10.02.2010
La Grèce ne va pas (tout de suite) sortir de l’euro
C’est la panique depuis quelques semaines. La spéculation sur les emprunts d’Etat grecs et la hausse des taux longs met en péril la monnaie unique, au point que de plus en plus de commentateurs évoquent l’explosion de la zone euro, parfois à court terme.
Une situation tenable à court terme
Paradoxalement, la situation n’est pas si dramatique même si Europe 1 affirme à tort que la Grèce n’arrive plus à se financer sur les marchés. Comme l’explique The Economist, en janvier, alors qu’Athènes souhaitait placer 8 milliards d’euros, les marchés en ont souscrit pour 25 milliards. En un seul mois, la Grèce aurait pu couvrir la moitié de son besoin de l’année. Athènes n’a même pas utilisé cette demande pour placer davantage et s’en est tenue aux 8 milliards prévus.
En outre, les taux atteints par la dette grecque ne sont sans doute plus très loin d’un plafond (ils sont au niveau du Brésil). La fièvre des marchés peut sans doute leur faire encore gagner un 1%, mais guère plus. Et surtout, le surcoût est pour l’instant gérable. Les 350 points de base d’écart avec l’Allemagne sur la tranche de janvier représentent un surcoût de 280 millions pour l’année 2009, à peine plus de 0.1% du PIB. Chiffre à mettre en rapport avec une dette de 200 milliards et un déficit de 20…
De plus, la Grèce n’a plus besoin d’emprunter avant le mois de mai. Et Athènes peut sans doute encore envisager un soutien du FMI, des autres pays européens ou d’un autre pays avec des réserves conséquentes (la Chine a été évoquée). Enfin, il ne faut pas oublier que la semaine prochaine, les statistiques du PIB pour le 4ème trimestre vont tomber et il y a fort à parier que les chiffres seront assez bons, ce qui pourrait signifier la fin de la récréation pour des marchés.
Bref, les marchés prêtent à un coût élevé à la Grèce, mais ils continuent de prêter. Il est vrai que sur l’ensemble de l’année, le surcoût représentera plus de 1 milliard d’euros par rapport à l’Allemagne, mais il est évident que la Grèce n’avait pas construit son budget avec des taux longs à 3%... En fait, il s’agit sans doute d’un nouveau cas d’exubérance irrationnelle des marchés et d’une opportunité de soutirer davantage d’argent aux Etats, comme le rapporte assez bien le Monde.
Une situation intenable à long terme
Du coup, mon pronostic est qu’à court terme, la Grèce ne risque pas de sortir de l’euro et comme il s’agit du pays dont la situation est sans doute la plus critique, il n’y a pas de risque d’explosion de la monnaie unique européenne tout de suite. Mais pour être réaliste, je ne peux pas nier qu’un doute subsiste quand on considère la spéculation actuelle. Je crois néanmoins que les marchés vont rapidement se retourner et finir par parier sur une baisse des taux tant ils semblent aujourd’hui exagérés.
Mais ce pari ne signifie pas que la zone euro soit définitivement tirée d’affaire pour autant. En effet, ses déséquilibres internes, loin de se réduire, ont tendance à se renforcer du fait de la diversité des situations nationales. En effet, la même monnaie ne peut pas convenir à des pays aussi différents, comme nous le montre aussi le cas de l’Irlande aujourd’hui. Une politique monétaire inadaptée a conduit à une bulle dont l’éclatement est très violent (triplement du taux de chômage, PIB -10% en deux ans).
La Grèce se retrouve aujourd’hui dans une voie sans issue. La rigueur risque de prolonger la dépression économique sans espoir de reprise puisque le pays ne peut pas dévaluer. Seule une déflation volontaire pourrait permettre au pays de s’en tirer théoriquement, mais l’expérience montre que cette voie porte surtout le risque d’une longue dépression économique. Bref, l’Irlande comme la Grèce, sont prises au piège d’une monnaie unique qui pose beaucoup plus de problèmes qu’elle n’en résout.
Certains appellent à une réaction de l’Europe et trace une voie faite d’intégration fédéraliste. Cela fait sourire le « noniste » de 1992 que je suis : quelques fédéralistes osaient dire tout haut que la monnaie unique était un moyen de contraindre l’Europe à se construire sur un modèle fédéral. Mais il est totalement improbable (et pas injuste) que les pays « vertueux » acceptent de prendre en charge d’une quelconque manière les engagements des pays qui ont moins bien géré leurs finances publiques…
A moyen terme, on peut donc pronostiquer que l’euro éclatera. Faudra-t-il un an, trois ans, dix ans ? Il est impossible de le savoir, mais cette construction monétaire est trop baroque et rigide pour pouvoir durer en l’état actuel. Cette crise n’est donc que la première du genre.
