Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

04/02/2010

Jacques Sapir, économiste alternatif

Après avoir lu beaucoup de livres de penseurs alternatifs (voir section « livres » du blog), Jacques Sapir était le dernier grand intellectuel que je voulais étudier. « Le nouveau 21ème siècle », écrit avant le déclenchement de la crise économique, est un ouvrage de référence sur l’économie et l’idée nationale.

Retour sur la crise de 1997-1999

C’est un point commun de Jacques Sapir avec les deux prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz et Paul Krugman que de donner une importance particulière à la crise qui a secoué les pays émergents à la fin des années 90. Pour lui, contre pour eux, cette crise est la conséquence d’une déréglementation excessive, notamment sur le plan financier et monétaire et elle démontre, 10 ans avant la crise des subprimes, les immenses dangers de la globalisation néolibérale.

Ce livre complète parfaitement « La grande désillusion » de Joseph Stiglitz, qui travaillait à la Banque Mondiale à cette époque. S’il en donne une lecture plus politique, le constat économique est aussi sévère. Il montre l’absurdité d’un système où le FMI prêtait de l’argent à des pays émergents pour défendre leur monnaie, à un coût exorbitant, tout en étant voué à l’échec la plupart du temps. Il souligne que « la Malaisie et le Chili (…) ont dû leur réussite à des mesures de contrôle de capitaux ».

Bref, alors que le FMI déversait de l’argent pour lutter contre les marchés, tout en imposant des mesures d’austérité souvent violentes pour la population, la solution à cette crise était une restriction des marchés de capitaux. L’auteur souligne malicieusement : « si les Etats-Unis sont capables d’engager à perte plus de 60 milliards de dollars pour tenter d’enrayer une crise financière (…) n’eût-il pas été plus judicieux d’investir la même somme dans des actions de développement ? ».

L’auteur utilise une image particulièrement brillante pour appuyer les thèses d’une « re-fragmentation des espaces financiers et commerciaux ». Il fait le parallèle avec les cales d’un cargo. Et s’il reconnaît volontiers qu’une cale sans compartiment est plus pratique, il souligne qu’en cas de tempête, elle devient un danger menaçant la stabilité du navire. Il souligne que « les architectes et constructeurs de navires le savent depuis des siècles et sacrifient l’optimalité théorique à une conception garante de robustesse ».

Un véritable tournant politique

Par-delà la grave crise économique, pour Jacques Sapir, cette crise a provoqué un changement politique majeur à l’échelle de la planète. Pour lui « la Russie s’est reconstruite autour d’un projet national et industrialiste ». Plus globalement « la crise a aussi amené de nombreux pays à modifier leurs stratégies économiques, les conduisant à des politiques commerciales très agressives dont l’addition provoque aujourd’hui une fragilisation générale de l’économie mondiale ».

En effet, depuis un peu plus de dix ans, de nombreux pays émergents ont adopté une stratégie économique visant à accumuler le montant le plus important possible d’excédents commerciaux de manière à pouvoir mener une politique économique autonome sans jamais avoir à demander de l’aide à un FMI et des Etats-Unis qui leur imposent des politiques aberrantes. Cela vaut notamment pour la Chine, qui accumule des excédents commerciaux colossaux depuis des années.

L’auteur souligne que depuis la fin des années 90, « ces pays ont cherché à se désendetter brutalement afin de diminuer autant que possible leur exposition au risque financier international ». Mais « le drame ici vient de ce qui est globalement insoutenable puisse à l’échelle de chaque pays apparaître comme une solution viable ». En clair, c’est le FMI et les Etats-Unis, suivis par le reste du monde occidental, qui ont poussé les pays émergents à adopter une stratégie économique porteuse de déséquilibres majeurs…

Pour l’auteur, cet épisode a contribué à l’avortement du siècle américain qui semblait se dessiner à partir de 1991. Il consacre également le retour des Etats-nations et d’une stratégie de défense des intérêts patriotes que les théoriciens du marché-roi ont souvent tendance à oublier.

Source : Jacques Sapir, « Le nouveau 21ème siècle », Seuil

Demain, Jacques Sapir, économiste souverainiste

Commentaires

"En clair"...

"En clair c'est le FMI et les Etats-Unis,suivis par le reste du monde occidental,qui ont poussé les pays émergents à adopter une stratégie économique porteuse de déséquilibres majeurs"

Vous voulez dire que le secret bien gardé de la crise c'est que ce sont les politiques qui sont responsables?
...
Entre parenthèse le FMI n'est qu'un instrument de la politique américaine dans le monde.

