27.02.2010
L’Europe du Sud peut-elle accepter la rigueur ?
C’est une question cruciale pour l’avenir à court terme de l’euro. En effet, si la Grèce refuse de se soumettre à un sévère plan de rigueur, comme pourraient l’indiquer les mouvements de grève, alors elle pourrait faire défaut et menacer le fragile édifice monétaire européen.
Une rigueur extrêmement dure
Le plan discuté avec les autorités européennes est en effet particulièrement dur puisqu’il vise à réduire de 4 points le déficit budgétaire grec dès cette année. Les mesures prises forment un cocktail bien amer de hausse de la TVA, hausse des taxes sur les carburants, les cigarettes et l’alcool ainsi qu’une nouvelle réduction du traitement des fonctionnaires. Le FMI, la BCE et la Commission de Bruxelles se succèdent à Athènes pour en discuter les détails.
Mais une partie de la population grecque rejette violemment cette intervention, ce qui a provoqué une grève générale cette semaine pour faire pression contre ces mesures. Les transports, les écoles, les hôpitaux et même les médias ont été touchés par ce mouvement. Une partie de la population se révolte à la fois contre ses élites, qui n’ont pas su gérer les comptes de la nation, mais aussi contre l’intervention jugée colonialiste des institutions européennes et internationales.
Une menace sur l’euro
Et il est clair que si la Grèce ne mène pas à bien ce plan, elle se trouvera sans doute en défaut de paiement ce printemps, quand elle devra trouver environ 20 milliards d’euros, à moins de demander l’aide du FMI. Alors, la question de son maintien dans la zone euro pourrait se poser si le pays souhaitait se redresser par le biais d’une dévaluation, ce qui mettrait une énorme pression sur l’euro, les spéculateurs étant susceptibles d’attaquer ensuite l’Espagne, le Portugal, l’Italie et la France.
C’est pourquoi l’avenir de la Grèce est essentiel pour la survie à court terme de l’euro (à moyen terme, il est condamné par la diversité de la zone et les effets pervers qu’il provoque). Si le premier domino tombe, alors il est probable que l’ensemble de l’édifice s’effondrera. Il n’y a que deux solutions pour sauver le soldat grec. La première, le soutien financier des autres Etats membres, est hautement improbable car interdite par les traités et refusée par des pays qui ne veulent pas encourager le laxisme.
Athènes au régime sec
La seule autre solution est donc un tour de vis extrêmement sévère sur le budget de la Grèce. Et malgré la dureté des mesures prises et les conséquences sur sa croissance, je crois que cela sera l’option prise. En effet, le papier du Figaro note tout de même qu’une majorité de la population soutient le gouvernement dans son programme de rigueur. En outre, il ne faut pas oublier que le pays avait triché sur ses comptes, ce qui créé une certaine culpabilité qui peut faire passer la pilule à court terme.
En outre, pendant 25 ans, la Grèce a très largement profité de son appartenance à l’Europe, bénéficiant de nombreux transferts financiers, qui ont permis la modernisation du pays. Du coup, il est plus facile d’accepter la rigueur aujourd’hui, aussi violente soit-elle, comme cela se passe en Irlande. La situation serait complètement différente dans un pays qui n’a pas autant bénéficié des fonds européens et qui n’aurait pas sans doute pas la même tolérance à une intervention extérieure.
Malgré la violence des mesures, je crois que la Grèce va suivre l’agenda du FMI, de la Commission et de la BCE. L’histoire du pays fait qu’il acceptera l’épreuve dans un premier temps, ce qui sauvera l’euro pour quelques temps. Mais pour quelques temps seulement…
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : grèce, fmi, euro, rigueur




Commentaires
Nous avions eu un vif débat sur la nécessité d'une banque centrale européenne indépendante.
Sans m'en réjouir, les évènements récents semblent t'avoir donné tord.
