23.02.2010

Les néolibéraux ont gagné une bataille…

C’est tout le paradoxe de cette crise. D’une part, les travers de la globalisation néolibérale ont été exposés comme jamais, et font même la une des média (une de l’Express cette semaine). De l’autre, loin de faire avancer une autre politique, c’est l’agenda néolibéral qui semble triompher.

Une bataille gagnée

En effet, quand on examine l’actualité aujourd’hui, que constate-t-on ? Les institutions financières semblent tout aussi libres qu’avant la crise. La profitabilité des banques remonte en flèche (Goldman Sachs, BNP Paribas), des bonus indécents continuent à être versés, de nouvelles innovations financières (les dark pools) continuent d’être imaginés par les fertiles cerveaux de la finance pour échapper à toute réglementation et augmenter encore et toujours la rentabilité des placements.

La déconnexion entre la sphère financière et l’économie réelle atteint des sommets inédits, et pourtant, rien ne bouge. Comme le demandait The Economist à l’automne 2008 en une, le système a été sauvé mais pas changé. Les déréglementations financières, commerciales et monétaires n’ont pas été remises en cause. Les dénonciations des bonus et des paradis fiscaux n’ont pas été suivies d’effet. Pire, les nouvelles normes prudentielles sont dans les mains des banques…

Et après avoir été sauvés par les Etats, les marchés se retournent contre eux en spéculant sur les dettes publiques, dont le récent dérapage est la conséquence des plans de sauvetage ! Du coup, dans la grande majorité des pays développés, on ne parle plus que de coupes dans les dépenses publiques pour équilibrer des budgets mis à mal par la crise. Au final, cette crise pourrait bien paradoxalement aboutir à un retrait de l’Etat alors que c’est son absence qui en est responsable…

Une guerre qui sera perdue

Bref, à court terme, et jusqu’à la prochaine crise, ce sont les néolibéraux qui ont gagné la bataille, comme on pouvait malheureusement l’imaginer. Mais cette victoire sera de courte durée, pour deux raisons. Tout d’abord, l’ensemble des déséquilibres de l’économie mondiale n’ont pas été traités. La dérive d’un capitalisme actionnarial qui vampirise l’économie réelle, les ravages de l’anarchie commerciale qui déprime les revenus et fait s’envoler les hauts salaires et les excès de la finance continuent.

Résultat, tous les ingrédients pour une nouvelle crise se mettent en place. La question n’est pas de savoir si elle aura lieu, mais quand. Deux ans, dix ans ? Il est trop tôt pour le savoir. L’avantage est que cette troisième crise (il y a aussi eu la bulle Internet) devrait achever de discréditer les tenants de l’ordre établi dont on verra bien que les solutions n’étaient que de la poudre aux yeux. Une nouvelle crise devrait favoriser l’émergence d’une véritable alternance démocratique.

Car les peuples sont en colère, à juste titre, contre les excès de la globalisation néolibérale. L’image d’un système où les profits sont privatisés et les pertes collectivisés (comme même The Economist le reconnaissait), où les erreurs d’hier ne sont pas prises en compte et où les inégalités deviennent toujours plus indécentes est gravé dans toutes les mémoires aujourd’hui. Tous les médias se sont fait l’écho, et se font encore l’écho, des excès d’un système qui n’est qu’en sursis.

Les néolibéraux ont bien gagné la bataille de cette crise, faute de politiques porteurs d’une véritable alternative. Mais la prise de conscience des citoyens fait que demain, quand une nouvelle crise aura lieu, ce système monstrueux sera balayé comme jadis Roosevelt l’avait fait.

Commentaires

Voilà un billet à la tonalité plutôt optimiste! Penses-tu vraiment que les néolibéraux vont être mis hors d'état de nuire à la prochaine Crise (en 2012 si l'on en croit Sapir)? Au consensus de Washington a succédé le consensus de Pékin encore plus carnassier.

