19.01.2010
Vers la fin du clivage gauche-droite
C’est un sondage passionnant que le Cevipof a fait réaliser par la Sofres. Il mesure l’opinion des Français à l’égard des institutions politiques et économiques. Il recèle de nombreuses pépites qui montrent que les ingrédients pour un big bang politique semblent se rassembler.
Un rejet très fort des élites
En effet, si 69% des Français font confiance à leur conseil municipal et 65% à leur conseil général ou régional, 55% ne font pas confiance à l’Union Européenne, 64% à l’Assemblée Nationale, 65% à la présidence de la République et 68% à l’égard du gouvernement. En clair, deux tiers des Français ne font plus confiance aux hommes politiques nationaux. Il faut dire que 78% de la population pense que les responsables politiques se préoccupent peu ou pas du tout de ce qu’ils pensent.
La défiance à l’égard des institutions se retrouve partout. Les Français ne font plus confiance aux banques, ni aux grandes entreprises, qui ne pensent qu’à leur profit. Le constat est sévère et produit une crainte pour l’avenir. Paradoxalement, cette crainte est moins forte pour l’avenir immédiat, où seule une petite majorité relative pense que sa situation va se détériorer, que pour l’avenir plus lointain, puisque 73% des Français pensent que la situation sera moins bonne pour leurs enfants.
Le dépassement du clivage gauche-droite
Mais l’enseignement sans doute le plus intéressant de ce sondage est la démonstration éclatante de la démonétisation du clivage gauche-droite. 67% des Français ne font confiance ni à la gauche, ni à la droite pour gouverner le pays. Seulement 16% font confiance à la droite et 14% à la gauche. Des chiffres dérisoires qui montrent l’étendue de la défiance à l’égard du PS et de l’UMP, qui ne semblent avoir pour mérite que de ne pas avoir encore d’alternative crédible.
Mieux, à peine 25% des Français se classent à gauche ou à l’extrême gauche, 19% à droite ou à l’extrême-droite, alors que 38% se déclarent ni à gauche ni à droite. En poussant un peu plus, 31% se disent « plutôt de gauche », 26% « plutôt de droite » mais 40% « ni de gauche, ni de droite ». Bref, les Français semblent avoir intégré que ce ne sont plus les clivages traditionnels qui ont du sens, même s’ils ne semblent pas encore en avoir trouvé un de substitution.
Mais surtout, comment ne pas voir dans ce sondage une profonde attente de gaullisme ? En effet, le Général de Gaulle refusait le clivage gauche-droite et sa politique serait difficilement classable sur l’échiquier actuel. Le gaullisme a encore de beaux jours devant lui.
10:55 Publié dans Actualités, Société | Lien permanent | Commentaires (36) | Envoyer cette note | Tags : clivage gauche-droite, cevipof, gaullisme




Commentaires
C'est sûr, seul le gaullisme peut sauver la France, mais il faudra faire attention, cette fois, à ne pas laisser les hypocrites et les arrivistes s'incruster et accaparer des fonctions stratégiques ! Sous prétexte de rassemblement, il faudrait quand même faire un tri entre les vrais patriotes républicains et ceux qui viennent avec des arrière-pensées !
Ce sondage est très intéressant et correspond à mes propres sentiments.
Écrit par : Marie | 19.01.2010
Comment voudriez-vous que les gens se reconnaissent encore dans ce clivage périmé, alors que, sur toutes les grandes questions “sociétales”, comme il paraît qu'on dit désormais, la droite a totalement assimilé et faits siens les délires de la gauche ?
Écrit par : Didier Goux | 19.01.2010
"le Général de Gaulle refusait le clivage gauche-droite et sa politique serait difficilement classable sur l’échiquier actuel."
Des conservateurs s'alliant avec des communistes pour monter une république étatiste, paternaliste et anti-parlementariste tout en annihilant toute opposition politique libérale ou social-démocrate, c'est effectivement difficile à classer sur un échiquier politique.
Heureusement qu'il reste de vrais patriotes républicains et des clivages périmés en début de phrase mais qui servent encore en fin de phrase !
Continuez Laurent, votre blog est délicieux.
Écrit par : pythéas | 19.01.2010
Laurent, ce n'est pas nouveau ! Je me souviens d'un sondage précédent du CEVIPOF au début ou je bloguais (il y a plus de trois ans) et je me souviens qu'il y avait déjà 66% qui ne se reconnaissent ni dans la droite, ni dans la gauche.
Écrit par : Malakine | 19.01.2010
Pas nouveau, c'est clair. Je me souviens du début des années 90, de la fameuse pensée unique, de l'unité de pensée de Balladur et Bérégovoy. C'est clair que le phénomène est ancien, mais j'ai l'impression qu'il s'amplifie.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 19.01.2010
@ Didier Goux
Seuls les imbéciles se croient obligés de dire "sociétal" à la place de "social", ou "quartiers sensibles" à la place de "quartiers pauvres", ou "moralisation du capitalisme" à la place de "planification", etc.
Maintenant, pourrais-tu préciser ce que sont les "délires de la gauche" ? Je serais curieux de savoir.
@ Pythéas
"Une République étatiste". Et alors ? La République étatiste en question avait instauré le plein emploi, ses citoyens ne s'en portaient pas plus mal, et accessoirement ils ont voté pour de Gaulle à plusieurs reprises.
"Paternaliste", je veux bien. Seulement c'est un peu court, comme critique.
"Anti-parlementariste", c'est une caricature.
"En annihilant toute opposition politique libérale ou social-démocrate", c'est de la malhonnêteté intellectuelle. Pour autant je ne dis pas que la république de de Gaulle était exemplaire sur le plan des libertés publiques. Mais celle de Sarkozy ne vaut guère mieux.
@ Laurent Pinsolle
Permettez-moi de copier-coller ici un commentaire posté avant-hier sur le blog de Riwan Ferry, lequel commentait le même sondage :
De toute façon, les politiques n'auront pas grand-chose à proposer tant qu'il rejetteront l'idée d'une sortie de l'UE.
De deux choses l'une : ou bien on attend sagement l'hypothétique avènement d'un Etat européen fédéral et démocratique, ou bien on sort de l'UE et on rétablit ainsi les conditions d'une véritable démocratie.
M'est avis que plus ça va, plus les Français penchent pour la deuxième option (n'est-ce pas ce que le referendum de 2005 a démontré ?). Le problème, c'est qu'aujourd'hui ces aspirations n'ont quasiment aucun relais politique.
Et là encore, de deux chose l'une : ou bien on attend sagement une hypothétique conversion de nos dirigeants politiques, ou bien on crée de nouveaux partis.
En attendant, il faudra se contenter des imprécations rituelles sur le thème de l'"autre Europe". Il faut bien comprendre où on en est rendu. On est arrivé à un point où on voit des "socialistes" défendre (par exemple) la privatisation de la banque centrale. Que l'UMP ou le Modem prennent la défense de l'UE, cette machine de guerre néo-libérale, c'est une chose. Que TOUS les partis s'accrochent à ce machin, c'en est une autre.
Ah oui mais c'est vrai, j'oubliais : l'Europe-nous-a-apporté-la-paix (amen). D'ailleurs, tout le monde sait très bien que si on sortait de l'UE demain, les panzers d'Angela déferleraient aussitôt sur la France. Excusez-moi, je le ferai plus.
Écrit par : Joe Liqueur | 19.01.2010
Si le PS et l'UMP font à peu près la même politique, normal que le clivage droite gauche disparaisse.
Le noeud est la sortie de l'UE et ce sont peut-être d'autres pays qui vont nous montrer l'exemple.
Je ne pense pas que les Français soient capables de construire un parti politique type gaulliste, on suit une grande personnalité, rien d'autre.
Écrit par : Jardidi | 19.01.2010
Eh ! je vois que ça commence à fritter dans les commentaires sur le blog de Laurent !! :-) Alors je vais me permettre de répondre à Joe Liqueur pour tenter d'expliquer le commentaire de Didier Goux.
Ce qu'il veut dire, c'est que seule les questions sociétales permettaient de différencier la droite et la gauche depuis le tournant de la rigueur (conversion néolibérale) de 1983 : droit de vote des immigrés, antiracisme, parité, mariage homo, lutte contre les femmes battues, politiquement correct ... Sociétal au sens de sujet de société et non pas social au sens de répartition des richesses. Ce sont deux notions très différentes, presques antinomiques. La gauche a fait du sociétal quand elle a abandonné le social.
Je suppose que ce sont ces propositions qu'il qualifie de délires, ce en quoi je ne peux lui donner tort.
Dire que la droite s'est aligné sur la gauche sociétale c'est très zemmourien (la théorie de la carlaïsation de Sarko) mais oas complètement faux. De la même manière que la gauche a incorporé le logiciel de la droite en matière économique pour faire moderne, la droite est tentée d'incorporer celui de la gauche sur les sujets de société pour faire moderne à son tour.
Résultat le clivage est de plus en plus difficile à définir. Je suis très curieux de voir comment il va pouvoir se manifester en 2012.
Écrit par : Malakine | 20.01.2010
@ Pythéas
Etatiste, paternaliste : cela ne me gène pas.
Anti-parlementariste : si c'est par opposition aux dérives de la 4ème République, cela ne me dérange pas non plus. Globalement, c'est tout de même excessif. Le Parlement a censuré le gouvernement en 1962 et ce sont des changements de majorité parlementaire en 1986, 1993 et 1997 qui ont provoqué des changements d'orientation politique...
Il y avait également une opposition... Essayer de caricaturer de Gaulle comme un général de pronunciamento est vraiment ridicule. C'est la personne qui s'est le plus souvent soumise au vote des Français, tout en étant prêt à en tirer les conséquences...
L'évocation du côté périmé, c'est le moyen pour les dogmatiques, pour les dogmatiques paresseux, d'éviter tout débat.
@ Joe
Je pense qu'il faut être prêt à sortir de l'UE, même si ce n'est pas ma solution préférée. Je pense qu'une Union des Etats Européens nous permettrait de faire des choses que nous ne pourrons pas faire seuls, notamment sur la régulation de la finance. Néanmoins, si nous n'arrivons pas à convaincre nos partenaires, ou une partie d'entre eux, alors, il faudrait être prêt à le faire.
A titre personnel, je crois qu'être prêt à le faire nous donnerait 90% de chances de réformer l'Europe radicalement et comme nous le souhaitons (fin de la supranationalité, mise à pas de la Commission...) car géographiquement, une Union Européenne sans la France (ou l'Allemagne) n'a pas de sens.
Complètement d'accord sur le point de la "paix". Ce n'est pas la CEE puis l'UE qui ont évité la guerre, c'est la disuasion nucléaire et sans doute l'horreur des deux guerres mondiales.
@ Jardidi
Pas faux, il faut un leader sous la Cinquième République. C'est ce que NDA représente pour moi aujourd'hui.
@ Malakine
Très bon point !
Écrit par : Laurent Pinsolle | 20.01.2010
@ Malakine
J'espère qu'on n'en est pas à se "friter"… Merci pour cette mise au point plutôt convaincante concernant la distinction social/sociétal. Je me suis un peu laissé emporter… Cela dit, je n'aime décidément pas ce terme "sociétal" qui me paraît bien trop elliptique et fourre-tout (et achement tendance). Il me semble qu'en l'occurrence, nous avons des questions de mœurs (mariage homo) et des questions éminemment politiques (vote des immigrés, parité).
Je suis contre le vote des étrangers, car je pense que la citoyenneté ne se découpe pas en tranches et même qu'elle ne se partage pas (donc je suis aussi contre la double nationalité).
Le mariage homo ? Je suis pour l'abolition du mariage et du PACS. Je défends l'idée d'une loi sur le modèle de la loi de 1905 : "la République ne reconnaît aucun lien interpersonnel autre que ceux de la filiation". (mais c'est un vaste sujet, évidemment)
Pour ce qui est de la parité ou plus généralement de la "discrimination positive", je pense que ce sont avant tout des rideaux de fumée qui servent à faire oublier la question du droit au travail (car la source du problème est là). Pour ce qui est des femmes battues, je pense que la question, là encore, est avant tout liée à celle du droit au travail, et que pour le reste elle relève de la psychatrie (hélas, le concept "zéro femmes battues" fait fi de la nature humaine).
Pour ce qui est de l'anti-racisme, ça relève plutôt du bidonnage en règle, quelle que soit la sincérité (béate) des participants à cette mascarade. La critique de l'anti-racisme m'a toujours paru terriblement pertinente (et de gauche !), même quand ça sort de la bouche de Zemmour. L'anti-racisme, c'est que de la bonne conscience low-cost. Pour résumer mon point de vue là-dessus, je dirais que ce n'est pas la même chose de faire des manifs contre le racisme, ou de faire des manifs contre la françafrique.
Enfin, pour moi, le "politiquement correct" est un concept affreusement flou et donc inutile.
@ Laurent Pinsolle
Votre argumentation est intéressante, mais j'ai parfois l'impression que vous jouez un peu sur les mots. L'Europe très gaullienne dont vous rêvez ("union des Etats européens") n'aurait plus rien à voir avec l'UE. Alors entre "être prêt à le faire" et le faire, je ne vois pas très bien où est la nuance. Cependant il est évident pour moi qu'une telle union des Etats européens serait souhaitable, pour les raisons que vous indiquez.
Écrit par : Joe Liqueur | 20.01.2010
C'est quoi, "la gauche" ????
Écrit par : RST | 20.01.2010
@ Joe
Ca fait du bien de vous entendre dire que l'Europe (mais une Europe radicalement différente) pourrait être utile car j'avais l'impression que vous ne souhaitiez pas la moindre coordination européenne. Dans ce cas là et sur ce sujet, nous devons être proches.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 21.01.2010
@ Joe liqueur
J'hallucine en lisant ta proposition de ne reconnaître aucun lien interpersonnel autre que la filiation !! Même si je suis contre, cette idée m'intéresse beaucoup. Tu peux nous donner un lien (ou m'envoyer un texte) ou cette "proposition" serait développée.
Pour ma part j'y vois une nouvelle dérive d'un individualisme libéral-égalitaire exacerbé, ce facteur qui a conduit à l'atomisation des sociétés, à la disparition du collectif, à l'émasculation des Etats, bref à la situation actuelle. J'attendais plutôt ce genre de proposition venant des libertariens plus que de la sensibilité républicano-souverainiste. C'est pourquoi ça m'intrigue ...
Écrit par : Malakine | 21.01.2010
@ Malakine
Je suis désolé, mais à ma connaissance, cette idée n'existe nulle part ailleurs que dans mon esprit individualiste-libéral-égalitaire exacerbé. (évidemment, elle doit tout de même exister quelque part, et puis je me vois mal en prophète…)
Je peux très bien comprendre que cela t'intrigue, et que tu hallucines. Quand j'en parle à des gauchistes, la plupart du temps ils me regardent comme si je revenais tout droit de Jupiter après un très long voyage en tête-à-tête avec le super-ordinateur Carl…
Cela dit, je compte bien développer cette idée (j'y ai déjà un peu réfléchi). En réalité cette idée est bien moins individualiste que tu ne le crois. Elle est libérale, certes, encore que… Ce n'est pas vraiment l'endroit ni le moment pour développer, mais je peux donner quelques pistes. C'est en vrac, je le reconnais volontiers.
-Cette idée essentiellement libérale relève aussi d'un pragmatisme assez "gaullien". Tant pis si Laurent Pinsolle fait des bonds ! A l'heure où environ la moitié des mariages terminent en divorce, le problème consiste avant tout à définir les responsabilités parentales, et sur une base égalitaire, cela va de soi.
-Un grand nombre d'enfants sont élevés par des parents vivant en union libre (ou re-mariés) ; une constatation qui complète et renforce la considération précédente.
-Les mariages religieux seraient toujours autorisés, cela va de soi. Et si telle ou telle religion marie des personnes du même sexe, grand bien leur fasse à tous. La République n'en a cure, vu qu'elle "ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte". Elle ne reconnaît aucun culte. C'est assez clair. Et pour le coup elle ne reconnaîtrait aucun mariage, ce serait tout à fait clair également.
