19.04.2010

L’euro-camisole nous mène droit à la dépression !

« Avec l’euro fou, l’Europe réussit le tour de force d’utiliser sa puissance économique pour se torturer » affirme Emmanuel Todd dans « Après la démocratie ». Quel meilleur exemple que le sort aujourd’hui réservé à la Grèce, pour laquelle Dominique Strauss-Kahn ne voit que la déflation comme solution.

De l’euro-camisole à l’euro-déflation

En réalité, nous n’en sommes qu’aux prémices de la politique déflationniste générale qui se prépare pour l’Europe. La Grèce n’est que le troisième pays à l’adopter. En effet, auparavant, ce sont l’Irlande et la Lettonie qui ont accepté de se soumettre aux diktats des marchés et de Bruxelles pour rester dans l’euro pour la première et conserver sa parité monétaire pour la seconde. Les solutions adoptées sont assez simples : hausses d’impôts et baisse (parfois radicale) du traitement des fonctionnaires de manière à équilibrer les finances publiques.

La discipline de ces pays tient sans doute à leur histoire et leur rapport à l’Europe. En effet, pour eux, l’Europe est synonyme de fonds structurels qui les ont aidé à se moderniser. Et l’euro, en permettant un abaissement radical du coût de financement, a nourri le boom des années 90 et 2000, jusqu’au krach. Malheureusement, ils ne comprennent pas que cette politique monétaire unique est aussi la principale cause de la violence de la récession qu’ils traversent aujourd’hui. En effet, une politique monétaire nationale leur aurait permis d’éviter que la bulle ne devienne aussi grosse.

Après des années où l’Irlande, la Grèce, l’Espagne, le Portugal ou l’Italie pouvaient emprunter à des taux similaires à ceux des Bunds Allemands, les marchés, effrayés par le niveau des déficits et des dettes, demandent des primes de risque punitives pour des finances publiques mises à mal par la grave crise économique que nous traversons. La seule solution aujourd’hui évoquée par l’immense majorité des intervenants est une politique de rigueur assez drastique pour réduire les déficits. Dominique Strauss-Kahn a eu le mérite de briser un tabou en parlant de déflation.

De l’euro-déflation à l’euro-dépression

Bref, le destin commun des pays de l’euro-zone est donc une politique de rigueur déflationniste, cocktail amer de hausses d’impôts, de coupes budgétaires, de baisse de nombre de fonctionnaires et de réduction de traitement de ceux qui restent. Il faut dire que le logiciel de la « pensée unique » ne donne pas d’autres solutions à la crise sévère des finances publiques des Etats membres. En effet, les projections faites par The Economist sont alarmantes : la dette de la Grèce devrait passer de 113 à 149% du PIB de 2009 à 2014, avec des intérêts qui représenteraient 7,2% du PIB dans quatre ans.

Pire, ces prévisions, pourtant guère riantes, apparaissent à certains comme optimistes, ce qui pose clairement la question du risque de défaut d’Athènes. En effet, pour ces calculs, le taux d’intérêt moyen est seulement de 5%, sachant que la Grèce a emprunté entre 5.9 et 6.8% cette année. Bref, les tenants de la pensée unique comprennent aujourd’hui que la situation est potentiellement intenable à moyen terme. D’où sans doute l’intervention de Dominique Strauss-Kahn plaidant pour une politique déflationniste. Le blizzard de la rigueur a toutes les chances de souffler fort sur l’euro-zone.

Le problème est qu’une telle politique aura un fort impact dépressif si tous les pays de la zone euro l’adoptent ensemble : la croissance de l’euro-zone sera dérisoire, si elle est encore positive. En effet, comment espérer de la croissance pendant la période d’assainissement des finances publiques si tous les pays de la zone euro mènent une politique de rigueur, déprimant leur consommation intérieure ainsi que leurs importations (dont deux-tiers viennent de la zone euro). Et avec des entreprises qui délocalisent en masse à cause de l’euro cher, c’est une recette pour une longue dépression.