La théorie de la dernière crise salvatrice est intéressante mais le fait est qu'aucun homme politique hors système ne peut être élu, le contexte est peut-être encore plus verrouillé que dans les années 30. Effectivement, le quatrième pouvoir (les médias) sont un pied dehors, un pied dedans et ne montrent qu'une petite partie immergée de l'iceberg. Cette révolte des élites comme l'écrivait Lasch va aboutir à cette dissolution de la démocratie que Todd a décrite dans son dernier ouvrage.

Écrit par : René Jacquot | 23.02.2010

@Laurent

Je vais faire un message court m'étant foulé le poignet j'écris à deux à l'heure.

Pour rebondir sur les propos de René les crises sont des opportunités, encore faut-il qu'il y est les bonnes personnes pour en profiter. Il peut en sortir le meilleur comme le pire, c'est pour cette raison qu'il faut faire de l'entrisme et pousser le plus possible les idées auxquelles on croit.

Je ne sais pas si nous sommes condamnés à voir la démocratie purement supprimée, on voit la tendance dans les instances européennes. Mais il est impératif d'user de tout les relais disponible pour faire entendre un autre son de cloche que celui du néolibéralisme.

Les commentaires récents que tu as eu sur ton blog montre que les idées reçues néolibérale continuent leur effets délétères sur la compréhension globale des problèmes économiques.

Au fait à DLR vous en êtes où pour les élections?

Écrit par : yann | 23.02.2010

@ René & Yann

Pas complètement d'accord. Je pense qu'un homme hors système peut être élu en France, grâce à nos institutions (voir Bayrou en 2007, malgré ses immenses limites).

Après, se pose la question des autres pays, mais un passage du Labour dans l'opposition pourrait favoriser une remise en cause. Le SPD affronte de gros débats internes. Je pense que cela peut bouger en Europe.

La question vient des Etats-Unis. Mais je crois que là aussi, cela pourrait bouger. La campagne d'Edwards était intéressante. Je crois encore à un changement. La situation n'était pas moins bloquée au début du 20ème siècle, comme le montre bien Paul Krugman dans "L'Amérique que nous voulons". Il y avait déjà un "mur de l'argent" que les républicains utilisaient pour battre les démocrates. Et il y a eu FDR. Il nous faut les circonstances et la bonne personne. Je crois que la crise actuelle favorise la prise de conscience et que la prochaine permettra un changement de dirigeants (cf Le Grand Choc de 2017).

2012 me semble un peu tôt, mais on ne sait jamais.

@ Yann

La campagne se passe bien. Nous sommes donnés à 4/5% dans les sondages en Idf. Cela nous change du 0.5/1% des européennes... Les militants vont un travail formidable sur le terrain.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 23.02.2010

@ René @ Yann

Mais la démocratie est déjà supprimée (ou au moins neutralisée) depuis déjà un moment ! Inutile de la supprimer, elle sert d'autant mieux le système qu'elle permet aux peuples l'illusion d'un pouvoir sur la situation.

@ Laurent

Pourquoi veux tu que les peuples se rebellent plus à la prochaine crise qu'à l'occasion de celle de l'an passé ? Il me semble que tu sous estimes l'emprise du système sur les représentations. L'idéologie qu'il a produit est toujours omniprésente. Les gens continuent d'adhérer mentalement à tous les fondamentaux du système.

Écrit par : Malakine | 23.02.2010

@ Malakine,

Je reconnais bien là ton pessimisme. La démocratie n'est pas supprimée. Je crois qu'il y a plus un problème d'offre politique que de demande. Les Français ont exprimé plus d'une fois leur volonté de véritable alternance et l'ont d'ailleurs en partie obtenue (1981, 1986, 1997 dans un sens).

Je ne suis pas du tout d'accord sur l'emprise du système. Les choses ont énormément bougé en deux ans avec la crise. L'Express (Barbier !!) dénonce les banques cette semaine en une. Le protectionnisme n'est plus tabou. On peut aborder sérieusement le problème de l'euro. Même Le Monde se pose la question d'une relance de l'inflation.