-Reste à définir les responsabilités parentales. L'abolition du mariage serait une bonne occasion de s'attaquer réellement à ce problème, via un dispositif législatif conséquent, cohérent et égalitaire (il me semble qu'on en est loin). Tout d'abord, je propose qu'on démolisse purement et simplement cette vieille malédiction : "pater certus, mater incertus". Et pour cela, je pense qu'il ne faut pas reculer devant l'utilisation des tests ADN. Pourvu que les données soient détruites aussitôt après. Ce n'est pas du tout évident à garantir, j'en conviens, mais je ne crois pas que le problème soit insurmontable. La mère pourrait exiger des tests ADN, et le père putatif devrait s'y soumettre. Ensuite, il faudrait donc définir les responsabilités. Pour l'aspect financier du problème, on adopterait le principe du 50/50, mais en introduisant une progressivité en fonction du revenu imposable. Ou plutôt du capital imposable, car je suis aussi opposé à l'impôt sur le revenu, et partisan de l'impôt progressif sur le capital, mais c'est une autre question… Pour l'aspect pratique du problème (charge de l'enfant), on définirait des règles de base, lesquelles ne pourraient être modifiées que par consentement mutuel ou en cas de défaillance manifeste. Par exemple : les sept premières années à la charge de la mère, les sept suivantes à la charge du père, et la suivante (la quinzième) au choix de l'enfant. Car je suis aussi partisan de l'abaissement de l'âge de la majorité à 15 ans, mais c'est encore une autre question… On introduirait bien sûr un droit de visite et de garde (par exemple un WE sur deux) pour le parent qui n'est pas en charge de l'enfant, et on prévoirait des modalités précises en cas de défaillance manifeste d'un des deux parents ou des deux parents. En bref, on n'aboutirait pas à une situation fondamentalement différente de la situation actuelle. Simplement, ce serait plus clair, plus égalitaire, et aussi plus libéral.
-Je suis a priori opposé à la procréation artificielle sous toutes ses formes (c'est déjà un peu moins libéral, certes - j'assume). L'enfant ne doit pas entrer dans la catégorie des biens de consommation. Pourquoi ne pas s'attaquer plutôt à l'assouplissement des conditions d'adoption ? (car il me semble qu'il y a beaucoup à faire de ce côté-là).
Voilà bien des questions qui sont à la fois "sociétales" (mœurs) et en même temps politiques.
Écrit par : Joe Liqueur | 21.01.2010
Un mariage sur deux finit en divorce parce que la nuptialité est le dernier domaine dans lequel les personnes peuvent encore assouvir leur individualisme et leur volonté de puissance frustrée, d’où leur exigence élevée, alors que tout le reste s’effondre. En somme la dernière liberté en société postindustrielle libérale (j’en passe et des meilleures) est restée celle de pouvoir larguer son conjoint au premier pet de travers (avant on était censé pouvoir en faire autant avec sa région, son pays, son job, son fournisseur d’accès etc.). Comme les autres fantômes de nos libertés, celle-ci n’existe que par la grâce de l’état providence à l’agonie, lequel s’épuise, entre autre, à tenir à bout de prestations une société éclatée de familles monoparentales. Il n’est pas certain que les sociétés de pénurie rampante qui nous attendent au tournant, surtout en matière énergétique et alimentaire (je ne prends en compte ici que la logique de l’évolution économique probable et non des considérations d’ordre écologique) rendent la chose encore viable très longtemps. Moi je parierai plutôt sur le retour des tribus familiales, dont l’égalitarisme serait forgé par le contact aux pieds de la terre glaise, quand il faudra bien refaire pousser des tomates comestibles pas trop loin de chez soi ! Sinon, votre histoire de père suspect par définition, et poursuivi comme « Le fugitif » par les brigades de l’ADN, c’est le blues complet !
DD (en passant)
Écrit par : Daniel Dresse | 22.01.2010
@ Joe
Assez impressionnant de voir développer de manière aussi structurée et affirmée des idées aussi originales ! Je ne vais malheureusement pas avoir le temps de répondre mais j'essaierai peut-être dans quelques temps.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 22.01.2010
@ Joe
Je n'ai pas vraiment bien compris quel serait l'apport "civilisationnel" d'une telle réforme. Et comme Daniel, je trouve que ton idée des Tests ADN de paternité obligatoire assez flippant. Ca signifie quoi ? Qu'une nana a le droit de te faire un gosse dans le dos et t'obliger à raquer pendant toute la vie ??
Écrit par : Malakine | 22.01.2010
@ Daniel Dresse et Malakine
Tout d'abord, j'insiste encore une fois sur le fait que mes élucubrations ne sont (au moins à ce stade) que des élucubrations. Ensuite, je comprends très bien que cette idée de test ADN soit plutôt flippante, au moins au premier abord. C'est d'ailleurs un obstacle majeur dans ma propre réflexion, je ne vous le cache pas. Mais d'une manière très générale, je pense que l'on n'échappera plus très longtemps à l'analyse ADN (qu'il s'agisse de paternité ou d'autre chose). D'ailleurs on y est déjà : il semble que plus ça va, plus la police exige des analyses ADN pour un oui ou pour un non (alors que la procédure, à l'origine, était censée être réservée aux affaires de pédophilie). Je crois que sur ce sujet, il faut donc s'efforcer de rester zen et de prendre un maximum de recul. Je ne dis pas que c'est simple.
De mon point de vue (je me répète), l'enjeu est donc d'élaborer un système qui garantisse un "droit à l'oubli génétique", de même que l'on parle aujourd'hui de "droit à l'oubli numérique". Concrètement, il s'agit d'encadrer tout cela de manière à la fois très stricte et très transparente. Par quels moyens, honnêtement, je n'en sais rien, mais je pense que c'est sous cet angle-là qu'il faut envisager ces questions.
Ensuite, l'"apport civilisationnel" d'une telle réforme… C'est un grand mot ; je n'ai pas une telle ambition ! Il s'agit plutôt de faire mieux coïncider les grands principes (libéraux-égalitaires voire fraternels) et la loi positive.
Enfin, je trouve la dernière question de Malakine particulièrement stimulante. Et là, j'ai peut-être un début de réponse.
Au premier abord, mes propos signifient en effet qu'une nana a le droit de te faire un gosse dans le dos et t'obliger à raquer pendant toute ta vie. J'assume complètement. Cependant il me semble que Malakine élude un point essentiel. La contraception masculine, ça existe. Certes, à ce jour, et pour ce que j'en sais, les techniques disponibles ont leur limites : le préservatif n'est pas fiable à 100% (et il est contraignant, voire désagréable - il a tout de même d'autres vertus, je ne vais pas entrer là-dedans…) ; la vasectomie est irréversible, quant à la pilule masculine, elle n'est pas encore vraiment au point. Mais il faut être réaliste : des dispositifs efficaces et réversibles seront disponibles un jour ou l'autre, et ce jour est sans doute assez proche.
Autant le concept de "parité" me navre, autant ces questions me semblent intéressantes, voire cruciales.
Écrit par : Joe Liqueur | 22.01.2010
Face à vos idées originales exprimées de manière si affirmée et structurée (il me fait marrer le Maître des lieux, il perdrait moins de temps à dire: « tais-toi faquin » mais je l’aime bien quand même), je me vois donc dans le devoir de la ramener à nouveau, de mon émotion la plus banale et la moins ordonnée. Je vais néanmoins tenter de domestiquer celle-ci en mettant à contribution le seul élément monnayable de mon parcours d’autodidacte, la comptabilité matière.
Il y a certainement une part d’ombre dans votre démarche, liée à votre personnalité, votre histoire personnelle, ou encore votre position dans l’échelle sociologique. En tout cas, et vous vous en défendrez sans doute, vos idées indéniablement originales ont pour moi la saveur déjà ancienne des provocations libérales libertaires, lesquelles ne « provoquent » que pour consacrer le triomphe d’un nouvel air du temps ou le triomphe de nouvelles valeurs dominantes.
Michel Houellebecq –dans « Les particules élémentaires » je crois- disait que le capitalisme libéral s’acharnait à détruire la famille traditionnelle parce que c’était le dernier espace de gratuité. Je crois cette idée juste parce que la famille à mon avis est un stock, l’espace de stockage d’un capital anthropologique (affectif social économique historique, culturel en somme) qui lui confère une certaine autonomie face aux injonctions de l’extérieur. La famille a toujours été un pilier de la société parce qu’elle peut vivre relativement en autarcie sur son stock, suivant sa logique propre, ce qui donne son inertie à l’ensemble de l’édifice social. Après la phase de transition marquée par la famille nucléaire et urbaine, professionnelle et précaire au sens propre, parce qu’à la merci précisément des impératifs de l’extériorité, on en arrive avec vous au coup de grâce, la « famille flux » parfaite.
Ici plus de stock, rien que de l’éphémère, du nouveau et du renouvelable ; entrée du père, sortie du père, entrée de l’enfant, sortie de l’enfant (le plus tôt possible, tiens, pourquoi pas quinze ans !). Rupture totale du lien anthropologique stocké, et ce n’est pas un hasard si vous visez en primauté le premier d’entre eux, le lien religieux et son expression nuptiale obligée, le mariage. Rupture du lien historique, la république n’existe encore que pour donner une caution à la gestion contractuelle, juridique et financière des flux (au passage, je trouve que vous avez une vision un peu « objectivement bisounours » de l’étanchéité réelle des rapports réels de gros sous entre la république et les cultes en général).
Le concept « d’enfant flux » posant tout de même un sérieux problème moral même à l’homo libéral-économicus le plus rationnel, il est assez logique que, dans votre nouvelle cosmogonie familiale, vous faites finalement avaler le lien du mariage par le lien de filiation. Voilà ainsi sanctifiée l’une des plaies de la société moderne, l’enfant-roi et sa toute puissance narcissique, le « père flux » (je n’ose dire superflu, fais-en autant Pinsolles) n’étant plus là qu’un week-end sur deux pour lui contester sa couronne -ça y est c’est gravé dans le marbre !
L’enfant flux n’est de plus concevable que si sa production, son conditionnement, et son lancement sur le marché soient compatibles avec le principe de rareté. Sinon c’est le bordel ! La distanciation des parents posera trop de problèmes à résoudre. Imaginez que dans une série de huit enfants flux (chiffre banal à une époque, j’ai une tante qui en a sorti douze), il y ait deux jumeaux et un triplé ! Mais dans le cas où la prophétie d’Emmanuel Todd se réaliserait, soit une généralisation planétaire de la famille à un ou deux enfants, je reconnais que c’est tout à fait jouable. En attendant cette fin de l’histoire, les petits bourgeois libéraux libertaires de nos centres villes auront encore quelques décennies devant eux pour gérer en douceur leur inconfort psychologique et somatique (face à face infécond de l’Agrippine chasseuse d’ADN et du play boy déchu, avec ses canaux spermatique bouché sous anesthésie locale). Le remède éprouvé en ce cas est le front commun, avec manifs à l’appui, contre le paupérisé inculte dans son camp retranché familial (ah bon ! Cela existera encore ?), ses flopées de mômes aux têtes de futurs beaufs, et l’appel généreux, forcément généreux, à l’adoption clé en main du petit exotique, disons africain au hasard, car tant qu’il y aura du kérosène pas cher pour les faire venir, il y aura toujours des africains au bon regard déshérité à adopter. D’ailleurs, quand vous nous parlez de « saut de civilisation », je trouve au contraire qu’il n’y a rien de neuf dans votre histoire, sur le tapis roulant de la mondialisation.
Quant à votre idée de bloquer la procréation artificielle par l’adoption, elle me laisse songeur. Techniquement et dans le type de rapports familiaux hyper libéraux et féminisés que vous appelez de vos vœux, je ne vois pas bien comment cela serait possible. A moins que votre féminisme annoncé ait ses limites, le flicage de l’ADN n’étant pas incompatible avec le flicage des ventres. A propos de ventres, la comptabilité matière nous donne là aussi une explication rationnelle à vos souhaits : limitation des flux internes au profit des flux de externes. Cela suppose que soit gravé dans le marbre l’offre externe exédentaire, ce qui peut être aussi interprété comme une forme de racisme inconscient.
Reste le problème de la mère, autour de laquelle tout s’articule, et ultime élément stocké de l’endroit sans doute parce qu’il est difficile de lui donner une liquidité absolue de par d’évidentes contraintes biologiques peu liquéfiables (quoique Rachida Dati a déjà donné et prêché le bon exemple). Mais la femme, être de stabilité par excellence, parce que source de la vie, est aussi le catalyseur de tous les flux du désir et de la convoitise, ce qui peut être intéressant pour le doux commerce. C’est un fait que, depuis le début du siècle dernier et avec une accélération remarquable depuis les années soixante, le corpus culturel et économique appelé libéralisme ou néo-libéralisme (en gros le renard ou le goupil) est passé par la femme. C’est bien une certaine représentation de la femme qui a véhiculé l’identification entre la Liberté, le Désir et le Marché, si chère aux soixante-huitards, ces petits soldats de plomb libertaires du libéralisme. Il suffit de compléter (je sais Pinsolle, lieux communs et clichés !) les déterminants du syllogisme pour cela : la Liberté c’est le Désir- le Désir c’est le Marché - la Liberté c’est le Marché. C’est par la femme et ses exigences nouvelles, lesquelles avaient la saveur exquise d’une revanche sur le passé patriarcal, que les valeurs privées ont acquis la primauté sur les valeurs publiques. Cela va sans doute beaucoup plus loin que cela, puisqu’elles tendent en fait, comme vous le suggérez si bien, à prendre carrément leur place.
D’où aussi une réorientation massive des moyens publics sur le privatif et l’ambivalence fondamentale de nos sociétés occidentales. En déstockant massivement, la famille traditionnelle élargie a mué en la famille moderne, grande consommatrice de flux compensatoires. Pour compenser la stabilité protectrice de la famille stock, c’est la société toute entière qui est devenue maternante (la « Big Mother » du psychanalyste Michel Schneider) avec son polymorphisme individualisé cocasse, des « nouveaux pères » aux « nouveaux rapports amoureux ». Escroquerie accomplie des vessies menée par les lanternes, la fable de la « société féminisée », là où il n’y a qu’une société maternante avec la mise au turbin généralisée des femmes –sous couvert de leur liberté- dans le sens de cette évolution a sens unique.
Du coup j’ai oublié le mâle dans tout ça ! Normal et je l’ai dit, mis à part la tenue rigoureuse de son carnet de santé anthropométrique (test ADN, test HIV, vasectomie), son existence m’apparaît transparente. Il lui restera la sublimation professionnelle dans le libéralisme concurrentiel, les conduites extrêmes (sports de combat, viols pulsionnels de compensation ou de décompensation, ça ne va pas chômer dans les cours d’assises) et l’encanaillement dans les bars homos, jadis interlopes mais devenus largement majoritaires (je vous arrête tout de suite, renseignez-vous, ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre). Dans ce dernier cas de figure toutefois, la rencontre répétée de pères homo parentaux accablés par leurs problèmes d’adoption risque de devenir lassante.
Une fois vos idées originales et affirmées déconstruites (à mes yeux, of course, je me doute bien que vous ne serez pas d’accord), il est temps de se demander à qui profite le crime perpétré par votre coup de grâce annoncé. La réponse vient naturellement puisque c’est vous-même qui nous l’avait livrée.
Vous êtes profondément un libéral, produit par une époque où les idées libérales ont eu le vent en poupe (je ne vais pas rappeler pourquoi ici, ma lettre est assez longue comme cela), et, tout à votre credo et vos habitudes intellectuelles, vous n’imaginez même pas que cette dynamique libérale puisse un jour s’arrêter. Cohérent avec vous-même et animé d’un esprit original à l’évidence, vous poussez naturellement la logique du système dans un domaine qui vous est cher, cela pour des raisons qui n’appartiennent qu’à vous. En un sens vous avez raison, puisque si l’on regarde l’évolution de la famille occidentale au cours des cent dernières années, tout pourrait aller effectivement dans le sens que vous indiquez. Vous oubliez simplement que le principe d’entropie gouverne la marche des comportements et des idées comme le reste.
