08.02.2010

Marché-roi, marché-fou

Drôle de semaine sur les bourses du monde. D’une part, le patron de Goldman Sachs annonce qu’il ne touchera « que » 9 millions de prime en 2009. De l’autre, les marchés s’effondrent avec l’envolée des taux sur la dette publique des pays du Sud de l’Europe.

Une nouvelle crise financière ?

Le moins que l’on puisse dire est que la baisse brutale des bourses de la semaine dernière est inquiétante. A l’échelle de la Grèce, la hausse des taux longs (passage de 1,5 à 3,5 points d’écart avec les taux Allemands en quelques mois) représente une facture additionnelle de 1 milliard d’euros par an (le pays empruntera 50 milliards cette année), soit 0.5% du PIB grec. Alors que l’on débat sur une taxation de la finance, les marchés arrivent, eux, à imposer une taxe aux Etats.

Cette crise boursière pose un double problème. Tout d’abord, il y a fort à parier que l’action des fonds spéculatifs explique l’ampleur des mouvements récents. Aucune règle n’a été définie suite à la crise, donc les marchés fonctionnent comme avant. Il est plus que probable que les fonds spéculatifs ont parié sur cette hausse des taux, et en pariant, l’ont provoqué… Pire, cette spéculation renchérit considérablement le coût d’une dette contractée par les Etats en partie pour sauver les marchés…

Il y a cependant une bonne nouvelle : la baisse de l’euro. Bizarrement, la plupart des analystes décrivent de manière horrifiée la baisse de la monnaie unique européenne à 1,36 dollars. Il s’agit pourtant d’une bonne nouvelle pour nos exportateurs, qui regagnent une compétitivité perdue par la surévaluation de notre monnaie. Mais il reste encore du chemin à faire pour que l’euro retrouve un cours raisonnable (Michel Aglietta évalue l’euro à 1,07 dollars à parité de pouvoir d’achat).

Les esprits animaux

Comment ne pas penser à cette remarque de Keynes quand on constate la ruée spéculative contre les emprunts d’Etat ? Il est difficile de savoir où elle va s’arrêter même si les écarts de taux entre pays atteignent de tels niveaux que théoriquement la spéculation devrait bientôt finir, certains fonds pouvant parier sur une baisse quand ils penseront que les écarts atteints ne sont pas justifiés. Mais, la crise peut aussi aller s’amplifiant, et atteindre l’Espagne, l’Italie, la France et les Etats-Unis…

Le problème est qu’il est difficile de trouver une réponse appropriée. Trop de rigueur risque d’effrayer des marchés qui pourraient craindre pour la reprise (bien molle en Europe), et pas assez de rigueur risque de les inquiéter sur le laxisme européen… Il y a pourtant des solutions, comme le souligne Hervé Nathan sur Marianne 2. Malheureusement, aucun dirigeant européen ne semble vouloir tirer les leçons de la grande crise économique que nous traversons.

Pire, tous les excès passés subsistent, comme l’illustre à merveille le « geste » du patron de Goldman Sachs, qui a limité à 9 millions de dollars sa prime pour 2009 (1000 fois le salaire minimum des Etats-Unis !). Quand une telle décision peut être présentée comme un effort alors que les banques ne doivent leur survie qu’à l’intervention de l’Etat fin 2008 et que beaucoup de citoyens étasuniens sont au chômage ou expulsés de leur maison, comment ne pas comprendre que l’on marche sur la tête ?

En fait, nous avons besoin de nouveaux Roosevelt, de dirigeants politiques capables de prendre des mesures radicales pour encadrer les pratiques d’un marché fou qui ne profite qu’à une poignée. Il est incroyable que les grands partis soient incapables de le comprendre.

Commentaires

J'adore l'expression "Alors que l’on débat sur une taxation de la finance, les marchés arrivent, eux, à imposer une taxe aux Etats."

Par contre celle ci "les citoyens étasuiens" me déclenche des crises d'urticaire ! Je pensais que le terme de citoyen était réservé aux Républiques. Pour un Empire oligarchique, le terme le plus approprié serait probablement "consommateurs"

Plus sérieusement et sur le fond, mon avis c'est que les grands partis ne savent pas comment s'y prendre pour réguler efficacement la finance. Ou pour le dire autrement, le courage dont ils disposent ne leur permet d'imaginer aucune solution viable. C'est pourquoi ils se taisent, préférant parler de la Burka pour les uns ou faire de la chasse aux "dérapages verbaux" pour les autres.

Tiens, d'ailleurs, tu devrais faire un article sur l'extraordinaire régression du PS dans cette campagne régionale gagnée d'avance.

