31.01.2010
La guerre Sarkozy-Villepin ira-t-elle jusqu’au bout ?
Jeudi soir, après avoir été relaxé, Dominique de Villepin avait adopté un ton très apaisé, relayé par ses soutiens. Mais avec l’appel du procureur (du président) de la République, le ton est monté vendredi soir au Grand Journal de Canal Plus. Désormais, la guerre entre les deux hommes semble inévitable.
Dominique, pacifiste poussé à bout
C’est tout le paradoxe de cet affrontement entre les deux hommes. L’ancien locataire de Matignon a semblé plusieurs fois être prêt à une paix des braves. Cela avait été le cas mi-2008, où des rumeurs bruissaient d’une possible nomination au gouvernement, avant que le déclenchement d’une procédure judiciaire ne le fasse revenir au ton qu’il avait adopté dès la rentrée 2007. Et même jeudi soir, on pouvait sérieusement douter de la volonté de Dominique de Villepin à engager un combat électoral en 2012 après avoir triomphé judiciairement en 2010. C’était le sens de mon papier de jeudi.
Mais la farce judiciaire que représente l’annonce sur Europe 1 de l’appel de la décision du tribunal, sans doute sur ordre de l’Elysée (on n’imagine difficilement Nicolas Sarkozy ne pas avoir au moins validé la décision) a dramatiquement modifié le discours de Dominique de Villepin. Apprenant la décision en direct sur RMC, l’ancien Premier Ministre s’est fait martial dénonçant la « haine » de Nicolas Sarkozy. Et le soir même, il a dénoncé la duplicité de l’Elysée et affirmé savoir que le président de la République avait pris lui-même la décision de l’appel lors d’une réunion tenue jeudi.
Sachant que le nouveau procès devrait se tenir dans un an, cela ajoute une cinquième année de calvaire judiciaire pour un homme que l’on sent d’autant plus blessé qu’il pensait avoir vu le bout du tunnel jeudi. Du coup, malgré un discours où il affirmait de ne pas ressentir de « rancune » ou de « rancœur », la violence des propos qu’il a tenu vendredi contre le président de la République peut indiquer une certaine volonté d’affrontement, par-delà l’expression d’un souci de faire des propositions pour la France. L’étirement du procès et les manœuvres élyséennes poussent à un combat en 2012.
Nicolas, guerrier machiavélique
La question qui se pose alors est pourquoi l’Elysée se comporte de la sorte. En effet, depuis septembre, la séquence judiciaire tourne clairement à l’avantage de Dominique de Villepin qui apparaît de plus en plus comme une victime de l’acharnement du président de la République. Et le dernier rebondissement renforce singulièrement cette impression. En outre, ces manœuvres ont toutes les chances de pousser le rival du président à se présenter en 2012 pour solder devant les électeurs leur affrontement judiciaire. Tout se passe finalement comme si Sarkozy voulait affronter Villepin.
Du coup, il est possible de se demander si, finalement, le président de la République ne cherche pas à provoquer son adversaire par tous les moyens pour le pousser à se présenter contre lui dans deux ans. Loin de vouloir éviter une candidature Villepin en 2012, Nicolas Sarkozy souhaite peut-être plus que tout l’affronter. Il imagine sans doute que son adversaire n’est qu’un amateur en politique et qu’il ne fera qu’une bouchée de lui. Car plus qu’une condamnation judiciaire, c’est bien un vote défavorable des Français à l’égard de son rival qui serait la sanction la plus terrible.
Autre hypothèse, plus machiavélique, Nicolas Sarkozy pourrait souhaiter une candidature Villepin pour faciliter l’accession d’un socialiste au second tour, surtout s’il s’agit de Martine Aubry. En effet, une candidature de Dominique de Villepin en plus de celle de François Bayrou ne permettra sans doute à aucun des deux d’accéder au second tour, ouvrant automatiquement les portes du second tour au candidat socialiste, quelques soient les plaies des primaires. Et un adversaire socialiste serait sans doute beaucoup plus facile à battre qu’un centriste ou un rival de droite.
Mais comme les enfants qui jouent avec le feu, Nicolas Sarkozy pourrait bien finir par se brûler. Pousser la candidature de Dominique de Villepin tout en lui donnant le statut de victime de l’affaire Clearstream est à double tranchant car cela renforce son adversaire…
10:55 Publié dans Actualités, Sarkozy, Villepin | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : dominique de villepin, nicolas sarkozy, clearstream




Commentaires
Je ne crois pas en ces hypothèses. N.Sarkozy continue de penser que Dominique de Villepin ne se présentera pas. Et pour contrarier ses ambitions, il veut le marquer jusqu'au bout de la macule du "repris de justice", du justiciable en permanence dans les tribunaux.