Actualité oblige, la 2ème partie du résumé du livre de Paul Krugman sera publiée demain.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : euro, grèce, irlande, monnaie unique, zone euro




Commentaires
@Laurent
Je suis d'accord avec toi sur le long terme, je viens même de faire un plaidoyer pour une sortie de l'union européennesur mon blog http://lebondosage.over-blog.fr/article-et-si-on-sortait-de-l-ue-43904365.html
Même si je sais que ce n'est pas ton scénario préféré il me semble qu'a terme la possibilité de rester dans l'UE se dégrade. Car je ne pense pas que sortir de la zone euro soit suffisant. Puisqu'il faudrait remettre en cause bon nombre de dogme en vigueur non seulement dans la zone euro mais dans les institutions de l'UE tout entière.
Quitte à sortir de la zone euro autant carrément sortir de l'UE enfin c'est ce que je pense.
Écrit par : yann | 10.02.2010
Il me semble que tu passes à coté du vrai sujet dans ce papier, obnubilé que tu es par ta passion pour les questions monétaires et l'euro en particulier.
Le vrai sujet c'est celui que tu pointais dans cette phrase d'un billet précédent "la finance a instauré une taxe sur les Etats" ! On assiste en réalité au début d'une nouvelle séquence de la crise du capitalisme financiarisé.
La phase 1 a commencé quand les ménages américains ont atteint le plafond du surendettement. Les défauts de paiement ont failli mettre le système financier par terre. Elle a pu être résolue par un soutien fort des Etats et des banques centrales qui ont renfloué les banques et injecté un maximum de capitaux dans l'économie réelle pour éviter une dépression trop brutale.
La phase 2 commence avec l'affaire Grecque. Ce sont désormais les Etats qui touchent les limitent à leur endettement. Les marchés font mine de s'affoler mais en réalité ils s'en mettent plein car personne ne parle de défaillance des Etats. Ce qui est hallucinant c'est que tous les commentateurs continuent de penser qu'il est parfaitement normal que les marchés financiers prélèvent ainsi une telle "taxe" sur les Etats et que ceux-ci doivent se serrer la ceinture et continuer d'emprunter à la Banque comme le ferait n'importe quel ménage surendetté
Ce à quoi on assiste c'est donc à une nouvelle opération de prédation des oligarchies financières, qui s'attaquent qui après s'être attaqués aux salariés (confiscation des gains de productivité, défaltion salariale) puis au consommateur avide de consommer (crédits hypothécaires, surendettement) poursuit sa marche en avant, en s'attaquant cette fois carrément aux Etats et à leur population.
Ce n'est donc pas du coté des marchés ou des monnaies qu'il faut regarder mais du coté des Etats. La Grèce sera obligée d'imposer une violente cure d'austérité à des populations pas du tout préparées à cela, quelle que soit l'origine des prêts destinés à la "sauver".
Apparemment c'est parti pour très mal se passer. Soit la population se révolte et on va vers un bordel indescriptible faut de solutions alternatives prêtes. Soit elle accepte la purge et une forte réduction de son niveau de vie. Dans un cas comme dans l'autre, le cas fera jurisprudence.
Je ne vois pas en effet pourquoi ce processus s'arrêterait à la Grèce. Les marchés ont tout intérêt à rançonner les Etats en remontant les taux d'intérêts. Tous les dirigeants européens vont prendre peur, se coucher face au diktat des marchés et imposer aux populations des restrictions douloureuses. Certains parmis les adeptes des théories du complot pourraient même penser que cela fait partie d'un plan global et méthodique pour détruire ce qu'il reste de socialisé dans nos économies (retraites, santé, secteur public ...)
La réduction rapide des déficits publics (les derniers moteur de ce qui reste de croissance) conjugué à l'érosion toujours en cours de l'appareil productif (un rapport annonce 50 000 suppressions d'emplois dans la filière auto dans les deux prochaines années) qui se traduira par une très forte contraction de la demande solvable comme de l'offre de travail, et donc une reprise de la récession qui pourrait bien cette fois prendre la forme d'une vraie dépression.