Je pense pour ma part que nous vivons une mutation immense, accélérée par la très grande crise que nous connaissons depuis deux ans, mais qui ne va pas dans le sens que vous pressentez.
Je crois que la mondialisation est morte, butant sur le triple écueil de la crise financière, de la déplétion énergétique, et de l’explosion du coup des matières premières qui en résultera. Le monde va de nouveau se rétracter et dans un sens pas forcément favorable à l’occident et les exubérances sociétales qu’il a pu développer depuis un demi siècle. La rétraction des comportements accompagnera forcément la rétraction de l’espace, et je vois plutôt s’ouvrir, par la force des choses, des temps plus propices aux regroupements collectifs qu’à l’expansion individuelle infini. Nos sociétés vont devenir plus frugales, moins faciles à vivre, ce qui ne signifie pas qu’elles soient moins complexes et surtout moins inventives (ma saillie d’hier n’était qu’une boutade). Au contraire, des conditions de vie plus difficiles réclameront d’autant plus la créativité de tous et la revanche des véritables créateurs –avec les producteurs en première ligne- face aux manieurs de symbole, qui ont tenu le haut du pavé depuis plusieurs décennies et qui accompagneront la faillite des structures qui les avaient vu prospérer.
Un tel contexte sera beaucoup plus favorable au grand retour de la grande famille « bouclier » qu’à son éradication. Je sais que cette évolution possible comporte de grands dangers, pour la condition des femmes notamment. La montée en puissance des femmes depuis un siècle –et que vous pensez sans limite- a été portée par l’apparition dans nos économies d’un secteur tertiaire puissant, lui-même porté par l’expansion de l’état providence. L’état collectif qui se mettra en place dans mon hypothèse n’aura rien à voir avec ce dernier, en tout cas pas sous la forme bureaucratique (centralisée ou non, cela est un autre problème) que nous lui avons connue. Préservez les grandes conquêtes et le statut des femmes dans un tel bouleversement deviendra alors un défit majeur. L’optimisme d’Emmanuel Todd serait peut-être ici fondé (pour une fois j’ai envie de dire) puisqu’il cherche à démontrer que la condition féminine de sociétés beaucoup plus frugales tend à s’égaliser avec la nôtre –essentiellement par les progrès de l’éducation. Cette évolution parait visible dans la fécondité.
Laissez moi encore vous suggérer que mes idées et mes pressentiments ont probablement une origine exactement et inversement symétrique aux vôtres. De par mes origines sociales et mon histoire personnelle je suis viscéralement, et de manière atavique, anti-libéral. Je hais proprement les libéraux de toute obédience, libéraux libéraux, libéraux sociaux, libéraux écolos, libéraux nationaux ou internationaux, ou encore libéraux gaullistes (suivez mon regard, quoique lui, je le répète, sa rigueur un peu janséniste me plait). Pas de secret en ce qui me concerne. Néanmoins, j’ai pensé que la confrontation de nos points de vue pouvait être utile. Pour cela, vous me pardonnerez d’avoir été émotif, désordonné, pusillanime et surtout banal, tristement et longuement banal.
Écrit par : Daniel Dresse | 23.01.2010
Face à vos idées originales exprimées de manière si affirmée et structurée (il me fait marrer le Maître des lieux, il perdrait moins de temps à dire: « tais-toi faquin » mais je l’aime bien quand même), je me vois donc dans le devoir de la ramener à nouveau, de mon émotion la plus banale et la moins ordonnée. Je vais néanmoins tenter de domestiquer celle-ci en mettant à contribution le seul élément monnayable de mon parcours d’autodidacte, la comptabilité matière.
Il y a certainement une part d’ombre dans votre démarche, liée à votre personnalité, votre histoire personnelle, ou encore votre position dans l’échelle sociologique. En tout cas, et vous vous en défendrez sans doute, vos idées indéniablement originales ont pour moi la saveur déjà ancienne des provocations libérales libertaires, lesquelles ne « provoquent » que pour consacrer le triomphe d’un nouvel air du temps ou le triomphe de nouvelles valeurs dominantes.
Michel Houellebecq –dans « Les particules élémentaires » je crois- disait que le capitalisme libéral s’acharnait à détruire la famille traditionnelle parce que c’était le dernier espace de gratuité. Je crois cette idée juste parce que la famille à mon avis est un stock, l’espace de stockage d’un capital anthropologique (affectif social économique historique, culturel en somme) qui lui confère une certaine autonomie face aux injonctions de l’extérieur. La famille a toujours été un pilier de la société parce qu’elle peut vivre relativement en autarcie sur son stock, suivant sa logique propre, ce qui donne son inertie à l’ensemble de l’édifice social. Après la phase de transition marquée par la famille nucléaire et urbaine, professionnelle et précaire au sens propre, parce qu’à la merci précisément des impératifs de l’extériorité, on en arrive avec vous au coup de grâce, la « famille flux » parfaite.
Ici plus de stock, rien que de l’éphémère, du nouveau et du renouvelable ; entrée du père, sortie du père, entrée de l’enfant, sortie de l’enfant (le plus tôt possible, tiens, pourquoi pas quinze ans !). Rupture totale du lien anthropologique stocké, et ce n’est pas un hasard si vous visez en primauté le premier d’entre eux, le lien religieux et son expression nuptiale obligée, le mariage. Rupture du lien historique, la république n’existe encore que pour donner une caution à la gestion contractuelle, juridique et financière des flux (au passage, je trouve que vous avez une vision un peu « objectivement bisounours » de l’étanchéité réelle des rapports réels de gros sous entre la république et les cultes en général).
Le concept « d’enfant flux » posant tout de même un sérieux problème moral même à l’homo libéral-économicus le plus rationnel, il est assez logique que, dans votre nouvelle cosmogonie familiale, vous faites finalement avaler le lien du mariage par le lien de filiation. Voilà ainsi sanctifiée l’une des plaies de la société moderne, l’enfant-roi et sa toute puissance narcissique, le « père flux » (je n’ose dire superflu, fais-en autant Pinsolles) n’étant plus là qu’un week-end sur deux pour lui contester sa couronne -ça y est c’est gravé dans le marbre !
L’enfant flux n’est de plus concevable que si sa production, son conditionnement, et son lancement sur le marché soient compatibles avec le principe de rareté. Sinon c’est le bordel ! La distanciation des parents posera trop de problèmes à résoudre. Imaginez que dans une série de huit enfants flux (chiffre banal à une époque, j’ai une tante qui en a sorti douze), il y ait deux jumeaux et un triplé ! Mais dans le cas où la prophétie d’Emmanuel Todd se réaliserait, soit une généralisation planétaire de la famille à un ou deux enfants, je reconnais que c’est tout à fait jouable. En attendant cette fin de l’histoire, les petits bourgeois libéraux libertaires de nos centres villes auront encore quelques décennies devant eux pour gérer en douceur leur inconfort psychologique et somatique (face à face infécond de l’Agrippine chasseuse d’ADN et du play boy déchu, avec ses canaux spermatique bouché sous anesthésie locale). Le remède éprouvé en ce cas est le front commun, avec manifs à l’appui, contre le paupérisé inculte dans son camp retranché familial (ah bon ! Cela existera encore ?), ses flopées de mômes aux têtes de futurs beaufs, et l’appel généreux, forcément généreux, à l’adoption clé en main du petit exotique, disons africain au hasard, car tant qu’il y aura du kérosène pas cher pour les faire venir, il y aura toujours des africains au bon regard déshérité à adopter. D’ailleurs, quand vous nous parlez de « saut de civilisation », je trouve au contraire qu’il n’y a rien de neuf dans votre histoire, sur le tapis roulant de la mondialisation.
Quant à votre idée de bloquer la procréation artificielle par l’adoption, elle me laisse songeur. Techniquement et dans le type de rapports familiaux hyper libéraux et féminisés que vous appelez de vos vœux, je ne vois pas bien comment cela serait possible. A moins que votre féminisme annoncé ait ses limites, le flicage de l’ADN n’étant pas incompatible avec le flicage des ventres. A propos de ventres, la comptabilité matière nous donne là aussi une explication rationnelle à vos souhaits : limitation des flux internes au profit des flux de externes. Cela suppose que soit gravé dans le marbre l’offre externe exédentaire, ce qui peut être aussi interprété comme une forme de racisme inconscient.
Reste le problème de la mère, autour de laquelle tout s’articule, et ultime élément stocké de l’endroit sans doute parce qu’il est difficile de lui donner une liquidité absolue de par d’évidentes contraintes biologiques peu liquéfiables (quoique Rachida Dati a déjà donné et prêché le bon exemple). Mais la femme, être de stabilité par excellence, parce que source de la vie, est aussi le catalyseur de tous les flux du désir et de la convoitise, ce qui peut être intéressant pour le doux commerce. C’est un fait que, depuis le début du siècle dernier et avec une accélération remarquable depuis les années soixante, le corpus culturel et économique appelé libéralisme ou néo-libéralisme (en gros le renard ou le goupil) est passé par la femme. C’est bien une certaine représentation de la femme qui a véhiculé l’identification entre la Liberté, le Désir et le Marché, si chère aux soixante-huitards, ces petits soldats de plomb libertaires du libéralisme. Il suffit de compléter (je sais Pinsolle, lieux communs et clichés !) les déterminants du syllogisme pour cela : la Liberté c’est le Désir- le Désir c’est le Marché - la Liberté c’est le Marché. C’est par la femme et ses exigences nouvelles, lesquelles avaient la saveur exquise d’une revanche sur le passé patriarcal, que les valeurs privées ont acquis la primauté sur les valeurs publiques. Cela va sans doute beaucoup plus loin que cela, puisqu’elles tendent en fait, comme vous le suggérez si bien, à prendre carrément leur place.
D’où aussi une réorientation massive des moyens publics sur le privatif et l’ambivalence fondamentale de nos sociétés occidentales. En déstockant massivement, la famille traditionnelle élargie a mué en la famille moderne, grande consommatrice de flux compensatoires. Pour compenser la stabilité protectrice de la famille stock, c’est la société toute entière qui est devenue maternante (la « Big Mother » du psychanalyste Michel Schneider) avec son polymorphisme individualisé cocasse, des « nouveaux pères » aux « nouveaux rapports amoureux ». Escroquerie accomplie des vessies menée par les lanternes, la fable de la « société féminisée », là où il n’y a qu’une société maternante avec la mise au turbin généralisée des femmes –sous couvert de leur liberté- dans le sens de cette évolution a sens unique.
Du coup j’ai oublié le mâle dans tout ça ! Normal et je l’ai dit, mis à part la tenue rigoureuse de son carnet de santé anthropométrique (test ADN, test HIV, vasectomie), son existence m’apparaît transparente. Il lui restera la sublimation professionnelle dans le libéralisme concurrentiel, les conduites extrêmes (sports de combat, viols pulsionnels de compensation ou de décompensation, ça ne va pas chômer dans les cours d’assises) et l’encanaillement dans les bars homos, jadis interlopes mais devenus largement majoritaires (je vous arrête tout de suite, renseignez-vous, ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre). Dans ce dernier cas de figure toutefois, la rencontre répétée de pères homo parentaux accablés par leurs problèmes d’adoption risque de devenir lassante.
Une fois vos idées originales et affirmées déconstruites (à mes yeux, of course, je me doute bien que vous ne serez pas d’accord), il est temps de se demander à qui profite le crime perpétré par votre coup de grâce annoncé. La réponse vient naturellement puisque c’est vous-même qui nous l’avait livrée.
Vous êtes profondément un libéral, produit par une époque où les idées libérales ont eu le vent en poupe (je ne vais pas rappeler pourquoi ici, ma lettre est assez longue comme cela), et, tout à votre credo et vos habitudes intellectuelles, vous n’imaginez même pas que cette dynamique libérale puisse un jour s’arrêter. Cohérent avec vous-même et animé d’un esprit original à l’évidence, vous poussez naturellement la logique du système dans un domaine qui vous est cher, cela pour des raisons qui n’appartiennent qu’à vous. En un sens vous avez raison, puisque si l’on regarde l’évolution de la famille occidentale au cours des cent dernières années, tout pourrait aller effectivement dans le sens que vous indiquez. Vous oubliez simplement que le principe d’entropie gouverne la marche des comportements et des idées comme le reste.
Je pense pour ma part que nous vivons une mutation immense, accélérée par la très grande crise que nous connaissons depuis deux ans, mais qui ne va pas dans le sens que vous pressentez.
Je crois que la mondialisation est morte, butant sur le triple écueil de la crise financière, de la déplétion énergétique, et de l’explosion du coup des matières premières qui en résultera. Le monde va de nouveau se rétracter et dans un sens pas forcément favorable à l’occident et les exubérances sociétales qu’il a pu développer depuis un demi siècle. La rétraction des comportements accompagnera forcément la rétraction de l’espace, et je vois plutôt s’ouvrir, par la force des choses, des temps plus propices aux regroupements collectifs qu’à l’expansion individuelle infini. Nos sociétés vont devenir plus frugales, moins faciles à vivre, ce qui ne signifie pas qu’elles soient moins complexes et surtout moins inventives (ma saillie d’hier n’était qu’une boutade). Au contraire, des conditions de vie plus difficiles réclameront d’autant plus la créativité de tous et la revanche des véritables créateurs –avec les producteurs en première ligne- face aux manieurs de symbole, qui ont tenu le haut du pavé depuis plusieurs décennies et qui accompagneront la faillite des structures qui les avaient vu prospérer.
Un tel contexte sera beaucoup plus favorable au grand retour de la grande famille « bouclier » qu’à son éradication. Je sais que cette évolution possible comporte de grands dangers, pour la condition des femmes notamment. La montée en puissance des femmes depuis un siècle –et que vous pensez sans limite- a été portée par l’apparition dans nos économies d’un secteur tertiaire puissant, lui-même porté par l’expansion de l’état providence. L’état collectif qui se mettra en place dans mon hypothèse n’aura rien à voir avec ce dernier, en tout cas pas sous la forme bureaucratique (centralisée ou non, cela est un autre problème) que nous lui avons connue. Préservez les grandes conquêtes et le statut des femmes dans un tel bouleversement deviendra alors un défit majeur. L’optimisme d’Emmanuel Todd serait peut-être ici fondé (pour une fois j’ai envie de dire) puisqu’il cherche à démontrer que la condition féminine de sociétés beaucoup plus frugales tend à s’égaliser avec la nôtre –essentiellement par les progrès de l’éducation. Cette évolution parait visible dans la fécondité.
Laissez moi encore vous suggérer que mes idées et mes pressentiments ont probablement une origine exactement et inversement symétrique aux vôtres. De par mes origines sociales et mon histoire personnelle je suis viscéralement, et de manière atavique, anti-libéral. Je hais proprement les libéraux de toute obédience, libéraux libéraux, libéraux sociaux, libéraux écolos, libéraux nationaux ou internationaux, ou encore libéraux gaullistes (suivez mon regard, quoique lui, je le répète, sa rigueur un peu janséniste me plait). Pas de secret en ce qui me concerne. Néanmoins, j’ai pensé que la confrontation de nos points de vue pouvait être utile. Pour cela, vous me pardonnerez d’avoir été émotif, désordonné, pusillanime et surtout banal, tristement et longuement banal.
Écrit par : Daniel Dresse | 23.01.2010
Pardon au Maître, pour le doublon ! La fatigue de fin de nuit, la faim, la soif, surtout la soif...
Écrit par : Daniel Dresse | 23.01.2010
@Daniel Dresse
Cela faisait longtemps que je ne vous avez pas lu, toujours autant de verve à ce que je vois.
Sinon rassurez moi, bien que rejetant les libéraux sous toutes leurs formes vous êtes quand même pour la liberté d'expression, et la liberté politique non? Par contre, il faut impérativement que vous créiez un blog, c'est du gâchis que de laisser des commentaires comme cela sans suite.
Écrit par : yann | 23.01.2010
Ne rêvons- pas et arrêtons de sauter sur nos chaises comme des cabris en criant "De Gaulle, de Gaulle, de Gaulle"!
Il n'y a pas en France d'homme politique qui puisse incarner le Gaullisme actuellement.
