18.01.2010
La Renault Clio, symbole économique
Cela a été une des polémiques de la semaine dernière. Après la fuite selon laquelle Renault pourrait décider de monter la prochaine Clio en Turquie, le gouvernement est intervenu pour donner des gages à l’opinion avant de se faire rabrouer par la Commission Européenne.
Pourquoi Renault délocalise ?
Il y a une seule raison pour laquelle Renault souhaite transférer la production de la Clio en Turquie : dans un régime de libre-échange total ou presque, il est quasiment impossible d’espérer gagner de l’argent en produisant des petits véhicules dans un pays occidental où les coûts du travail peuvent être jusqu’à dix fois plus élevés que dans des pays comme la Turquie. Et comme tous les constructeurs ont tendance à délocaliser la production des petites voitures, Renault ne fait que suivre la tendance.
Assez naturellement, le gouvernement s’est ému de cette hypothèse de travail et a affirmé son intention de faire pression sur Renault, évoquant même la possibilité de monter dans le capital de la Régie au-delà des 15% qu’il détient déjà. La réaction de la Commission Européenne ne s’est pas faite attendre puisque la très libérale commissaire à la concurrence Neelie Kroes a demandé officiellement des explications à la France rappelant que Paris s’était engagé à ne faire aucune pression sur le sujet…
Un révélateur
Cette affaire agit comme un formidable révélateur de toutes les limites de la construction européenne et de la globalisation néolibérale. Comme le souligne à raison Nicolas Dupont-Aignan, « on ignore précisément en vertu de quoi Bruxelles pourrait s’opposer à ce que l’Etat français négocie avec une entreprise dont il détient 15% des actions en vue de maintenir ses activités sur le marché national ».
On atteint donc les limites de l’absurde avec ce système qui priverait un actionnaire majeur de se prononcer sur un choix stratégique d’une entreprise, au prétexte que l’opinion de l’actionnaire est de limiter la délocalisation d’activités industrielles. Quels intérêts défend-donc cette Commission Européenne ? En tout cas pas ceux des peuples européens qui souffrent d’un chômage de masse depuis des décennies ! Pire, Bruxelles défend ici une délocalisation hors de l’Union Européenne !
La réalité est donc claire : l’Europe promeut les délocalisations et entend empêcher toute action des Etats visant à les limiter, fussent-elles en dehors de l’Union Européenne. Le dogmatisme néolibéral des institutions européennes n’a donc aucune limite. Cette affaire expose aussi le double langage d’un gouvernement qui fait mine de s’indigner alors qu’il s’était engagé à ne faire aucune pression, et qui, entre les lignes, est déjà prêt à céder une partie du montage (celle pour l’exportation).
Comme le montre cette affaire, l’Union Européenne organise sciemment la désindustrialisation massive du continent. Elle est donc responsable du chômage de masse. Mais le pire est que derrière les foucades passagères, nos politiques capitulent les uns après les autres.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : renault, clio, turquie, délocalisations, commission européenne, neelie kros




Commentaires
"dans un régime de libre-échange total ou presque, il est quasiment impossible d’espérer gagner de l’argent en produisant des petits véhicules dans un pays occidental"
Et la Smart (produite à Hambach, France), c'est du poulet ?
Écrit par : h16 | 18.01.2010
Deux raisons à l'implantation de la Smart :
- c'est une petite voiture premium, vendue nettement plus chère qu'un modèle généraliste
- son marché se situait uniquement en Europe occidentale à l'origine
Écrit par : Laurent Pinsolle | 18.01.2010
Il est donc possible de vendre avec profit des petits véhicules dans un pays occidental.
Écrit par : h16 | 18.01.2010
@ h16
Je suis assez surpris de ce genre de réaction venant d'un libéral. N'est-ce pas les libéraux qui nous expliquent à longueur de temps que la France n'est pas assez compétitive en raison de salaires trop élevé et de charges trop lourdes (sans parler des 35h qui reviennent en force dans le débat alors même que ça fait 5 ans au moins que chaque gouvernement a prétendu les assouplir) Pourquoi donc nier le problème de compétitivité de la France avec les pays ç bas coût ?
@ laurent
Ce qui me frappe dans cette affaire, c'est une nouvelle fois l'incapacité de tout le monde à raisonner système. Pourquoi as ton besoin de se réfugier dans la stratégie de M Ghosn, dans le fait que l'Etat est actionnaire ou qu'il a accordé des prêts l'an passé, avec ou sans contrepartie.
