04.03.2010

Grèce : le supplice de l’euro pourrait durer

Hier, sur Marianne 2, Roland Hureaux a publié une tribune pronostiquant une sortie rapide de la Grèce de l’euro. Si je partage la plupart de ses analyses (et notamment le fait que la monnaie unique se disloquera), je crois malheureusement que le supplice de l’euro pourrait encore durer quelques années.

Les précédents irlandais et letton

Le cas de la Grèce n’est pas nouveau. A l’origine, la spéculation sur les dettes publiques s’était concentrée sur l’Irlande, qui affichait des taux encore plus élevés que ceux de la dette grecque. Alors que ce pays était encore vanté il y a trois ans comme l’exemple à suivre en Europe du fait de sa forte croissance, de sa faible fiscalité et son faible endettement, pas grand monde n’avait vu que ce dynamisme était un château de cartes qui reposait sur les taux d’intérêts inadaptés de l’euro.

Avec la crise, l’économie s’est effondrée (le PIB a reculé de 10%), le chômage s’est envolé. La dette va quadrupler en proportion du PIB en quelques années. Pour s’en sortir, le pays a choisi la voie déflationniste, avec une baisse des salaires des fonctionnaires et une rigueur redoutable qui permet aux prix de baisser pour permettre au pays de retrouver une certaine compétitivité. Alors que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont choisi une voie keynésienne, l’Irlande choisit Hoover…

Mais ce n’est pas le seul pays qui a suivi cette voie-là. En effet, plus loin de nous, la Lettonie connaît une crise particulièrement violente. Son PIB a baissé de 17,5% l’an dernier ! Le chômage dépasse les 20%, les augmentations d’impôt représentent 10% du PIB selon The Economist. Le lien entre la monnaie locale et l’euro va ainsi être maintenu par une dépréciation interne de l’ensemble des prix et des salaires, au prix d’une rigueur et d’un ajustement économique d’une brutalité sauvage.

La Grèce : le troisième exemple ?

Il semble finalement que cette voie soit celle choisie par la Grèce aujourd’hui, même si le Premier Ministre indique qu’il attend un geste de l’Union Européenne, sinon il se tournera vers le FMI. Mais cette seconde option montre in fine que le choix de l’ajustement par la rigueur est fait. Le nouveau plan (qui s’ajoute au précédent) porte sur 4,8 milliards d’euros, soit plus de 2% du PIB, dans un cocktail de hausses d’impôt (TVA, alcool, tabac, carburants) et de coupes du traitement des fonctionnaires.

Du coup, aujourd’hui, l’horizon s’éclaircit sur cette nouvelle crise des dettes publiques, même si ce ne sera pas la dernière. La Grèce devrait rentrer dans le rang, car elle n’a pas vraiment d’autres choix, à moins de faire défaut et de quitter l’euro, ce que le pays ne semble pas prêt à faire après avoir bénéficié des subsides européennes pendant trente ans et avoir trafiqué ses comptes (avec l’aide de Goldman Sachs…). Cela montre à nouveau les dangers d’une unification monétaire artificielle.

Un tel plan, plus le soutien de l’Europe ou du FMI devrait permettre à la Grèce de trouver les 20 milliards d’euros dont elle a besoin dans les deux prochains mois. Mieux, le fait de retrouver la confiance des marchés pourrait même permettre une décrue des taux qui faciliterait la tâche du gouvernement. Néanmoins, un risque continuera à planer tant les esprits animaux du marché peuvent provoquer des réactions violentes et irrationnelles.

Bien sûr, la politique de rigueur sera très dure, d’autant plus que le pays ne pourra pas faire une dévaluation qui lui aurait permis de redynamiser sa croissance. Cependant, les cas italiens et japonais montrent qu’un pays peut accepter une quasi absence de croissance pendant longtemps… On peut même s’attendre qu’après avoir obtenu ce qu’ils voulaient à Athènes, les marchés fassent de même avec l’Espagne, l’Italie voir la France. L’Europe va être plus que jamais une zone de basse croissance.

Bien sûr, il est impossible d’avoir des certitudes fortes, mais, contrairement à Roland, je crois que le supplice de l’euro peut encore durer quelques années (2, 5, 10 ?) en Grèce. Pour l’instant, il manque à Athènes une formation politique d'envergure et capable de prendre le pouvoir rapidement pour porter un autre projet, malheureusement.

Commentaires

Arff le faux gaulliste mais véritable socialiste que vous êtes n'avez même pas parler des méchants ultralibéraux avides de profits et de bébés rôtis, je suis déçu.