Ceux qui se réclament du Général ont un programme affligeant et ringard (Dupont-Aignan), ont partie liée avec les oligarchies mondialisées (Villepin) et de toutes façons sont infoutus de se rassembler (un comble pour des auto-proclamés Gaullistes).
Ce n'est donc plus dans la classe politique qu'il faut chercher.
Mais il n'est pas interdit au peuple français de se révolter. De ses rangs peut apparaître, comme en 1789, les grands politiques de demain.
Écrit par : Marquelet | 23.01.2010
@ Yann
Salut Cher,
Le gâchis c’est plutôt pour certaines personnes, qui mettent ostensiblement mes envois au panier mais n’hésitent pas cependant à publier mes colères telluriques quand il m’arrive d’en péter un câble. Je remercie au passage le GRP, Grand Rhéteur Pascalien, qui tient cet estaminet, pour avoir laisser mes écrits en l’état, je commençais à ne plus y être habitué. Qu’il ne s’inquiète surtout pas, je n’abuserai pas plus de ses pages que par le passé.
Je vous rassure tout de suite sur vos angoisses, Yann. Pour moi c’est liberté d’expression et pluralisme politique pour tout le monde, en conformité avec les libertés publiques démocratiquement consacrées -et ses gardes fous (au sens propre) minimaux. Quand je dis « pour tout le monde » implique que soit réellement mises en place les conditions de cette liberté et de ce pluralisme, ce qui, en ces temps de pensée unique ravageuse et de marchandisation de la démocratie, ne me semble pas être le cas aujourd’hui.
Ma haine des libéraux –authentique mais bienveillante comme dirait Boris Vian- a aussi son garde fou, qui est la connaissance historique et la reconnaissance de ce grand courant d’idées qui a souvent été porté par des gens remarquables. Considérez la plutôt comme quelque chose d’ostensiblement stratégique et tactique, face à un système de pensée qui tend vers l’hégémonie, en se donnant tous les moyens pour l’être sans partage. Ma haine vient aussi du fait que des que vous effleurez cette hégémonie intellectuelle, vous passez derechef soit pour un hurluberlu ou pour un extrémiste au sens historique.
Paul Valéry disait justement que les systèmes perdurent par leurs moyens mais progressent par leurs extrêmes. Le système libéral a perduré triomphalement pendant plusieurs décennies grâce à ses moyens immenses. Je ne vois pas d’autre solution aujourd’hui que le déborder par ses extrêmes, l’extrême étant défini par tout ce qui a été rejeté du débat public par « le cercle de la raison » depuis des lustres.
Cette position est aux antipodes par exemple de celle d’un jean François Kahn, qui imagine possible (et sans rire) le dépassement du marasme actuel par un étrange « centrisme révolutionnaire », mené sans doute par les mêmes qui ont prêché la norme –et l’exclusion- depuis des décennies. Je reconnais aussi, et je l’assume, que ma position n’exclue pas à priori une position commune avec des partis qui se réclament ou se sont réclamés eux-mêmes de manière explicite de l’extrémisme politique historique.
Ce que je propose n’est pas de corrompre la démocratie par des thèses fascistes, mais de la réintroduire au contraire dans le champ commun par TOUTES les brèches politiques possibles. Ce qu’il y a d’inacceptable dans les thèses précitées n’y résistera pas, car le peuple est en attente massive non pas d’une dictature fasciste, mais simplement de la possibilité de se faire entendre, face à un ordre libéral sourd, aveugle, et de plus en plus parasitaire.
Suis-je infréquentable ou tout simplement, et authentiquement, gaulliste ?
Cette question amène naturellement un constat. Laurent Pinsolles, optimiste, voit dans l’affaissement du clivage droite versus gauche une demande jaillissante de gaullisme. Je crois moi que le facteur « rejet global des élites » est primordial, et je ne suis pas sûr que dans l’esprit des gens les anciennes élites gaullistes ne fassent pas partie du pack jetable.
Je crois aussi qu’une question de STYLE est en jeu. Je ne veux pas dénigrer l’action d’un Dupont Aignan, qui est à l’évidence un brave homme et un homme brave. Mais je crois aussi qu’au pays de Cyrano et de Voltaire, un style politique porté par l’audace, la dérision, la provocation, voire l’esclandre passe mieux auprès des foules en attente « d’autre chose » que le sage didactisme au microphone. C’est d’ailleurs grandement ce style qui a fait la fortune d’un Sarkozy. Les gens qui se réclament du gaullisme authentique aujourd’hui n’ont pas le profil propre à capter la rage montante, et je le déplore. De Villepin ? Il y a déjà eu tellement de faux semblants chez cet homme… Ce que conclue plus haut Marchelet est d’ailleurs très intéressant et historiquement exact. Au printemps 1789, le champ politique, c’était encore Turgot, Necker, Calonne, et à l’exclusion de tout autre. Mais, en 1792, qui se souvenait encore de ces gens là ?
Écrit par : Daniel Dresse | 24.01.2010
@ Daniel Dresse
Je rejoints Yann pour regretter que votre prose ne trouve pas un support à sa mesure. Si vous ne voulez pas créer votre propre blog, il devrait y avoir des possibilités de publier vos textes en invité sur des blogs existants ?
J'aime beaucoup la citation de Paul Valéry et je vous rejoints totalement quand vous dites "un style politique porté par l’audace, la dérision, la provocation, voire l’esclandre passe mieux". On peut certes le regretter mais on ne peut l'ignorer et je crois qu'il faut que DLR envisage dans certaines circonstances, un mode d'action et d'expression plus agressif, sans renoncer au fond ni se renier pour autant.
C'est certainement facile à dire...
Écrit par : RST | 24.01.2010
@ Daniel Dresse
Merci de votre réponse passionnée. Cependant il me semble que vous n'avez pas bien compris mon propos.
Je vais tenter de vous répondre point par point.
Tout d'abord, je pense comme vous que le confrontation de nos points de vue peut être utile.
-Je défends en effet l'abaissement de l'âge de la majorité, pour des raisons qui là encore relèvent avant tout du pragmatisme.
-Où avez-vous lu que je parlais de "sortie du père" ? Au contraire, j'estime que non seulement le père ne pourrait en aucun cas "sortir", mais qu'il pourrait être contraint d'entrer.
-Je ne vise en aucun cas le lien religieux. Il est évident pour moi qu'aucune législation ne peut être avoir la moindre légitimité concernant les mariages religieux, puisque la République ne reconnaît aucun culte. Concrètement, avec la réforme que je défends, les mariages religieux demeureraient évidemment autorisés. Par ailleurs, quand vous écrivez que le mariage est "l'expression nuptiale obligée" du lien religieux en général, je ne comprends pas très bien. Mais peu importe : la République ne reconnaît aucun culte. Et je souhaite qu'elle ne reconnaisse aucun lien interpersonnel autre que ceux de la filiation.
A priori, je n'ai aucune vision, "objectivement bisounours" ou autre, des rapports réels de gros sous entre la République et les cultes en général. Je suis conscient qu'à l'heure actuelle, ces rapports existent (en particulier dans les trois départements concordataires, ce qui constitue un énorme scandale), mais j'affirme que lesdits rapports, quels qu'ils soient, sont purement et simplement illégaux. La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. C'est dans la Loi. Par ailleurs cette invocation rituelle des "Bisounours", ça commence à me courir sur le haricot. J'ai quand même passé l'âge des Bisounours, et depuis un certain temps. Et puis d'ailleurs que viennent faire les Bisounours dans un tel débat ? (bondiou d'bondiou)
-Je ne fais pas avaler le lien du mariage par le lien de la filiation ; je souhaite que l'on cesse de reconnaître le lien du mariage, tout en continuant à reconnaître le lien de la filiation. De mon point de vue ce n'est pas du tout la même chose, mais j'ai bien compris que votre point de vue est différent. A ce stade, on ne peut que constater cette divergence de vues.
-Je ne vois pas du tout à quel moment j'aurais "sanctifié" l'enfant-roi et sa toute-puissance narcissique, ou encore sanctifié le "père-flux". Si je pensais réellement que le père est "superflu", je n'avancerais pas une proposition qui contraint le père à assumer ses responsabilités financières et morales, de gré ou de force. J'essaie de montrer en quoi mes propositions ne relèvent en rien du fondamentalisme libéral, mais il me semble que vous n'entendez pas cet argument. M'avez-vous bien lu ? Dans ma "vision", le père n'est pas là seulement un week-end sur deux ; il est là un week-end sur deux pendant les sept premières années de la vie de l'enfant ; mais durant les sept années suivantes, il est là tout le temps (ou presque) puisqu'il doit assumer la charge morale (garde) de l'enfant - c'est alors la mère qui (n')est là (qu')un week-end sur deux.
Autre chose, en passant : je pense comme vous que l'enfant-roi et sa toute puissance narcissique est l'une des plaies de la société moderne.
-Je ne vois pas bien en quoi mes propositions pourraient aboutir à un "face à face infécond de l’Agrippine chasseuse d’ADN et le play-boy déchu, avec ses canaux spermatiques bouchés sous anesthésie locale". Une femme qui souhaiterait faire établir la paternité de son enfant serait-elle une "chasseuse d'ADN" ? En quoi un homme souhaitant devenir définitivement stérile serait-il un "play-boy déchu" ? Comment qualifier une femme ayant choisi la ligature des trompes ? "Séductrice déchue" ?
-En quoi mes propositions pourraient-elle aboutir à une lutte contre le "paupérisé inculte dans son camp retranché familial" ?
-Quand je parlais d'assouplissement des conditions d'adoption, je pensais avant tout aux enfants de nationalité française, ou vivant sur le territoire français. Sans doute eût-il fallu le préciser. Je pensais à simplifier les procédures, mais à la réflexion je me dis qu'il faut que je me renseigne sur la teneur concrète desdites procédures, lesquelles ont certainement des justifications valables.
-Je n'ai jamais parlé de "saut de civilisation", et je me défie peut-être autant que vous du "tapis roulant de la mondialisation".
-Je ne songe pas à "bloquer la procréation artificielle par l’adoption", je songe à interdire la procréation artificielle.
-Je n'appelle nullement de mes vœux des "rapports familiaux hyper-libéraux et féminisés".
-Je n'ai jamais évoqué un quelconque "flicage des ventres". Je suis seulement opposé à la la procréation artificielle, et donc à la pratique dite des "mères porteuses".
-Pour ce qui concerne le fait de "graver dans le marbre l’offre externe excédentaire", position qui "peut être interprété comme une forme de racisme inconscient", là encore, vous extrapolez mes propos très au-delà les limites de la rigueur intellectuelle. Je n'ai nulle part évoqué cette "offre externe". Même si je peux comprendre comment mes propos par trop elliptiques ont pu vous inciter à vous engager dans cette voie.
-De mon point de vue, la femme n'est pas un "être de stabilité par excellence". Je ne vous cache pas que je suis un féministe forcené… et que ce genre d'affirmation me heurte.
-La femme comme "source de la vie", je trouve que c'est vite dit (pour le moins). La femme porte l'enfant, on est d'accord, mais quant à la "source de la vie", c'est la femme ET l'homme ; la copulation d'une femme avec un homme.
-D'après vous, la femme serait "le catalyseur de tous les flux du désir et de la convoitise, ce qui peut être intéressant pour le doux commerce". De mon point de vue, la femme est seulement le catalyseur d'un CERTAIN NOMBRE de désirs et de convoitises, qui certes intéressent le doux commerce. Cela dit, c'est n'est pas très nouveau. Alors, so what ?
-Le libéralisme et le néo-libéralisme, ce n'est pas le renard et le goupil. En fait ça n'a pas grand-chose à voir. Je m'en tiens là, parce que le débat autour du concept de "libéralisme", de sa définition ou de ses définitions, de ses dévoiements, est un très vaste sujet.
-Si je m'en tiens au "néo-libéralisme", il me semble que vous allez un peu vite en besogne en affirmant que le corpus culturel et économique associé est "passé par la femme". Il me semble qu'il est surtout passé par la finance, l'anti-étatisme primaire et l'anti-socialisme primaire.
-En assimilant les soixante-huitards dans leur ensemble à des "petits soldats de plomb libertaires du libéralisme", là encore, vous allez un peu vite en besogne. Le fait est que beaucoup d'ex-soixante-huitards sont devenus des petits soldats de plomb du "libéralisme" (il me semble qu'en l'espèce il s'agit bien de néo-libéralisme). Pas toujours si libertaires que ça (au point qu'on a vu récemment Laurent Joffrin défendre à demi-mots la prohibition des drogues).
-Tous les soixante-huitards ou mêmes ex-soixante-huitards n'ont pas défendu, ou ne défendent pas, "l’identification entre la Liberté, le Désir et le Marché". Quid de Daniel Bensaïd ?
-Quant à l'affirmation selon laquelle "une certaine représentation de la femme" (laquelle ?) aurait véhiculé les concepts susmentionnés… je suis perplexe.
-Je combats comme vous le syllogisme que vous évoquez : "La Liberté c’est le Désir ; le Désir c’est le Marché ; la Liberté c’est le Marché". J'inverserais simplement les termes de la conclusion : "La Liberté c’est le Désir ; le Désir c’est le Marché ; le Marché c'est la Liberté". D'ailleurs je ne suis pas tout à fait sûr que l'on puisse qualifier ce pseudo-raisonnement de "syllogisme" (je dois dire que mes cours de philo sont un peu loin aujourd'hui…). En tout cas je tiens à clarifier les choses : je ne suis pas un "libéral" au sens économique du terme. Je suis partisan de l'économie mixte, et je défends l'idée de grands monopoles d'Etat (banques et assurances, enseignement, santé, transports en commun, je n'entre pas dans le détail).
-"La femme et ses exigences nouvelles". De quelles exigences parlez-vous au juste ? Le droit de vote ? La contraception ? L'avortement ? S'il s'agit de ces éléments, la revanche sur le passé patriarcal est en effet exquise, de mon point de vue.
-Je ne suggère nullement l'idée selon laquelle les valeurs privées devraient prendre la place des valeurs publiques. J'affirme simplement que la République ne reconnaît que des valeurs publiques, et aucune valeur privée. Comme son l'indique d'ailleurs.
-J'ai plutôt l'impression que les "moyens publics" ont été ré-orientés vers le néant…
-Je vous rejoins tout à fait quand vous dites que la société tout entière est devenue maternante. Et je le regrette comme vous (et ça me bien fait marrer, je trouve ça cocasse et navrant à la fois, comme vous sans doute). Mais je pense qu'en réhabilitant la responsabilité parentale, et en particulier la responsabilité paternelle, on peut contribuer à y remédier (ce ne serait pas suffisant, évidemment, car le problème va bien au-delà). Mes propositions vont aussi dans ce sens.
-Je ne défends nullement une "société féminisée". Je défends une société égalitaire, et ce n'est pas une fable. C'est un programme politique, ni plus, ni moins.
-Je pense que le travail des femmes est une condition nécessaire de leur liberté. C'est pour cela que je défends le droit (universel) au travail, une vieille idée de gauche que la soi-disant "gauche" a totalement "oubliée" (un "oubli" qui n'est pas du tout innocent, à mon avis).
-Je n'ai jamais évoqué la "tenue rigoureuse" d'un quelconque "carnet de santé anthropométrique" à base de test ADN, de test HIV ou de vasectomie. Pour ce qui concerne les analyses ADN, et comme j'y ai un peu réfléchi ces derniers jours (suite à vos remarques et à celles de Malakine), je propose un article de loi ayant peu ou prou la teneur suivante : "Toutes données ADN recueillies sous la contrainte de la loi doivent être définitivement détruites dans un délai maximal de quarante-huit heures, sous le contrôle de deux avocats désignés par la personne ayant subi l'analyse ADN et de deux huissiers de justice".
Il me semble que dans mes commentaires précédents, j'avais déjà souligné la nécessité d'assurer un "droit à l'oubli génétique". Concrètement, il s'agit de faire en sorte que l'utilisation de ce type de données soit exclusivement ponctuelle, et que ces données soient détruites proprement et nettement dans un délai bref, avec le maximum de garanties légales et pratiques.
