05.03.2010
Sarkozy et l’industrie : le poids des mots, la faiblesse des actes
25% de croissance en cinq ans ! C’est l’objectif que Nicolas Sarkozy s’est fixé pour la croissance de l’industrie Française. Malheureusement, comme pour ses déclarations sur le chômage, contredites un mois après, la réalité risque d’être bien différente de ses promesses…
Un discours volontariste
En fait, cela fera quatre ans cette année que Nicolas Sarkozy parle de politique industrielle. Il convoque fréquemment les grands patrons du secteur pour les sermonner. Mais au final, ses déclarations sont très souvent en décalage avec la réalité. Les dirigeants d’Arcelor-Mittal vont finalement faire ce qu’ils voulaient du site de Gandrange, comme Total avec la raffinerie de Dunkerque, et Renault ne produit déjà plus que 25% de sa production sur le sol national…
Bref, il est difficile de ne pas accueillir sans scepticisme les déclarations du président de la République sur l’industrie. Certes, le moment choisi pour l’annonce est habile. La production industrielle a baissé de plus de 10% en 2009, donc l’Elysée considère sans doute qu’un simple retour à la normal permettra d’assurer 40% du chemin qu’il annonce vouloir parcourir. Et il vaut mieux car une croissance annuelle de la production industrielle de plus de 4% est un objectif ambitieux.
Pour être honnête, le président de la République a posé une très bonne question, à savoir le financement de notre système de sécurité sociale, qui en pesant sur le travail, favorise les importations et défavorise les exportations, notamment industrielles. Mais les autres propositions sont soit trop légères (budget) soit trop hypothétiques. La volonté de bâtir une politique industrielle européenne est totalement contradictoire avec l’ultralibéral traité de Lisbonne, voulu par un certain… Nicolas Sarkozy.
Les grands enjeux oubliés
Un seul d’entre eux est évoqué (la question du financement de la Sécurité Sociale) mais de manière si sibylline et tardive que l’on peut douter des actes futurs du président. Dommage, la TVA sociale était une des meilleures idées du candidat Sarkozy. Malheureusement, cette proposition de réforme a été tuée entre les deux tours des élections législatives du fait de l’habileté de Laurent Fabius. Le président de la République n’a pas eu le courage de relancer le débat depuis.
Mais surtout, Nicolas Sarkozy semble avoir oublié ses dénonciations du niveau de l’euro, qui est pourtant une des causes majeures de la désindustrialisation de la France et de l’Europe. En effet, les économistes estiment qu’à parité de pouvoir d’achat, la monnaie unique européenne devrait coter entre 1,05 et 1,1 dollar. Cela veut donc dire qu’elle est encore surévaluée de 25% et que par conséquent, tout ce qui est produit en Europe coûte mécaniquement 25% plus cher qu’ailleurs, à salaire égal…
Enfin, s’il pointe les dangers du commerce déloyal depuis longtemps, il ne fait rien de concret pour encadrer un minimum les pratiques commerciales. Pourtant, comme le souligne une étude de la Direction Général du Trésor reprise par Marianne 2, 63% des destructions d’emploi dans l’industrie Française sont dues à la mondialisation. Mais sur ce sujet, malgré le nombre grandissant d’économistes défendant un protectionnisme régional (Allais, Todd, El Karoui, Sapir, Gréau, Lordon…) rien n’avance.
Comme d’habitude Nicolas Sarkozy a fait un beau discours. Malheureusement, depuis trois ans, les Français ont fini par comprendre qu’il y a un fossé entre ce que le président dit et ce qu’il fait. Pire, ici, ses propositions sont déjà très légères.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, industrie, gandrange, arcelor-mittal, total, dunkerque, renault, tva sociale




Commentaires
Sur le fond, je suis bien évidemment en phase. Sarkozy parle mais n'agit pas. Il réduit la politique à des relations interpersonnelles et des comportement individuel, et en particulier de l'Etat dont il a la vision d'un acteur privé qui a besoin d'investir pour avoir son mot à dire, qui sermonne et qui proteste.
Je marquerais tout de même un point de divergence, c'est lorsque que tu reviens (une fois de plus) sur l'euro surévalué. N'oublie pas que la désindustrialisation et l'effondrement de la balance commerciale doit aussi beaucoup à la politique de déflation salariale opérée par nos "amis" allemands depuis une décennie. Face à cela, ni la dépréciation de l'euro, ni le protectionnisme européen ne sera d'aucun secours.
Nous avons déjà débattu de cela l'an passé. Ma conviction n'a fait que se renforcer. La réindustrialisation de la France passe par une rupture économique avec l'Allemagne.