Si cela vous a échappé(...)aux Etats-Unis on a noté une inflexion remarquable,depuis le résultat de la dernière élection Paul Volker,ancien gouverneur de la Réserve fédérale,a pris du poids dans l'équipe chargée de conseiller Obama.
Il expliquait il y a quelques jours qu'une banque représentant un risque systémique ne devait pas être sauvée mais liquidée,"l'euthanasie n'est pas un sauvetage".
"En clair",le catéchisme néo-libéral("Too big to fail")n'était qu'une sinistre supercherie visant à faire les poches des contribuables pour permettre à l'oligarchie financière de se refaire la cerise.Naturellement et comme toujours les "idiots utiles" du système sont tombés dans le panneau...

Le contrôle des capitaux...
Ce sont les Banques centrales qui ont la responsabilité de la masse monétaire pas les banquiers...

Écrit par : Balthazar | 07/02/2010

votre analyse est très intéressante

Écrit par : leturf | 16/09/2010

RIBES Gilbert. 5 octobre 2010.

DEBATTRE DU LIBRE ECHANGE.


LES CONSEQUENCES DE LA LIBRE CONCURRENCE.

La libre concurrence entre les entreprises et les salariés des pays développés d’une part,des pays émergents d’autre part,est la cause majeure de la crise.
En effet,dès lors que les normes sociales et environnementales sont radicalement différentes, la protection parfois excessive dans les pays développés s’opposant à un manque notoire de protection dans les pays émergents, cette libre concurrence a eu trois conséquences :
-déséquilibres massifs des balances de paiements courants ;excédents des uns (Chine et exportateurs d’hydrocarbures notamment), déficits des autres (Etats-Unis notamment).
-dans les pays émergents,amélioration spectaculaire du niveau de vie et développement de l’emploi de centaines de millions de personnes, mais dont ne bénéficie pas la majorité de la population.
-dans les pays développés,stagnation des salaires et du pouvoir d’achat,creusement des inégalités de revenus,apparition de travailleurs pauvres,développement du travail précaire,chômage de masse et désindustrialisation.

ARGENT FACILE,SURENDETTEMENTS ET CRISE ECONOMIQUE.

Pour limiter la détérioration de la situation et maintenir la paix sociale, les dirigeants des pays développés ont facilité l’endettement des institutions publiques,des ménages et des entreprises financières et non financières,grâce à :
-l’abondance mondiale de liquidités (recyclage des excédents de certains pays ,émergents ou exportateurs d’hydrocarbures, et de l’argent des paradis fiscaux)
-l’absence de régulation monétaire internationale, c’est-à-dire de tout mécanisme de rééquilibrage des balances de paiements courants et de contrôle de la création monétaire
-l’absence totale de régulation financière,dans certains territoires ( paradis fiscaux ),de certaines institutions (hedge funds)et de certains produits financiers (produits dérivés et CDS notamment).
Et ils ont fermé les yeux sur des pratiques commerciales et financières déloyales, permettant notamment aux entreprises financières de contourner les normes prudentielles fixées,et sur le relâchement de la surveillance par les autorités de régulation.
Il en est résulté un surendettement de nombreux agents économiques,publics et privés, qui a fini par révéler ou faire craindre leur insolvabilité,y compris de grandes banques et compagnies d’assurance,entraînant une méfiance généralisée,la crise financière puis la crise économique.
Pour éviter le pire,les Etats ont mis en œuvre des plans de relance qui ont accru leur surendettement.
Dans un deuxième temps,il est apparu que la timide reprise économique ne permettrait pas de rembourser les montagnes de dettes souveraines des Etats les plus endettés.

THEORIES DU LIBRE ECHANGE ET DISTORSIONS DE CONCURRENCE.

Les théories du libre-échange postulent que les facteurs de production (travail,capital,ressources naturelles)ne sont pas mobiles au niveau international.Or cette hypothèse est périmée du fait de la liberté de circulation des capitaux,du développement des firmes transnationales,de la baisse drastique des coûts de transport et du développement des télécommunications.
Elles postulent aussi que la concurrence doit être « parfaite »ou« non faussée ».Or il existe d’importants facteurs de distorsion de concurrence,parmi lesquels les normes sociales,les normes environnementales et le manque de régulation monétaire internationale.