Ecrit par : Malakine | 08.02.2010

@ Malakine,

Merci. Tu notes que j'ai repris à Lordon le terme "étasunien" qui est plus juste que le terme "américain". Néanmoins, je conserve le terme citoyen, car il y a tout de même une conscience politique collective aux Etats-Unis. Je ne la partage pas du tout, mais elle existe.

D'ailleurs, ce qui me terrifie, c'est de voir l'ascension de Sarah Palin. Je crois de plus en plus avoir vu juste sur l'élection présidentielle de 2012...

Pour les grands partis, je vois une explication majeure : il n'y a plus que des ambitieux qui ne réfléchissent pas. Personne à l'UMP, au PS ou au Modem ne me semble avoir réfléchi à la crise et aux solutons à y apporter. Du coup, ils se contentent de coups médiatiques, comme sur la burqa.

Bonne idée sur le PS. Le pire, c'est qu'ils vont faire un bon score en capitalisant uniquement sur le rejet et les gaffes de l'équipe Sarkozy.

Ecrit par : Laurent Pinsolle | 08.02.2010

Le problème, c'est que la sphère politique est devenue totalement dépendante du fonctionnement du marché et, au delà, de la sphère économique. Le politique n'existe que lorsqu'il se gave de prélèvements divers sur les richesses crées. D'ailleurs, en période creuse, les Etats tentent de relancer la machine eux même, vite bloqués par leurs pesant(e)s déficits/dettes... Encadrer le marché, c'est endormir la locomotive. Cela ne relève pas du courage politique, cela relève du pragmatisme...

@Malakine: Arrête de déconner et reviens nous :)

Ecrit par : Seb de CaRéagit | 08.02.2010

Ce qui est formidable avec les réactionnaires de droite comme vous, c'est qu'ils sont capables de taper encore plus sur l'économie de marché que les vulgaires gauchistes. Et on ne parle pas de vos nombreux fantasmes économiques qui démontre bien que vous êtes prêts à dire tout et n'importe quoi, à mélanger causes et conséquences pour servir votre lubby.

Ecrit par : Marco | 08.02.2010

@ Marco

Les "vulgaires" gauchistes te saluent bien ! On n'a sans doute pas la même conception de la vulgarité.

@ Malakine

J'ai bien compris que c'était du second degré, mais tout de même : je ne suis pas du tout sûr que les citoyens étatsuniens soient moins républicains que nous, ni que leur conscience politique soit tombée (encore) plus bas que la notre. A mon humble avis, ça reste à démontrer…

Les "gaullistes", et même les Français en général, se plaisent à donner des leçons de tiers-mondisme et/ou d'anti-néocolonialisme aux dirigeants étatsuniens, voire aux citoyens de ce pays (lequel, jusqu'à nouvel ordre, demeure une République).

De mon (humble) point de vue, c'est l'hôpital qui se fout de la charité (http://survie.org/)

Accessoirement, je suis un grand fan des Simpsons (à peu près le seul truc que je regarde régulièrement à la télé…). C'est peut-être anecdotique, mais je pose cette simple question : a-t-on un équivalent en France ? Quelqu'un, "chez nous", est-il capable de dresser un portrait aussi monstrueusement corrosif de notre société ? Tout ça pour dire que je ne désespère pas des Etatsuniens (en tout cas, pas plus que je ne désespère de mes propres concitoyens).

@ Laurent Pinsolle

Pour faire suite à ce qui précède (désolé pour le hors-sujet), s'il y a bien une chose qui m'éloigne du "gaullisme", c'est la politique "françafricaine". En tant que gauchiste (forcené), je suis tout prêt à tirer un bilan globalement positif du "gaullisme". A mes yeux, la seule véritable tache dans ce bilan, c'est la françafrique.

Concernant les "solutions" suggérées par Hervé Nathan, elles me paraissent pour le moins douteuses. Elles évoquent fortement l'"humanisme" modémien, autrement dit une sorte de vide politique abyssal, ce qui me semble inquiétant…

-Déjà, tout ce qui commence par : "trouver une solution pour…", je suis très méfiant ! Il ne s'agit pas de "trouver une solution pour", mais de proposer des solutions pour. Ce n'est pas du tout la même chose. C'est toute la différence entre un simple diagnostic et une véritable thérapie. Certains mélenchonistes ont parfois du mal à comprendre ça - ce qui me navre à un point… Personnellement, je défends un certain nombre de monopoles d'Etat. Dont un monopole sur l'émission monétaire, les services bancaires, la bourse et tous les marchés financiers. Et je rappelle ici cette réflexion de Sapir (que j'espère ne pas trop détourner) : on peut avoir la souveraineté sans la démocratie, mais on ne peut pas avoir la démocratie sans la souveraineté. Et aussi l'alinéa numéro 9 du préambule de la Constitution de 1946 : "Tout bien, toute entreprise, dont l'exploitation a ou acquiert les caractères d'un service public national ou d'un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité".