Bref, je crois au contraire qu'il y a eu un formidable progrès et que les fondations du système sont profondément sappées par les évènements récents. Une nouvelle crise et les citoyens le renverseront car ils n'y croient plus. Certes, le dégré de remise en cause varie selon les pays, mais cela bouge dans le bon sens.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 23.02.2010

@Malakine

Le problème actuel est surtout le peu d'intérêt global de la population pour la chose public. Les gens ont la tête dans le guidon, la société consumériste produit des gens qui ne pensent plus en dehors d'eux même c'est là qu'est la vrai crise de la démocratie.


Mais nous ne sommes pas encore vraiment dans la crise, ça ne fait que commencer. Pour la majorité de la population la crise est quelque chose d'encore abstrait. Le jour où l'état commencera à détruire les retraites,la Secu, le RSA et compagnie pour cause de budget insuffisant, quand le taux de chômage officiel sera à 20 ou 30% qu'on dira au gens: écouter faut maintenant deviser par deux ou trois vos salaires, là on sera dans la crise.

Il faut voir que pendant la crise de 29 les gens se sont rapidement retrouver à la rue et dans les soupes populaire. A cause d'un niveau de richesse largement supérieur les modernes peuvent avoir le luxe de ne pas penser à la crise parce qu'il ont encore à bouffer. L'espèce de béatitude actuelle, de non prise de conscience vient essentiellement de là. Mais comme personne de réagit les imbéciles en haut de la pyramide sociale continuent leurs délires jusqu'au jour où il sera trop tard.

Donc les gens finiront bien par réagir mais l'état du pays sera alors fortement dégradé.

Écrit par : yann | 23.02.2010

@ Laurent

En bon gaulliste, tu es en attente de l'homme providentiel! L'avantage de la crise, c'est d'avoir mis à nu les rouages du système et la rapacité de ses acteurs notamment auprès des populations qui ont longtemps adhéré à ce système.

@ Malakine

Sur les schémas mentaux, je reprends ici le concept proposé par Brzezinski "le tittytainment", soit un mélange d'aliment physique et psychologique qui endormirait les masses et contrôlerait sa frustration et ses protestations prévisibles. Le même Brzezinski expliquait l'origine du terme tittytainment, comme une combinaison des mots anglais "tit" ("sein" en anglais) et "entertainment" qui, dans aucun cas, ne doit être compris avec des connotations sexuelles, mais au contraire, comme allusif à l'effet endormant et léthargique que l'allaitement maternel produit chez le bébé quand il boit.

Après, le Peuple se réveillera à un moment ou à un autre de son long sommeil... évidemment, je n'attends pas le grand soir mais les sondages prouvent depuis 2006 déjà que les français sont prêts à une alternative protectionniste.

Ok sur l'annihilation du suffrage universel, l'Europe dictatoriale en est la preuve.

Écrit par : René Jacquot | 23.02.2010

Rassurez-moi, c'est un cauchemar, je vais me réveiller, il ne l'a pas dit , Olivier Blanchard que " dans certains pays européens et des "sacrifices" au niveau des salaires sont "inévitables"

http://www.lexpansion.com/economie/actualite-economique/l-assainissement-des-comptes-publics-sera-douloureux-selon-le-fmi_227305.html?xtor=RSS-123

L'Expansion se goure. C'est un canular, c'est pas possible ???

Écrit par : RST | 23.02.2010

Et plus loin, toujours le même:
"L'ajustement est plus facile pour les pays qui peuvent dévaluer leur propre monnaie. Dans les pays qui n'ont pas cette option, il est juste de dire que l'assainissement (des finances publiques) sera extrêmement douloureux" et impliquera des efforts "prolongés sur une durée de 10 ou 20 ans"

Je n'ai même plus la force de faire de commentaires !