Comme tu le dis, Renault suit le mouvement et ce mouvement est en train de faire disparaître tout l'appareil productif de France. Et personne ne semble capable de voir en face ce problème structurel de compétitivité !
Écrit par : Malakine | 18.01.2010
@ Laurent Pinsolle
Quand NDA dit : "On ignore précisément en vertu de quoi Bruxelles pourrait s’opposer à ce que l’Etat français négocie avec une entreprise dont il détient 15% des actions en vue de maintenir ses activités sur le marché national", je suis un peu perplexe. Le libre-échange est gravé dans le marbre des traités européens dont notre pays est signataire ; j'aimerais donc plutôt savoir comment, en l'état actuel des choses, on pourrait réellement s'opposer à ce type de délocalisation. Accessoirement, 15%, c'est bien gentil, mais avec 51% c'est mieux, et avec 100% c'est encore mieux (même si, de mon point de vue, l'industrie automobile n'entre pas tout entière dans la sphère des monopoles d'Etat souhaitables).
En bref, cette affaire ne tendrait-elle pas à prouver qu'une sortie de l'euro est insuffisante ? Car en l'occurrence, il ne s'agit pas d'euro. N'y a-t-il pas là une forte incitation (une de plus) à sortir carrément de l'UE ?
A part ça, je découvre à l'occasion de blog de NDA, et ça me fait plutôt plaisir de voir que les commentaires y affluent en masse.
Au passage, salut à Malakine.
Écrit par : Joe Liqueur | 18.01.2010
@Malakine
Je n'aime pas ce mot "compétitivité" ça implique toujours un tas d'idées néolibérales.
Je rejoins Joe Liqueur le problème c'est définitivement l'UE et sa conception bureaucratique de la politique. Il va sérieusement falloir imaginer une sortie de la construction européenne ou nous courrons au désastre.
Au fait Pascale Fourier viens de mettre en ligne un nouvel interview de Sapir :
http://j-ai-du-louper-un-episode.hautetfort.com/
Avec le temps j'ai l'impression que Sapir est de plus en plus pessimiste sur l'avenir de l'UE, et je le comprends.
Écrit par : yann | 18.01.2010
@ H16
Oui, mais si la France ne peut conserver que les produits haut de gamme, que va-t-il nous rester dans 10/15 ans ?
@ Malakine,
Cela fait plaisir de te lire. Complètement d'accord. Quand on pense que même LVMH se pose la question de délocaliser une partie de la production de ses sacs à main, malgré des marges à 70/80% et sans la moindre pression sur les prix, on se dit que la tendance à long terme est la disparition de l'industrie des pays développés, à part pour les produits pondéreux et peu chers au kilo...
@ Joe
Clairement, il faut changer la logique de l'Union Européenne et il faudra être prêt à être radical pour pouvoir le faire. Mais nous pouvons agir au niveau local. En transférant les cotisations sociales vers une taxe frappant également les produits importés, nous réduirions radicalement l'écart de prix de revient. En outre, une taxe carbone qui renchérirait le coût du transport pour les importations aurait également un effet important.
@ Yann,
Autant je suis extrêmement opposé à la logique actuelle de l'UE et de l'urgence de la réformer radicalement, autant je pense qu'une construction européenne respectueuse de la souveraineté des Etats et neutre politiquement (au lieu de pousser la globalisation néolibérale, comme aujourd'hui) est importante. Pour deux raisons : cela correspond aux zones régionales commerciales évoquées par Allais ou Gréau et cela peut être un levier utile pour nos idées, à l'échelle mondiale.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 19.01.2010
@ Yann
Au contraire de toi, j'aime beaucoup le terme de compétitivité, précisément parce qu'il renvoie à la vulgate libérale. C'est intéressant de se placer sur ce terrain pour leur demander comment corriger notre différentiel de compétitivité avec la Turquie quand les 35 heures ont déjà été supprimée 200 fois en 10 ans, quand les salaires stagnes, que l'emploi a été flexibilisé à mort, que la TP a été supprimée ... Il reste quoi ? Le rétablissement de l'esclavage ?
Poser la question de la compétitivité du "site france" c'est le meilleur moyen d'amener les plus libéraux à envisager le protectionnisme. J'ai même vu il n'ya pas longtemps un article sur slate.fr qui évoquait sérieusement cette hypothèse ! En dernière extrémité certes, mais on y est déjà !
Écrit par : Malakine | 20.01.2010
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