En 2010, les pays de la zone euro pourront encore compter sur les plans de soutien pour afficher un minimum de croissance, mais à partir de 2011, il est difficile d’imaginer autre chose qu’une croissance faible au mieux ou, au pire, une nouvelle récession.

Demain, des solutions pour éviter la dépression

Commentaires

Ne t'inquiète pas, s'il y a une nouvelle récession, on nous dira que c'est à cause du volcan islandais ! :-)

Écrit par : Malakine | 19.04.2010

Lundi 19 avril 2010 :

A 18H00, le taux de l'obligation d'Etat grecque à 10 ans est remonté à 7,618 %, contre 7,366 % vendredi et le "spread" (différentiel avec l'emprunt allemand à 10 ans qui sert de référence au marché) s'élevait à 454 points de base.

Ce qui signifie que pour se financer, la Grèce doit offrir un surplus de 4,54 points de pourcentage par rapport à l'Allemagne.

http://www.romandie.com/infos/news/201004191905080AWP.asp

Lundi 12 avril : le taux de l'obligation grecque à 10 ans était de 6,637 %.
Mardi 13 avril : le taux de l'obligation grecque à 10 ans était de 6,815 %.
Mercredi 14 avril : le taux de l'obligation grecque à 10 ans était de 7,034 %.
Jeudi 15 avril : le taux de l’obligation grecque à 10 ans était de 7,123 %.
Vendredi 16 avril : le taux de l’obligation grecque à 10 ans était de 7,366 %.
Lundi 19 avril : le taux de l'obligation grecque à 10 ans était de 7,618 %.

Écrit par : BA | 19.04.2010

Je viens de voir ceci :

« Après Lisbonne : comment réanimer le projet européen ?

Pierre MOSCOVICI

Député, ancien ministre des affaires européennes



Walter VELTRONI

Ancien maire de Rome



James PURNELL

Député britannique, ancien ministre de la culture et ministre du travail



Loukas TSOUKALIS

Professeur de sciences politiques à Athènes, conseiller spécial du président de la Commission européenne




Le jeudi 22 avril à 18h

Mairie du IIIème arrondissement de Paris







Après l’échec de la Constitution européenne, l’entrée en vigueur à l’arrachée du traité de Lisbonne avait redonné espoir aux partisans de l’Europe. Des nominations décevantes à la présidence de l’Union européenne et à la nouvelle Commission, et aujourd’hui la crise grecque et les menaces sur la zone euro, ont tôt fait de replonger l’Union dans le pessimisme. Pourtant, le débat européen semble bouger à nouveau : comité des sages sur l’avenir de l’Europe confié à Felipe Gonzales, négociations autour du nouveau modèle de développement européen (« agenda UE 2020 »), rapport Monti sur l’articulation entre services publics et marché intérieur… Peut-on, dans ce contexte, envisager de nouvelles perspectives, un nouveau projet européen ?



L’évènement est organisé en partenariat avec Policy Network, auteur de l’initiative An EU Fit for Purpose in the Global Age, en association avec l’Institut européen de la London School of Economics, la Fondation hellénique pour les politiques européennes (ELIAMEP) et la mairie du IIIe arrondissement de Paris.



Veuillez trouver ci-joint un plan d’accès ainsi qu’un agenda détaillé pour ce colloque. N’hésitez pas à contacter Alice Bonnet au 0158361521 ou à l’adresse suivante : alice.bonnet@tnova.fr pour plus d’informations.



En espérant vous retrouver pour cette occasion,





Olivier Ferrand


Président de Terra Nova








Pour plus d'informations, vous pouvez nous contacter par email à contact@tnova.fr, par téléphone au 01 58 36 15 20 et consulter notre site internet www.tnova.fr. »


Je serai plutôt partisan d'arrêter l'acharnement thérapeutique et de débrancher le malade UE.

Écrit par : gilles | 19.04.2010

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