NORMES SOCIALES ET NORMES ENVIRONNEMENTALES.

L’absence de protection sociale, environnementale ou sanitaire ne peut pas être considérée comme « avantages comparatifs »au sens de RICARDO.Sinon pourquoi ne pas y ranger aussi l’esclavage, le travail des enfants ou la mortalité dans les mines de charbon?
La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme,le Pacte International relatif aux Droits Economiques,Sociaux et Culturels de l’ONU et les Conventions Fondamentales de l’OIT définissent des normes sociales minimales.Elles concernent notamment la liberté syndicale,la limitation de la durée du travail et les congés périodiques,les assurances sociales,l’éducation obligatoire et gratuite, le travail forcé,l’âge minimum d’admission à l’emploi,les pires formes de travail des enfants.
Il faudrait les compléter par des normes minimales de protection de l’environnement et de la santé (exemples urgents :le traitement des effluents industriels et les conditions d’exploitation du charbon).
Notons que la Chine a ratifié le Pacte International relatif aux Droits Economiques, Sociaux et Culturels de l’ONU en 2001 et les Conventions fondamentales de l’OIT, à l’exclusion de C87 (liberté syndicale) et C105 (travail forcé)mais qu’elle ne les respecte pas.

REGULER LE LIBRE ECHANGE.

L’instauration de taxes d’importation sur les produits en provenance de pays qui ne respecteraient pas ces normes sociales et environnementales compenserait le handicap économique des pays qui les respecteraient.
Dès lors les pays émergents seraient conduits à fonder leur croissance davantage sur leur demande intérieure et moins sur l’exportation,à développer plus rapidement l’emploi et le pouvoir d’achat de toute leur population.
Il semble d’ailleurs que la Chine n’ait pas d’autre choix. Pour assurer un emploi et un revenu décent à chaque chinois,c’est-à-dire pour assurer sa stabilité sociale et politique, la Chine doit créer 30 millions de nouveaux emplois par an. L’exportation n’y suffira pas.Les dirigeants chinois semblent en être conscients. En effet le plan de relance chinois prévoit une amélioration de la protection sociale (santé, retraites, gratuité de l’enseignement),afin de réduire le taux d’épargne des ménages(40 % en dépit de faibles revenus , contre environ 15 % en France) et développer ainsi la consommation intérieure(comme l’a suggéré Olivier Blanchard,chef économiste du FMI). Mais, pour maintenir un taux suffisamment élevé de croissance et de créations d’emplois,les dirigeants chinois devront aussi augmenter les salaires pour accroître suffisamment la consommation intérieure, appliquant ainsi le troisième principe du « fordisme ».Ce qui provoquera, par la même occasion, une diminution des excédents commerciaux chinois et des déficits des pays développés (et peut-être un accroissement des importations chinoises).Récemment la Chine a d’ailleurs décidé une augmentation significative du salaire minimum.
Ces ajustements prendront plusieurs décennies. Durant cette longue transition, les pays développés ne devraient pas sacrifier chez eux l’emploi et le niveau de vie de plusieurs générations.
La situation n’est pas comparable à celle créée par l’intégration dans l’Union Européenne des ex-pays communistes. En effet, la transition est beaucoup plus rapide avec ces pays qu’avec la Chine, du fait de l’application des règles communes européennes (sociales, environnementales, sanitaires et monétaires) et de la taille relative de ces pays. Elle est aussi plus acceptable en raison des liens de solidarité plus étroits qui doivent nous unir à ces pays.
Rappelons qu’au lendemain de la guerre,dans le cadre du Plan Marshall, les américains avaient aidé les pays européens à se reconstruire et se hisser à leur niveau de développement,par un transfert massif de capitaux et de technologies.Mais ils avaient maintenu des barrières douanières pour ne pas ouvrir leur pays à une concurrence inéquitable, tout en y trouvant l’opportunité de favoriser leur croissance et leur emploi et de conquérir des positions durables dans l’économie européenne.Il est regrettable que,40 ans plus tard, les pays développés ne se soient pas inspirés de cet exemple pour accompagner le décollage des pays émergents.
De nombreux économistes libéraux,dont Maurice Allais(prix Nobel d’Economie),écrivent depuis longtemps que la libre concurrence entre pays dont les normes sociales et environnementales sont radicalement différentes ne conduit pas à un optimum économique et social mondial.
Christian Saint-Etienne,professeur d’Economie, libéral, partisan du libre-échange, rejoint cette position; « Le libre-échange ne peut fonctionner que dans le cadre d’une aire politique et économique dotée d’un Etat de droit bien construit, avec des règles respectées par tout le monde... L’OMC, au départ, ne comprenait que des pays développés avec des valeurs et des systèmes juridiques très proches. Mais, lorsqu’elle s’est étendue à des pays n’appliquant pas le droit euro américain, elle est devenue un marché de dupes…Si on était capable d’obtenir des Chinois les mêmes règles environnementales et règles sociales que les nôtres, le libre-échange serait une excellente chose au plan mondial. Le concept de libre-échange est comme l’eau :on peut y nager ou s’y noyer ». Autrement dit :
-mille fois « OUI » pour le libre-échange entre pays développés
-mille fois « NON » pour le libre-échange aveugle avec des pays qui ne respecteraient pas des normes minimales de protection sociale et de protection environnementale et sanitaire.
La libéralisation totale des échanges commerciaux au niveau mondial aurait dû être précédée ;
- d’une étape de régionalisations plus poussées des échanges commerciaux
- d’une harmonisation des législations sociales à l’intérieur de chaque Région puis avec les normes fixées par le Pacte International relatif aux Droits Economiques ,Sociaux et Culturels de l’ONU et par les Conventions Fondamentales de l’OIT
- de la fixation de normes environnementales et sanitaires régionales puis mondiales
- de la définition de nouvelles règles de gestion du système monétaire international (taux de change,réserves,mécanisme de rééquilibrage des balances de paiement courants,contrôle de la création monétaire).
Sauf à sortir de l’UEM,l’accord de nos 26 partenaires européens constitue évidemment un préalable indispensable.Les intérêts des uns et des autres ne sont pas aussi divergents qu’il peut paraître de prime abord. Dans le cas de l’Allemagne ,sa dépendance vis- à -vis des exportations,son taux de chômage élevé et la stagnation du pouvoir d’achat résultant des réformes Schröder amènent les pouvoirs publics à rechercher les moyens de réduire cette dépendance,en provoquant une croissance forte de leur demande intérieure, à satisfaire par une production locale.Ce serait d’autant plus prudent que les chinois ne tarderont pas à les concurrencer dans le monde entier sur les biens d’équipement,point fort des exportations allemandes .Les allemands perdront alors leurs clients chinois et leurs autres clients internationaux .Il est évident en effet que la stratégie économique et sociale chinoise vise à l’autosuffisance et au plein emploi de son énorme réservoir de main d’œuvre.
LE PLEIN EMPLOI,PREMIER DEVOIR ECONOMIQUE ET SOCIAL DE L’ETAT.

