12.03.2010
Le protectionnisme expliqué par Eric Zemmour
C’est une idée surprenante mais rafraîchissante que RTL a eu d’embaucher Eric Zemmour pour faire une chronique matinale à 7h15. En effet, la première radio de France donne la parole à un journaliste qui a l’habitude de pourfendre le politiquement correct.
Le libre-échange expliqué aux enfants
Après une chronique très intéressante sur l’euro, il a signé hier une chronique sur le protectionnisme des Etats-Unis dans l’affaire du marché des avions-cargos auquel Airbus a renoncé. Cette intervention était d’une limpidité dont tous les partisans d’une autre politique (moi le premier) pourraient s’inspirer. En effet, le chroniqueur impertinent a réussi à présenter la réalité du commerce international depuis deux siècles d’une manière extrêmement pédagogique et clair.
Il a commencé par rappeler que le libre-échange a toujours été défendu par les grandes nations exportatrices, la Grande-Bretagne au 19ème siècle, les Etats-Unis après 1945 et aujourd’hui, la Chine et l’Allemagne, les deux premiers exportateurs mondiaux (et ceux qui ont les excédents les plus importants). Ce premier rappel a déjà l’immense intérêt de montrer un biais majeur du débat. Ce sont ceux qui tirent le plus parti de la libéralisation du commerce qui la défendent…
Un dogmatisme européen imbécile
Le chroniqueur d’RTL a eu également l’intelligence de prendre l’exemple de l’appel d’offre des Etats-Unis pour le renouvellement des ses avions-cargos pour montrer qu’outre-Atlantique, l’attitude est à mille lieues du dogmatisme libre-échangiste de Bruxelles. Alors que la Commission Européenne rappelle à l’ordre le gouvernement Français quand celui-ci demande à Renault de ne pas délocaliser la production de la Clio en Turquie, les Etats-Unis favorisent ouvertement Boeing.
En effet, le gouvernement étasunien mène un appel d’offre interminable pour le remplacement de ses avions ravitailleurs. La première manche a été gagnée par Boeing, mais le Congrès a fait annuler cette décision pour conflit d’intérêt. Airbus a gagné la deuxième manche en promettant de construire l’usine d’assemblage sur place mais les élus ont fait en sorte de casser cette décision. L’avionneur européen vient de renoncer au 3ème appel d’offre tant celui-ci est taillé sur mesure pour son concurrent.
Bref, il n’y a que l’Europe pour appliquer un libre-échange sans nuance, sans le moindre souci des intérêts nationaux ou des emplois, qui sont de plus en plus délocalisés. Nous sommes bien les seuls à pratiquer une telle politique ! La Chine a eu recours à un protectionnisme radical pour construire son industrie automobile, n’hésitant pas à imposer des droits de douane de 100%. Et l’Allemagne utilise les normes pour favoriser ses industriels au détriment des concurrents.
Merci Eric Zemmour de cette leçon de bon sens qui montre à quel point l’Europe est le seul continent à pratiquer un libre-échange dogmatique qui vire à une anarchie économique destructrice d’emplois alors que tous les autres ont le bon sens de défendre leurs intérêts.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : eric zemmour, protectionnisme, libre-échange, airbus, boeing




Commentaires
http://www.marianne2.fr/Guerre-commerciale-EU-Europe-l-UE-avance-les-mains-liees_a189747.html
Seule l'Europe croit encore aux balivernes du libre-échange...
Écrit par : René Jacquot | 12.03.2010
Zemmour a commis une erreur dans cette chronique en affirmant que le libre échange a dans l'histoire toujours été imposé par les nations les plus fortes pour écraser les concurrents... C'était peut-être vrai au 19ème ou au 20ème siècle, mais dans la période actuelle cette théorie ne marche pas.
C'est un empire importateur, hyperendetté et totalement désindustrialisé qui a imposé un régime planétaire de libre échange. Pas la chine :!