-Je ne vois pas en quoi mes propositions rendraient l'existence du "mâle" transparente. Au contraire (je me répète), mes propositions visent à ce que le père puisse être contraint d'assumer ses responsabilités.
-Si j'ai bien compris, vous insinuez que mes propositions aboutiraient à une vague de viols (entre autres fléaux) et à une certaine vogue d'"encanaillement" dans les bars homos. Il faut être clair : le viol relève du délit, encore heureux ; l'"encanaillement" dans les "bar homos" ne relève pas de la loi, encore heureux (cela dit, j'ai bien noté que vous n'allez pas vous en plaindre, tant mieux).
-Que les bars homo soient devenus "largement majoritaires", excusez-moi, mais c'est totalement ridicule, et je sais un peu de quoi je parle - je n'ai pas choisi ce pseudo au hasard (même si je fréquente beaucoup moins les bars depuis la semi-prohibition tabagique de 2008).
-Je suis totalement opposé à l'homoparentalité (ainsi qu'au mariage homosexuel, mais cela va de soi). Dans le cadre de mes propositions, je propose qu'un enfant ne puisse être adopté que par une seule personne. Cependant, que ladite personne ait des pratiques sexuelles homosexuelles, ce n'est pas l'affaire de la République.
-Mon "coup de grâce" n'est nullement "annoncé". A force d'évoquer ce sujet avec des personnes de mon entourage ou sur les forums, j'ai parfaitement conscience d'être extrêmement isolé. Cela m'intrigue, cela me navre, mais j'en prends acte. Et surtout je continue d'ouvrir ma gueule.
-A qui ce "coup de grâce" pourrait-il profiter ? Il me semble que vous ne répondez pas à cette question. De mon point de vue, ce que vous appelez un "coup de grâce" n'est qu'une régularisation, un effort de cohérence.
-Je suis profondément un libéral sur le plan des libertés publiques et individuelles ; je ne suis pas du tout un libéral sur le plan des libertés économiques. C’est une distinction absolument essentielle. Toute confusion entre ces deux concepts me paraît sournoise et à vrai dire aberrante. C'est par la "grâce" de cette confusion que les "néo-libéraux" (et souvent, hélas, les libertariens) se croient autorisés à renvoyer sans cesse les "gauchistes" à Staline et au goulag dès l’instant où les mots "nationalisation" ou "monopole d’Etat" sont prononcés. Or il me semble que vous sombrez dans cette confusion.
-Je n'ai pas le sentiment d'être "produit par une époque". J'ai seulement la prétention de penser.
-Les idées "libérales", au sens où je l'entends (libertés publiques et individuelles), n'ont pas vraiment le vent en poupe. Ou alors comment interpréter le vote Sarkozy ?
-J'ai en effet un "credo" mais je me défends d'avoir des '"habitudes intellectuelles". Et j'imagine tout à fait que la dynamique "libérale" puisse un jour s'arrêter. C'est précisément ce que je redoute, et c'est précisément ce que je voudrais contribuer à éviter.
-De mon point de vue, la "mondialisation" est un concept imprécis et elliptique, donc inutile et non-pertinent. J'admets qu'une pénurie de pétrole (et de charbon) est probable à court terme, cependant je ne crois pas à fatalité d'une pénurie énergétique globale, non plus qu'à la fatalité d'une pénurie de matières premières, non plus qu'à la fatalité de la crise financière. Je suis persuadé que des mesures réellement politiques peuvent résoudre tous ces problèmes - du coup, je ne crois pas que les conditions de vie doivent nécessairement devenir plus difficiles, au contraire. En revanche, je pense que lesdites mesures doivent réhabiliter les véritables créateurs, non pas contre les "manieurs de symboles", mais contre les spéculateurs financiers.
-Je ne pense pas que le fait de manier des symboles puisse constituer une accusation sérieuse. Soit dit en passant, il me semble que vous-mêmes maniez pas mal de symboles…
-La famille n'est pas nécessairement un "bouclier". La famille peut aussi être une prison ; un lieu de souffrance ; un lieu d'oppression morale ou physique. Les exemples ne manquent pas de personnes qui n'ont dû leur survie morale, voire physique, qu'à une évasion pure et simple en dehors de leur famille. D'ailleurs, dans un certain nombre de cas, cette évasion passe par un engagement politique.
-L'évolution vers un grand retour de la grande famille "bouclier" comporte en effet de grands dangers, pour la condition des femmes notamment, je ne vous le fais pas dire.
-La "montée en puissance des femmes" depuis un siècle a d'abord été portée par le développement du secteur secondaire (industrie), à une époque où l'Etat-providence était à peine dans l'œuf. Un basculement important s'est produit pendant la première guerre mondiale, quand les femmes ont dû remplacer les hommes (contraints de s'entretuer) dans l'industrie d'armement. A noter qu'à cette époque, l'Allemagne avait une bonne longueur d'avance sur la France en matière de protection sociale. L'Etat-providence était plus développé outre-Rhin que chez nous. Mais il n'en allait pas de même des libertés publiques et individuelles - même si le deuxième reich n'était pas une dictature ; comme quoi rien n'est simple.
-L'expansion du secteur tertiaire, dans les décennies suivantes, a d'abord été portée par une révolution économique globale. Celle-ci était en partie liée au développement de l'Etat-providence, certes. Mais là encore, vous simplifiez.
-Au fait, regrettez-vous cette "montée en puissance" des femmes (à vous lire on peut parfois se poser la question). Et encore une fois, que recouvre selon vous cette "montée en puissance" ? Droit de vote ? Pilule ? Avortement ?
-En ce qui me concerne, pas de secret non plus. Je me définis volontiers comme un communiste libéral, ou socialiste modéré, voire gauchiste de droite (plutôt que "gaulliste de gauche", désolé, M. Pinsolle).
Pour ce qui est du "centrisme révolutionnaire" de JFK, ça me fait bien marrer, comme vous. JFK n'est ni centriste, ni révolutionnaire. Il représente une sorte de centre-droit qui oscille entre marxisme de carnaval, postures pseudo-souverainistes et postures "libérales" (cette fois pas besoin de préciser le sens, il n'y en a pas). En bref c'est une sorte de clown médiatique (très médiatique).
Pour finir je vous propose ce texte de Denis Collin (socialiste vaguement souverainiste), qui m'a semblé plutôt pertinent et qui pourrait vous intéresser (à moins que vous ne l'ayez déjà lu).
http://denis-collin.viabloga.com/news/la-revendication-d-homoparentalite-et-le-malaise-dans-la-culture
Écrit par : Joe Liqueur | 24.01.2010
Pendant que je suis là…
@ Daniel Dresse et RST
"Au pays de Cyrano et de Voltaire, un style politique porté par l’audace, la dérision, la provocation, voire l’esclandre, passe mieux".
Scuzez-moi, mais il ne s'agit pas de faire passer un "style", il s'agit de faire passer un programme. Je vois dans vos propos un certain mépris du corps électoral et de son intelligence collective. Evidemment, la dernière élection présidentielle vous donne raison… Mais il peut y avoir une réaction. Enfin j'espère… Et même je le crois. Je ne dis pas que sera dès 2012 (hélas). Mais à terme, ça me paraît certain.
Ensuite, si le défenseur du programme en question a de l'audace, de l'humour et ne recule pas devant la provocation et l'esclandre, tant mieux, peut-être que cela pourrait en effet contribuer à son succès. Mais s'il y a quelque chose à attendre de la politique, ce n'est pas cela en premier lieu.
Écrit par : Joe Liqueur | 24.01.2010
@ Joe,
Cher ami, vous êtes un redoutable manieur de concept. Vous me rappelez un peu Samuel (Jeff), avec qui j’avais eu le plaisir de débattre en aparté sur le groupe de discussion de Malakine cet été. Je vais tenter de vous répondre avec ma passion (bémolisée) ma rhétorique cocasse et… ma bonne foi. Je ne peux pas le faire cette nuit parce que je suis de garde –et oui il en y a au turbin le dimanche- et que j’ai donc autre chose à faire. Demain normalement je dors et donc je serai à vous (qu’allez vous croire) la nuit de demain soir. Livraison du bébé mardi matin donc, à moins que je ne jette l’éponge. Je ne crois pas cependant, la garde meurt mais ne se rend pas ! (ça cela va faire plaisir à Villepin).
J’évacue juste votre ultime billet parce qu’il me gonfle, sans animosité. La politique est pour moi l’alliance d’un programme ET d’un style. Opposer les deux me semble absurde et irréaliste. L’art de la politique a toujours été de conduire un récit animé par des personnages, le programme étant l’anticipation d’une nouvelle pierre à ce récit. L’exigence de raison inhérente à la politique peut très bien s’exprimer dans ce cadre là, il l’a d’ailleurs toujours fait, et le « storytelling » n’en est qu’une dérive perverse parmi bien d’autres de nos démocratie dites postmodernes.
Charles de Gaulle possédait cet art au plus haut point. La rigueur morale au service d’une idée de la France incarnée par son propre personnage. Pompidou le possédait beaucoup moins, mais restait dans la lignée du maître. Après…
PS : Please, pas de scuzez ou de siouplait, cela me renvoie à mon milieu professionnel. Je vous les échange contre mes bisounours
@ RST
Votre attention me touche mais je n’ai pas de réponse à ce que vous suggérez. Cela reviendrait à donner une réponse à mon existence et pour l’instant rien de nouveau sous le soleil (je ne vais pas revenir là-dessus cela fait pleurnichard). J’ai juste les moyens pour l’instant d’apparaître de temps en temps un peu n’importe où.
Amicalement en tout cas.
Écrit par : Daniel Dresse | 25.01.2010
@ Joe Liqueur
J’attendais donc impatiemment votre réponse laquelle, pensais-je, allait fondre en vrille sur moi comme le projectile d’un mortier de tranchée, et non ! Je vois arriver un gros avion en papier, parfois insidieux, nous allons en reparler, mais globalement indolore. La passion était plutôt dans votre premier billet et à fortiori dans le mien. Comme quoi la passion aide d’abord à se rencontrer et la compréhension vient de surcroît (c’est très lacanien mon truc !). Votre lettre est longue, dense, et je vais essayer de regrouper par thème vos observations. Si je n’y arrive qu’imparfaitement ou pas du tout, veuillez pardonner au pauvre aveugle qui ne sait pas où il va.
GENERALITES
Avant d’entrer dans le vif du sujet, je voudrai évacuer le menu frottin sémantique et d’abord cette histoire de « bisounours » qui est révélatrice. Je pensais avoir désarmé le cliché en le faisant précéder de l’adverbe « objectivement » mais c’est raté. Car il s’agit bien d’un cliché, même si d’origine récente et de facture puérile. Les clichés sont des commodités de langage qui permettent de signifier quelque chose quand on veut aller vite, et sans se casser la tête à chercher autre chose. De vous à moi, ne regardant plus la télé depuis quinze ans et les illustrés pour enfants depuis neuf (j’en ai cinquante sept), je serai incapable de même vous décrire un « bisounours ». Je crois que j’ai glané cette expression à l’écoute « d’on refait le match » sur RTL (oui, je sais, retour au rase motte). Dès qu’un journaliste là-dedans évoque timidement, l’âge d’or des centres de formation à la française, les Verts, le football champagne à la Platini, il se trouve toujours un gros vulgaire à la Tapie pour couiner : « Ouaiaiais ! Mais là vous êtes resté dans un monde DE BISOUNOURS !». Donc je m’excuse pour l’écorchure. Passons.
D’une manière générale, je vous réponds exactement ce que j’avais répondu un jour (déjà lointain) à l’ami RST sur un autre blog, lequel me reprochait mes outrances de langage à propos d’un problème sans doute monétaire (clin d’œil). J’essaie au maximum de montrer, ou de monstrer (grossir au rétroprojecteur) un problème par l’humour, que j’y parvienne ou pas. Je le fais par ludisme, parce que j’aime ça (je vous renvoie ici à mon psychanalyste) et sans doute (c’est évident) par que cela me permet de masquer les carences de mon bric à brac d’autodidacte. Je pense que l’humour réclame obligatoirement l’hyperbole, et c’est pour cela que j’en use et en abuse. Dans votre paradoxe sur la « séductrice déchue aux trompes ligaturées », vous ne faites vous-même que déconstruire l’humour par de l’humour. Je pourrais alors vous renvoyer, -pour la requinquer votre séductrice- l’image de « l’Agrippin », play boy fertile cherchant un complément d’assurance chômage dans l’investissement ADN des filles riches (et elle pourra toujours essayer de le placer chez Manpower, son branleur d’étalon !), et le ping-pong pourrait continuer longtemps ainsi.
Mais mon but n’est pas là. Il est de lever le lièvre d’un problème possible là où vous ne semblez voir que la prairie paisible. La misère sexuelle existe, elle est devenue plus polymorphe, plus sophistiquée (quoique les « pauvres filles » à la Zola existent encore, allez donc faire un tour sous les périphériques à Paris ou en province) et cela malgré un demi siècle de prétendue « révolution sexuelle », laquelle a marché de pair, que vous le vouliez ou non, avec un bouleversement total du paradigme économique et qui s’est réclamé du libéralisme. Vos propositions sont socialement plausibles, philosophiquement cohérentes et défendables, reposent déjà sur des réalités sociologiques indéniables, mais moi je vous oppose ma sensibilité de moraliste narquois (rien à voir avec un père la pudeur), qui ne voit pas bien ce que tout cela apportera à la grande désespérances des rapports humains affectifs que je perçois depuis mon comptoir d’hôtel et d’ailleurs. Un vieux match en somme et éternellement rejoué (ou refait pour parler RTL), le philosophe constructif versus le moraliste contemplatif (et hors jeu depuis belle lurette). Vous et moi ensemble nous arriverons peut-être à faire quelque chose.
ADOPTION ADN MERES PORTEUSES (Mea culpa)
C’est vrai que nous nous sommes mal compris et que j’ai été très loin dans le procès d’intention sur les adoptions exotiques. Mais vous reconnaissez vous-mêmes que vous ne m’avez pas beaucoup aidé à trouver mon chemin. Vous avez l’air passionné par ces questions et tout ce que vous développez m’apparaît cohérent et pensé. Rien ne me choque particulièrement en fait. Il faudrait d’autres avis passionnés et sensiblement divergents du vôtre pour que je me fasse une idée plus précise (je n’ai pas d’enfant Joe, et je ne souhaite pas en avoir).
BAR HOMOS (vers l’hégémonie) VIOLS etc. j’en passe et des plus grosses.
Pure rhétorique, bien sûr ! Joe. Mais pas gratuite puisque je veux pointer quelque chose par ce moyen. Sans atteindre ce qui a pu se passer dans un pays comme les Etats Unis (le fond français égalitaire frère sœur nous en a préservé), je trouve que les rapports entre les sexes dans ce pays touchent à l’exécrable, et que la féminisation ou pseudo féminisation de la société (sur laquelle je m’étend plus loin) n’a rien arrangé au contraire. Vous y verrez sans doute une avancée « exquise », mais l’extension des bars homos par exemple est pour moi en corrélation avec cette dérive. Elle marque une communautarisation du désir sexuel plus qu’un quelconque « désordre amoureux » (suivant un livre célèbre), chaque partie tendant à s’arranger dans son coin. Compte tenu des explications que vous m’avez fournies, il n’y a effectivement pas de rapport avec vos propositions.
Joe, je me souviens des bars homos à Amsterdam au tout début des années soixante-dix, bourrés d’amerloques déserteurs ou insoumis parce que la guerre au Vietnam faisait encore rage, ouverts à tout le monde de tout sexe et orientation idoine, la foire totale, c’est très loin tout ça. Je ne sais pas quel âge vous avez, mais je n’effleure même pas le problème de la ségrégation la pire de toute, celle de l’âge. Mes cheveux gris commençant à y faire désordre, je préfère les promenades nocturnes dans les bois par temps clair plutôt qu’aller m’emmerder dans les bars. Et en plus c’est cher.