Pour les hommes et les femmes, le travail revêt une importance vitale et constitue une valeur fondamentale. Il leur procure les ressources nécessaires à la vie de leur famille et leur donne un statut social, en échange de leur contribution à la production de biens ou de services utiles au bien-être de leurs congénères. Il leur est essentiel de pouvoir apporter cette contribution et que les ressources dont ils disposent en soient la contrepartie équitable et suffisante.
Le devoir de travailler,devoir naturel, précepte universel et moteur essentiel de l’économie, apparaît d’ailleurs dans le Préambule de la Constitution Française et dans la Déclaration Américaine des Droits et des Devoirs de l’Homme.
Atteinte majeure à la dignité, à l’égalité des chances, et à la liberté, le chômage est la première cause d’exclusion sociale, de pauvreté et de désespérance, en particulier pour les plus jeunes et les chômeurs de longue durée.
Outre les drames humains qu’il provoque, le chômage ou le sous-emploi se traduit par la perte d’une partie du potentiel de production de richesses, un « gâchis économique ».
Le premier devoir économique et social des pouvoirs publics, dans les pays développés comme dans les pays émergents, est donc de créer les conditions du plein emploi et de l’amélioration du niveau de vie de tous les citoyens. Ce devoir fondamental figure explicitement dans le Pacte International relatif aux Droits Economiques Sociaux et Culturels de l’ONU.Dans tous les pays,développés ou émergents,les pouvoirs publics ne le remplissent pas à cause de politiques de libre échange, pratiquées sans garde-fous suffisants.

AVENIR DES ACTIVITES INDUSTRIELLES DANS LES PAYS DEVELOPPES.

