27.04.2010

Comment réformer la finance ?

Aujourd’hui, nous savons ce qu’il faut faire pour mettre fin à l’anarchie financière qui pèse sur l’ensemble de l’économie de la planète. Mais ce n’est pas tout : comment mettre en place  de telles mesures ?

La France peut faire beaucoup

C’est clairement la bonne nouvelle de cette étude. Environ la moitié des mesures présentées hier peuvent être prises dans un cadre purement national sans risquer s’attirer des réactions aux conséquences dangereuses pour l’économie Française. Il faut néanmoins noter que la plupart de ces mesures nécessite une sortie de l’euro et le retour d’une politique monétaire strictement nationale ainsi qu’une remise en cause d’une partie non négligeable des règles imposées par les traités européens.

En effet, dans ce cadre, la France peut parfaitement  choisir de se donner la possibilité de monétiser sa dette (comme les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne l’ont fait pendant la crise). Elle peut parfaitement créer un pôle public bancaire ou même strictement encadrer les bonus (la Grande Bretagne est allé bien plus loin que nous sur ce sujet par exemple). Nous pouvons également séparer les activités de banques d’affaire et de banques de dépôt sur notre seul territoire ou remettre en place un contrôle des mouvements de capitaux (grâce au taux d’épargne des Français).

La France peut, seule, instaurer des normes spécifiques interdisant aux agences de notation d’être à la fois les fournisseurs et les évaluateurs des institutions financières. Nous pouvons également mettre en place une agence unique et puissante de contrôle de la stabilité financière. Enfin, libre à nous d’établir des normes prudentielles purement nationales, comme le fait l’Espagne (ce qui a contribué à la relative stabilité de son système financier) ou d’encadrer très strictement les LBO sur notre territoire.

Mais l’Europe peut nous permettre de faire plus

Naturellement, ce n’est pas l’Union Européenne qui nous permettra d’aller dans ce sens. Les institutions européennes se sont jusqu’à présent distinguées par leur croyance dogmatique et quasiment religieuse dans les vertus d’une anarchie financière bien contraire à ce programme de réforme assez radical. Cependant, une partie de ces réformes (taxe Tobin, normes comptables, paradis fiscaux, SLAM, dark pools, spéculation sur les matières premières) nécessite une coordination européenne.

En effet, la France n’a pas la taille critique pour imposer aux marchés et aux institutions financières de telles règles. En faisant cavalier seul sur ces sujets, nous risquerions simplement de déplacer le problème dans des pays à la réglementation plus laxiste. Une coordination européenne serait essentielle pour que ces règles s’appliquent sur un ensemble économique suffisamment important pour imposer ses règles aux multinationales qui voudraient y faire des affaires.

Pour être honnête, jamais la Grande Bretagne, ni même sans doute les Pays-Bas ne souscriront à cet agenda. En revanche, les pays du Sud de l’Europe y verraient sans doute une issue aux problèmes économiques insolubles dans lesquels l’Union Européenne les plonge aujourd’hui. En outre, l’Allemagne, étrangère à la tradition court-termiste et prédatrice du capitalisme actionnarial pourrait elle-aussi être tentée pour mettre en place de telles règles.

La mise en place d’une Zone Européenne Financière, pour reprendre la proposition de Frédéric Lordon, est donc la solution pour mettre en place de telles propositions. Il faudra reconstruire l’Europe depuis une page blanche. Cette nouvelle Europe partirait sûrement des pays du Sud, qui vont beaucoup souffrir dans les prochaines années et seront donc ouverts à une nouvelle construction qui n’étouffe pas leurs économies. Mais je crois que l’Allemagne et l’Europe de l’Est pourraient également être de la partie.

Non seulement les mesures pour réglementer le monde financier existe, mais une bonne partie peut être mise en place dans le seul cadre national (à condition de quitter l’euro et refuser les normes européennes) mais dans un cadre européen restreint, elles sont toutes applicables !

Commentaires

@ Laurent
Sur le même sujet, le très bon article de F.Lordon http://blog.mondediplo.net/2010-04-21-La-regulation-financiere-entre-contresens-et
où il montre bien que les mesures envisagées actuellement se contentent de bricoler des ratios pour tenter de limiter les conséquences d’une nouvelle crise, mais en aucun cas d’en éviter l’apparition. On reste dans le « laissez faire/surveiller/rectifier » là où il faudrait « interdire/surveiller/réprimer »