Écrit par : Malakine | 10.02.2010
@ Yann
Je pense qu'une sortie de l'euro et une menace de sortie de l'UE seraient suffisants pour contraindre l'UE à changer étant donnée la position de la France. Mon objectif est de changer radicalement la construction européenne, mais pas de mettre fin au projet européen.
@ Malakine,
En fait, l'objet de l'article est de dire que l'explosion de l'euro n'est pas pour le court terme, contrairement à ce que certains penseurs alternatifs annoncent. Je voulais juste démontrer que la situation n'a pas atteint le point de non retour, loin de là. Il faudra encore quelques années de prédation des marchés pour mettre les grands Etats dans une position intenable. Pour l'instant, seuls des petits pays sont véritablement concernés.
Après, je partage complètement ton point de vue (mais ce n'est pas ce que je voulais développer aujourd'hui). D'ailleurs, dans mon scénario "Le Grand Choc de 2017", pour moi, la nouvelle grande crise du capitalisme prenait pour origine une crise des finances publiques et la cessation de paiement de l'Italie. Nous sommes sur la même longueur d'onde.
En fait, les néolibéraux ont tout gagné aujourd'hui. Les Etats ont sauvé leur système économique sans rien changer (exactement ce que demandait The Economist) et cela va imposer la rigueur budgétaire qu'ils appelent.
Mais je pense que nous avons à peine entamer la phase 2. La croissance sera très faible en Europe du fait de la réduction des déficits budgétaires.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 10.02.2010
laurent,
Tu sais, j'étais moi même blogueur jusqu'il y a peu de temps et je sais bien qu'on peut traiter un sujet avec différents angles de vue ! :-)
Ce n'était pas une critique. Je voulais juste faire part de mon sentiment sur cette affaire. Je suis effaré des commentaires que j'entends à la télé et à la radio et très inquiet pour la suite, car la crise des finances publiques vient beaucoup plus vite que ce que je pensais. Initialement, je pensais que ça attendrait 2012 et l'arrivée du grand Dominique à l'Elysée ... :-)
Écrit par : Malakine | 10.02.2010
Malakine
Et en fait, c'est justement le but de ce papier que de dire que malgré la panique actuelle, je ne crois pas que la grande crise des finances publiques viendra tout de suite.
La situation de la Grèce est loin d'être aussi désespérée que cela quand on examine la vente de la tranche de janvier. En outre, avec quelques petits calculs, on constate que la pression sur les taux, aussi forte soit-elle aujourd'hui, ne met pas encore une pression insoutenable sur les finances publiques.
Il faudrait une longue période de taux très élevés (a priori au moins 2 ans, mais là, je n'ai pas fait de calculs précis) pour vraiment déséquilibrer les finances publiques. Du coup, cela remet la vraie crise à plus tard à mon avis.
Je parie qu'elle aura lieu après 2012, même si on ne peut pas exclure quelques coups de chaud des marchés d'ici là.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 10.02.2010
Je trouve cela plutôt marrant que les umpistes comme vous sont incapables de se poser la question de l'incidence de la monnaie disponible sur la dite spéculation. Mais non en bon démagogue, il vaut mieux aboyer sur les " méchzan zpéculateur" que de tenter de réfléchir 5 minutes. Il y a quelques années nous aurions encore entendu parler de " méchant apatride" voir pour remonter plus loin de personne "d'une certaine confession" de la bouche de gens comme vous.
C'est encore plus marrant venant d'un blogueur qui idolâtre une personne ayant fait partie des "Young leaders".
Écrit par : Marco | 10.02.2010
@ Marco le troll
UMP ? Désolé, mais je ne suis pas UMP, j'ai voté SR au 2nd tour en 2007. Et DLR ne fait plus partie de l'UMP depuis 3 ans. Il faut suivre l'actualité, que diable !
Il est bien évident que vous, au moins, avez réfléchi plus de 5 minutes pour pondre un tel commentaire, contrairement à ce que j'ai fait pour ce papier !
Je ne vois pas bien ce que peut faire les allusions nauséabondes que vous mettez en avant.
Désolé, mais j'ai passé l'âge d'idolâtrer qui que ce soit. Concernant ce bruit de chiottes que vous venez répandre sur mon blog, c'est complètement ridicule. NDA s'est expliqué plusieurs dessus. Il s'est rendu une fois à une invitation mais n'a plus jamais rien eu à voir avec les Young Leaders.
Votre raisonnement est complètement ridicule et contradictoire : vous nous accusez à la fois de défendre d'autres idées que vous tout en disant que nous sommes des agents doubles.