Les multinationales seraient libres d’implanter leurs usines et de répartir leurs productions dans les pays de leur choix, mais leurs transferts internes de produits (finis ou semi-finis) seraient soumis aux éventuels droits compensatoires. Ceci pourrait les conduire à certains doublons d’investissements et à un moindre profit, donc à un optimum global moins avantageux pour eux. Ce serait le prix à payer pour remédier à la situation sociale actuelle : sous-emploi persistant et pouvoir d’achat en berne pour des millions de personnes, dans les pays développés et dans les pays émergents.
Il est surprenant que de nombreuses productions manufacturières à forte intensité de main d’œuvre et polluantes comme la chimie et la métallurgie par exemple, ne soient pas encore délocalisées entièrement, vers la Chine, l’Inde ou ailleurs. Il faut craindre qu’il en soit ainsi le jour où les lourds investissements existants encore dans les pays développés seront en fin de vie et qu’il faudra les remplacer.
Il serait erroné de penser que le plein emploi et l’équilibre de la balance des paiements courants dans les pays développés puissent être assurés durablement sans l’existence d’un secteur industriel substantiel. En effet, l’agriculture et les services ne peuvent pas suffire à ;
- employer la main d’œuvre peu qualifiée que nos efforts de formation professionnelle ne parviendront malheureusement pas à résorber entièrement
- équilibrer nos besoins incontournables d’importations.
Il serait erroné de penser que les industries à fort contenu technologique pourront y suffire, quels que soient nos efforts de recherche et de développement. En effet, même si les pays développés peuvent espérer conserver un leadership des développements technologiques les plus avancés, l’industrialisation correspondante se délocalise rapidement, voire immédiatement, vers certains grands pays émergents. A titre d’exemple, il suffit de noter les sous-traitances en Chine des derniers produits conçus par Apple,Nokia ou Dell par exemple et plus généralement les parts de la Chine dans la production mondiale des téléphones portables, téléviseurs, ordinateurs et périphériques, appareils photo, ampoules basse consommation, éoliennes, panneaux solaires, etc., et ses investissements en cours dans l’aéronautique, l’automobile, les chantiers navals, les biotechnologies.
Il n’est d’ailleurs pas assuré que les pays développés conservent longtemps le leadership des recherches et des développements technologiques les plus avancés. A titre d’exemples, il suffit de noter le récent succès des centrales nucléaires coréennes à Dubaï, les réalisations de la Chine dans le spatial ou le futur concurrent chinois d’Airbus.
Qu’il s’agisse d’industrialisation ou de développement technologique, il convient en effet de considérer les énormes réservoirs de chercheurs, ingénieurs et techniciens de haute qualité, existant déjà en Chine ou en Inde et qui ne cessent de s’accroître.
Dès lors que certaines fonctions (la production industrielle par exemple) peuvent être mises en œuvre dans des conditions plus économiques, l’entreprise qui y renoncerait, face à des concurrents qui n’y renonceraient pas, se mettrait en situation de sortir du marché, donc de ne plus répondre à sa finalité économique (fournir aux autres agents économiques les biens et les services dont ils ont besoin).
Il est évident que des entreprises en ont profité non pas seulement pour survivre mais aussi ,au passage, pour accroître considérablement leurs profits(d’autant plus en transitant par les paradis fiscaux).Ce qui a pu inciter certaines d’entre elles, notamment les firmes transnationales, à encourager la libéralisation totale des échanges de capitaux et de marchandises.

METTRE FIN A LA DEREGULATION MONETAIRE INTERNATIONALE, DEUXIEME CAUSE DE LA CRISE.

