06.04.2010
Nicolas Sarkozy, dur à l’extérieur, mou à l’intérieur
Nicolas Sarkozy est un mystère. Au sortir d’une défaite historique lors des élections régionales, il annonce à la fois qu’il va de l’avant sur la réforme des retraites, affichant une forte volonté réformatrice, tout en reculant sur la réforme de la justice et la taxe carbone.
« Action man » en parole
C’est le surnom qu’une partie de la presse anglo-saxonne lui donne. Cela fait référence aux super-héros des bandes dessinées. Il faut dire que le président de la République ne recule devant aucune emphase pour décrire son action. « Historique », « jamais vu » sont des qualificatifs fréquemment présents dans sa bouche. Son action décisive aurait ni plus ni moins sauvé le monde d’une catastrophe économique à l’automne 2008. Le sommet du G20 aurait été un nouveau Bretton Woods. Bref, il convoque l’histoire à chacune de ses interventions.
Il n’hésite pas non plus à employer des mots beaucoup plus durs que ses prédécesseurs, les termes de « racaille » ou « karcher » ayant marqué son passage au ministère de l’intérieur. Il assure fermement que l’insécurité va reculer, que les voyous seront punis, que GDF ne sera jamais privatisé, que Gandrange ne fermera pas ou que la production de la Clio ne sera pas délocalisée en Turquie. Le chef de l’Etat nous gratifie souvent de mâles déclarations qui sonnent comme des paroles divines contre lesquelles la réalité ne pourrait que se briser tant la volonté du chef semble forte et inébranlable.
Un succédané de Balladur ?
Pourtant, un examen plus approfondi de ses actes révèle un dirigeant beaucoup plus prompt aux compromis que ses discours tranchant ne le laissent imaginer. En fait, cela a commencé très tôt. Avant son élection, Nicolas Sarkozy promettait de négocier, en remplacement du Traité Constitutionnel Européen, un « mini-traité » limité aux questions institutionnelles et qui prendrait véritablement en compte le « non ». Au final, il a abdiqué devant les revendications Allemandes, acceptant un traité complètement équivalent à celui refusé par les Français mais présenté différemment.
Idem lors de la réforme des régimes spéciaux de retraites du service public. Bien sûr, il a obtenu un alignement à 40 ans de la durée de cotisation mais les syndicats ont obtenu tellement de compensations sur le montant des pensions de retraite (calculé sur les 6 derniers mois, après des augmentations tous les 6 mois à la SNCF) que les régimes spéciaux restent tout aussi spéciaux qu’ils étaient avant la réforme. Pour le G20 et Copenhague, Nicolas Sarkozy avait annoncé qu’il était prêt à quitter la négociation s’il n’y avait pas de véritable avancée et on sait ce qu’il est advenu.
Ce que cela révèle
Le candidat Nicolas a sans doute en bonne partie gagné l’élection présidentielle sur son volontarisme. Mais l’écart toujours plus grand qui s’affiche entre ce qu’il dit et promet et la réalité révèle bien des travers de cette présidence. Tout d’abord, contrairement à ses prédécesseurs, le président Sarkozy est trop bavard. A force de parler, il se contredit ou promet de trop nombreuses choses qu’il ne tient pas. Résultat, la parole présidentielle se démonétise. Alors que chacune de ses interventions était un évènement au début de son mandat, aujourd’hui, ses paroles passent sans marquer.
Ensuite, les Français ne semblent plus croire le président. Sa parole a perdu en crédibilité au fur et à mesure que les contradictions et autres mensonges sont apparus. Le meilleur exemple est sans doute qu’au début de son mandat, il était la victime de l’affaire Clearstream, alors qu’aujourd’hui, c’est Dominique de Villepin qui a pris ce rôle. Et ce n’est pas la promotion à l’ordre de la légion d’honneur du procureur Jean-Claude Marin qui va arranger les choses. Aujourd’hui, la parole présidentielle a perdu en poids, en crédibilité et en impact, semblant rendre impossible une relance de la présidence.
En étant dur en parole, Nicolas Sarkozy a tendance à braquer ses opposants. Mais en étant souvent mou dans les actes, il perd encore plus, en perdant le respect de ceux qui s’opposent à lui tout en décevant ses soutiens. Au final, il a toutes les chances d’y perdre la présidence dans deux ans.
10:55 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, g20, gandrange, tce, traité de lisbonne




Commentaires
Je suis tout à fait d'accord avec ton analyse.
J.P Raffarin évoque dans l'Express, un recul de l'éthique du respect et une désacralisation de la fonction présidentielle. Tandis que Dominique de Villepin dressait lui-aussi un constat assez lucide de son bilan à mi mandat au grand Jury de RTL, ce week-end.
En fin de compte, le sarkozysme n'est ni un volontarisme ni un pragmatisme, c'est un néo-conservatisme où la parole et les gesticulations priment sur l'action.
Écrit par : Reversus | 06.04.2010
En fait le "sarkozisme" me fait penser à ce petits aspirateurs automatiques... Vous savez les petits trucs rond qui font du bruit se baladent en faisant des ronds, des demis tours face au murs, pour revenir au point de départ...
Et quand on vide le sac, on se rend compte qu'il n'a rien aspiré :D
Écrit par : Guild | 06.04.2010
@ Reversus
Dès que j'entends parler de volontarisme, je ne peux m'empêcher de penser à ce qu'en dit Jean-Louis Bourlanges, que je trouve souvent très pertinent malgré ses convictions: en substance, le volontarisme est à la volonté ce que le don juanisme est à l'amour des femmes. Pour être plus immédiatement compris, quelqu'un qui fait l'éloge du volontarisme sera parfaitement capable de se montrer, confronté à une réalité différente de ses fantasmes ou de ses discours, incapable de la moindre volonté.
De là à penser que le couple Sarkozy-Guaino est le couple volontariste par excellence...
Écrit par : Archibald | 06.04.2010
Pas faute d'avoir prévenu avant 2007 que le petit n'avait pas l'envergure d'un président, qu'il était un médiocre ministre, un médiocre secrétaire, un médiocre avocat, etc..
Écrit par : Cassagyne | 07.04.2010
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