Écrit par : Politicard | 04.03.2010

Laurent, je suis aussi surpris de voir votre fatalisme dans votre conclusion reconnaissant qu'il n y a pas d'autre politique à celle ci.

Le gouvernement de la Grece est comme tous les autres, complice d' une ideologie asservissant les états et les peuples.

Une autre politique est possible si les peuples s'en donnent la volonté et ne tombent pas dans le fatalisme.

ça n'est pas en acceptant de s'appauvrir et de se soumettre que les élites Grecques aideront leur peuple.

C'est bien rare, Laurent, que je ne sois pas d'accord avec vous :)

Écrit par : LaurentD | 04.03.2010

Aaah ces avis partagés font du bien : "la monnaie unique se disloquera". quoique "le supplice de l’euro pourrait encore durer quelques années."

Dislocation de l'euro ... qu'est ce en fait ?
Avec l'euro pas d'autres dislocations en chapelet ?
Je ne peux pas imaginer une seconde qu'il n'y ait pas de plan alternatif bien fondé derrière ces affirmations.

L'euro "une union monétaire artificielle" fournit un indice.

La France reviendra à un Franc qui n'était pas artificiel (d'ailleurs un désir majoritaire lors de sondages: vox populi vox dei).
La France re-communiera ainsi avec son histoire et sa zone:
celle du Franc CFA avec ses 15 nations soeurs d'afrique où règne le bonheur d'une gestion optimum et éprouvée grâce à ses liens historiques exemplaires.

On peut aussi envisager une "zone Med" flottant avec une "zone Livre" et même une zone dollar s'étendant plus à l'europe (déjà le cas pour le Groenland).

De très nombreux pays européens, évidemment moins éclairés, choisiront une "zone mark' et la choisiront même au prix de sacrifices. Cette zone restera la plus grande puissance économique européenne, surement avec les mêmes bases comme la BCE à Francfort.

Il est évidemment très opportun, surtout en temps de crise, que la France se sépare de ses premiers partenaires commerciaux, de ses plus stables et meilleurs payeurs.

Il suffit de voir les balances commerciales pour deviner la joie des spéculateurs face à ces monnaies retrouvant leur "souveraineté" ... il faudra vite rétablir un contrôle des changes (aussi historique), des autorisations de dépenses en devise et tous ces signes des grandes Nations Souveraines.

Mais vite la fin du "suplice de l'euro": EXPOSEZ VOS PLANS.

Écrit par : Lambert Francis | 04.03.2010

@ Politicard

Vos commentaires sont toujours aussi constructifs...

@ Laurent D

Désolé, je n'ai pas été très clair. Quand je dis qu'il n'y a pas d'alternative possible, je parle de la Grèce aujourd'hui. A savoir qu'il n'y a pas une force politique alternative proposant une autre politique.

Sur le fond, bien sûr qu'il y a une autre politique : le retour aux monnaies nationales, une dévaluation (dans le cas de la Grèce), mais je pense que ce n'est pas encore à l'agenda aujourd'hui. Cela le sera demain, mais je suis incapable de dire si cela sera dans un futur proche (2 ans) ou plus lointain (10 ans).

Je crois malheureusement que les gouvernements européens vont s'accrocher pendant quelques temps encore à cette union monétaire artificielle et dépressive car ils sont incapables de sortir de leurs dogmes. Je pense même que dans le cas du peuple grec, une majorité acceptera dans un premier temps la rigueur, du fait des aides européennes et du camouflage des comptes. D'ailleurs, les sondages indiquent aujourd'hui qu'une majorité des grecs approuvent le plan de rigueur...

Après, attention, cela ne signifie pas que je suis d'accord avec ce qui se passe. Je pense que la Grèce aurait intérêt à quitter l'euro. Mais je ne pense pas que c'est la voie qu'ils vont choisir à court terme.

@ Francis

"Mettre fin au supplice de l'euro" : très simple. Passage de la monnaie unique à une monnaie commune, qui serait une simple monnaie d'échanges au sein de la zone euro (et qui pourrait aller au-delà pour concurrencer le dollar). Du coup, il y aurait retour aux monnaies nationales, avec des politiques adaptées aux réalités différentes des pays. Pour moi, la Banque de France ne serait plus indépendante, la politique monétaire devant rester entre les mains des représentants du peuple. Il y aurait des possibilités des réajustements monétaires, comme dans les années 70 et 80 avec le Serpent Monétaire Européen puis le SME.

Naturellement, je suis favorable à un contrôle des changes et des mouvements de capitaux.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 04.03.2010

Le Gaullisme mon cher monsieur, s'était tout autre chose que votre socialisme saupoudrés de 2/3 concepts sur la Nation.