Depuis la fin des accords de Bretton-Woods,décidée unilatéralement par les américains en 1971,la dérégulation monétaire internationale est un autre facteur important de distorsion de concurrence.
Elle entraîne une volatilité des taux de change préjudiciable aux échanges internationaux,handicape les pays sous-développés producteurs de matières premières,contribue à l’instabilité des emplois et est la cause principale du développement effréné des spéculations à court terme au détriment de l’investissement à long terme dans l’économie réelle.
Il s’agirait notamment de mettre un terme à la prédominance du dollar et à la sous-évaluation du yuan.
La prédominance du dollar permet aux Etats-Unis une création monétaire incontrôlée qui entraîne un excès mondial de liquidités et d’endettements,sources de la crise actuelle.
La sous-évaluation du yuan permet à la Chine d’accumuler des réserves monétaires massives, contribuant à l’excès mondial de liquidités et représentant un danger pour l’indépendance économique des autres pays,limite le pouvoir d’achat des ménages chinois et fausse la concurrence avec les pays développés, contribuant à y entretenir le sous-emploi et la stagnation du pouvoir d’achat.
Du point de vue des dirigeants chinois, cette accumulation de réserves monétaires se comprend dans une perspective à long terme,où l’économie chinoise
- veut s’assurer le contrôle de ressources énergétiques, minières et agricoles indispensables à son développement et dont elle ne dispose pas
- souhaite prendre le contrôle d’entreprises qui lui apportent les réseaux commerciaux et les technologies susceptibles de lui assurer, dans le monde entier, les débouchés nécessaires à sa capacité d’exportation (voir le récent rachat de Volvo).
Mais il est incompréhensible que les dirigeants des pays développés n’aient pas réagi devant les dangers de cette accumulation massive de réserves monétaires :
- naïveté des dirigeants politiques occidentaux,notamment européens ?
- « lobbying » des entreprises financières et des firmes transnationales ?
Il faut instaurer un nouveau Système de Régulation Monétaire Internationale,permettant notamment un contrôle de la création monétaire mondiale,un rééquilibrage des déséquilibres structurels des balances de paiements courants,l’ajustement des taux de change,la gestion des réserves et la fin des spéculations monétaires disproportionnées par rapport aux besoins de l’économie réelle.
Notons que,face à la menace de dévaluation du dollar qui pèse sur les réserves monétaires de la Chine, le gouverneur de la Banque Centrale de Chine avait proposé, avant le G 20 du printemps 2009, une nouvelle régulation du système monétaire international. Cette proposition consistait notamment à créer une unité internationale de réserve et de commerce, remplaçant le dollar, par rapport à laquelle seraient fixées les parités, fixes mais ajustables, des principales monnaies, en particulier du dollar, de l’euro, du yen et du yuan. Il est regrettable qu’après avoir jugé que la proposition chinoise « méritait considération », le Secrétaire américain au Trésor se soit ravisé en déclarant que « le dollar restera encore longtemps la devise de référence mondiale ». Il est non moins regrettable que les autres membres du G 20 n’aient pas soutenu la proposition chinoise. C’était l’occasion rêvée de débattre sérieusement, avec les chinois, de la sous-évaluation du yuan et de ses règles d’ajustement, si souvent et si violemment reprochées aux chinois. C’était également l’occasion d’associer aux discussions la Grande-Bretagne, les pétromonarchies du Golfe, la Russie, l’Inde et les 2 grands pays sud-américains. Cette proposition chinoise et la première réaction américaine montrent que l’instauration d’une nouvelle régulation monétaire internationale n’est pas une utopie.
Les discussions ultérieures n’ont pas encore abouti à un accord mais il faudra bien y parvenir.Paul Krugman,prix Nobel d’Economie,a proposé d’imposer une taxe de 25% sur les importations chinoises,si la Chine persiste à refuser une réévaluation du yuan :un vote récent du Congrès américain vient de confirmer cette position.

METTRE FIN A LA DEREGULATION FINANCIERE,TROISIEME CAUSE DE LA CRISE.

Le non respect des normes prudentielles,l’opacité de certaines entreprises financières ou sociétés écrans,la complexité,la perversité et la diffusion dans le monde entier de produits financiers toxiques,la spéculation débridée sur les produits dérivés ont entraîné le surendettement de nombreux agents économiques,publics et privés.
Il faut,sur la base d’une Convention Financière Internationale,instaurer une régulation financière internationale,s’appliquant à tous les territoires(paradis fiscaux inclus),à toutes les entreprises financières ou non financières(hedge-funds inclus),à tous les types de produits financiers préalablement agrées(produits dérivés inclus)et à tous les produits d’assurance-crédit(CDS inclus).
Il faut exiger,des paradis fiscaux comme de tous les territoires,la publication systématique de l’identité des actionnaires et des comptes de toutes les sociétés,trusts ou fondations qui y sont domiciliées,pour lutter contre l’évasion fiscale(notamment des institutions financières et des firmes transnationales),les trafics criminels en tous genres,le financement du terrorisme ou des guerres civiles,la corruption,le détournement des fonds d’aide au développement,le contournement des règles prudentielles,la spoliation de l’épargne des ménages,la spéculation débridée.
Il faut interdire ou taxer lourdement toute transaction financière avec des territoires qui ne respecteraient pas les obligations fixées par cette Convention Financière Internationale.
LA CROISSANCE EST LA SEULE SOLUTION POUR SORTIR DE LA CRISE.