Écrit par : Malakine | 05.03.2010
Ce qui est étonnant c’est la constance avec laquelle tous les commentateurs critiquent ou louent le président de la République en considérant toujours qu’en effet l’industrie c’est bien, la ré-industrialisation un objectif indiscutable.
Après tout peut-être que si la France se désindustrialise, comme d’autres pays qui en ont les moyens, c’est peut-être parce que ce n’est plus du tout un objectif au niveau social mais seulement au niveau de métriques complètement dépassées.
Écrit par : collant | 05.03.2010
@collant
C'est çà sauf qu'on a pas les moyens de ne pas avoir d'industrie. Ce genre d'argument m'ont toujours fait rire avec quoi écrivez vous ce commentaires? Avec un ordinateur fabriqué à 97% en Chine et contre quoi les gentils chinois échangent-ils ces produits manufacturés? De belles paroles, des services ? Non théoriquement contre des produits qu'ils achètent sauf qu'ils nous vendent beaucoup plus que ce qu'on leur vend d'où déficit commercial, donc endettement extérieur, donc à la fin crise monétaire et effondrement. C'est un fait pas un métrique complètement dépassé comme vous dites, les chinois ne vont pas vous servir gratuitement, à moins que vous ne soyez adepte de l'esclavage.
Le seul moyen de ne pas avoir d'industrie et d'être une société "post-industrielle" c'est de ne plus consommer de produit manufacturés. Il faut être cohérent, n'achetez plus de télé, plus de voiture, plus de téléphone etc.. Et là vous l'aurez votre sociétés libre de l'industrie. Mais je ne suis pas sur que ce soit ce que souhaite la majorité des français.
@Laurent
Ce que je crains c'est que Sarkozy utilise les arguments de réindustrialisation pour justifier en réalité une politique de destruction systématique de notre système social. Il ne veut pas sauver notre système sociale en réindustrialisant, mais le démolir sous prétexte de réindustrialisation nuance, d'où le peu de cohérence et d'action réel en faveur de la protection industrielle.
Écrit par : yann | 05.03.2010
@ Collant
A ce degré d'ignorance et d'inculture économique, la moindre des choses c'est de formuler ses pensées sous forme de questions, surtout quand on est pas capable d'appuyer le moindre argument et de s'exprimer dans une langue intelligible.
Écrit par : Malakine | 05.03.2010
@ Malakine,
Je suis d'accord sur un point : une partie de notre déficit s'explique par la politique allemande de compression des salaires pour gagner en compétitivité et en excédent. Ce comportement est malheureusement une conséquence directe de l'euro. Je pense qu'il faut passer par une sortie de la France de la monnaie unique mais j'espère que cela ne sera pas une rupture complète avec l'Allemagne, avec laquelle, je crois, nous pouvons contribuer à construire un modèle alternatif.
@ Yann
Je crois que ce qu'il a dit est surtout un effet d'affichage. Je pense qu'il va de moins en moins bouger à l'approche de 2012...
@ Collant
Quelques chiffres en passant :
- Exportations de la Chine vers l'UE : 247 Mds EUR en 2008
- Exportations de l'UE vers la Chine : 78 Mds EUR en 2008
La Chine nous vend plus de 3 fois plus que nous ne lui vendons. C'est autant d'usines qui ont été délocalisées...
Et je ne vois pas en quoi nous avons les moyens de nous passer d'industrie. C'est un vieux mythe qui ne repose sur aucun fondement.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 05.03.2010
@ Laurent
Il va te falloir combien de temps pour comprendre que les allemands sont des psychorigides et que tout partenariat avec eux équivaut à un alignement absolu sur leurs politiques commerciale monétaire et budgétaire ?
@ Tous
Je viens de voir que mon éditorialiste préféré de mon site d'information préféré développe la position que notre bien aimé contradicteur n'a pas su développer !
http://www.slate.fr/story/18217/industrie-sarkozy-france-competitivite-usines-delocalisation-emploi-allemagne
A noter cette perle "Les délocalisations ne sont pas un mal, si les entreprises y trouvent manière d'améliorer leurs résultats donc leurs investissements" C'est génial, hein ? Développer ses marges pour investir à l'étranger !! Avec ça, la France est sauvée ...
Écrit par : Malakine | 05.03.2010
@ Malakine,
Pas sûr pour l'Allemagne (c'est un vieux débat). Je persiste à croire que ce modèle de développement n'est pas durable et qu'ils en prendront conscience. Je ne crois pas qu'ils se satisferont longtemps d'un modèle aussi inégalitaire.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 06.03.2010
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