FAMILLE (je vous hais) FILIATION
Je ne comprends pas pourquoi vous achoppez sur certaines banalités d’évidence. La chrétienté a eu prise sur les âmes et sur l’ensemble de la société médiévale en sanctifiant le lien social horizontal le plus basique, le mariage. Je ne vois pas comment elle aurait pu faire autrement, en se contentant par exemple de sanctifier la filiation verticale par le baptême ? Aujourd’hui l’extériorité (j’aime bien cette expression de l’économiste Jean Claude Werrebrouck qui renvoie à l’autorité symbolique de qui procède la loi, la règle commune) n’est plus représentée par la religion mais par la république, point sur lequel je suis d’accord. Vous pensez donc que l’on peut se passer du lien horizontal (le mariage) en ne conservant que le lien vertical (la filiation). Votre position là encore est défendable à une réserve près. Je me demande si vous ne vous servez pas de la république comme alibi dans ce cas précis. Autrement dit, est-ce que l’urgence que vous prétendez corriger au niveau du désordre familial procède vraiment de la république ? Moi je crois qu’elle n’a rien à voir là-dedans. En fait la vrai extériorité en cette affaire est celle d’un nouvel ordre économique (« l’ordo capitalisme » est aussi un terme que j’apprécie) qui dispute à la république ses prérogatives en matière de règle commune. On peut concevoir aussi que pour cet ordre là, ce que j’appelais la « famille stock » n’est plus une priorité. On peut imaginer aussi que les conceptions familiales de ceux qui souhaitent se conformer à ce nouvel ordre entre en conflit culturel avec ceux qui tiennent pour des conceptions plus anciennes. Et il s’agit bien d’une guerre Joe, larvée mais une guerre quand même. Vous ne savez pas ce que c’est qu’un paupérisé inculte dans son camp retranché familial. J’en déduis donc que vous n’avez jamais lu Cabu ou jamais entendu parler de la famille Deschiens (tout un programme) à la télé.
Retour au point mort donc, mais il y a un aspect de votre réflexion sur lequel je ne vous donnerai pas tort. Celui de renvoyer les pères à leurs responsabilités. Oui, à ce niveau, purement pragmatique, les mesures que vous préconisez sont seraient recevables. J’en avais pris conscience en lisant le très beau livre de Robert Macliam Wilson « les dépossédés ». A l’évidence dans la famille moderne pauvre à l’ère (néo)libérale, la femme pauvre prend tous les coups et le sort de l’homme est toujours plus enviable dans ce cadre là (le cas de la déchéance hors famille est un autre problème).
Le titre de cette rubrique comporte une boutade. La famille « bouclier » peut être un enfer. Oui et alors ? Les communautés hippies ont pu tomber dans ce travers là aussi. Vous n’avez jamais entendu parler de Charles Manson ? Faut-il aussi mettre un cordon sanitaire autour des pères parce que l’inceste existe ? Vous ne pouvez pas disqualifier un fait historique général en vous basant uniquement sur des cas particuliers et des faits divers. Mais, quoique vous vous en défendiez, notre histoire personnelle nous influence forcément sur ce point. Dans mon cas spécifique d’une famille populaire des années cinquante, je n’ai pas connu l’enfer.
FEMMES (féminisation de la société, autres exigences et contingences)
Ne vous méprenez pas, j’abonde autant que vous dans le sens d’une société égalitaire concernant en particulier le statut des hommes et des femmes. A condition que cette égalité reste dans le champ purement politique (et social par contrecoup), ce que vous réclamez à priori haut et fort. Par contre, quand vous me contestez le droit qu’il puisse y avoir une différence de NATURE entre une femme et un homme, je trouve que votre égalité politique glisse insidieusement vers une égalité métaphysique et une confusion des genres. Cela n’a rien à voir, puisqu’il n’y a aucune contradiction entre admettre une telle inégalité en parallèle avec une égalité POLITIQUE parfaite. Quitte à vous heurter, je crois effectivement que la femme est le pilier stabilisateur de toute société humaine, ce qui ne l’empêche pas de savoir pousser à la révolte quand il le faut. L’homme lui ne fait que s’agiter autour d’elle dans l’espace, au besoin en l’accaparant en totalité, tenaillé par son complexe de castration fondamental qui est de ne pouvoir maîtriser la vie et le temps (pas très freudien orthodoxe tout ça, je m’en branle, j’y crois). J’en suis arrivé à cette conclusion après notamment avoir regardé les femmes travailler autour de moi pendant trente ans et dans des tâches strictement équivalentes aux miennes. Vous pouvez toujours me rétorquer que les différences de genre dépassent largement le biologique pour nous ramener dans le champ culturel, mais il ne s’agit pas de cela. Je crois fondamentalement -et contre vous semble-t-il- que l’homme et la femme sont des invariants culturels, une invariance à laquelle nul n’échappe au moins sur le plan symbolique. A ce niveau, la « déviance » est un leurre (bonne nouvelle pour vous, il n’y a rien à craindre de la déviance). Il faudrait des bouleversements cataclysmiques, allant bien au-delà de nos frémissements politiques éphémères (éphémères à l’échelle infinie du temps) pour changer cet ordre là. J’ai l’impression, Joe, que vous n’arrivez pas à vous résoudre à ce genre d’inertie inhérente aux limites de la volonté humaine. En fait, il y a du Hegel en vous (un très bon livre pour réfléchir tout en se tapant sur le ventre : « Spinoza encule Hegel » de Jean Bernard Pouy chez Folio Noir).
Toujours pour aborder les sujets qui fâchent et ne pas aller en vacances avec vous, je maintiens de la même manière que les mutations qu’à connues le capitalisme depuis l’après guerre, ce passage d’un capitalisme de la production et de la rareté, à un capitalisme de la consommation, de l’abondance et de la SEDUCTION, est bien passé principalement par la femme. Et je maintiens tout autant que certaine idées du corpus soixante-huitard focalisées sur le désir libératoire ont appuyé le mouvement, et même pas « objectivement » (pour plagier la phraséologie gauchiste), puisque beaucoup d’acteurs de la révolution pour rire ont fini dans la pub (n’ayez pas peur je reviendrai là-dessus, la nuit est à peine entamée, salaud !). Bon sang Joe ! Je sais bien que les trottoirs sont maculés de crottes de chiens, mais essayez quand même de lever le nez quand vous marchez dans la rue. Impossible de voir une affiche marchande sur un mur sans tomber sur une nana à moitié à poil au milieu. Les féministes n’ont d’ailleurs pas bien saisi le sens du film quand elles dénoncent : « Notre corps n’est pas une marchandise ». Il serait plus logique que ce soit les salariés de Danone qui défilent en scandant : « Nos yaourts ne sont pas des corps de femmes ». Je n’ai pas envie au fond de développer ce sujet tant d’autres l’ont fait bien mieux que moi le long de toute une carrière intellectuelle. On peut d’ailleurs se demander pourquoi ces gens restent si mal connus, au hasard, Christopher Lasch en Amérique ou Michel Clouscard en France. Je n’hésite pas non plus à me déclarer à peu près d’accord avec les deux bons livres qu’a écrits Alain Soral à ce sujet « Vers la féminisation » (du sous-Clouscard malgré tout) et surtout « Misère du désir » (celui-là est son meilleur). Cela d’autant plus qu’ils sont à peu près vierges de ce qui constitue le péché mignon de son auteur : la pitrerie pétomane à connotation antisémite (s’il me lit j’ai le droit à mon crochet de l’extrême droit).
FEMMES (montée en puissance)
Le seul côté vraiment déplaisant de votre lettre, qui verrait en moi un être opaque dissimulant sous le masque de l’incorrection politique anti-libertaire une personnalité rentrée de mort-aux-femmes, d’apôtre rétrospectif de la KKK (Kinder Küche Kirche) et de sous marin d’un sexisme priapique. Permettez-moi donc, mon cher Joe, ne serait-ce qu’un instant fugitif (Si ! Si ! Personne ne nous regarde), d’ouvrir l’imperméable en grand et de m’exhiber. Vous pouvez constater qu’il serait présomptueux de ma part de prétendre vous « monstrer » quoi que ce soit…… Merci de votre attention désintéressée, Joe ! (Pourquoi donc n’avez-vous pas fait psychiatrie ?) Ce que vous venez de voir est tout simplement le symbole d’une réalité banale -mais inoffensive- celle d’un vieux mysogine à moitié « ambivalent » (à moitié seulement il y a donc encore de quoi offrir aux filles la grandeur des gens de peu c’est le partage). Etant entendu que se trouve une fois encore vérifié le paradoxe d’Oscar Wilde que j’avais exposé récemment sur le blog de Malakine à une( ?) inconnue (mon œil !) particulièrement combative et hargneuse (comme je les aime, Joe ! Comme je les aime !) : « Le misogyne aime les femmes mais ne leur pardonne pas ». A part ça Joe, il n’y a AUCUNE passerelle entre mon petit foutoir sentimental personnel et ma perception POLITIQUE des genres, en particuliers celui des femmes. Point barre ! Il en est pour moi des femmes comme des libéraux (le libéral en tant que genre, très beau sujet lacanien potentiel) : j’ai eu et ai encore des rapports houleux avec elles, au plus grand bonheur des observateurs, je devrais ouvrir un théâtre, mais ce n’est pas pour les empêcher de causer et de vivre leur vie de par la loi commune, avec ou sans moi. Là encore, pour redevenir sérieux, mon but est de pointer l’os qui dépasse (décidemment, on en sort pas mon pauvre Joe !) dans votre verte prairie philosophique, et témoigne de la présence du cadavre. Prenez votre exemple de la « montée en puissance des femmes » qui déclencherait chez moi une quelconque terreur vindicative. J’ai dit ce que je pensais de la nature réelle de cette montée en puissance, j’y reviendrai, mais non ! Joe, leur travail reconnu à sa juste valeur, leur rééquilibrage dans la vie politique, leurs moyens de contraception, ne me font absolument rien regretter ! Leur liberté d’avorter non plus, mais là par exemple, je flaire l’écueil qui accroche, celui où les principes nous masquerait l’angélisme béat d’un certain féminisme sur ce point précis, ou sa mauvaise foi. Je n’ai rien contre l’avortement à condition qu’il ne devienne pas un moyen banalisé de contraception. Il suffit alors de regarder la sécheresse des chiffres pour sentir qu’il y a quelque chose qui cloche sur ce point (http://www.avortementivg.com/pages/Statistiques_de_lavortement_IVG_en_France-733440.html). Il y a eu 230 000 avortements en France en 2007 et c’est énorme. Stéphane Audran sur ce site nous livre son témoignage authentique mais émanant d’une femme très engagée dans le combat de l’avortement il y a déjà plusieurs décennies. Une interprétation du phénomène aujourd’hui selon les critères de l’époque nous ramènerait à ne considérer principalement que trois facteurs : l’absence de moyens contraceptifs, l’absence d’information sur ces moyens, la conception forcée c’est-à-dire le viol, qui se confondrait donc en partie avec les deux précédents (étant exclu de la série le cas des femme violées mais non fécondées de par l’inopportunité du moment ou la présence de moyens contraceptif chez l’un ou l’autre protagoniste). Force donc est de constater que le viol ne peut pas être à l’origine du nombre d’avortements en France, même en « tirant » sur les estimations. Ces estimations varient d’ailleurs du simple au double suivant les officines -48 000 par an selon « Les chiennes de garde » 90 000 selon Amnesty International- avec toute la prudence qu’il est légitime d’accorder à des critères d’estimation qui aboutissent à de tels écarts. Le seul chiffre tangible est celui du nombre de plaintes (entre dix et douze mille par an) et d’affaires réellement jugées au pénal (environ 2500). La seule prise en compte des moyens contraceptifs pose aussi problème, d’abord parce que rien ne s’oppose juridiquement et médicalement en France à ce qu’une femme qui demande ces moyens ne les obtienne. Le critère « misérabiliste » de l’absence d’information ne tient pas non plus la route, même si l’on prend en compte des facteurs culturels locaux –religieux ou autre- supposés comme en Guyane (ayant longtemps vécu là-bas je sais bien que la vraie cause sont les ventres de l’immigration non contrôlée qui ne connaisse la contraception que par le prisme éradicateur de l’hôpital public). D’abord le nombre de filles présumées être « moins informées » (les moins de vingt ans) qui avortent recule partout en France, et ensuite les régions où l’on avorte le plus sont aussi les plus urbanisées (surtout Ile de France et PACA, Manu Todd à la rescousse !). Est-il alors incorrect de formuler d’autres hypothèses qui, partant de la sociologie, nous conduiraient vers les territoires plus troubles de la psychologie freudienne profonde, le fameux « malaise de la culture » auquel nous renvoie d’ailleurs l’excellent article que vous m’avez conseillé, Joe (s’il n’y avait que cet article entre nous je ne vois pas trop d’ailleurs ce qui pourrait nous séparer !).
Je crois effectivement que « le fantasme individuel de toute puissance qui s’affirme chez les individus » peut s’exprimer consciemment ou non par le biais de la conception et que l’avortement en est son corollaire naturel, parce que Eros (le plaisir d’engendrer même symboliquement) et Thanatos (la pulsion de mort) marchent la main dans la main.
J’entends déjà les balles siffler et les reproches de fuser : « Comment, vous pensez qu’une femme puisse avorter par plaisir ? ». Rien de cela, juste le symptôme d’une maladie sociale beaucoup plus vaste, laquelle, outre un problème moral dans le sens ontologique du terme, poserait aussi un problème purement politique, celui de l’utilisation de l’argent public pour assouvir non pas des besoins essentiels mais des fantasmes. Alors sur le principe, non Joe, je ne remets pas en cause le droit à l’avortement, mais ne me demandez pas non plus de mettre cela sur le même pied que le droit à la contraception et a fortiori le droit de vote ! Je pense au moins sur ce point avoir répondu à votre interrogation.
HOMOPARENTALITE
Accord total avec vous, si l’on admet que les facilités que vous entendez donner à l’adoption finissent par protéger l’enfant au bout du compte. Car prenez le cas de deux homos vivant depuis des lustres ensemble avec un enfant adopté par l’un deux. Si le père adoptif meurt, que devient le gosse ?
LIBERALISME (vaste sujet disent ceux qui ne veulent rien d’autre)
Vous rentrez dans la typologie à quatre têtes développées par je ne sais plus qui (l’heure tourne, vous savez que j’ai une CA3 à remplir pour sept heures ?), suivant l’attitude prise à la fois vis-à-vis des libertés formelles (publiques et individuelles), et des libertés économiques.
Réac Réac : Hard sur les deux catégories
Libéral économique. Réac libertés formelles.
Libéral économique. Libéral formel (lili-bobo)
Réac économique. Libéral formel. (la vôtre)
Par réac, j’entends qui veut introduire de la règle (par l’état notamment) dans l’expansion harmonieuse et sans frein des deux types de liberté. Pas forcément la nostalgie du 3ème Reich ou du Goulag. Le cas Sarkozy ne rentre pas dans cette typologie, et n’est pas plus significatif que le raz de marée en faveur du futur Napoléon 111 en 1848, lequel annonçait autant l’empire que la future république, voire même la Commune de Paris (pour les initiés, interrogez vous sur le sens d’un personnage comme le Colonel Rossel, Bonapartiste, un temps chef de guerre des communards). Sarkozy a été élu parce qu’il a été le seul a avoir su Parler aux français, point final. A part ça, il est du côté du manche, de préférence le sien, premier représentant du premier parti de France, le parti narcissique.
Je ne vois donc rien d’incohérent dans votre position, je le répète. J’ai seulement l’impression que le libéralisme est une valise dans laquelle on met ou retire un peu ce que l’on veut suivant la saison. Pour couper court à des discussions stériles, je vous opposerais ce que j’entends moi par libéralisme, dans le sens où je ne me sens pas à priori exclu de la foire aux idées. C’est une conception que j’avais trouvé il y a déjà longtemps dans le livre de Roland Hureaux « Les hauteurs béantes de l’Europe ». LE VRAI LIBERAL EST CELUI QUI NE TIENT PAS FORCEMENT POUR VRAI ET SOUHAITABLE CE QUI EST RATIONNEL, c'est-à-dire qui tient compte aussi de la force des structures, des coutumes et des comportements, mis en place par la marche du temps. Il est flagrant aujourd’hui pour tous les terminators qui sont à la commission de Bruxelles ou à la BCE, que cette conception là du libéralisme ne règne pas dans leurs châteaux.