L’inflation à 4% prônée par le FMI et des mesures budgétaires vigoureuses ne suffiront pas à rembourser les montagnes de dettes, publiques et privées,accumulées par de nombreux pays développés.Même s’ils parvenaient enfin à endiguer l’évasion fiscale à travers les paradis fiscaux ( 350 à 500 milliards de dollars par an selon la Banque mondiale,dont 15 à 20 pour la France).
D’autant moins que l’effet le plus immédiat des mesures budgétaires sera de plonger les Etats les plus endettés dans un chômage massif, une croissance molle,sinon une récession,avec contagion des autres pays,leur interdisant tout espoir de recettes fiscales et sociales qui permettraient de rembourser leurs dettes,publiques et privées.
Leur salut ne peut venir que d’une relance vigoureuse de l’emploi et de la croissance,qui exige d’en finir avec le tabou du libre échange non régulé, cause majeure des déséquilibres macroéconomiques à l’origine de la crise actuelle.
Ce changement de paradigme doit s’accompagner de l’instauration d’un nouveau Système Monétaire International et de l’établissement d’une Convention Financière Internationale instaurant une saine régulation financière internationale.

Écrit par : Ribes Gilbert | 21/10/2010

LA TRAHISON DE LA FINANCE

Pour que le secteur public soient géré dans l’intérêt général, encore faut-il que ses responsables ne soient pas acquis à la cause libérale du secteur privé.

Ainsi, avant même le “tournant de la rigueur” de 1983, les nationalisations de 1981 n’ont pas été faites avec le soutien unanime des “conseillers de la gauche”, ce qui devrait rappeler à M. Ugeux les hauts faits d’armes de son collègue banquier J.Peyrelevade.
Il est piquant, à ce sujet, de relever dans Wikipedia:

_______________________________________________________

” PEYRELEVADE: Nommé en 1981 directeur adjoint du cabinet de Pierre Mauroy et conseiller économique du Premier ministre, il géra les nationalisations, tout en professant son opposition à celles-ci [on ne peut mieux dire!].
Il a occupé de nombreuses fonctions de responsabilité notamment à la tête de grandes entreprises nationalisées : président de Suez de 1983 à 1986,…, de l’UAP de 1988 à 1993, et du Crédit lyonnais de 1993 à 2003 [toutes privatisées dès son départ, montrant qu’il avait bien préparé le terrain].”
_______________________________________________________


Lorsque la gauche, revenue au pouvoir en 1988, tente de reprendre le contrôle de la Société Générale, le ministre Beregovoy demande sa participation à Peyrelevade qu’elle vient de nommer Président de l’UAP.
Il est à nouveau piquant de relever dans le rapport du Sénat à ce sujet (dont l’intégralité est consultable en ligne):

_______________________________________________________

3° - La participation des actionnaires publics de la Société Générale : une bonne volonté inégale.

a) Le double refus de l’UAP

- Le Refus initial de s’associer au montage:
Au lendemain même de sa nomination à la tète de l’UAP, fin juillet 1988, M. Jean Peyrelevade a été contacté personnellement par M. Georges Pébereau pour qu’il participe à l’opération projetée sur la Société Générale.
Le Président de l’UAP a décliné la proposition qui lui était faite d’entrer à hauteur de 500 MF dans le dispositif.

- L’abstention de l’UAP en novembre 1988:
A la mi-novembre 1988, le président de l’UAP s’est entretenu autéléphone à deux ou trois reprises avec le ministre des Finances “sur quelques aspects techniques” de l’affaire Société Générale.
Le ministre d’Etat lui aurait fait part de “certaines préoccupations”.
Mais M. Jean Peyrelevade ne considère pas que le contenu de ces conversations téléphoniques ait répondu à la définition que l’on peut donner d’un ordre ou d’une demande.
Tout au plus, un souhait, peut-être.
Ni ordre, ni demande : en conséquence, le président de l’UAP s’est abstenu de procéder en novembre à des achats de titres Société Générale…
[ce qui laissait le champ libre à une équipe de financiers affairistes, au premier rang desquels Georges Soros, d’où le nom “affaire de la Société Générale”]
_______________________________________________________


Entre 1986 et 1988, Chirac avait cédé au privé pour 10 milliards d’actifs:
INDOSUEZ, PARIBAS, La SOCIETE GENERALE, SAINT-GOBAIN, la CGE et MATRA.