Marco va sans doute trouver tout cela très "vulgaire", grand bien lui fasse.

-"Casser les hedge funds", ou "limiter drastiquement la sphère de la finance spéculative", c'est très bien, mais c'est très vague. Contrôler directement les hedge funds et la finance via un monopole d'Etat sur les transactions financières, il me semble que c'est moins vague…

-"Interdire aux banques" ceci ou cela, c'est très bien, mais c'est très vague. Contrôler les banques via un monopole d'Etat, c'est moins vague…

-"Remonter" les impôts, pourquoi pas ? Je pense qu'il faudrait surtout, pour l'essentiel, substituer un impôt (réellement) progressif sur le capital à l'impôt soi-disant "progressif" sur le revenu (ça c'est mon côté gauchiste).

J'ai même réfléchi - sans aucune modestie, mais il ne faudrait surtout pas laisser à la droite capitaliste fondamentaliste le monopole de la décomplexitude - à une grande réforme fiscale : impôt progressif sur le capital des personnes physiques, affecté en particulier à la capitalisation du secteur public ; TVA à 25 % ; impôt proportionnel sur le revenu du travail, affecté exclusivement au financement du système de retraite par répartition ; suppression de l’impôt sur les sociétés, de l’impôt sur le revenu du capital, de l’impôt sur les successions et de la taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP) - car il y a aussi mon côté "gauchiste de droite". Le monopole d’Etat sur l’émission monétaire et sur les services bancaires permettrait en outre de dégager des recettes considérables.

Je dois préciser que beaucoup de ces idées sont inspirées de Maurice Allais, et cependant arrangées à ma sauce (autrement dit, beaucoup plus socialistes, j'assume complètement). C'est sans doute un peu crétin (et prétentieux) de ma part de me placer dans une sorte de continuité "allaisienne" (moi qui ne suis pas prêt d'avoir un prix Nobel ni cent ans), mais c'est sûrement moins crétin que d'avaler toutes les couleuvres du soi-disant "humanisme" modémien - et de suivre en cela l'exemple des prétendus "socialistes" du P"S" ou des prétendus "gauchistes" du P"G".

Ecrit par : Joe Liqueur | 09.02.2010

@ Marco

Merci pour ce magnifique commentaire qui démontre à la fois une immense tolérance à l'égard des personnes qui ont une autre opinion que vous (les "réactionnaires de droite" ou les "vulgaires gauchistes") ainsi qu'une véritable capacité de débat...

Pour information, je n'ai que faire des qualificatifs de gauche et droite, qui n'ont plus aucun sens aujourd'hui à mon avis.

@ Joe

Je crois qu'Hervé Nathan ne fait qu'esquisser des solutions, sans forcément rentrer dans le détail, ce qui n'est pas le but de son papier. Marianne a déjà fait des dossiers plus détaillés qui font des propositions plus concrètes.

Concernant les banques, c'est vrai que depuis la crise et avec la lecture de Lordon, j'ai tendance à considérer que les banques sont une forme de service public et qu'il conviendrait (a minima) de constituer un grand pôle bancaire public. Cela permettrait d'éviter le comportement oligopolistique des banques d'aujourd'hui.

Pour "casser les hedges funds", pour le coup, je trouve le fait de confier un monopole d'Etat sur les transactions financières est un peu timide. Quelques propositions concrètes :
- taxe Tobin sur toutes les transactions financières
- révision des normes prudentielles pour imposer un minimum de 15% de fonds propres sur le total des actifs avec un mécanisme permettant d'augmenter les exigences de fonds propres en cas de hausse des marchés pour limiter la formation des bulles
- embargo total sur les paradis fiscaux

Banques : a minima, constituer un pôle bancaire public important. Re-nationalisation de la politique monétaire ainsi qu'abrogation de la loi de 1973 interdisant à la banque centrale de financer l'Etat.

Fiscalité : grande réforme fiscale pour supprimer les niches, rééquilibrer l'imposition sur le travail et le capital. Transfert des cotisations sociales vers une TVA sociale de manière à faire contribuer les importations au système de sécurité sociale. En revanche, je ne suis pas du tout d'accord pour supprimer l'impôt sur le revenu (élément de solidarité nationale), la TIPP (notre taxe carbone en l'appliquant également au fuel et au kérosène), l'impôt sur les sociétés ou sur les successions.

Merci pour cette contribution au débat.

Ecrit par : Laurent Pinsolle | 09.02.2010

Oui bien sur, le sur endettement et les déficits, c'est vraiment salope de la part des marchés de penser qu'il y a un gros problème.La dette publique et son management par les gouvernements successifs n'est pas du tout, mais alors pas du tout à remettre en cause. C'est bien à l'Etat à aller par des lois expliquer que lorsqu'il présente des risques de défaut de paiement, il faut fermer les yeux et remonter nos notations. pour un marché plus clair.

