05.05.2010
Joseph Stiglitz pronostique la fin de l’euro
Après l’annonce du plan « de soutien » à la Grèce, on pouvait croire que la situation allait se stabiliser pour la zone euro. Mais les marchés en ont décidé autrement puisque la spéculation a repris de plus belle, alimentée par des rumeurs sur la dégradation de la note de l’Espagne.
Panique sur les marchés
L’Espagne est aujourd’hui le pays qui attire toute l’attention des marchés depuis qu’une rumeur a circulé affirmant que le pays avait besoin d’un plan de 280 milliards. Ce bruit a provoqué un effondrement des bourses en Europe. Pourtant, la situation de l’Espagne n’est pas du tout comparable à celle de la Grèce. Au contraire, le pays a été en excédent budgétaire jusqu’en 2007, obtenant le plus bas niveau de dette publique en rapport au PIB des grands pays de la zone euro, 42%.
Certes, le déficit s’est creusé pour atteindre 10%, mais le niveau de dette publique, autour de 65% cette année, reste nettement inférieur à la France et même l’Allemagne. Même en 2012, les projections anticipent un niveau de 74%, comparable au niveau d’avant-crise des deux principaux pays de la zone euro. Certes, le niveau de chômage et les craintes sur les capacités du pays à retrouver le chemin de la croissance pèsent sur la situation, mais les craintes du marché semblent exagérées.
Je ne vais pas critiquer ici le comportement des marchés. Je ne me fais aucune illusion sur leur mode de fonctionnement, qui est très imparfait. La spéculation sur la dette espagnole apparaît exagérée mais faut-il attendre un comportement rationnel d’un marché capable de prêter à la Grèce ou à l’Italie presque au même taux que l’Allemagne en 2007 ou qui évalue une action France Telecom 219 euros en 2001 et 7 euros à peine deux ans après (93% de moins) ?
L’erreur de la monnaie unique
Les marchés ont toujours eu des comportements erratiques. Au 17ème siècle, les bulbes de tulipe se sont négociés au prix d’une maison en Hollande. En 1929, leurs excès ont provoqué une Grande Dépression qui a envoyé jusqu’à 25% de la population active des Etats-Unis au chômage. Heureusement, en était sorti un nouveau système économique, plus stable, qui avait réussi à conserver le fonctionnement d’une économie de marché, mais en la stabilisant et en la rendant juste.
Le rôle des hommes politiques est de créer un système économique qui ne sera pas ébranlé par les mouvements erratiques des marchés. Le problème est que l’euro et l’Europe actuelle font exactement l’inverse. L’Europe a poussé une déréglementation générale qui fait des économies européennes des fétus de paille soumis aux vents anarchiques des marchés financiers. Et l’euro pousse à une politique de désinflation compétitive qui ne fait qu’aggraver les problèmes.
Joseph Stiglitz, qui avait critiqué la rigueur excessive des plans imposés par le FMI aux pays émergents en Asie lors de la crise de la fin des années 1990, a le même jugement sur le plan imposé à la Grèce, qui sont « en réalité contreproductives pour prévenir une contagion ». En clair, les dirigeants européens n’ont fait qu’acheter du temps. Les 110 milliards affectés à la Grèce ne font que repousser un problème qui reviendra dans trois ans, sans doute encore beaucoup plus grand.
La seule solution est de mettre fin à cette aventure hasardeuse qu’est l’euro et de monétiser en partie les dettes. Les économies européennes sont différentes et ont donc besoin de politiques monétaires spécifiques pour se tirer du mauvais pas dans lequel elles sont enfermées.
11:10 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : grèce, espagne, euro, joseph stiglitz, dettes souveraines, dettes publiques




Commentaires
L'euro prouve actuellement qu'une monnaie unique n'est pas bon, tant les disparités économiques sur le territoire nécessite des financements et intérêts différent. Pourquoi vouloir reproduire cette erreur sur le territoire Français en pensant que la région parisienne aura les mêmes besoins que la Bretagne ? C'est la même erreur que croire que la France avait besoin de la même politique monétaire que l'Espagne. Vous êtes donc en plan dans le système actuel, seule la taille de l'échelle change.
Par ailleurs, Stiglitz a un sérieux temps de retard ( mais bon, il est un très mauvais économiste comme le prouve son rapport sur Freddy & Fannie et ces analyses pour demeurés), j'en connais qui il y a déjà des décennies parler que " l'euro ne survivrait pas à sa première crise". Bref vous êtes totalement à coter de la plaque.