Quelques simples constatations :
oui un Etat Européen peut faire faillite
oui la zone euro est un bouclier (pas indestructible) contre la crise avec la notion de solidarité européenne qui protège les pays membre
oui l'appartenance à la zone euro est une aide pour les "petits" pays en leur permettant de se refinancer à des taux moins élevés auprès des marchés (estimé à 3% de plus pour le même Etat grec en dehors de l'euro)
oui le pouvoir politique a une vision court termiste de la gestion de la monnaie avec pour principal but sa réélection (avec des maquillages extrêmement couteux pour le cas grec)
oui une mauvaise gestion de la monnaie a des conséquences sur la population du pays (notamment pour la fonction publique) mais aussi sur les pays voisins
--> Laurent, Le cas grec t'a t il permis d'évoluer sur ce sujet ?
Écrit par : Vincent | 27.02.2010
Bonne blague ! De quoi l'euro nous a-t-il protégé au fait ? Il faut arrêter avec ce mythe qui est répété de manière incantatoire sans la moindre explication.
Non, l'euro ne nous a pas du tout protégé de la crise. La baisse du PIB de la zone euro est plus forte en 2009 que la baisse du PIB des Etats-Unis. L'euro a doublement aggravé notre crise :
- parce qu'il est mal géré par la BCE, il est surévalué, ce qui a un effet dévastateur pour notre industrie et nos exportations
- parce qu'en donnant la prime au pays qui comprime le plus ses coûts et ses salaires (l'Allemagne), il ne rend pas possible le retour à la croissance. Nous allons seulement passer de la récession à la stagnation.
Comment peux-tu que l'appartenance à l'euro bénéficie aux petits pays quand on voit l'état de la Grèce et de l'Irlande aujourd'hui ? L'appartenance à l'euro pour les petits pays a été un avantage dans un premier temps (financement moins cher de la dette) mais l'impossibilité de dévaluer conduit à des politiques déflationnistes dignes de Hoover. La rigueur imposée à l'Irlande et à la Grèce compense plus que largement les gains de financement des prochaines années.
Ce sont les évènements récents qui te donnent tort Vincent. Relis les papiers que j'écrivais dès 2007.
Oui, les politiques peuvent mener de mauvaises politiques, mais en général, cela ne dure jamais plus d'un mandat. En revanche, la BCE mène une politique désastreuse depuis le début et personne ne peut déloger ses dirigeants. L'indépendance des banques centrales revient à une dictature monétaire qui plus est totalement inefficace.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 27.02.2010
Vos réponses aux commentaires(comme vos billets)sont comme toujours ,ou disons plutôt comme souvent,surréalistes!
Vous écrivez à Vincent que la BCE "mène une politique désastreuse",c'est vrai,mais c'est une politique(une expansion monétaire délirante)que vous cautionnez!
Vous vous plaignez souvent d'un euro fort,"mal géré","surévalué",mais l'euro n'est pas géré,dans un système de change flottant c'est le marché qui détermine les taux de change pas la Banque centrale,n'en déplaise aux économistes en bois il n'y a pas de niveau d'équilibre,de taux "juste",l'offre et la demande détermine les taux de change entre les différentes devises.
Comme je commence à vous connaitre je m'empresse d'ajouter que bien sûr l'adoption d'un système de change fixe n'est pas la panacée et peut même creuser de très inquiétants déséquilibres(le yuan arrimé au dollar...).
Evidemment une Banque centrale peut en jouant sur les taux courts influencer les marchés,mais aujourd'hui les taux sont partout proche de zéro,pour faire baisser l'euro il faudrait adopter des politiques encore plus délirantes que celle décidées au Japon et aux Etats-Unis.
Mais comment ne pas comprendre que quand on détruit une devise on ne favorise évidemment pas les investissements productifs mais l'inflation(une baisse ou un effondrement,si la dévaluation est importante,du pouvoir d'achat),les politicards coupables parlent eux de spéculation...
Sans fard Chavez illustre à merveille l'incurie des politiques,il décide de dévaluer le peso et puis...menace d'exproprier les "spéculateurs" qui seraient "tentés" d'aligner leurs prix.Ubu président!
L'indépendance de la Banque centrale...
La question ou le problème n'est pas là!
D'abord le gouverneur de la Banque centrale n'est pas un électron libre ou un forcené retranché dans sa tour à Francfort,il est nommé par les chefs d'Etats et de gouvernements des Etats de la zone euro.Un mandat est confié au gouverneur,il se doit de le respecter,sans quoi statut ou pas(mandat de 8 ans)le récalcitrant ne ferait pas long feux.Drôle de "dictature"...