Ecrit par : Servietsky | 09.02.2010

@ Servietski

Que fallait-il faire alors à l'automne 2008 : ne pas soutenir les banques ni faire de plan de relance pour l'économie ?

Les (ultra)libéraux étaient les premiers à demander une intervention de l'Etat (cf The Economist) et aujourd'hui, vous vous plaignez des déficits. D'un côté, vous implorez l'aide de l'Etat pour sauver le système que les marchés libres ont mis à terre mais ensuite, vous dénoncez les déficits que cette aide a occasionnés.

C'est bien beau de critiquer, mais il faudrait proposer un véritable plan alternatif. Il ne fallait rien faire à l'automne ?

Ecrit par : Laurent Pinsolle | 09.02.2010

Que fallait-il faire alors à l'automne 2008 : ne pas soutenir les banques ni faire de plan de relance pour l'économie ?
-> Oui, un plan de relance est plus de la même chose qui nous ont conduit là.
http://www.youtube.com/watch?v=O1EtFZ1AgyU

Et les gouvernements n'ont jamais attendu de crise pour nous enliser dans une spirale de dette sans fond. Mauvaise excuse que ces bail-out et ces plans de relance.

Les (ultra)libéraux étaient les premiers à demander une intervention de l'Etat
-> Vous rêvez. Qui ?

Ecrit par : Servietsky | 09.02.2010

Je ne suis pas certain que le premier message passera, désolé du doublon si c'est le cas.

Les bail out et les plans de relance sont une mauvaise idées. C'est plus de la même chose qui nous a conduit là. Et les gouvernements successifs n'ont pas attendu la crise pour nous entraîner dans une spirale sans fond. Mauvaise excuse que ces plans de relance.
http://www.youtube.com/watch?v=O1EtFZ1AgyU

Les (ultra)libéraux étaient les premiers à demander une intervention de l'Etat
-> Vous rêvez. Je vais vous montrer ce que dirait un libéral à propos de ça :
(c'est Ron Paul le libéral, je préfère précisez vous avez l'air embrumé sur la question)
http://www.youtube.com/watch?v=TcuppSvQ1-Q&feature=related

Ecrit par : Servietsky | 09.02.2010

@ Servietski

Pas de bail out, ni de plan de relance !!! Mais l'économie se serait effondrée dans la dépression, non ? C'est la politique de Hoover. Je ne pensais pas qu'il existait des personnes qui pouvaient être de cette opinion. Que se serait-il passé selon vous ? Tout ne serait-il pas effondrer comme dans les années 30 ?

Après, nous serons sans doute d'accord sur le fait qu'avoir des déficits en période de croissance est une hérésie. Autant je suis favorable à des plans de relance en cas de crise, autant je suis contre les déficits et la dette en période normale. Le Général de Gaulle a été un modèle de vertu.

Ron Paul est peut-être de cette opinion, mais The Economist, qui est tout de même l'organe de presse de référence pour la plupart des ultra-libéraux, était à la fois pour un bail out et pour un plan de relance. Ils avaient titré en une sur la nécessité de "sauver le système" et appelaient même les pays européens à faire des plans plus consistants.

Ecrit par : Laurent Pinsolle | 09.02.2010

L'économie s'effondrera dans la dépression. Reporter le problème (aux prochaines élections), ne le résout pas. Si on n'avait pas fait de plan de relance, la situation n'aurait pas franchement été pire.

Les marchés devaient se purger, on ne devait pas accepter le 'too big to fail' ça dé-responsabilise tout le monde.

Je rectifie, oui les libéraux lisent souvent The Economist parce que c'est de loin le journal de meilleure qualité, mais les positions de The Economist sont à mi chemin entre un libéral et un doux étatiste. Ce qu'apelle à faire The Economist n'engage que lui. Si après ça, il se positionne comme libéral, oui mais dans certaines limites il l'est (beaucoup plus que l'Immonde, le Bigaro ou Labération par exemple).

On en a vu au Japon par exemple des centaines de plans de relance qui n'ont servi à rien. Simplement parce que les fonds de ce plan de relance vont venir des sources productrices de richesses des marchés. Ce n'est pas de la relance, c'est de la redistribution.

Après, je ne cherche pas forcément à vous convaincre, mais à vous expliquer la position libéral kascher, parce que je ne veux pas vous faire de procès d'intention, on veut probablement tous les deux la même chose : sauver ce pays en lente décomposition. Mais vous n'y arriverez pas en vous battant contre des épouvantails ultra-libéraux qui n'existent que dans vos fantasmes. Mais vous êtes libre de critiquer le libéralisme, c'est votre droit, mais je trouve ça consternant d'accuser par exemple les marchés des problèmes de dettes publiques qui vous nous couler.

