionel Jospin regrette sans doute depuis longtemps d’avoir prononcé des mots si définitifs le soir du premier tour de l’élection présidentielle de 2002. Résultat, il passe son temps à faire des tournées d’adieux, en conservant une capacité très limitée à faire son autocritique.
Un manque de recul terrifiant
Près de huit ans après, Lionel Jospin attribue toujours son échec à la multiplicité des candidatures à gauche et, comme le rapporte le Figaro, il admet tout juste avoir « surestimé le rejet de Jacques Chirac, surestimé la perception positive de mon bilan, sous-estimé l'impact qu'avait la division de la gauche et sous-estimé le premier tour ». Enfin, il admet que sa « campagne n'a pas été assez offensive », et parle de son « regret d'une marche qui était à notre portée […] et [son] sentiment que cinq années avec nous auraient été préférables à la stagnation du quinquennat chiraquien ».
L’interview qu’il a donnée au Monde confirme cet état d’esprit. On note un certain mépris pour l’extrême gauche, qui « ne se retrouvera jamais (dans son bilan) et qui n’est à l’aise que sous la droite ». En clair, l’ancien premier ministre socialiste ne veut bien admettre que des erreurs de perception (sous-estimation ou surestimation) mais surtout pas la moindre critique sur son bilan qu’il continue à défendre bec et ongle alors que sa défaite devrait l’inciter à plus d’humilité. On devine entre les lignes qu’il pense qu’il aurait facilement battu Jacques Chirac au second tour s’il avait réussi à devancer Jean-Marie Le Pen.
Une caricature des dérives socialistes
Jeudi soir, sur le plateau de Canal Plus, Lionel Jospin était également incapable de la moindre véritable autocritique. Pas une seconde il ne semble douter de l’issue d’un duel avec Jacques Chirac au second tour de l’élection présidentielle de 2002. Pourtant, sa défaite était davantage la conséquence de ses choix que de l’éparpillement des voix de la gauche. C’est lui qui a poussé Jean-Pierre Chevènement hors du gouvernement par ses arbitrages sur la Corse. S’il l’avait conservé dans son gouvernement, nul doute que l’issue du premier tour aurait été différente.
Mais l’issue du second tour ne lui aurait pas été plus favorable. Car Lionel Jospin est le premier ministre qui a abdiqué tout volontarisme politique sur deux éléments fondamentaux. Il a abdiqué sur la sécurité en ne sachant pas réagir à la hausse de la délinquance après le départ de Jean-Pierre Chevènement. Et il a abdiqué sur le chômage avec Vilvoorde. Bref, pourquoi les Français auraient-ils voulu d’un président qui admettait si facilement son impuissance à agir ?
Par-delà l’incapacité crasse de Lionel Jospin à admettre de véritables erreurs (celles qu’il admet ne sont pas de vraies erreurs), le plus incroyable est aussi sa capacité à parler sans cesse de la gauche en oubliant les idées et les Français. Il n’est pas pour rien dans le nombrilisme du Parti Socialiste.
10:55 Publié dans Actualités, Parti Socialiste | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : lionel jospin, 2002, grand journal, canal plus




Commentaires
Ce que je ne pardonne pas à Jospin, c'est l'inversion du calendrier électoral, la prééminence de la présidentielle qui conduit à l'encombrement des candidatures et des ego...
Écrit par : Alexandria | 10.01.2010
Et vous le pardonnez à De Gaulle ?
Écrit par : bOb | 10.01.2010
Merci pour cette brillante analyse.
"surestimé la perception positive de mon bilan", autrement dit les gens sont trop con pour apprécier le génie et le talent de Lionel Jospin, ces salops de pauvres.... Lionel Jospin était pourtant un des plus fins hommes politiques de l'époque mais il a acté le renoncement du politique et de la gauche à dirigé le pays tout simplement. Il a sellé sa défaite dés le départ en signant le traité d'Amsterdam, Jean Pierre Chevenement n'a fait que suivre ses convictions en quittant le gouvernement, mais sa campagne n'avait peut être pas assez de linéarité, il s'est trop dispersé. Son discours du premier tour témoignait d'un profond mépris du peuple français, composé de grands enfants incapables de voter intelligemment. La campagne désastreuse de Lionel Jospin aura été plus la conséquence de 20 ans d'érance et de pertes des repères de la gauche que le fruit d'une détestation pathologique de la personne de Lionel Jospin et de son bilan.
Écrit par : Adrien | 10.01.2010
Je pense comme vous que Jospin aurait tout de même été écrabouillé au second tour. Au moins parce que ce qu'il croit pouvoir porter à son crédit (les 35 H, les "hochets sociétaux" genre pacs, parité et toutes ces conneries) auraient suffi à faire la différence CONTRE lui.
Écrit par : Didier Goux | 10.01.2010
Écrire un commentaire