07.02.2010
Inégalités scolaires : les abus du Monde
« Le système universitaire américain est moins inégalitaire que le nôtre » : c’est par ce titre que Le Monde a illustré un chat avec le Vice-président de l’université Paris-6. Le quotidien de référence laisse dire, sans le moindre commentaire, comme s’il s’agissait d’une vérité établie.
Des outrances incroyables
Gilbert Béréziat nous décrit un système apocalyptique. Il affirme que « la nation s’endette pour payer les études des riches » et qu’en France, la sélection « se fait avant le bac. Donc quelles que soient les tares du système américain, il est moins inégalitaire que le nôtre ». Et dans un raccourci saisissant, il soutient que comme la TVA représente la principale source de revenu de l’Etat, du coup « les moins favorisés financent les études des plus favorisés », comme l’avait soutenu Vincent Peillon.
Le plus incroyable reste qu’un tel journal publie de telles opinions sans la moindre contradiction qui viendrait donner un peu de recul à de tels propos. En effet, soutenir que ce sont les foyers modestes qui financent les études des enfants des classes aisées est totalement abusif. Il faut quand même rappeler qu’il existe un impôt sur le revenu en France, et que le taux marginal, à 40% fait tout de même contribuer davantage les ménages riches à la collectivité que les ménages modestes. Une étude d’Alternatives Economiques avait démontré l’importance de la redistribution en France.
Un délire étasunien
Mais le plus ridicule est sans doute l’appréciation portée sur le système universitaire outre-Atlantique. Il est proprement incroyable d’arriver à soutenir sérieusement qu’il est plus égalitaire que le nôtre, alors que même les défenseurs de ce modèle en reconnaissent le caractère profondément inégalitaire. The Economist rappelle ainsi fréquemment que l’ascenseur social est en panne aux Etats-Unis et que la reproduction sociale des élites est plus marquée qu’ailleurs, et notamment que la France.
D’ailleurs, il suffit pour cela de savoir que les frais de scolarité des grandes universités peuvent dépasser les trente mille dollars par an pour comprendre qu’il y a un mur de l’argent aux Etats-Unis. Paul Krugman cite une étude qui montre que les élèves de 4ème qui sont dans le dernier quart de leur classe mais dans le premier pour les revenus de leurs parents ont autant de chance d’aller à l’université que ceux qui sont dans le premier quart de la classe mais dans le dernier pour les revenus…
Bref, il est malheureux que Le Monde publie sans la moindre mise en perspective de tels propos. Même si le système scolaire Français est loin d’être parfait, il est beaucoup plus égalitaire que le système étasunien, à tous les niveaux.
10:55 Publié dans Actualités, Société | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : le monde, paul krugman, gilbert béréziat, vincent peillon, inégalités




Commentaires
@Laurent
De la part du Monde il s'agit de préparer l'opinion à la fameuse "discrimination positive " dans la droite ligne des fameux quotas que l'on veut instaurer dans les grandes écoles. Sinon cela fait longtemps que le Monde n'est plus vraiment une référence en matière de sérieux.
En plus prétendre qu'il y a uniquement de la sélection avant le Bac c'est se foutre du monde. Le Bac n'a jamais été aussi facile à avoir qu'a l'heure actuelle le résultat c'est que la plupart des élèves se font massacrer en arrivant dans le supérieur. Il n'y a cas voir le peu d'élève qui arrivent en deuxième année de deug.
D'ailleurs contrairement à une idée rependue il y a de la sélection dans les Fac, seulement elle se fait en interne au travers les multiples partiels à passer et non à l'entrée ce qui fait que ce systèmes est au contraire trés égalitaire. Maintenant il est sure qu'un élève qui ne fait rien ne passe pas en classe supérieure et n'obtient pas ses diplômes c'est quand même un minimum non?Sinon ces derniers ne valent plus rien.