Que doit-on en déduire ? Que ce qui détermine aujourd'hui la politique n'est plus les intérêts nationaux ... mais l'intérêt des oligarchies financières cherchant à maximiser leur profits !! Ce qui en dit long sur l'Etat de nos régimes politiques soi-disant "démocratiques"
Ceci dit, même si EZ a toujours été protectionniste, on sent clairement monter en ce moment ce discours, même chez les économistes bien pensant et dans les milieux officiels. Il était tant !! Auront-il le courage de faire ce qu'il faut pour le mettre en place, ça c'est une autre histoire ...
Écrit par : Malakine | 12.03.2010
C'est vrai que Zemmour s'est planté ou a trop généralisé sur l'origine du libre-échange. Il faut rappeler par exemple que les anglais sont resté libre-échangiste longtemps après avoir vue l'effondrement de leur industrie. L'empire Ottoman a également pratiqué le libre-échange jusqu'à son implosion, c'est à cause de ça que cet empire était appelé l'homme malade de l'Europe avant 14-18.
Sinon Malakine je ne crois pas que les intérêts économiques soient la seule explication. L'idéologie a beaucoup avoir dans l'affaire, et le fait que ceux qui nous dirigent ne subissent pas les conséquences de leurs actes y est aussi pour beaucoup dans le maintient de ce suicide collectif. Avec en prime ce que Gréau a dit récemment un racisme suprématiste dans nos hautes couches sociales qui sont persuadées que les blancs sont une race supérieure. D'ailleurs beaucoup de gens d'extrême droite sont pour le libre-échange et le libéralisme ce n'est pas un hasard.
@Laurent
Tu devrais montrer de temps en temps les vidéo de ton patron NDA surtout sur l'euro ou le libre-échange. Dans son interview sur BFM il a été très bon je trouve:
http://www.dailymotion.com/video/xcim8z_la-tribune-bfm-dailymotion_news
Écrit par : yann | 12.03.2010
@ Yann et Malakine,
En même temps, EZ n'a pas dit que les puissances exportatrices cessent de promouvoir le libre-échange après avoir été détrônées.... C'est vrai que la Grande-Bretagne continue à défendre les mêmes idées malgré un crépuscule industriel très frappant qui devrait justement lui indiquer que son dogmatisme est contre-productif à son échelle.
Les Etats-Unis ont une attitude globalement favorable au libre-échange mais avec une forte dose de pragmatisme (acier, aviation...).
C'est un mélange d'intérêts économiques et d'une domination idéologique qui font que ces nations poursuivent leur défense du libre-échange, mais également une situation économique (peu de chômage en période de croissance) qui leur permet de continuer de la sorte. Bien sûr, cette situation est la conséquence d'une bulle économique, d'une monnaie dépréciée et d'un salaire minimal faible mais cela permet de faire penser que leur logique est gagnante même s'il s'agit d'un chateau de sable.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 12.03.2010
@ Malakine
Effectivement, on sent un frémissement de la nomenklatura médiatique après cette affaire des ravitailleurs de l'EADS...
Les accusations de protectionnisme entre USA/UE/Chine sont d'un comique confondant: les européens accusent les USA de protectionnisme pour l'appel d'offre des ravitailleurs du Pentagone, les USA critiquent le projet de mise en place d'un passeport européen pour les gestionnaires de fonds spéculatifs.
Quant aux solutions protectionnistes, elles ne seront jamais présentées: on se contentera d'insister sur le Level Playing Field comme le fait le Medef en essayant de s'appuyer sur les principes (non contraignants) directeurs de l'OCDE.
Ce sont les puissances dominantes qui peuvent jouer à loisir du couple libre-échange/protectionnisme en professant l'ouverture totale des marchés à l'extérieur car elles n'ont pas peur du fait de leur Impérium militaire d'éventuelles sanctions.
@ Laurent
La GB a fait depuis longtemps le choix de se spécialiser dans l'industrie... financière, pour on ne fait pas d'omelette de la prospérité par les produits dérivés sans casser quelques oeufs de l'industrie (voire toute l'industrie).