Je crois Joe qu’il en est des questions sociétales comme de l’Europe. Vous devriez plus vous méfier de toutes les bonnes raisons (qui peuvent être imparables philosophiquement) que vous offrent votre agilité intellectuelle. Ce n’est pas parce que vous avez raison que l’histoire vous donnera raison.
MARCHE DESIR LIBERTE (tiercé gagnant)
Vous pouvez secouer le gobelet dans tous les sens, à partir du moment où vous reliez le désir aux deux autres termes, vous tombez à peu près sur la même conclusion. Elle est foireuse j’en conviens, même si commode pour une entrée en matière sur la signification profonde du marché. S’il est vrai que le marché est un lieu ou peut s’exprimer et le désir et la liberté, je crois qu’il est le point de rencontre de bien autre chose d’essentiel qui sont les rapports de force entre les protagonistes du marché. Et en ce cas, et la liberté et la liberté sont susceptibles d’être mis en berne. Ici, je suis totalement en phase avec les développements que fait un Paul Jorion sur cet aspect (Dieu sait si mes échanges avec le père Paul n’ont pas toujours été sereins). Le marché peut-être un champ de bataille, et une délocalisation tout simplement un acte de guerre sociale.
MONDIALISATION (lève toi, marche, et crève !)
Le « concept » (vous êtes gentil Joe) de mondialisation, auquel bien sûr nous n’avons « pas d’autre choix que nous adapter » n’est pas seulement imprécis et elliptique, il est tout bonnement un faux-nez de magasin de farces et attrapes. Pour ma part, je trouve la définition de Jean Michel Quatrepoint beaucoup plus techniquement parlante : « La rencontre de Wall Street, Wall Mart, et du parti communiste chinois ». J’ajouterai juste avec la bénédiction retorde de l’Arabie Saoudite (pas de d’énergie bon marché égal mondialisation macache). Sinon désaccord total avec vous. D’abord je n’ai jamais parlé de pénurie, ce serait trop facile pour vous de me renvoyer dans les cordes sous prétextes d’écologisme bisou..... (aïe) euh… d’angélisme écologique. Je vous ai parlé de DEPLETION, ce qui n’est pas du tout la même chose. La pénurie est une notion purement physique, et la déplétion une notion à la fois physique mais surtout comptable. Elle renvoie à la rentabilité de l’extraction énergétique par rapport à ses coûts d’exploitation. En clair, l’énergie abondante et bon marché c’est terminé, et ne m’opposez pas le graal du nucléaire (dont je reste partisan au passage) le problème de l’uranium étant symétrique à celui des énergies fossiles. Il est effectivement possible d’imaginer des sorties politiques, mais je ne vois vraiment pas comment le faire avec les mécanismes financiers que l’on a déployé à tout va depuis 30 ans. Quant au libre échange intégral prôné par les apparatchiks des instances internationales c’est du délire. Abrutis par les médias sur les « performances » de la bourse, ou plutôt de l’argent du contribuable mondial, personne ne feint de remarquer le marasme dans lequel le commerce mondial et les transports sont en train de sombrer. Le réveil va être rude, et un « expert » chinois a récemment déclaré à Paul Krugman que la mondialisation était inexorable parce que les travailleurs américains n’étaient plus prêts à fabriquer des chaussures (si leurs experts deviennent aussi nuls que les nôtres c’est mauvais signe). Non Duchnok, le problème n’est pas qu’ils ne veulent plus fabriquer des chaussures, mais qu’ils ne pourront pas faire autrement !
Sur les manieurs de symboles, idem, vous n’avez rien compris. Les manieurs de symboles appartiennent à la sphère informationnelle qui gravite autour de la sphère financière. Un fils de pub (j’ai soudain envie d’être malpoli) et un journaliste sont des manieurs de symboles, un informaticien aussi et, à l’heure de la dématérialisation presque totale de l’argent (pardon RST, de la monnaie), opposer les manieurs de symboles aux spéculateurs financiers n’a pas de sens.
Quant à moi Joe… Moi y’en a pas manieur de symbole, moi y’en a employé de service polyvalent économie postindustrielle, moi y’en a vendre piaule d’hôtels, moi y’en a virer mecs beurrés quand pas polis (ça va j’ai encore la main), moi y’en a dire oui Missié à tout le monde sans distinction de sexe de race et de culture, moi y’en a déboucher vataires etc. etc. Ne pas tout mélanger avec les torchons Joe !
PRAGMATISME (les mystères du)
Je ne comprends pas de quel pragmatisme vous vous réclamez pour vouloir descendre l’âge de la majorité à quinze ans ? Serait-ce parce que, dans votre calendrier deux fois sept (tiens, un chiffre biblique ?) font quatorze ? Pourquoi pas alors deux fois neuf ? Vous n’auriez pas quelques menues monomanies dans vos tiroirs mon cher Joe (pas grave, si vous connaissiez les miennes !).
PRETENTION (« Je n’ai pas le sentiment d’être produit par une époque, j’ai seulement la prétention de penser »)
Là vous êtes effectivement et « horriblement » prétentieux Joe ! Je crois aussi au libre arbitre, mais tout autant que nous sommes biologiquement, socialement, historiquement déterminés. Si vous n’en avez pas le sentiment, j’ai presque envie de vous dire que c’est tant pis pour vous. Pour moi l’acte de penser n’est pas une « prétention », c’est d’abord un effort que je fais sur moi-même par rapport à un genre de vie abrutissant, où tout est fait pour que je n’occupe pas mes loisirs à penser mais à faire le blaireau. Reprenez-vous Joe, d’après ce que vous dites en général, vous ne méritez pas une formule aussi conne.
SOIXANTE HUIT (dernier sous sol, juste avant soixante neuf).
Il y a deux mai 68 pour moi Joe. Celui des petits soldats de plomb du libéralisme néo, soviéto ou mao, je persiste et signe, dont les commémoration nous ont éclaboussées jusqu’à la nausée il y a deux ans. Il se résume au barouf libertaire des fils et filles de famille du quartier latin avant leur ralliement débandé mais massif aux délices du capitalisme financier néo, sovieto, ou mao, dans les décennies qui ont suivi. Le maître d’ouvre de la fête a été un personnage aujourd’hui oublié, le préfet de police Grimaud (soutenu sans faille par Pompidou il faut le reconnaître) qui a fait ce qu’il fallait pour éviter le pire : le mitraillage du fils ou de la fille du chef de cabinet du bureau au-dessus. Le bilan est élogieux, six semaines d’émeutes : deux morts, un dans chaque camp (le 24 mai si mes souvenirs de contemporain sont bons). Sur le plan du signifiant, il s’agit d’un non évènement déboulé comme un nuage de traîne. Les bouleversements sociétaux dont les acteurs de ce printemps se réclament se sont en effet produits beaucoup plus tôt, et le grand théoricien du mai 68 étudiant est un autre personnage oublié : Alfred Sauvy, démographe, qui avait identifié la secousse dès 1963 (chute des mariages et de la natalité, explosion des divorces). Sur le plan artistique, mai 68 a eu un éclaireur que l’on a bien fait d’oublier : le protestesongeur Antoine. C’est tout.
Je passe au deuxième soixante huit, lequel, si j’en juge par la nature des flonflons commémoratifs récents, n’a jamais existé. Il s’agissait pourtant de la plus grande grève connue de toute l’histoire de l’humanité, (entre sept et neuf millions de grévistes), à côté, Petrograd en 1905, c’était un débrayage local. La signification réelle de cet immense et si complexe mouvement reste pour moi à écrire. Alors ok dans ce cas, Joe ! Encore un point où nous sommes en phase, avec tout le respect que je dois à un adversaire (son officine n’est quand même pas mon truc) intègre et convaincu comme le regretté Daniel Bensaïd.
TRAVAIL
Joe, mon frère ! J’irai même beaucoup plus loin que vous. Je suis pour rendre constitutionnel l’objectif économique du plein emploi. Cela signifierait que l’on rétablisse de véritables politiques publiques en France (allez ! un gros mot vachement libéral : le plan). Du côté de la Sainte Europe cela risque aussi de couiner, et j’attends la position des « gauchistes de droite » (Pinsolle ?) sur le sujet. Quant aux femmes plus aucun hiatus entre leur plan de carrière (pour celles qui y tiennent) et les exigences propre à leur genre (là, je reconnais que je suis taquin).
EPILOGUE
Voilà Joe j’ai fini. Cela fait huit heure que je pense (bof) soupèse et écris (il est 5 h et j’ai débuté hier à 21 h). Sachez d’abord que je ne le regrette pas. Il y a sans doute des points de détails dans votre lettre auquel je n’ai pas répondu, mais l’essentiel était de clarifier tous nos malentendus et je pense l’avoir fait. J’ai sorti parfois la grosse artillerie de l’énaurmité, cela parce qu’il m’est impossible d’écrire si longtemps en restant sérieux. Si cela vous a choqué ne manquez pas de me le faire savoir, j’irai brûler un cierge rien que pour vous.
Allez, maintenant la CA3 !
Écrit par : Daniel | 26.01.2010
Trop long à lire pour participer à ce débat passionnant et croyez bien que je le regrette ... mais le temps est compté !
J'ai quand même lu le premier billet de Daniel avec beaucoup d'intérêt. A mon sens, il pose LA question centrale de cette période de fin de civilisation pré-chaotique (bien illustrée par la proposition de notre ami joe) L'individualisme est-il a une phase de reflux ou est-ce un processus inexorable qui continuera à développer la dynamique jusqu'à l'anéantissement de toute structure et de toute organisation sociale : fin des Etats (c'est fait) des nations (c'est fait) de la démocratie (c'est en cours) de la politique (c'est partiellement fait) de toute solidarités (c'est programmé avec la faillite des systèmes sociaux), de la famille (c'est projeté) ...
Écrit par : Malakine | 26.01.2010
@ Joe et Daniel,
Désolé, mais vos commentaires sont trop longs pour que j'ai le temps de correctement les commenter. Soit j'y réponds vraiment, soit je m'abstiens, et là, il y a beaucoup trop de matière.
@ Malakine,
Je reconnais bien là ton optimisme légendaire. Les Etats ne sont pas morts, ainsi que les nations. Ils sont endormis et ont seulement besoin d'un chef politique qui saurait les éveiller.
L'époque va réveiller le besoin de collectif comme solution à la loi de la jungle. L'anarchie néolibérale conduit au chaos.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 26.01.2010
@ Laurent
Dès que tu vois un signe du retour au collectif, tu me fais signe d'accord ?
Tiens un petit exemple ... Le débat sur les retraites ! En tout logique dans un système par répartition on devrait s'inquiéter de la masse salariale de l'ensemble des actifs qui sert de base au financement des retraités. Tu entends le problème être posé dans ces termes ? Non, on ne te parle que de cas individuel : l'age de départ à la retraite ou la durée (individuelle) de cotisation.
Dès que tu vois, un début de reflux de l'individualisme et des problèmes qui se posent spontanément de manière collective dans une approche de système, n'oublie pas de le signaler !! :-)
Écrit par : Malakine | 26.01.2010
@ Daniel, bonsoir
Je réponds tout d'abord (brièvement) concernant mon ultime commentaire (pas forcément ultime…). Figurez-vous qu'en l'écrivant, j'ai pensé comme vous à de Gaulle ; j'ai pensé comme vous que de Gaulle avait le programme ET le style. Mais je préférais souligner la nécessité d'établir une hiérarchie des valeurs.
Sur votre réponse à mon commentaire précédent, je dois tout d'abord la lire attentivement, vu que vous êtes vous aussi un redoutable manieur de concepts.
Juste une chose, parce que j'y tiens beaucoup : sur le travail, et en espérant ne pas pécher par excès de prétention, il me semble que c'est moi qui vais plus loin que vous dans la mesure où je défends (carrément) le droit constitutionnel au travail, plutôt qu'un "simple" objectif constitutionnel de plein emploi. Mais globalement je vous rejoins tout à fait quand vous parlez de politiques publiques, de plan, et aussi (bien sûr) quand vous lancez cette réflexion : "plus aucun hiatus entre leur plan de carrière (pour celles qui y tiennent) et les exigences propre à leur genre". D'ailleurs je ne vois même pas en quoi vous êtes taquin.
Tout de même quelques remarques au passage, en attendant mieux (pour l'instant je survole, j'ai école demain).
-J'aime beaucoup moi aussi le terme d'"ordo-capitalisme", même si je préférais jusque-là "ordo-libéralisme". Mais je vais réfléchir sur cette distinction… En tout cas je préfère "ordo" à "néo". Jusqu'ici j'ai toujours hésité entre les deux, dans la mesure ou "ordo" est tout de même assez peu usité.
-Très honnêtement, je n'ai pas entendu parler de Charles Manson, je tâcherai de creuser le sujet.
-Puisque vous me donnez votre âge, je vous donne le mien (32), j'admets que cela peut éclairer le débat. A ce propos je dois même vous dire qu'en affirmant avoir la "prétention de penser", j'ai eu quelque hésitation. Je me suis dit que c'était prétentieux… et que j'allais penser quand même. C'est marrant, je me doutais que cela risquait de vous heurter. Mais je persiste et signe. Sans me faire trop d'illusions, enfin j'espère. Comme disait une de mes profs à l'époque où j'étudiais toute la journée : "combien d'univers nous ignorons…". En réalité, je ne sais pas si je suis prétentieux, et je ne suis même pas sûr de pouvoir me prononcer là-dessus.
-Il ne me semble pas avoir défendu l'idée d'une égalité de nature entre une femme et un homme.
(J'éclipse pour l'instant un certain nombre de vos arguments, mais cela ne signifie pas qu'ils ne m'intéressent pas, bien au contraire - le problème, encore une fois, c'est qu'y a école demain)
-Spinoza encule Hegel, vaste programme, comme dirait l'autre. Merci pour cette référence (idem pour Lash et Clouscard).
-Sur Alain Soral, et pour ce qu'en j'en connais (pas grand-chose à vrai dire), je suis a priori en phase avec vos réflexions : la "pitrerie pétomane à connotation antisémite" (belle formule), c'est exactement ce qui me navre chez lui (en dehors de son ex-engagement au FN, mais ça va un peu ensemble).
-Sur la contraception et l'avortement, il faut que j'y revienne, je ne peux pas vous répondre dans le délai que je me suis imparti. En tout cas il y a de quoi dire, et il est probable que nous pourrions trouver quelques points d'accord. Tant mieux si vous avez apprécié la prose de Denis Collin.
-Sur l'homoparentalité : si le père adoptif meurt, son compagnon peut évidemment demander à adopter l'enfant. Et il n'y aurait aucune raison de lui refuser, au contraire.
-La "typologie à quatre têtes", c'est tout à fait passionnant (là encore il faut que j'y revienne). En tout cas je me reconnais tout à fait dans la quatrième catégorie ("réac" économique - libéral formel), à ceci près que le terme de "réac", dans ce cas précis, me semble totalement déplacé. "Le libéralisme est une valise dans laquelle on met ou retire un peu ce que l’on veut suivant la saison". Ça me paraît évident.
-"Ce n’est pas parce que vous avez raison que l’histoire vous donnera raison". Je ne prétends pas "avoir raison" (le concept même est difficile à démêler, il me semble), je prétends seulement raisonner. C'est peut-être prétentieux, mais je raisonne quand même. Quant à l'histoire, je ne lui demande rien. A ce stade-là je n'ai que des espoirs (et peut-être seront-ils déçus).
-Concernant le fameux syllogisme, on s'est peut-être mal compris. Je n'en approuve rien. Si je retournais la conclusion, c'était seulement pour la remettre en ordre au sein de sa propre "logique" ou pseudo-logique. Mais je n'en approuve rien. Ni aucun des deux prémisses, ni la conclusion, à envers ou à l'endroit.