Écrit par : RST | 27.04.2010

Laurent, je crains que vous ne compreniez pas l'utilité de la finance. Elle n'est pas si décorellée que cela de "l'économie réelle". Mettez vous dans la peau d'un entrepreneur et vous allez comprendre. Prenez un homme lambda, volontaire, qui n'a que son courage et son travail. Sur une intuition, il créé son entreprise. Cette entreprise est adaptée à ses moyens, c'est à dire qu'elle est peu capitalistique (elle nécessite une mise de fonds faible). Il s'agit vraisemblablement d'une entreprise de service ou alors de production à faible valeur ajoutée (les machines ne coutent pas cher, peu de barrières à l'entrée). Il travaille d'arrache-pied, se développe, embauche, le carnet de commandes est plein. Il se heurte alors à une première difficulté : il gagne de l'argent (résultat positif) mais il brûle du cash en raison du décalage entre ses décaissements (paiement de ses fournisseurs) et de ses encaissements (règlement de ses clients). C'est le besoin en fonds de roulement. Beaucoup d'entreprises ne passent pas ce cap et font faillite à ce stade. Pour éviter celà, il a alors recours à différents mécanismes : le découvert (très cher), le gage des stocks (peu pérenne), l'emprunt à moyen terme ou l'entrée à son capital d'un investisseur financier (capital développement). C'est investisseur financier n'accepte de rentrer au capital que parce qu'il prévoit (dans le contrat initial) de sortir dans 5 à 7 ans avec une plus-value. Le premier écueil est passé, la société continue de se développer et occupe une position significative sur son marché de niche. Elle a beaucoup grossi et son fondateur, très bon pour créer un business se révèle être un mauvais gestionnaire, incapable de la développer plus loin (on ne gère pas une entreprise de 20 personnes comme on gère une entreprise de 100 personnes). Lui et son partenaire financier ont alors le choix entre plusieurs options : se vendre à un grand groupe qui saura gérer le développement international par exemple ou se vendre à un autre investisseur financier associé à des dirigeants spécialistes du secteur, déjà présents dans l'entreprise ou pas (MBO, MBI, BIMBO, qui sont tout trois des formes de LBO). Une fois de plus, la finance permet de :
- pérenniser l'entreprise ;
- assurer son développement et donc la création d'emploi.
Quelques années plus tard, les dirigeants ont bien développé l'entreprise mais leur partenaire financier doit sortir du capital (c'était prévu de cette manière). L'usage d'un montage à base de dettes associé à un autre fonds d'investissement leur permettra une relution (c'est à dire une augmentation de leur part dans le capital). C'est un LBO secondaire. Si la société continue de bien se développer, elle pourra réaliser cette opération plusieurs fois jusqu'à ce que le contrôle de la société soit entièrement détenu par le management. La finance a permis cette fois l'indépendance d'une société. La difficulté de cet enchainement d'opération repose sur deux piliers :
- d'une part, il faut que la société se développe quasi-constamment pour assurer une valorisation supérieure à chaque opération. Cela signifie que l'environnement législatif et règlementaire est stable et ne créé pas de mauvaises surprises (indépendamment des erreurs de gestion) ;
- d'autre part, il faut que les fonds d'investissements soient en position d'investir dans cette société et que leur nombre soit suffisant. Cela signifie qu'ils disposent des fonds nécessaires (donc capacité de collecte) et que leurs politiques d'investissement ne soient pas entravées par des règlementations idiotes (comme celles qui sont en train d'être discutées actuellement).

Bien sûr, les fonds d'investissements gagneront de l'argent (l'objectif sur ce type d'investissement est un TRI de 15%) mais vous observerez que c'est une stratégie gagnant-gagant :
- le fondateur, pour une mise de départ nulle, a cédé sa société pour un montant qu'on espère conséquent et peut ainsi développé une nouvelle société plus capitalistique ;
- les dirigeants de la société se retrouvent propriétaires d'une belle société grâce à leur travail et leurs efforts ;
- les salariés de la société sont heureux de travailler pour une société qui se développe et leur offre des opportunités de mobilité professionnelle, géographique, ...

Un raisonnement identique peut être mener sur la finance de marché. Vous vous plaignez régulièrement des spéculateurs. Vous conviendrez que pour réaliser une transaction, il faut deux parties. Par conséquent, pour l'un qui spécule à la baisse, il faut un autre qui spécule à la hausse. Jeu à somme nulle. Si la contrepartie n'est pas un spéculateur, mais quelqu'un qui a besoin de se couvrir réellement contre une baisse, comment fera-t-il pour se couvrir s'il ne trouve pas de spéculateur pour traiter avec lui ?

Bref, tout cela pour dire que si la finance vous semble un monde à part de l'économie, c'est tout bonnement que vous n'en voyez pas les liens. De facto, plus vous limiterez les capacités de la finance, plus vous ralentirez l'économie réelle. Encore une fois, la solution est d'imposer la transparence. Il a sur le marché des voyous, certains les connaissent mais d'autres se font encore avoir. Comment sait on que quelqu'un est un voyou ? Uniquement quand vous avez traiter avec lui. Avec de la transparence, vous le sauriez avant de traiter avec lui et il s'effondrerait tout seul. En conclusion, oui pour une plus grande transparence, oui pour une justice rapide et efficace, non pour une règlementation sujette à interprétation et surtout qui sera TOUJOURS contournée dont vous ne pouvez pas prévoir les effets pervers.

Écrit par : Joe | 28.04.2010

@ Joe

Cela va sans doute vous surprendre, mais j'ai travaillé 10 ans dans des multinationales (dont plus de 2 ans chez McKinsey) et depuis, j'ai monté mon entreprise...

Je ne suis pas contre la finance dans l'absolu. Bien sûr que l'économie productive a besoin de banques et de financiers. Cependant, l'anarchie économique fait qu'aujourd'hui la finance prélève une part de richesse beaucoup trop importante sur cette même économie productive. Il faut aujourd'hui remettre la finance à sa place.

Notez que j'avais pris position contre la fermeture de la Bourse, mesure proposée par Frédéric Lordon. Je ne suis pas contre l'économie de marché. Je suis pour un capitalisme solidaire et encadré.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 28.04.2010

@ Laurent

Vous trouverez ci dessous un lien qui explique mieux que moi ma pensée. Faites abstraction de quelques éructations anti-communistes primaires et lisez le sérieusement (ce n'est pas long). Vous verrez, c'est instructif.

http://www.leblogueduql.org/2008/09/crise-financire.html

Écrit par : Joe | 28.04.2010

Nouvelle contribution à votre reflexion : http://www.objectifliberte.fr/2009/02/bale-2-basta.html

Il s'agit à mon sens d'une véritable réforme du système financier, reposant sur la responsabilisation des acteurs. Votre avis m'intéresse. (attention, le texte est un peu long)

Écrit par : Joe | 03.05.2010

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