Écrit par : yann | 07.02.2010
Mon cher ami,
Je ne suis ni payé par Le Monde, ni encarté au PS mais je vous trouve bien naïf si vous pensez que la sélection de la "crême" dans notre pays a lieu à l'Issue du BAC ! par ailleurs, ce que j'ai attaqué c'est la noblesse d'Etat, c'est à dire l'élite qui s'auto reproduit au sein de la dizaine de grandes écoles qui constitue la quasi totalité du personnel politique et du CAC 40 en France gauche et droite confondue. Il y a bien deux exception, la médecine mais le concours de médecine est encore pire puisque sa préparation a été quasiment privatisée et le droit où la reproduction familiale de l'espèce est encore plus patente.
Même si la comparaison avec les USA peut vous paraître osée, il est de fait que le système universitaire américain donne plus d'opportunités. Mais je laisse aux gaulistes libres le droit de démontrer le contraire.
Gilbert Béréziat
Écrit par : bereziat | 08.02.2010
Mon cher ami,
Je ne suis ni payé par Le Monde, ni encarté au PS mais je vous trouve bien naïf si vous pensez que la sélection de la "crême" dans notre pays a lieu à l'Issue du BAC ! par ailleurs, ce que j'ai attaqué c'est la noblesse d'Etat, c'est à dire l'élite qui s'auto reproduit au sein de la dizaine de grandes écoles qui constitue la quasi totalité du personnel politique et du CAC 40 en France gauche et droite confondue. Il y a bien deux exception, la médecine mais le concours de médecine est encore pire puisque sa préparation a été quasiment privatisée et le droit où la reproduction familiale de l'espèce est encore plus patente.
Même si la comparaison avec les USA peut vous paraître osée, il est de fait que le système universitaire américain donne plus d'opportunités. Mais je laisse aux gaulistes libres le droit de démontrer le contraire.
Gilbert Béréziat
Écrit par : bereziat | 08.02.2010
@ Bereziat
Ce serait bien de lire ce que j'écris tout de même ! Je n'ai jamais dit que la sélection dans notre pays a lieu à l'issue du BAC, ni même que notre système fonctionne parfaitement.
Je cite ma conclusion : "même si le système scolaire est loin d'être parfait, il est beaucoup plus égalitaire que le système étasunien, à tous les niveaux".
Je veux bien débattre de cela mais pas d'autre chose. Le système des Etats-Unis est beaucoup plus inégalitaire que le nôtre, contrairement à ce que vous affirmez. Le coût des études là-bas produit une reproduction sociale beaucoup plus forte qu'en France.
J'ai lu de nombreuses études dans The Economist qui montre le contraire et il ne s'agit pas d'une source que l'on peut suspecter de francophilie ou d'aversion au système étasunien... Il y a également l'étude citée par Paul Krugman dans l'Amérique que nous voulons.
Idem, quand vous dites que "les moins favorisés paient les études des plus riches", cela est complètement fantaisiste. Même Alternatives Economiques reconnaît qu'il y a de la redistribution en France entre ménages riches et ménages moins riches.
Je suis désolé, mais je trouve que vos propos sont trop incantoires et vous n'avancez aucun fait qui démontre véritablement ce que vous dites.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 08.02.2010
Mr Pinsolle,
Je ne sais si vous êtes fan de séries américaines mais je vous conseille la quatrième saison de la série "The Wire" ("Sur écoute en France") qui est consacré au système éducatif américain , qui confortera votre propos plus que de raison.
Écrit par : Eric | 09.02.2010
Je suis desolee mais je suis completement d'accord avec Gilbert Béréziat. Le systeme educatif francais est a l'origine de 50% des inegalites dans la vie active si ce n'est plus.
Le systeme educatif americain est effectivement plus egalitaire mais apres le niveau peut parfois etre insuffisant si on parle du niveau au sens academique et scolaire du terme. Par contre, le systeme educatif americain ne sclérose pas les eleves qui apprennent plus a s'exprimer avec naturel. En France, dans certains etablissements, on n'ose pas poser de question en cours tellement c'est mal vu par les autres eleves et tellement le systeme ne l'encourage pas.