Ecrit par : Servietsky | 09.02.2010

Je me permet de mettre en lien une pétition pour une relance durable écrite par des libéraux :
http://www.relancedurable.fr/

Ecrit par : Servietsky | 09.02.2010

@ Servietsky

The Economist entre libéral et étatiste : ça, on ne me l'avait jamais fait. Je suis d'accord sur le fait que sauver les banques pose un énorme aléa moral. Il est clair que ce n'est pas une bonne issue (même si pour moi, c'était la seule). J'y vois deux solutions : soit concevoir des normes comptables permettant d'éviter tout risque de faillite, soit considérer que l'activité bancaire est une forme de service public.

Au moins, vous êtes très cohérent. Mais je crois que si nous vous avions suivi, alors nous serions rentrés dans une Dépression comparable à celle des années 30. Les faillites bancaires auraient accéléré la récession économique dans un scénario sans doute pire que dans les années 30. Je ne crois pas que nous aurions assisté à une purge mais bien à un cataclysme économique.

Nous serons d'accord sur un point : c'est que ce ne sont pas les marchés qui sont à l'origine des problèmes de dette, mais bien les gouvernements qui n'ont pas été responsables. Le gaulliste que je suis est clair là-dessus.

Après si je cogne sur les néolibéraux / ultralibéraux, c'est parce que je pense que c'est cette pensée qui nous a mené là où nous en sommes aujourd'hui. J'avais fait un papier sur la crise de l'anarchie néolibérale et je pense plus que jamais que c'est la trop grande libéralisation des échanges commerciaux, du monde financier, et de la monnaie qui est responsable des déséquilibres actuels. Demain, je mettrai des liens vers ces papiers.

Et puis, je ne crois pas que ce pays soit en décomposition. Ce terme est beaucoup trop fort. Nous traversons une mauvaise période. Mais la France en a vu d'autres, et des bien pires. Nous nous en relèverons, comme toujours.

Ecrit par : Laurent Pinsolle | 10.02.2010

Bonsoir Laurent

Merci de votre réponse qui confirme que nous avons quelques préoccupations en commun (et désolé d’avoir un peu tardé à vous répondre).

J'ai longtemps fait de l'impôt progressif sur le revenu une sorte de dogme, ce en quoi je me conformais à une vision social-démocrate (au sens large) et même "gaulliste". Et puis… j'ai changé d'avis. Et je me suis souvenu qu'on devait cet impôt à un certain Joseph Caillaux, une figure (très honorable au demeurant) du courant radical-socialiste - lequel n'était en fait ni vraiment radical ni vraiment socialiste. Et j’en suis surtout venu à considérer que cet impôt était une disposition assez hypocrite, dans la mesure où elle consiste à traiter le problème a posteriori, au lieu de le résoudre a priori, de manière structurelle. C’est pourquoi je défends, outre un certain nombre de monopoles d’Etat, une “vieille” mesure de gauche qui n’a jamais vraiment été mise en œuvre en France : le droit au travail (une idée que tous les partis “de gauche” ignorent superbement, ce qui me navre et le mot est faible). Et aussi l’impôt progressif sur le capital qui, tout comme le droit au travail, est une véritable mesure structurelle.

De mon point de vue, le droit au travail (avec le statut de fonctionnaire) et l’impôt progressif sur le capital sont des mesures nécessaires (voire suffisantes) pour ré-équilibrer le rapport de force capital/travail, autrement dit pour réduire les inégalités de revenu. A cet égard l’impôt progressif sur le revenu est au mieux une demi-mesure.

Concernant les monopoles d’Etat, je propose la liste suivante : monnaie et services bancaires, bourse et tous marchés financiers, assurances, production d’énergie fossile et nucléaire, enseignement, santé (services funéraires compris), distribution d’énergie, télécommunications et poste, transports en commun, transport de marchandises et recyclage des matières premières.

Vous voudrez bien admettre qu’une telle proposition, pour (réellement) radicale qu’elle soit, laisse tout de même un assez vaste champ libre pour l’économie capitaliste privée (industries, énergies renouvelables, agriculture, restauration, bâtiment, media, et j’en passe). Même si, dans tous les domaines d’activité que je viens de citer, je défends par ailleurs l’existence d’entreprises publiques, lesquelles co-existeraient alors (pacifiquement) avec les entreprises privées (on devrait alors parler de secteur public non-monopolistique). Un peu comme pour votre grand pôle bancaire public (tout ce débat consiste à définir clairement les périmètres respectifs des secteurs publics et privés, lesquels peuvent éventuellement se recouper).