La Banque centrale est une police des salaires,sa mission consiste à contenir l'inflation sous un niveau pré-déterminé(pour l'ensemble de la zone...).
En d'autres termes vous ne pouvez pas reprocher à Trichet(parfait petit soldat d'une Allemagne sado-monétariste)de ne pas s'être soucié de "problèmes" qui ne relèvent pas de son mandat.
Entre parenthèse encore une fois vous vous prenez les pieds dans le tapis,en voulant taper sur ce que vous appelez le "néo-libéralisme" vous ne faites que pointer la responsabilité,l'éternelle responsabilité(!)de médiocres politiques(je veux dire la responsabilité du personnel politique).
Changer les termes du mandat?
Vieilles ritournelles d'européistes béats,la zone euro est ingérable,on ne peut pas décider d'une politique monétaire unique pour près de 30 pays...uniques!
"On ne manipule pas les nations comme on joue au Meccano,comme on échafaude des châteaux de cartes.Les Etats qui sont des constructions artificielles et qui gomment les frontières des peuples ne sont que des vues de l'esprit"
Sarkozy?Delors?Sa fille?Bayrou?
De Gaulle!
Dans votre post,une fois n'est pas coutume,vous nous épargnez votre petit couplet sur la spéculation.Heureuse initiative parce qu'évidemment ce sont les Allemands qui ont allumé la mèche,comme vous il pense que l'euro est trop cher,alors il ont décidé de le torpiller,poker menteur!
Un petit jeux dangereux(déraisonnable?L'avenir le dira...)et vain parce que la baisse de l'euro pèserait encore un peu plus sur la demande intérieure alors que la demande extérieure est durablement condamnée à être atone,ou pire...
Je crois,non je suis sûr(!),que les politiques à la manoeuvre ne se rendent même pas compte de la "violence économique" qu'ils provoquent.Quand des devises majeurs(l'euro,le yen,le dollar)varient de 10,15 ou 20%,c'est un séisme pour les entreprises,des secousses d'une grande violence qui finissent par fatalement toucher leurs salariés,les "ménages",les vrais gens comme dirait l'autre.
Je crois que c'est Clémenceau qui disait "En politique on succède à des incompétents et on est remplacé par des imbéciles",ou le contraire...
Écrit par : Balthazar | 28.02.2010
commentaire L’Europe s’est lavé les mains des le début de la crise au lieu de prendre le taureau par les cornes et dire : La Grèce est en crise. C’est notre problème et nous allons accompagner et aider le pays á faire face a ses obligations . Au fur et a mesure des mois de délégation en délégation, de réunions en reunions, la Commission a finalement approuvé la semaine dernière le plan grec qui, sans son soutien, n’a aucune chance de réussir.Seulement il y a un problème : ce plan n’a aucune crédibilité et il ne faut pas compter sur les investisseurs pour prêter a la Grèce á des taux autres que pénalisants. Non, la Grèce ne sera pas a un déficit budgétaire de 3% en 2012, partant de 12.7%. Si la France n’a pas réussi a baisser le sien de 6 a 3% en trois ans, il n’y a aucune illusion a se faire.
Écrit par : corset | 28.02.2010
Laurent,
Tout d'abord, je pense que l'Irlande et la Grèce sont de mauvais exemples.
La Grèce car elle était déjà surendettée en rentrant dans la zone euro.
Les difficultés de l'Irlande ne viennent pas de la monnaie mais de la bulle immobilière et de la situation désastreuse du bilan des banques irlandaises
Mais je te propose que nous poursuivions ton raisonnement :
Chaque banque centrale est indépendante et toute l'Europe est en crise (plus ou moins forte selon les pays).
La grèce et l'Irlande tirent les premiers et dévaluent leurs monnaies. En réponse, l'Italie et l'Espagne font de même, suivi des allemands et des français qui devant les cris du patronat se sentent obliger de faire de même ...
Puis une deuxième dévaluation grecque, une réponse, une 3eme dévaluation etc etc etc ...
Conséquence : un cercle infernal d'instabilité des prix et une forte inflation sous-jacente s'enclenchent. Une inflation importante est alors un frein bien plus puissant à l'investissement qu'une monnaie soit elle 20% surévaluée ...