Écrit par : French Ketchup | 09.02.2010
"Le coût des études là-bas produit une reproduction sociale beaucoup plus forte qu'en France."
vous n'habitez de toute evidence pas aux US et vous n'avez de toute evidence pas d'amis americains
Tout le monde emprunte ici aux Etats-Unis pour faire ses etudes et ce sont des prets tres faciles a souscrire. Apres cela pose un probleme d'endettement mais c'est un autre debat.
Pour Un americain, c'est completement normal d'etre endetté. L'inverse fait de vous une exception dans cette societe.
Écrit par : French Ketchup | 09.02.2010
@ French Ketchup
Je sais que les prêts étudiants sont courants outre-Atlantique. En revanche, j'ai lu beaucoup d'études démontrant le caractère très inégalitaire du système étasunien, y compris sous la plume de personnes peu suspectes de sympathie à l'égard de notre modèle (notamment The Economist) donc je persiste... L'étude citée par Paul Krugman est tout de même édifiante. Y-a-t-il une étude qui montre au contraire que l'ascenseur social fonctionne mieux qu'en France ?
Écrit par : Laurent Pinsolle | 09.02.2010
@French Ketchup
"Pour Un americain, c'est completement normal d'etre endetté. L'inverse fait de vous une exception dans cette societe."
Cela explique bon nombre de leurs problèmes macro-économiques. Et puis d'un point de vue psychologique admettez tout de même que débuter sa vie avec un boulet de dettes ce n'est pas ce qu'il y a de plus réjouissant, surtout lorsque les perspectives d'emplois se dégradent comme à l'heure actuelle.
Je note tout de même que la crise à certainement dégradé ce système d'endettement. Les banques ne prêtant plus aussi facilement leur mécanisme d'étudiant endetté doit avoir du plomb dans l'aile non?
Écrit par : yann | 10.02.2010
@Yann
Je ne dis pas que c'est bien mais en tous cas, les gens ont acces aux etdues. Ils travaillent aussi beaucoup plus souvent (et facilement) pour se les payer. on peut aussi reprendre les etudes a 40 ans et changer d'orientation sans etre stigmatise.
"leur mécanisme d'étudiant endetté doit avoir du plomb dans l'aile non?"
non a priori c'est le seul domaine dans lequel on peut encore obtenir un pret sans trop de difficulte mais dans tous les autres domaines, c'est devenu tres difficile. Les prets immobiliers c'est meme plus la peine notamment, par contre il reste les cartes de credit, qui sont facile a obtenir ici du moment que vore "credit score" est bon. Si vous avez fait defaut en tant qu'emprunteur dans votre vie cela fait baisser votre credit score.
Je suis justement en train d'ecrire un billet de blog dessus pour la semaine prochaine mais en gros Obama a fait passer des mesures pour reguler le secteur des cartes de credit. Cela ne va pas empecher tout le monde d'obtenir les cartes de credit. Les jeunes devront avoir l'accord des parents entre autre. Les mesures vont devenir effectives le 21 Fevrier.
Écrit par : French Ketchup | 11.02.2010
Trouvé ici: http://www.oecd.org/dataoecd/60/46/44571977.pdf
La mobilité intergénérationnelle des revenus, des salaires et de l’éducation, est relativement faible en France, dans les pays d’Europe méridionale, au Royaume-Uni et aux États-Unis. En revanche, elle tend à être plus élevée en Australie, au Canada et dans les pays nordiques.
...
L’influence de la situation socio-économique des parents sur la performance des élèves dans l’enseignement secondaire est particulièrement forte en Belgique, en France et aux États-Unis...
... corrélation entre les niveaux de rémunération des fils et ceux de leurs pères ... particulièrement prononcée au Royaume-Uni, en Italie, aux États-Unis et en France.
Et des chiffres aussi: Influence du milieu parental (gradient socio-économique): 54% en France, 49% aux US mais "avec prise en compte des différences de distribution entre pays" les deux sont à 63%...
Écrit par : MaNat | 02.03.2010
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