Écrit par : Xendor | 05.05.2010
L'euro prouve actuellement qu'une monnaie unique n'est pas bon, tant les disparités économiques sur le territoire nécessite des financements et intérêts différent. Pourquoi vouloir reproduire cette erreur sur le territoire Français en pensant que la région parisienne aura les mêmes besoins que la Bretagne ? C'est la même erreur que croire que la France avait besoin de la même politique monétaire que l'Espagne. Vous êtes donc en plan dans le système actuel, seule la taille de l'échelle change.
Par ailleurs, Stiglitz a un sérieux temps de retard ( mais bon, il est un très mauvais économiste comme le prouve son rapport sur Freddy & Fannie et ces analyses pour demeurés), j'en connais qui il y a déjà des décennies parler que " l'euro ne survivrait pas à sa première crise". Bref vous êtes totalement à coter de la plaque.
Écrit par : Xendor | 05.05.2010
La proposition de Nicolas Dupont Aignan, celle - si j'ai bien compris - de revenir à une sorte de "serpent monétaire" de la zone euro, et donc de retrouver 1) des monnaies nationales 2) une monnaie commune (cet "euro/serpent"), me semble de plus en plus la seule possible (alors que j'étais plutôt contre à l'origine, mais c'est connu, il n'y a que les i......les qui ne changent pas d'avis.)
Néanmoins j'avoue que je ne vois pas encore exactement quels seraient les "cadres" de chacune de ces monnaies et leurs utilisations respectives: peut-être Laurent pourrait il nous éclairer dans un prochain article?
Écrit par : A-J Holbecq | 05.05.2010
@ Xendor
La comparaison de l'Europe et de la France n'est pas bonne. La France satisfait aux 3 critères d'une zone monétaire optimale, contrairement à la zone euro.
- convergence macro-économique : le niveau d'inflation est le même dans toute la France (chaînes nationales qui pratiquent les mêmes prix), le niveau de croissance est proche, la dette et le déficit sont les mêmes pour tous
- mobilité des travailleurs : les Français n'hésitent pas à déménager pour rejoindre les régions les plus dynamiques économiquement (IdF, Ouest, Sud)
- existence d'un budget central qui assure une redistribution entre les régions
Cette crise est la première et l'euro n'est pas passé très loin d'exploser uniquement avec le problème de la Grèce. Autant dire que ce n'est qu'une question d'années avant que la monnaie unique explose.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 05.05.2010
Je ne suis pas sûr qu'avec les événements actuels, la position de l'Allemagne n'évolue pas de manière pragmatique dans le sens d'une dévaluation de l'Euro via à vis des autres monnaies (US, Yuan ..). Ce que j'imaginai impensable il y a encore seulement ... une semaine.
Si l'Allemagne dictait une politique d'Euro fort, c'est qu'elle avait a y gagner. Maintenant, avec le coût du plan grec, le risque de contagion et le risque non négligeable de défaut d'un des pays de la zone Euro (évoqué ouvertement, ce n'est plus un tabou) et des conséquences en cascade que cela entrainerait, les Allemands doivent certainement refaire leurs comptes. Ils ont beaucoup plus à perdre de l'explosion de la zone et de la guerre des taux de change à coups de dévaluations compétitives qu'il en résulterait que d'accepter une dévaluation globale de l'Euro. En ce cas, le besoin de remplacer la monnaie unique par une monnaie commune est moins criant, et plus compatible avec la "pensée" actuelle Européenne (même si je pense que la monnaie commune est la bonne solution pour l'Europe actuellement).
Signe que les Allemands ne campent plus sur leurs positions antérieures : La BCE accepte les obligations grecques, même notées à risque.
Autre signe : l'idée d'une agence de notation Européenne.
Écrit par : Etonnechaquejour | 05.05.2010
Le rôle des hommes politiques est de créer un système économique qui ne sera pas ébranlé par les mouvements erratiques des marchés. (Laurent)
Sans vouloir magnifier les marchés, les marchés ne sont pas irrationnels, ils raisonnent selon un schéma risque/rendement assez bien rôdé. Néanmoins, le marché se trompe. Pourquoi se trompe-t-il ? Car les informations qui lui ont été fournies ne reflètent pas la réalité. Il s'agit des comptes maquillés de la Grêce, il s'agit des taux d'intérêts qui ne reflètent en rien un niveau d'épargne, il s'agit de l'ensemble des distorsions de l'information pratiquées par les gouvernements : subventions en tout genre, règlementation au profit d'un type d'acteur ou d'un secteur, ...