-Je reconnais que je ne maîtrise pas bien le terme de "déplétion". Du coup je vous ai peut-être mal compris. A priori je dirais plutôt que le problème de l'uranium est tout simplement analogue à (plutôt que symétrique de) celui des énergies fossiles. Et au passage, je suis moi aussi partisan (fervent) du nucléaire - mais pas dans les conditions prônées par les néo-libéraux ou ordo-libéraux (cette centrale, elle fera bien dix ans de plus, comme s'il s'agissait d'une vieille caisse qu'on pourrait pousser à 200 000 km). Je pense que la technologie nucléaire est incontournable, qu'elle est très probablement la clé de notre avenir, qu'elle est aujourd'hui dans sa préhistoire, qu'elle doit doit être développée dans le sens d'une plus grande fiabilité, d'une plus grande puissance et aussi dans le sens de la miniaturisation.
-Sur les "manieurs de symboles", j'ai sans doute été un peu rapide (mais il me semble que vous aussi). Le malentendu vient peut-être de là. On s'est sans doute mal compris. Vous concernant, et concernant le maniement de symboles, je pensais par exemple à votre conception de la femme qui "stabilise"… Donc apparemment on n'est pas sur le même terrain.
-Sur l'abaissement de l'âge de la majorité, j'espère qu'il ne s'agit pas d'une "monomanie" (d'ailleurs il n'y a pas si longtemps je réfléchissais à une évolution inverse, mais je change parfois d'avis). Sur le pragmatisme de la chose, je tâcherai de développer dans un prochain commentaire.
-Le sentiment d'être "produit par une époque" mérite aussi quelques développements, je suis désolé, mais il se fait tard…
-Sur mai 68, quand vous dites que "les bouleversements sociétaux dont les acteurs de ce printemps se réclament se sont produits beaucoup plus tôt", je me suis souvent fait ce genre de réflexion (sur la base de constatations du type Loi Neuwirth = 1967), mais désormais vous n'ignorez plus que je n'étais même pas conçu à l'époque. Marrant, votre référence à Antoine…
Bon sinon, ne brûlez pas de cierge pour moi - enfin, ça n'a pas d'importance !
En tout cas j'apprécie que Laurent Pinsolle nous offre son hospitalité bienveillante pour cet échange légèrement incongru. En plus j'adore l'incongruité.
Écrit par : Joe Liqueur | 27.01.2010
@Joe et Daniel
Si cela vous dis vous pouvez toujours utiliser le forum de discussion que j'avais créé vers juin dernier, après l'annonce du futur arrêt d'horizons. Finalement je ne m'en suis jamais servi donc il n'y a quasiment aucun message dessus pour l'instant.
http://horizons.forum-actif.info/index.htm
Et comme je viens de créer mon propre blog je n'aurais pas trop le temps de l'alimenter. Un forum est un moyen pratique de diffuser des idées ou des textes sans avoir de blog. Et de discuter tranquillement c'est aussi plus facile à lire quand les textes sont vraiment longs.
Écrit par : yann | 27.01.2010
@ yann
Merci vivement pour votre propositon, que je garde sous le coude, éventuellement pour d’autres débats. Mais peut-être allons-nous en rester là avec l’ami Joe au moins pour cet épisode ?
@ Joe
J’ai senti hier une certaine lassitude dans votre message –mais peut-être que je me trompe ? Sachez en tout cas que j’ai le même problème que vous avec « l’école », d’autant plus que je n’écris que sur les lieux de mon travail, y compris en dehors des heures ouvrables, c’est-à-dire que je reste souvent bien au-delà de la cloche pour rédiger mes commentaires.
Je ne connais pas vos intentions, mais sachez aussi que si vous ne répondez pas plus en détail à mon dernier « pavé », je ne considérerai pas pour autant « avoir eu raison » contre vous. Je viens de relire l’ensemble de nos échanges et il en ressort au moins que nous sommes clairs vous et moi sur nos positions respectives, avec souvent de nombreux points de reconnaissance mutuelle à défaut de nous accorder.
Un tel accord est à mon avis difficile et nous nous en sommes involontairement donné la clé. Je crois profondément qu’il tient à la différence d’âge qu’il y a entre nous, car, si l’on y réfléchi bien, je suis presque deux fois plus âgé et, l’espace de cette génération qui nous sépare, il s’est passé tellement de choses !
Le monde qui m’a façonné n’est pas le vôtre actuel, Joe, je ne sais pas si vous arriverez à le comprendre ? Quand nous parlions adoption, filiation etc. ces séjours-ci, c’est-à-dire sujets nous ramenant à l’enfance, je me suis vu brutalement replongé dans certains épisodes de la mienne. Je me suis revu par exemple dans un collège religieux de la grande banlieue parisienne, laquelle était encore la province, au tout début des années soixante. C’était une grande salle au plafond très haut, avec quatre rangées de bureaux bancs vermoulus et une estrade en surplomb. Il y avait un gros poêle à charbon dans un angle, qui produisait une chaleur piquante pour les yeux, et n’était pas très efficient compte tenu des hivers très rigoureux de l’époque (1962/63 !!!). Nous gardions nos manteaux pendant les classes la plupart du temps en ces périodes, et écrivions avec des mitaines alors que les chuchotements des gosses faisaient des volutes d’air chaud dans la pièce. Nous utilisions bien sûr des porte-plume et des encriers, avec distribution générale de l’encre le matin, et il arrivait que, la pièce n’étant pas chauffée la nuit, nous nous retrouvions en « chômage technique » parce que la bonbonne d’encre avait gelé ! Je revois le vieux maître qui nous filait toujours des devoirs après la cantine parce que cela lui permettait de ronfler une heure ou deux sur son estrade. Des « grands » des classes supérieures (le collège allait jusqu’en troisième) étaient désignés deux fois par semaine pour remonter des seaux de charbon depuis la cave et les distribuer dans les classes. Les rapports avec la consommation étaient encore très utilitaires. Une paire de chaussures à la rentrée, des habits achetés sur les marchés (le plus gros discounter de l’époque), et, vu que nous portions tous des blouses, l’aspect esthétique ne nous importait pas beaucoup. Le temps fort des cadeaux restait Noël et l’anniversaire, avec quelques concessions aux premiers frémissements d’une industrie culturelle naissante. Le 45 tours orphelin (« souvenirs » d’halliday pour moi et « Twenty flight rock » d’Eddie Cochran pour mon grand frère) tournait inlassablement sur le Teppaz familial en attendant l’arrivée d’un autre spécimen trois ou quatre mois après. La « cité » à quatre étage où nous habitions était très différente des « quartiers » d’aujourd’hui, eux-mêmes issus des « grands ensembles » qui poussaient encore au milieu des betteraves à la sortie de la ville. Pas d’ados pour « tenir les murs » puisqu’ils étaient déjà au boulot à quatorze ans. Par contre un bruit de ruche dominait l’endroit jusqu’en fin d’après midi, celui de la multitude de gamins et gamines issues du « baby boom » qui s’agitaient dans les jardins, les parkings et les terrains vagues tout autour des blocs (« Les petits enfants du siècle » de Christiane Rochefort est le livre qui a certainement le mieux rendu cette période). A l’heure du goûter, sur les appels pressant d’une mère ou deux, tout le monde regagnait les foyers d’un seul élan, parce que telle était la règle admise et intériorisée par tous. Les plus chanceux –c’est pourquoi ils invitaient généralement leurs copains- avaient alors droit à une heure ou deux de télévision.
Ne croyez pas que j’évoque cela avec nostalgie, Joe. J’ai plutôt l’impression de faire un vieux rêve récurrent en racontant cette époque si lointaine (le dix neuvième siècle ?) et pourtant si proche (ben non ! C’est ma vie à moi, à peine deux décennies avant la commercialisation grand public du premier ordinateur domestique). En tout cas cela n’était ni un « enfer » ni un paradis. C’était la réalité il y a quarante cinq ans, c’est tout. Vous pensez sans doute en avoir fini avec cette réalité là parce que vous la croyez évanouie dans des ténèbres qui ne vous concernent plus. Et pourtant elle vous parle encore, Joe, par la voix d’un de ses contemporains encore bien vivace semble-t-il ; votre serviteur.
Jamais le monde dont vous rêvez ne gagnera, pas plus que le mien ne repiquera une crise de jouvence. Tout simplement parce qu’il est normal, face à des mutations aussi violentes, que je me sente encore autant ancré dans le passé que vous vous souhaitiez expérimenter autre chose plus à la mesure de votre modernité.
L’inertie de l’histoire est un facteur indépassable et vous le savez, puisque vous vous heurtez régulièrement à elle dans vos échanges avec d’autres internautes, et que vous semblez vous en désoler. Tenez, je connais quelqu’un (mais tout le monde connaît une histoire semblable) d’à peu près votre génération (35 ans environ) qui s’est récemment mariée, après quatorze années de vie commune dont autant de concubinage que de pacs, et avoir fait deux enfants avec son compagnon. Et quand vous lui demandez la finalité d’un tel aboutissement, elle vous déclare sans hésiter : « parce que pour moi cela représente un cap ». Cette jeune femme, si bien de son temps, jolie, urbaine et professionnelle, comme on dit, et non croyante, vous pourriez lui donner toutes les raisons rationnelles de ne pas se marier, je crois que vous perdriez votre temps. Tout simplement parce que vous vous heurteriez à quelque chose de très profond et symbolique (on aime bien on y revient) qui dépasse votre rationalité.
Quand plus personne ne souhaitera réellement se marier Joe, il sera alors temps d’abolir solennellement le mariage dans la loi, mais pas avant. Je crois aussi profondément en ce que j’avais avancé dans mon premier message lapidaire. Nous vivons une époque de bouleversements et de dislocation dangereuse qui pourrait faire prendre pour acquise la dislocation des anciennes formes familiales. Mais cela n’est qu’un leurre, et il convient de donner du temps au temps avant de se lancer dans des aventures et mésaventures futuristes, surtout en prétendant absolument donner à l’opération la caution de la république, qui n’en demande pas tant je le répète !
En attendant, je me demande vraiment pourquoi vous écartez d’emblée la possibilité d’inscrire vos projets -lesquels prennent même l’allure d’un véritable combat personnel- dans un cadre déjà préexistant ? Pourquoi ne pas imaginer un corpus juridique incluant divers régimes de responsabilité dans le mariage. Stricte concernant la responsabilité verticale vis-à-vis de l’enfant, « libérale » (puisque vous tenez à cette notion) et modulable concernant la responsabilité horizontale entre l’homme et la femme.
Renvoyer TOUTE autre forme d’association en couple à des conventions contractuelles purement privées, au besoin en simplifiant et en facilitant leur conclusion, et imaginer l’extension du droit à l’adoption à des personnes seules (ce qui ne meparait pas du tout en contradiction avec le nombre de familles monoparentales) avec des garanties solides concernant l’origine de l’adoption et la défaillance de l’adoptant, pourrait d’ailleurs aboutir finalement à un dispositif beaucoup plus efficace et attractif que le pacs, et pour tout le monde.
Mais vous savez très bien que le pacs, quelques soient ses mérites face à une carence juridique originelle, a aussi servi à « doubler » le mariage en installant un dispositif mi chèvre mi choux, susceptible de contenter les souhaits de certains lobbies communautaires actifs qui rêvaient et rêvent encore au mariage universel entre personnes de tout sexe.
Mais j’écouterai toujours vos objections et vos arguments, tant vous m’avez aidé à me pencher plus soigneusement sur ces questions et à en mesurer la portée à tout point de vue !
Cela aussi a été un très grand plaisir d’échanger avec vous.
Écrit par : Daniel | 28.01.2010
@ Daniel, bonjour
On peut en effet en rester là, j'ai moi aussi été très satisfait d'échanger avec vous.
Juste quelques remarques :
-"Nous sommes clairs vous et moi sur nos positions respectives". Je pense que c'est tout à notre honneur, et là j'espère ne pas être prétentieux…
-Merci pour votre témoignage concernant votre expérience scolaire. C'est évidemment instructif pour moi qui ai une expérience très différente.
-Vous dites : "Quand plus personne ne souhaitera réellement se marier, il sera alors temps d’abolir solennellement le mariage dans la loi, mais pas avant". Je me suis moi-même confronté, en mon for intérieur, à cet argument a priori pertinent et qui semble pour ainsi dire couler de source. Pourtant, cela ne vous surprendra pas, je ne suis pas d'accord. Je pense que le rôle de la politique consiste parfois à prendre les devants. Par ailleurs, dans la perspective que j'avance, les personnes pourraient tout à fait continuer à se marier religieusement ou, pour les athées/agnostiques, symboliquement en privé (avec bijoux, grosse teuf, invitation d'amis, de témoins, que sais-je…).
Un truc beaucoup plus personnel : jusqu'à présent, je n'ai jamais eu l'occasion d'envisager une vie de couple "durable" (pour reprendre un vocable à la mode), et j'ai conscience - de manière aiguë - de ne pas avoir la sagesse et la "stabilité" nécessaires pour envisager la paternité. Mais une chose me semble certaine. La mère de mes enfants, si jamais elle survient un jour au hasard des détours de mon existence, ne saurait jamais exiger le moindre mariage (c'est sans doute très prétentieux, qui sait si je ne changerai pas d'avis ?). En revanche, je m'attacherais à fêter dignement la naissance de chacun de mes enfants. La (les) fête(s) en question remplaceraient avantageusement, de mon point de vue, les fêtes liées au mariage. C'est d'ailleurs une chose qui me frappe, jusque dans mon entourage plutôt agnostique : on s'obstine à célébrer des mariages (et même des mariages religieux, assez bidons compte tenu de l'agnosticisme ambiant souvent partagé par les mariés eux-mêmes), et en revanche personne ne songe à fêter les naissances, lesquelles, toujours de mon point de vue, sont autrement plus signifiantes et IMPORTANTES.
-La République n'en demande pas tant, dites-vous. Je pense au contraire que la République en demande autant (c'est peut-être mon côté obtu…).
-Pourquoi écarter d’emblée la possibilité d’inscrire mes propositions dans un cadre déjà préexistant ? Pourquoi ne pas imaginer un corpus juridique incluant divers régimes de responsabilité dans le mariage ? (stricte concernant la responsabilité verticale vis-à-vis de l’enfant, "libérale" et modulable concernant la responsabilité horizontale entre l’homme et la femme)
Parce qu'aujourd'hui, de très nombreux enfants sont déjà issus de parents vivant en union libre (et même sans le moindre PACS). Et surtout parce que je tiens à ce principe : "La République ne reconnaît aucun lien interpersonnel autre que ceux de la filiation".
-Je ne "renvoie" pas "TOUTE autre forme d’association en couple à des conventions contractuelles purement privées, au besoin en simplifiant et en facilitant leur conclusion". J'exclus tout simplement TOUTE forme d’association contractuelle en couple. C'est le sens même de la proposition de loi affirmant que "La République ne reconnaît aucun lien interpersonnel autre que ceux de la filiation".
-Imaginer l’extension du droit à l’adoption à des personnes seules, avec des garanties solides concernant l’origine de l’enfant adopté et la défaillance de l’adoptant, pourrait d’ailleurs aboutir finalement à un dispositif beaucoup plus efficace et attractif que le PACS, et pour tout le monde". Je ne vous le fais pas dire… Sauf que le droit à l'adoption pour les personnes seules existe déjà, il me semble.
Je me répète, mais je ne défends nullement le PACS ; je défends l'abolition du mariage ET du PACS (pour moi ça va ensemble).
-"Vous savez très bien que le PACS, quels que soient ses mérites face à une carence juridique originelle, a aussi servi à "doubler" le mariage en installant un dispositif mi chèvre mi choux, susceptible de contenter les souhaits de certains lobbies communautaires actifs qui rêvaient et rêvent encore au mariage universel entre personnes de tout sexe".
Je ne vois pas bien où est la "carence juridique", quant au "mariage universel entre personnes de tout sexe", ou quant aux "lobbies communautaires", je m'en fous royalement. Je dis seulement que la République ne devrait reconnaître aucun mariage (ou PACS), et plus généralement aucun lien interpersonnel autre que ceux de la filiation.
Si jamais vous souhaitez me contacter, vous pouvez utiliser cette adresse : joe.liqueur@gmail.com.
A la prochaine.
Écrit par : Joe Liqueur | 30.01.2010
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