C’est bien pour cela que je refuse catégoriquement de me ranger sous une bannière “anticapitaliste”, alors même que je suis beaucoup moins capitaliste que bien des “anticapitalistes” auto-proclamés.

Concernant l'impôt sur le revenu du travail, remarquez bien que je ne prône pas sa suppression pure et simple ; je propose que cet impôt devienne proportionnel et qu’il soit affecté exclusivement au financement du système de retraites par répartition. Ce n’est pas tout à fait la même chose.

Constituer un “grand pôle bancaire public”, je pense que ce serait déjà pas mal. Quand une telle proposition vient de la “droite” (j’ai bien noté que vous rejetez ce type de distinction, mais là je ne vous suis pas), cela me réjouit. Quand les MEMES propositions (que je trouve bien trop modérées) viennent de la “gauche de la gauche”, cela me plonge dans une grande consternation. Comprenez-moi bien : dans la mesure où je ne considère pas être dans votre camp, je me réjouis de constater que certains, à “droite”, ont encore quelque notion de l’intérêt général. Quand un courant auto-proclamé “de gauche” est incapable d’aller plus loin que des “gaullistes” modérés (c’est toujours mon point de vue, vous ne serez sans doute pas d’accord), eh bien je me dis qu’il y a quand même sérieux problème “au niveau du débat démocratique”.

Je ne saisis pas très bien votre objection concernant les hedge funds. Il me semble qu’un monopole d’Etat sur les transactions financières permettrait d’encadrer l’activité de ces entreprises privées de manière satisfaisante. D’ailleurs, à partir du moment où les transactions financières relèvent du monopole d’Etat, on peut très facilement envisager d’imposer des taxes de type Tobin ou autre. De mon point de vue, le monopole d’Etat est justement le dispositif adéquat pour mettre en œuvre ce genre de politique, et c’est même le seul moyen d’agir en position de force et donc… d’agir tout court - car il s’agit bien d’un rapport de force. Et selon moi il en va de même pour les normes prudentielles et les paradis fiscaux – puisqu’on parle de rapport de force, on pourrait aussi faire croiser le Charles-de-Gaulle devant Monaco, mais c’est moins subtil.

Je me réjouis de voir que vous proposez d’abroger la loi de 1973 sur l’interdiction des avances de la Banque de France au Trésor. Mais vous conviendrez avec moi qu’une telle mesure exige à tout le moins une sortie de l’euro.

Cela me réjouis tout autant de voir que vous proposez une grande réforme fiscale “pour supprimer les niches” et “rééquilibrer l'imposition sur le travail et le capital”. Jusque-là, on est tout à fait d’accord. Mais je pense que, précisément, un impôt progressif sur le capital (se substituant à l’impôt progressif sur le revenu du travail) serait l’outil adéquat pour atteindre ces buts. Notez qu’un tel impôt suppose un monopole d’Etat sur les transactions financières. Sans quoi, dans le contexte technologique contemporain, ce projet serait voué à l’échec – c’est d’ailleurs ce que l’on a pu constater avec l’ISF, lequel est déjà un impôt progressif sur le capital, mais sans ambition, sans moyens, et avec une assiette ridiculement étroite.

L’idée d’un “transfert des cotisations sociales vers une TVA sociale de manière à faire contribuer les importations au système de sécurité sociale” me laisse un peu perplexe. Si je propose d’augmenter la TVA, c’est parce que cet impôt est efficace, et relativement proportionnel à défaut d’être progressif (mais encore une fois, je ne fais pas de la progressivité un dogme, sauf quand il s’agit d’impôt sur le capital). Question de pragmatisme - la TVA représente près de 50 % des recettes fiscales globales de l’Etat ; environ deux fois la recette de l’impôt sur le revenu. Car pour moi, il est absolument incontournable d’augmenter la recette fiscale globale, pour financer les nationalisations, la santé, les grands travaux, la recherche (publique) et j’en passe. Le “transfert” que vous évoquez est tout de même intéressant, mais le lien avec les importations me semble délicat – il faut que j’y réfléchisse.

Concernant la TIPP, sa part est de toute façon négligeable dans les recettes fiscales globales - j’admets que cette objection est insuffisante, mais c’est un très vaste sujet, alors je veux pas y entrer maintenant ; mais en matière fiscale, d’une manière générale, je prône la simplicité.

Je suis totalement opposé à l’impôt sur les sociétés. La recette de cet impôt est encore plus faible que celle de l’impôt sur le revenu (et là encore, je prône la simplicité). Mais surtout, je pense que l’impôt doit frapper exclusivement les personnes physiques. L’impôt est une contribution à la République ; il est le lien social fondamental entre les individus qui constituent la nation. Exiger un impôt des personnes morales n’a aucun sens.