Votre commentaire est donc aussi ridicule que tortueux.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 10.02.2010
Vous êtes donc bien une de ces organisations gravitant tout autour de l'UMP, et dont de nombreux militant font la jonction.
Les spéculateurs/patrons/traders/... ne sont que les étrangers d'hier ou les juifs d'il y a quelques années, ils sont bien utiles aux moutons du système comme vous pour éviter de se remettre véritablement en cause et tout mettre sur leur dos.
Écrit par : Marco | 10.02.2010
@Laurent Pinsolle,
Bonjour, une courte brève pour te répondre ;-)
http://reversus.fr/2010/02/11/au-dela-dune-tragedie-grecque/
Écrit par : Seb_ | 11.02.2010
@ Marco
J'ai toujours adoré l'attitude typique du connard qui pense pouvoir disqualifier ses ennemis en les traitant d'antisémite. Laurent est trop gentil de laisser la parole aux parasites de ton espèce !
Écrit par : Malakine | 11.02.2010
@ Laurent
Je trouve ton analyse très pertinente et pas forcément en ligne avec ce qu’on peut entendre par ailleurs. Merci donc.
N’oublions pas cependant que ce que tu appelles l’exubérance irrationnelle des marchés peut malheureusement aboutir à des prédictions auto-réalisatrices.
Le commentaire de Malakine vient très bien compléter et développer le sujet et me permet de revenir à ma marotte : jusqu’à quand allons nous accepter que l’Etat soit obligé d’emprunter aux banques commerciales et payer pour quelque chose (la monnaie) qu’il pourrait créer lui-même (sous certaines conditions) ?
Pour remettre en cause cet état de fait gravé dans le marbre des traités, il n’y a qu’une solution, et là je rejoints Yann (dont je recommande l'article sur la sortie de l'UE) : sortir de l’Europe … pour reconstruire autre chose.
Écrit par : RST | 11.02.2010
Ce qui est hallucinant dans l'affaire grèque c'est qu'on envisage un prêt par des Etats membres - ce qui à ma connaissance est interdit par les traité - mais que personne n'envisage l'idée que la BCE puisse en faire autant. Probablement parce que les traités ne le prévoient pas ...
Écrit par : Malakine | 11.02.2010
@ Marco,
Nous ne gravitons pas du tout dans la sphère de l'UMP. Contrairement à la plupart des autres petits partis de Morin, Boutin, Bockel, Besson ou Villiers, nous ne touchons aucun financement de l'UMP. Nous sommes 100% indépendants.
Et puis, il faudrait lire le blog. Si je critique les excès des banques ou des traders, pour moi, les responsables sont les politiques qui ont construit le système ou l'ont laissé se construire. La reponsabilité est avant tout politique.
@ RST
C'est juste sur les capacités auto-réalisatrices des marchés. Ce que je veux souligner, c'est qu'à moins de monter les taux longs à 15%, leur impact sur la gestion des dettes publiques reste gérable à court terme, d'autant plus que les marchés continuent à acheter les dettes publiques.
Complètement d'accord sur la création monétaire. Pour moi, nous devrions pouvoir faire comme aux Etats-Unis. Mais il y a juste besoin de sortir de la monnaie unique pour le faire...
@ Malakine
Bien vu !
Écrit par : Laurent Pinsolle | 11.02.2010
@Malakine
Je ne sais pas si cela à un rapport avec ta question mais je viens de lire un texte intriquant sur dedefensa. Ce dernier fait en fait un résumé d'un article de The Independent disant que les instances européenne seraient en train d'utiliser la crise pour prendre le pouvoir budgétaire au dépend des états nations. La mise sous tutelle de la Grèce par exemple leur plairait bien.
http://www.dedefensa.org/article-la_crise_et_la_tentative_de_prise_de_pouvoir_de_von_rompuy_10_02_2010.html
http://www.independent.co.uk/news/world/europe/eu-presidents-secret-bid-for-economic-power-1894549.html
Écrit par : yann | 11.02.2010
Une majorité d'Allemands prête à exclure Athènes de la zone euro.
http://www.lepoint.fr/actualites-economie/2010-02-14/une-majorite-d-allemands-prete-a-exclure-athenes-de-la-zone-euro/916/0/424059
Pronostics :
- l'Allemagne ne versera pas un seul euro pour sauver la Grèce ;
- la zone euro va éclater en 2010.
Écrit par : BA | 14.02.2010
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