@ Yann
J'ai récemment vu un reportage qui affirmait que les Chinois pensaient venir d'une autre souche qu'africaine (bref hors Lucy) ce qui expliquerait selon certaines voix du régime, la supériorité intrinsèque de l'homme chinois sur le waiguoren, ou « gens d'en-dehors du pays ». Par ailleurs, les chinois ont tendance à hiérarchiser les cultures et à distinguer une « race céleste » (le mot de tianchao, mot à mot « la dynastie céleste », par laquelle les Chinois aujourd'hui encore peuvent désigner la Chine et les Chinois, s'apparente fort à la notion anthropologiquement normale, mais politiquement inquiétante, de « peuple élu » ou de « race élue ») et les autres...
Écrit par : René Jacquot | 12.03.2010
J'aimerais savoir comment vous comprenez cette partie de la tribune d'Edmond Maire et François Chérèque dans le Nouvel Obs:
Doter l'Europe d'un pouvoir de régulation de la mondialisation économique
Lorsque la construction européenne privilégiait le marché commun, la libre circulation des biens et des personnes, l'ambition que nous portions, incarnée par Jacques Delors, visait à rééquilibrer cette ouverture par une régulation sociale construite par le dialogue des partenaires sociaux. Cette régulation fait aujourd'hui gravement défaut.
La « communauté » européenne est devenue de fait une union « intergouvernementale » où les Etats regardent l'Europe comme un lieu de défense de leurs intérêts et non comme un moyen de préparer l'avenir et de promouvoir une autre vision de la mondialisation. L'échec du sommet de Copenhague l'a tristement démontré. Refusant fort heureusement l'impasse du protectionnisme, l'Union européenne n'assume pas son rôle de régulation face à l'ouverture sans limites des frontières. Marcel Gauchet a raison de vouloir engager un débat sur « un régime de protection intelligent ».
Pour peser en faveur d'une maîtrise sociale de la mondialisation, le syndicalisme européen doit dépasser l'addition d'intérêts nationaux, définir les lignes forces d'un projet social commun et construire une véritable confédération des salariés européens.
Écrit par : René Jacquot | 12.03.2010
@ René Jacquot
C'est une vaste fumisterie. Dès 1988, Jacques Delors s'est illustré à la Commission Européenne pour libéraliser les mouvements de capitaux. Il a sanctuarisé une politique monétariste de droite avec la BCE et a renoncé à toute possibilité d'ajustement de la politique monétaire aux réalités nationales avec la monnaie unique.
En outre, il faut noter que tous les organes supranationaux européens ont un biais néolibéral extrêmement fort (Commission Européenne, BCE...). Plus d'intégration européenne, c'est plus de néolibéralisme. Pire, c'est un néolibéralisme à tendance quasiment totalitaire qui s'arrange pour être un horizon indépassable, qui verouille les politiques dans un sens en rognant sur la capacité des démocraties nationales d'aller dans un sens contraire.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 12.03.2010
Le "dépassement des intérêts nationaux", c'est le verrouillage d'une politique néolibérale.
Seules des nations fortes nous permettront de remettre en cause cette dérive scandaleuse de l'Europe.
Il est effarant que ce soient des agents du néolibéralisme supranational qui brandissent aujourd'hui l'Europe comme un moyen de se protéger des excès du néolibéralisme qu'ils ont pourtant poussé de toutes leurs forces depuis des décennies.
Ceci montre au contraire que ce sont les nations qui permettront de revenir dessus.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 12.03.2010
@ Laurent
Je plussoie à ton argumentation... Jacques Delors a été le catalyseur de l'Europe néolibérale et l'image d'Epinal qui voudrait que Delors avait pensé à un volet social est un leurre.
Son bilan à la tête de la Commission européenne en témoigne: Acte Unique en 1986, Livre Blanc en 1993 (un sommet sur la dérégulation du droit du travail), l'instauration du dialogue social européen de Val Duchesse en partenariat avec le CNV (Hollande), les confédérations syndicales italiennes et la CFDT en contrepartie de la désinflation salariale...