Là encore, cela m’éloigne des “anticapitalistes” auto-proclamés.

Concernant l’impôt (progressif) sur les successions, je pense qu’il ferait doublon avec l’impôt progressif sur le capital (et là encore, je prône la simplicité). Egalité des chances ? Mais le droit au travail et l’impôt progressif sur le capital garantiraient cette égalité sans qu’il soit nécessaire de recourir à un impôt sur les successions. Accessoirement, un décès n’est pas la meilleure occasion pour exiger un impôt auprès des proches du défunt. Dans ces circonstances, la République ferait bien mieux de payer (les obsèques) plutôt que de faire payer des impôts.

Pour finir, un petit lien pour Daniel Dresse, si jamais il passe par là… (mais ça n’a rien à voir avec la choucroute).

http://www.dailymotion.com/video/xc6rae_journ%E9e-sp%E9ciale-elisabeth-badinder_news

Ecrit par : Joe Liqueur | 12.02.2010

Il y aurait eu une pulsion ultra libéral assez puissante ces dernières années pour nous emmener dans une situation donnée, vous pensez vraiment que les Etats seraient tous sur-endettés ?
Soyez cohérents à votre tour...

Ecrit par : Servietsky | 13.02.2010

@ Joe,

Merci pour cette réponse longue et argumentée. Vous avez une pensée vraiment originale !

J'avoue que la suppression de l'impôt sur le revenu et de l'impôt sur les sociétés me surprend car quand on considère que la distribution des revenus est de plus en plus inégalitaires depuis 30 ans et que les profits des entreprises ont battu des records en proportion du PIB en 2007, il semble surprenant d'accentuer ce phénomène en réduisant leur imposition.

Malgré tout, je perçois la logique de votre position.

A titre personnel, je crois qu'il est bon qu'une partie des profits réalisés par les entreprises dans un Etat reviennent à la collectivité puisque c'est cette collectivité qui leur permet de réaliser ces profits.

J'ai également une préférence pour l'impôt sur les revenus à un impôt sur le capital, même si je suis pour le maintien de l'impôt sur la fortune. Même si j'imagine que votre structure idéale de fiscalité a pour objectif de pousser à une plus grande consommation des hauts revenus, je crois qu'une telle suppression risquerait encore d'accroître les écarts de revenus qui ont explosé depuis la baisse de la fiscalité sur les hauts revenus depuis les années 80. Comme l'a montré la fiscalité rooseveltienne, une fiscalité progressive, atteignant des taux proprement confiscatoires à un certain niveau (79% pour les revenus au-delà de 1 Mio de dollars aux Etats-Unis), permet de réduire les écarts de salaires à des niveaux plus décents que ce qui existe aujourd'hui. A titre personnel, je crois qu'il faudrait au contraire rajouter une nouvelle tranche pour les très hauts revenus, comme le fait le gouvernement britannique.

Pour le "droit au travail", j'avoue ne pas très bien comprendre comment cela pourrait être mis en place. En revanche, je pense qu'il s'agit de LA priorité absolue en matière de politique économique. Les gouvernements doivent tendre vers le plein emploi car c'est une condition majeure d'une société harmonieuse où les hommes peuvent s'épanouir.

Pour les monopoles publics, je suis un peu moins large que vous. Pour moi, le transport de marchandises n'est pas un candidat naturel, ni le recyclage des matières premières. L'assurance n'est pas pour moi non plus un candidat spontané (j'ai l'impression que la concurrence y est suffisante). Pour la banque, a priori, mais je n'ai pas encore assez creusé la question, je crois qu'un pôle public fort serait suffisant. Je ne suis pas pour la nationalisation de toutes les banques. Je crois qu'une bonne régulation et un pôle public seraient suffisants. Pour les télécommunications, il faudrait arriver à remettre de la concurrence car ce domaine fonctionne comme une oligopole. Enfin, je crois que l'on peut ajouter quelques autres domaines, qui sont des monopoles naturels : distribution de l'eau, autoroutes, parking.

Bon point sur les hedge funds : un monopole d'Etat pour les transactions financières couplé à une taxe Tobin me semble la solution la plus pertinente.

Sur la loi de 1973, complètement d'accord : il faudrait sortir de l'euro.

Concernant la TVA sociale, le principe est simple. Les cotisations sociales qui financent notre Sécurité Sociale sont assises sur le travail, le rendant plus cher. De facto, quand on achète un produit produit en France, on paie pour le modèle social Français. En revanche, quand on achète un produit importé, on ne contribue pas à la Sécurité Sociale. Quelque part, on achète le modèle social du pays concerné... En transférant les cotisations sociales sur la TVA, cela permettrait de faire payer notre système de Sécurité Sociale sur l'ensemble des produits, importés ou nationaux. Du coup, même en achetant un produit chinois, on cotiserait à la Sécu. En outre, cela contribuerait à sensiblement réduire les écarts de coût de production puisqu'il y aurait égalisation sur la contribution à la Sécu.