L’arrivée d’Edouard Balladur à Matignon en 1993 fera de nouvelles privatisations, qui ne s’arrêteront plus, sous la droite comme sous la gauche:
BNP, UAP, ALCATEL, ALSTOM, RHÔNE-POULENC, ELF, La SEITA.

En 1995, le gouvernement Juppé cèdera à son tour 9,4 milliards d’actifs
dont:
USINOR-SACILOR, RENAULT, La CG Maritime, PECHINEY, BULL.

Avec la législature Jospin et le ministère des finances Strauss-Kahn, le dépouillement de l’Etat s’accentue, avec prés de 31 milliards d’Euros de cession d’actifs:
Le Crédit Lyonnais, Le GAN, Le CIC, L’UIC, CNP Assurance, La Société Marseillaise de Crédit, DASSAULT, l’AEROSPATIALE, THOMSON-CSF, THOMSON Multimedia, EADS, ASF, TDF, La SFP, Les Autoroutes du Sud de la France, FRANCE TELECOM et AIR FRANCE.

Aujourd’hui, parmi ces entreprises cédées, les seuls profits annuels engrangés par celles du secteur financier avoisinent 30 milliards, dont l’Etat s’est volontairement amputé!
Et la totalité des privatisations a dépouillé l’Etat d’un rapport annuel bien supérieur à notre dette publique, de sorte qu'elle serait aujourd'hui considérablement réduite, sans les privatisations!
Les thuriféraires du privé, comme DSK, prétendaient alors qu'il fallait amenuiser le secteur public pour réduire la dette (alors qu'elle se réduisait toute seule aprés 95, période de reprise). Mais sans doute le "meilleur économiste de France", comme M. Barre autrefois, avait-il raison?
Or, on a privatisé les profits des entreprises bénéficiaires, ce qui a déplacé ces profits de l’intérêt général vers les intérêts privés de l’actionnariat. On aurait aujourd'hui plus d'emploi et renfloué la dette. On a maintenant et le chômage et la dette en augmentation! De qui se moque-t-on?

Car, dans ce capitalisme actionnarial, qui a ainsi supplanté le capitalisme d’Etat à la française, les groupements d’actionnaires minoritaires contrôlant la Corporate Governance ont les yeux rivés sur un indicateur, la rentabilité financière, dont la maximisation s’avére incompatible avec le plein emploi et l’égalité de revenus.
Du côté de la demande, les débouchés sont alimentés par une redistribution des gains de productivité sous forme de dividendes qui dépendent en premier lieu des classes riches et des ménages détenteurs de titres.
La montée de l’épargne atteint des niveaux record, mais ne s’accompagne pas d’un boom des investissements. En l’absence d’investissement, le niveau d’une rentabilité financière de 15% n’a pu être atteint qu’au prix d’une forte compression de la part des salaires dans la valeur ajoutée. En chute de 10 points de 1983 à 1990, la part des salaires dans la valeur ajoutée de l’ensemble de l’économie s’est stabilisée autour de 60% à un taux plus faible comparé au taux américain.
Laurent Cordonnier, dans un article “Le profit sans l’accumulation…” démontrait alors que la France était devenue le théatre d’une réalisation du profit sans accumulation, où la recession n’est évitée que tant que les capitalistes consomment leurs dividendes…

Ainsi, au prétendu théorème de Schmidt “Les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’aprés-demain”vantant en 1983 la vertu des politiques d’offre, il est possible aprés l’expérience vécue du “tournant de la rigueur” d’opposer le paradoxe de Schmidt: “Les profits d’avant-hier firent l’épargne d’hier et le chômage d’aujourd’hui”.

A preuve:
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2963

Écrit par : Hadrien | 28/01/2011

Super article , je partage votre point de vue sur le sujet

Écrit par : Agence de referencement | 24/02/2011

@Hadrien

Le début de votre commentaire explique ceci : http://tinyurl.com/4gua84s

Écrit par : Jean-Yves | 24/02/2011

casino gratuit sans telechargement

Écrit par : casino gratuit sans telechargement | 29/06/2011

Écrire un commentaire