Écrit par : Politicard | 04.03.2010

Merci pour la réponse.
Mais "très simple" ... ah oui, aussi simple que "la drôle de guerre" en 1939. Ce "très simple" m'épouvante !

"simple monnaie d'échange" encore "simple" ! ... je travaille dans des banques ... simplement terrifiant de légèreté.

"la politique monétaire devant rester entre les mains des représentants du peuple" !
Un des pays les plus impériaux, siècles après siècles ... qui parle de peuple ... qu'ont fait ses magnifiques représentants à Haiti, dans tant de colonies et à tant d'autres occasions jusqu'à atomiser des atolls récemment et contaminer ses propres soldats et populations !

Mais vous êtes différent malgré un retour relatif au passé car vous pourrez en éviter simplement les erreurs. Et d'évidence les dogmes.

Je suis d'accord pour que la France quitte l'UE (par négociation et avec tous ceux qui la suivent) et montre VOTRE voie.

Dès que vous avez un programme plus complet et plus crédible je vote pour vous. C'est simple.

Écrit par : Lambert Francis | 04.03.2010

@ Monsieur Lambert

Je ne peux pas développer un programme complet à chaque fois qu'on me le demande. Vous pouvez néanmoins naviguer dans la partie économie : vous y trouverez de nombreux papiers sur les problèmes monétaires.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 04.03.2010

Les Gaullistes n'ont pas "corpus économique" de référence ?
Donc nettement plus qu'un catéchisme, ou un catalogue.

Eh bien voilà une priorité : organiser cette base de donnée crée la crédibilité ... et élimine tant de débats (foireux).

(pour ma part je gère 200M d'infos référencées sur mon simple ordinateur)

Bon travail si la politique c'est Sisyphe ... "le chemin importe peu, la volonté d'arriver suffit à tout" n'est pas du tout mon idée : remonter le même rocher à travers les siècles !

Écrit par : Lambert Francis | 04.03.2010

..... je ne comprends pas la vindicte de "politicard" et de "Lambert Francis".... Si décidément vous pensez que Laurent dit des sottises, pourquoi le lisez-vous.... Si vous ne supportez pas son positionnement politique, pourquoi le lisez-vous????

En tout cas, vos interventions ne font pas avancer le débat.... et ennuient gravement ceux qui ont l'habitude de lire les commentaires pour mettre en perspective les propos de Laurent....

L'avantage du Net, c'est que quand ça ne plaît vraiment pas, on n'est pas obligé de rester...... Aussi, si vous pouviez passer votre chemin, moi, lectrice assidue, ça m'arrangerait sacrément...

Anne

Écrit par : Anne | 04.03.2010

Merci Anne.

Dernière minute : la Grèce a levé 5 Mds sur les marchés. Les établissements financiers en proposaient 15. Le pays est très loin de la faillite et peut toujours emprunter.

http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/03/04/emission-obligataire-la-grece-annonce-avoir-leve-5-milliards-d-euros_1314673_3234.html#ens_id=1268560

Écrit par : Laurent Pinsolle | 04.03.2010

D accord avec Anne, certains commentaires nous ennuient beaucoup, nous sommes ici pour échanger de façon constructive.
Merci à Laurent pour son blog et aux commentateurs constructifs, j'apprends beaucoup en vous lisant.

Écrit par : LaurentD | 05.03.2010

Cool... nous Travaillons, les Grecs depensent... Trop de travail au "Black" chez les Grecs, pas d'entrée d'impot pour le gouvernement Grec donc les Europpéeens qui travaillent pour ceux qui font n'importe quoi de leur pays... je trouve sa inadmissible qu'il aura fallu une alerte pour defaut de payement d'un pays de l'UE... cette Europe dirigé par politiques qui se moquent de tout, la preuve est le 1er exemple Grec... en tout cas, je sais pour qui voter...

Écrit par : deguisement | 16.03.2010

Je vous invite à consulter le blog de Bertrand Renouvin "la violence des oligarques contre les peuples" pour constater une similitude d'analyses.
Jacques Sapir pense aussi que la zone euro est condamnée à terme d'un an en raison de ses contradictions et que la solution raisonnable est de transformer l'euro en monnaie commune et non unique ainsi chaque pays pourra avoir une gestion adaptée à sa situation tout en maintenant une solidarité européenne.

Écrit par : cording | 17.03.2010

Le FMI serait le seul organisme à pouvoir prendre les mesures nécessaires pour redresser la Grêce et cela n'inciterait pas les autres pays Européens à venir frapper à leur porte car ces mesures sont très contraignantes, ce qui est une préoccupation de l'Allemagne, si je donne à l'un , je dois donner aux autres !

Écrit par : crocodile | 24.03.2010

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