Je reste favorable à un impôt sur les successions car cela contribue à rebattre les cartes à chaque génération, ce qui me semble juste étant donné les écarts de distribution de patrimoine.

Le qualificatif de "gaulliste modéré" me va très bien. Les notions de droite et de gauche me sont totalement étrangères car ma construction idéologique a été autant inspirée par Philippe Séguin que Jean-Pierre Chevènement au début des années 90. Et puis, je crois que les grands débats d'aujourd'hui (Europe, réforme du capitalisme) montre que cette ligne de partage est en bonne partie périmée.

@ Servietski

Indéniablement, nous sommes allés vers plus de libéralisme dans les domaines monétaires, financiers et commerciaux. Le niveau de la dette est indépendant du degré de libéralisation.

On pourrait même dire que c'est l'inverse. La libéralisation a tendance à pousser à l'endettement. Elle permet aux institutions financières d'utiliser davantage d'effet de levier (de davantage s'endetter pour un même capital) et par l'effet dépressif qu'elle a sur les salaires, elle pousse les ménages à compenser des revenus trop faibles par de la dette (cf Etats-Unis ou Grande-Bretagne).

Ecrit par : Laurent Pinsolle | 13.02.2010

Le niveau de la dette est indépendant du degré de libéralisation.
-> ha
ha
ha
ha

LOL.

Effectivement, avec des postulats pareils, on peut passer sur une contradiction énorme sans sourciller.

La libéralisation a tendances à couper les dépenses drastiquement, à revenir à des budgets équilibrés, et donc permettre de baisser les impôts et les taxes. La libéralisation d'un système monétaire permettrai d'avoir à épargner pour investir, et non pas étendre le crédit à tort et à travers par des taux d'intérêts bas. Tout le drame de notre système actuel.

D'ailleurs, on vit tellement dans un monde ultra libéral qu'il est si simple d'acheter un livre de Hayek, Mises, Bastiat, Rockwell, Rand, Rothbard, Friedman à la Fnac dans la section 'économie'.... Si les ultra libéraux avaient des lobbys si puissants pour détruire la planète, ils auraient eu de quoi payer quelques bouquins de propagande, non ? Bah ils n'ont pas réussi.

Ecrit par : Servietsky | 15.02.2010

@ Servietski

Noter que j'utilise le conditionnel "on pourrait dire l'inverse" et que j'écris que "la libéralisation a tendance". Je ne dis pas que la libéralisation pousse forcément à l'endettement. En fait, rigueur budgétaire et libéralisation ne sont pas liés. En effet, le Général de Gaulle gérait les finances publiques de manière très rigoureuse mais menait une politique dirigiste. En revanche, Georges Bush ou Ronald Reagan ont creusé les déficits, tout en menant des politiques de libéralisation.

N'oubliez pas également que la libéralisation du système de crédit immobilier aux Etats-Unis a grandement contribué à l'excès d'endettement qui nous a mené aux subprimes. C'est parce que les banques proposaient des prêts aberrants (Interest Only, 2-28...) que la bulle a tellement grossi.

De la même manière, la libéralisation permet aux banques de prendre des engagements (et donc de s'endetter) beaucoup plus importants qu'avant.

Ecrit par : Laurent Pinsolle | 16.02.2010

Reagan avait la guerre du vietnam, et bush n'est pas libéral. De toute façon, quand des banques merdent : c'est la faute à l'ultra libéralisme. alors qu'on vit dans un système mixte, soc dem.
Et quand les Etats nous la mettent profondent : c'est la faute au marché fou.

Il n'y a plus rien à tirer de ce pays.

La criiiise vient des taux d'intérêts bas, le vecteur de l'extension du crédit qui permet le boom. Tu connais Keynes ? C'est son monde à lui qu'on a aoujourd'hui, pas celui des libéraux. alors si un jour tu as le courage de t'en prendre à lui.

Ecrit par : Servietsky | 16.02.2010

@ Servietski

Reagan, le Vietnam ? Il faut revoir vos cours d'histoire...

Je persiste : le contrat keynésien a persisté jusqu'au début des années 70, mais il a été mis en miette progressivement depuis.

En revanche, les solutions apportées à la crise s'inspirent clairement de Keynes. Bref, on fait du Keynes à court terme tout en maintenant une politique d'inspiration ultra-libéral à moyen / long terme.

Ecrit par : Laurent Pinsolle | 16.02.2010

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