Écrit par : RST | 23.02.2010

@RST

Il faut comprendre ce type comme dans ses équations le libre-échange est une constante. Quand il voit que la valeur monétaire de la zone euro est une constante, il en déduit qu'il n'y a plus qu'une variable qui puisse changer. Dans son système de représentation mathématique son raisonnement est logique. C'est le syndrome de la casuistique, il est incapable de sortir de son cadre d'analyse, en dehors de ce cadre ses raisonnements semblent absurdes, mais dans son cadre , celui d'un néolibéral, c'est tout à faire logique.

Au sens mathématique il serait quand même temps qu'il fasse un changement de repère.

Sinon pour rebondir sur ce texte, il y a aussi la dernière débilité de Balladur lui il veut une dictature euroépenne.

http://www.esprit-enoch.com/article-balladur-comme-tous-les-mous-il-est-pour-la-dictature-europeenne-45366639.html

Bon ça n'a rien de nouveau, il voulait déjà un empire euro-américain, mais on aurait pu croire que la crise l'aurait un peu fait vacillé comme Rocard, et bien non.

Écrit par : yann | 23.02.2010

@ Tous

Je me permets de vous recommander le discours du Che que l'on peut écouter (en vidéo) sur le site du MRC. Ça manque de substance à mon goût - certains passages m'ont même heurté. N'empêche qu'il y a matière à réfléchir. Au moins ça change du dégueulis des hiérarques du PS. Et à cet égard Chevènement a fait preuve d'une relative constance depuis 83 (mais que diable est-il allé faire dans la galère royaliste ?).

@ RST

Suite à ma méprise d'hier, je découvre votre blog. Moi qui suis tout à fait novice en théorie économique, je suis sûr que sa lecture me sera très profitable. C'est tout à fait passionnant. Je vois qu'AJ Holbecq compte parmi vos visiteurs (17 février), ça me donne l'occasion de me replonger dans le sociétalisme que j'avais découvert il y a quelques mois.

@ Malakine

Une fois de plus, je te trouve bien pessimiste. Je ne me hasarderais pas à affirmer que tu as tort, mais les contre-arguments de Laurent me paraissent relativement convaincants.

@ Laurent

Bayrou "hors système", vous y allez fort quand même… (j'ai bien noté vos réserves, mais je suis néanmoins tombé de ma chaise). Par ailleurs, je pense (comme vous sans doute !) qu'il serait souhaitable de mener à bien une "rupture" (une vraie) AVANT la prochaine crise.

Écrit par : Joe Liqueur | 23.02.2010

@ Joe

Par hors système, je voulais dire, un petit candidat qui peut au final l'emporter. Ce n'était pas clair.

Pour une vraie rupture, bien sûr, j'espère avant la prochaine crise mais j'avoue que même moi, je suis sceptique. Encore que la stagnation économique à venir en Europe pourrait bien pousser les peuples à plus d'audace.

@ Yann

Hallucinante la tribune de Balladur ! Décidemment, il était bien la face de Pompidou qui n'avait pas été imprégnée par le Général...

@RST

Malheureusement, l'Expansion confirme mon propos.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 24.02.2010

Toujours dans votre fantasme des néolibéraux partout et tout le temps. Rien d'étonnant cela dit pour un social-nationaliste se faisant passer pour un Gaulliste.

Écrit par : Politicard | 24.02.2010

@ Politicard

La solidité de vos arguments est sidérante !

Écrit par : Laurent Pinsolle | 24.02.2010

Pardon ? Mais quand on est à ce point un révisionniste comme vous il n'y a pas de quoi pavoiser. Parce qu'en attendant, vous avez beau taper sur les méchants libéraux partout présent et mangeurs d'enfants en bon socialiste ( et non pas gaulliste puisque vous ne l'êtes pas), mais comme dit ailleurs je n'ai pas vu de plus brillantes critiques politiques que ce monsieur Ron Paul. La vérité est là, vous chercher à tout prix à sauver votre modèle social démocrate qui s'effrite en bon petit soldat de la propagande, quitte à vous faire passer pour un gaulliste comme votre Dieu Nicolas Dupont gnangnan. Quand on se prétend Gaulliste, ce n'est pas la peine de militer pour l'inverse !

Écrit par : Politicard | 25.02.2010

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