13.01.2010
Quand Le Monde ouvre les yeux sur les dangers de l’euro
Certes, le papier du journal du soir est signé par un éditorialiste économique du Financial Times. Cependant, il est rafraîchissant de voir que Le Monde s’ouvre à des opinions aussi critiques à l’égard de la monnaie unique. Il faut dire que cet article est particulièrement bien argumenté.
Une protection dérisoire
Martin Wolff a sans doute écrit ici une des meilleures notes de synthèse sur l’euro. Et, pour une fois, je remercie Le Monde de publier un tel papier aussi critique à l’égard de la monnaie unique qu’ils soutiennent mordicus habituellement. Cette ouverture d’esprit fait honneur au journalisme. C’est d’autant plus remarquable que la démonstration de ce texte est limpide. L’auteur décortique parfaitement bien tous les effets pervers de la monnaie unique européenne.
Il part de l’argument des soutiens de l’euro, à savoir que la monnaie unique aurait permis d’éviter une course à la dévaluation pendant cette récession. Cependant, il relativise tout de suite cet argument en montrant que le PIB de la zone euro a davantage baissé que le PIB des Etats-Unis (-5.1% contre -3.8%) pendant cette crise. Cet argument, que nous sommes beaucoup à répéter depuis des mois, montre que la protection offerte par l’euro est plus que relative…
Une source de déséquilibres majeurs
Ensuite, l’auteur explique particulièrement bien comment l’euro provoque de graves déséquilibres en son sein. Il montre que la crise a particulièrement frappé les pays dont la demande intérieure privée était artificiellement soutenue par une bulle de crédit (Espagne, Irlande, Portugal). On pourrait ajouter à son raisonnement que cette bulle était la conséquence directe d’un taux d’intérêt unique trop faible pour ces pays et qu’un taux plus élevé (national) aurait évité de tels excès.
L’effondrement de la demande privée (de -10 à -15%) a donc brutalement plongé les comptes publics dans le rouge sans véritable espoir d’amélioration d’autant plus que la hausse des écarts de taux longs renchérit encore le financement de la dette publique de ces pays. En clair, l’euro accentue tous les problèmes tout en empêchant leur résolution par la solution classique de la dévaluation. La seule perspective est une politique déflationniste, dont on a vu tous les risques dans les années 30 et au Japon…
Pour Martin Wolff, « la crise est inhérente au système » et nous n’allons pas tarder à en voir les conséquences. Il est grand temps de réfléchir à la solution alternative de la monnaie commune…
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : euro, le monde, financial times, martin wolff




Commentaires
je doute fort que la France puisse sortir de l'euro sans sortir de l'UE. Tu est prêt à aller jusque là si c'est le prix à payer ?
Écrit par : edgar | 14.01.2010
@ Edgar
Je crois qu'on peut parfaitement quitter l'euro sans quitter l'UE (après tout, tous les membres de l'UE ne sont pas dans l'euro).
Néanmoins, à titre personnel, je crois qu'il faut être prêt à quitter l'UE pour vraiment la réformer, sinon, nous aurons du mal à la changer. Ce n'est que parce que la France sera prête à quitter l'UE que nous pourrons la réformer et donc y rester. Donc, j'y suis prêt.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 14.01.2010
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