Vouloir que les hommes politiques construisent de A à Z un système économique est illusoire. Bien sûr, sur le coup, ils peuvent tendre à quelque chose de parfait, mais dans le temps, leur projet ne tiendra pas, ou alors il faudrait le modifier en permanence. Nous l'avons déjà vu, vous trouverez toujours des hommes qui chercheront à contourner ou à profiter de la législation, créant des brêches et des abus dans le système établi. Croire que des hommes politiques, aux compétences en économie quasi inexistantes et surtout dont la connaissance de chacun des secteurs / marchés de l'activité économique est proche de 0, croire que ces hommes seront capables de faire évoluer le système rapidement, en permanence et sans se planter est soit de la naïveté pure, soit une arrogance crasse.
Écrit par : Joe | 05.05.2010
"La crise grecque pose la question de la survie même de l'euro" titre un article de Boursorama ( http://tinyurl.com/37hpo22 ) dans lequel nous trouvons :
/"Il est temps de reconnaître l'échec de l'euro", juge ainsi Jean-Jacques Rosa, économiste et professeur émérite à l'Institut d'études politiques de Paris. Au mieux, l'Allemagne et quelques pays voisins pourraient former une "petite zone mark", "économiquement logique"./
Mais je maintiens que si les règles fiscales et sociales ne sont pas unifiées, même "une petite zone" ne peut pas tenir si ces zones ont besoin d'emprunter sur les marchés, individuellement, au lieu de pouvoir monétiser leurs propres besoins...
Écrit par : A-J Holbecq | 05.05.2010
@ Mr Pinsolle
Je ne suis pas pour une uniformisation bien au contraire, dans l'idéal chacun devrait pouvoir lui même créer sa monnaie ( ou monter son agence de notation :) ).
Écrit par : Xendor | 05.05.2010
@ Etonné chaque jour
La baisse de l'euro est bien sûr une bonne nouvelle, mais il reste étonnamment surévalué (20%) étant donnée la situation économique désastreuse dans laquelle nous sommes. Etre à parité avec le dollar serait bien plus normal aujourd'hui...
Cela va donner une (toute) petite bouffée d'oxygène. Seule une baisse beaucoup plus marquée (sous le dollar) serait une véritable aide.
@ Joe
Là, je ne suis pas d'accord. Je maintiens mon point sur l'irrationalité des marchés. Certes, la Grèce a triché, mais pas l'Italie. Il était économiquement fou que l'Italie emprunte au même taux que l'Allemagne il y a trois ans. De même, le marché a fait n'importe quoi dans l'évaluation des valeurs des nouvelles technologies jusqu'en 2001. Les valorisations des abonnés étaient délirantes (plusieurs milliers d'euros par abonné il me semble). Il était évident que cela était absurde.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 05.05.2010
Si je peut me permettre un conseil, vous devriez choisir d'autres personnes pour illustrer vos articles, car il y a encore peu Stiglitz déclarer que tout aller bien pour l'Euro:
http://www.youtube.com/watch?v=_gTvzpZV6kY&feature=player_embedded
Même son de cloche pour Krugman, un plantage en règle:
http://krugman.blogs.nytimes.com/2010/02/02/fiscalizing-failure/
http://krugman.blogs.nytimes.com/2010/05/01/the-pain-in-spain-2/
Cela ne fait donc pas sérieux du tout pour un blog comme le votre.
Écrit par : Jean-Marc | 06.05.2010
Atali prône plus d' europe, vous prônez moins d' Europe, je me demande lequel est le plus fou.
Écrit par : Jonathan | 06.05.2010
@ Jean-Marc
Krugman, Stiglitz, pas sérieux ? Ils sont quand même prix Nobel. Et même s'ils n'ont pas toujours raison, je crois que personne ne peut prétendre l'être...
Merci pour les liens vers le blog de Paul Krugman. Les deux papiers sont très intéressants. Je les recommande. Cela me fait plaisir de voir qu'il prend position pour des dévaluations et souligne le fait qu'une politique monétaire unique pour des pays aussi différents est une erreur.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 06.05.2010
"""Krugman, Stiglitz, pas sérieux ? Ils sont quand même prix Nobel. Et même s'ils n'ont pas toujours raison, je crois que personne ne peut prétendre l'être...""""
Cela ne garantie rien, ces deux individus auraient déjà du voir leurs réputation entachés avec leurs analyses farfelues avant crises, parce que le coup de la régulation ne faillira pas et il faut créer une bulle immobilière, excuser moi mais ...
Là, on retrouve Stiglitz nous baragouinant que l'euro ne connaitra aucun problème et cela il y a 3 mois ! Pareil pour Krugman, en Février la Grèce était était un non problème.
Comme je l'ai dit, cela ne fait pas du tout sérieux d'avoir de pareils référence quand l'on connait les analyses volatiles et pour le moins tourne veste de ces messieurs. A moins que votre but est de vous dé-crédibiliser ainsi que notre parti Debout la République.
Écrit par : Jean-Marc | 06.05.2010
Écrire un commentaire