Écrit par : René Jacquot | 12.03.2010
Je viens de tomber sur cette horreur
OMC-OCDE-CNUCED: “Pas d’intensification importante des restrictions au commerce ou à l’investissement” mais le G20 doit “rester vigilant”
Selon le dernier rapport OMC-OCDE-CNUCED — présenté le 8 mars 2010 — sur les mesures relatives au commerce et à l’investissement prises par le G20, les taux de chômage élevés et les incertitudes concernant la croissance mondiale font que les gouvernements du G20 doivent “rester vigilants dans leur lutte contre le protectionnisme”. Les trois organisations ont invité les dirigeants du G20 à “s’engager clairement et plus fortement en faveur de l’ouverture des marchés et à concrétiser leurs nombreux appels en faveur d’une conclusion rapide du Cycle de Doha”. Alors que les gouvernements ont du mal à proposer de nouvelles mesures de relance budgétaire ou monétaire, l’ouverture commerciale peut donner à l’économie mondiale un élan salutaire et offrir de précieuses perspectives de création d’emplois.
http://www.wto.org/english/news_e/news10_e/trim_report_08mar10_e.doc
Ce rapport raisonne complètement à l'envers... comment peut-on réfléchir de manière si biaisée? A moins que ce soit plus pour les marchés financiers que pour l'emploi.
On rappelera que l'OMC avait pointé entre avril et septembre 2009 faisait état "d'un dérapage protectionniste limité" et avait tiré la sonnette d'alarme.
Le dernier rapport CNUCED/OMC/OCDE indique que "la plupart des membres du G20 continuent de gérer avec succès le processus politique visant à garder sous leur controle les pressions protectionnistes domestiques nationales (sic), malgré un environnement difficile pour certains d'entre eux, où les niveaux d'emploi et les opportunités d'emplois se rétrécissent. C'est un signe positif que les dirigeants du G20 continuent de réaffirmer leur engagement en faveur du maintien de régimes d'échanges et d'investissement ouverts et leur determination à résister aux pression protectionnistes domestiques".
C'est beau comme une bulle papale ou un communiqué du politburo, l'économie communiste de marché et de libre-échange semble lutter contre la réel... ces fameuses "pressions doomestiques".
Écrit par : René Jacquot | 12.03.2010
@René
L'OMC continu de croire que c'est le commerce le moteur de la croissance économique, alors que c'est l'inverse c'est la croissance économique qui fait croitre le commerce. Pas de clients, pas de ventes, donc pas d'échange, l'équation est assez simple pourtant.
C'est une vielle erreur intellectuelle, de la même manière que l'on confond le protectionnisme et le mercantilisme. Le mercantilisme est condamnable par nature ce n'est pas le cas du protectionnisme mais la confusion permet aux intérêts financier de continuer à régner en présentant son meilleurs des mondes possibles. D'ailleurs l'Allemagne et la Chine sont mercantiliste et libre-échangiste preuve que ce n'est pas le anger protectionniste le problème.
De toute façon l'économie occidentale a définitivement calé leur discours va se percuter face à la réalité. Et puis l'OMC c'est comme l'UE çà ne sert à rien en réalité autant en sortir.
Écrit par : yann | 12.03.2010
Comme certains le pressentent ici, EZ a moins une position d’économiste que celle d’un historien. La marge de manœuvre d’une grande puissance peut dépendre autant de son rayonnement culturel et idéologique que de l’hégémonie réelle de son économie et de la stratégie qui en découle. Mais cela fonctionne à la condition expresse que ce rayonnement ait un bras armé, ce qui est autant le cas des USA aujourd’hui que ce fut celui de l’Espagne dans la foulée de la Renaissance. Dans le monde déstabilisé qu’est le nôtre, plus que jamais le pouvoir économique est à la périphérie du pouvoir militaire, et l’avenir de la mondialisation se jouera dans la pérennité de la puissance militaire américaine sur les théâtres où elle est engagée. Par ailleurs l’hégémonie externe de ce pays est la condition de sa cohésion interne. Un repli protectionniste comme stratégie d’urgence y reste donc plausible. Mais je sais que tout cela est économiquement impensable, donc déraisonnable.
Écrit par : La Gaule 2ème classe | 14.03.2010
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