Tant que le jugement définitif n'est pas rendu, DDV aura dû mal à fédérer autour de lui et même à faire campagne.
Enfin qu'est ce qu'il y a dérrière Clearstream que Sarkozy s'acharne à vouloir cacher ? L'affaire des frégates de Taiwan et des rétrocomissions.
Je publie un billet dans lequel j'essayerai de détailler tout cela ;-)
Écrit par : Reversus | 31.01.2010
Que Sarko (le mechant) veuille "tuer" DDV (le gentil) c'est évident ..Ce n'est pas la 1ere fois (hélas) qu'une telle situation arrive !
Toutefois, me classant comme gaulliste, j'avoue que cela m'indiffère un peu .. Car quand j'entends DDV se positionner comme gaulliste...N'est-il pas à l'UMP ? n'a t-il pas approuvé tous les traités européens ? Comme gaulliste "social" n'a-t-il pas soutenu bec et ongle le cpe ? (jes jeunes s'en souviennent eux) et été 1er ministre (tous cela a amené Sarko dans son fauteuil !)
Les gens qui se sentent gaullistes se retrouvent dans DLR ..C'est l'heure du choix...Tant pis s'ils ne sont pas si nombreux que j'aimerais...
DDV ...Il a une capacité de nuisance surtout pour NDA en vue de l'élection 2012...
Écrit par : lenormand | 31.01.2010
Quid du rôle trouble du cabinet de "consulting" londonien Hakluyt & Co. dont Gergorin a reconnu lors du procés tenir ses informations sur les fameux listings et sur le mystérieux personnage Karel Schmitt (Page 177 du jugement), cabinet dirigé par des anciens du MI6 et de la CIA comme Keith Craig et Christopher James, et dont l'un des administrateurs n'est autre que Frank G. Wisner, le beau-père par alliance de Sarkozy ?
Pourquoi les juges n'ont-ils pas creusé de ce coté-la ?
http://en.wikipedia.org/wiki/Frank_G._Wisner
Écrit par : Bertrand | 31.01.2010
@ Marie,
J'ai censuré votre commentaire car il contient des attaques sur le physique ou les origines de Nicolas Sarkozy qui n'ont pas leur place sur mon blog. On peut attaquer sa politique, les contradictions immenses de ses déclarations, mais au-delà, cela ne me semble pas acceptable.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 31.01.2010
@ Bertrand
Tu as raison de reparler du fond de l'affaire, car si Villepin est innocent (ce dont je n'ai jamais douté) on ne sait toujours pas qui a ajouté des noms aux listings et dans quel but.
J'avais moi même évoqué l'hypothèse d'une manipulation de Gergorin par les services secrets américains pour destabiliser EADS, puis accéssoirement DDV afin de l'empêcher de se présenter contre son rival, le grand ami des Etats-Unis ... Mais ça, malheureusement, on ne le saura jamais !
Pour revenir au papier de Laurent, les hypothèses avancées me semblent tenir debout ... même si la haine et le désir irrationnel de l'affrontement me semble plus probable.
En tout état de cause, on est sûr d'une chose. Avec DDV en course, on ne va pas s'ennuyer pendant la campagne 2012. Elle sera d'un autre niveau que la précédente, beaucoup plus intense sur le plan du "spectacle" et espérons le beaucoup plus riche sur le plan du débat d'idée.
A mon avis (et ça fait longtemps que je le pense) tout le débat va se focaliser sur la rivalité Sarko-Villepin, comme en 1995 et il sera bien difficile à tout autre candidat d'exister au milieu de ce match...
Écrit par : Malakine | 01.02.2010
Les 2 hypothèses sont en effet séduisantes mais l'une n'empêche pas l'autre. D'ailleurs, Sarkozy préfère affronter un De Villepin devant les Français qu'en interne dans le cadre de la désignation du candidat de l'UMP. Il ne veut pas avoir à payer le soutien de son challenger.
Écrit par : PeutMieuxFaire | 01.02.2010
@Laurent Pinsolle : vous avez très bien fait. Ce sont des choses qu'on peut penser mais qu'on ne peut pas écrire. Mais quelquefois on perd son sang-froid.
Écrit par : Marie | 02.02.2010
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