En effet, pourquoi une entreprise investirait elle pour gagner 10% si elle pense que les prix auront progressé de 20% dans le même temps ??
La vérité Laurent, c'est que comme en matière fiscale, la concurrence monétaire effrénée n'a jamais de fin et nuit à tout le monde
La France trouverait toujours plus gros d évaluateur qu'elle.
On ne lutte pas contre un voyou en devenant pire que lui mais en le poussant à changer (avec la fermeté nécessaire) ...
Écrit par : Vincent | 02.03.2010
Laurent,
Tout d'abord, je pense que l'Irlande et la Grèce sont de mauvais exemples.
La Grèce car elle était déjà surendettée en rentrant dans la zone euro.
Les difficultés de l'Irlande ne viennent pas de la monnaie mais de la bulle immobilière et de la situation désastreuse du bilan des banques irlandaises
Mais je te propose que nous poursuivions ton raisonnement :
Chaque banque centrale est indépendante et toute l'Europe est en crise (plus ou moins forte selon les pays).
La grèce et l'Irlande tirent les premiers et dévaluent leurs monnaies. En réponse, l'Italie et l'Espagne font de même, suivi des allemands et des français qui devant les cris du patronat se sentent obliger de faire de même ...
Puis une deuxième dévaluation grecque, une réponse, une 3eme dévaluation etc etc etc ...
Conséquence : un cercle infernal d'instabilité des prix et une forte inflation sous-jacente s'enclenchent. Une inflation importante est alors un frein bien plus puissant à l'investissement qu'une monnaie soit elle 20% surévaluée ...
En effet, pourquoi une entreprise investirait elle pour gagner 10% si elle pense que les prix auront progressé de 20% dans le même temps ??
La vérité Laurent, c'est que comme en matière fiscale, la concurrence monétaire effrénée n'a jamais de fin et nuit à tout le monde
La France trouverait toujours plus gros d évaluateur qu'elle.
On ne lutte pas contre un voyou en devenant pire que lui mais en le poussant à changer (avec la fermeté nécessaire) ...
Écrit par : Vincent | 02.03.2010
@ Vincent,
Non, les exemples ne sont pas mal choisis. La Grèce était (nettement) moins endettée que la Belgique et l'Italie quand elle est entrée dans l'euro.
Sur l'Irlande, la bulle immobilière qu'elle a connue est justement la conséquence directe de la participation à l'euro, qui a imposé des taux d'intérêt beaucoup trop bas étant donnée la croissance du pays, ce qui fait que tout le monde a emprunté à trop bas coût pour acheter de l'immobilier, provoquant une bulle. L'origine de la bulle immobilière est monétaire !!! Si l'Irlande avait eu une monnaie nationale, alors, la banque centrale aurait pratiqué des taux plus élevé (du fait de la croissance et l'inflation plus élevées que le reste de l'Europe), ce qui aurait grandement limité la bulle immobilière. Malheureusement, l'euro ne donne pas cette possibilité.
Bien essayé sur les dévaluations. Mais que je sache, le système européen a bien fonctionné pendant 15 ans sans que cela ne dégènère. Ton exemple est complètement théorique et ne correspond pas à la réalité.
Autre faiblesse de raisonnement : les Etats-Unis et la Grande Bretagne ont vu la valeur de leur monnaie baisser de 20% pendant la crise. Que je sache, l'inflation n'est pas montée à 20%, loin de là. En 2009, elle était de 2.2% pour la Grande-bretagne et -0.4% pour les Etats-Unis.
Bien sûr, on peut estimer que les monnaies du Sud de l'Europe auraient baissé de 15 à 20% par rapport au mark et le franc d'un peu moins (10% sans doute). Et alors ! Les dévaluations provoquent en général des reprises économiques ! C'est le cas aux Etats-Unis qui ont amorti la crise économique par la dépréciation du dollar, comme le souligne Paul Krugman.
Je te signale que les pays dévaluaient pendant les 30 Glorieuses et il ne me semble pas que cela ait posé un gros problème en matière de croissance et d'instabilité monétaire.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 02.03.2010
Écrire un commentaire